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	<title>ecolosphere.net &#187; Quelles réponses face à la crise ?</title>
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	<description>Ecolosphere.net est un lieu d’information, d’analyse et de débats, où sont abordées toutes les thématiques de l’actualité au sens large, mais analysées selon les critères de l’écologie politique, avec une visée prospective.</description>
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			<item>
		<title>Géopolitique de la crise</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/830-geopolitique-de-la-crise/</link>
		<comments>http://ecolosphere.net/archives/830-geopolitique-de-la-crise/#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 27 Aug 2009 21:50:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérome Gleizes</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>

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		<description><![CDATA[« Une récession économique mondiale… aux effets géopolitiques contrastés… du fait d’une bataille pour le contrôle des matières premières… du fait d’une dégradation des conditions de vie… induisant des tensions monétaires internationales… et qui s’aggravera avec la pandémie de grippe H1N1 ». Analyse.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La crise actuelle est souvent caractérisée comme la première crise socio-écologique du capitalisme<sup>[1]</sup>. Cette crise est globale au sens où aucune région du monde n’est épargnée par celle-ci et elle est pluri-dimensionnelle au sens où elle se révèle sous différentes formes, économique, financière, alimentaire, écologique… La crise actuelle révèle aussi le caractère multipolaire de la régulation politique mondiale, même si les différents pôles restent liés entre eux, ils sont en conflit entre eux et dans des configurations politiques variables selon leur source.</p>
<h3>Une récession économique mondiale…</h3>
<p>Pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’économie monde va connaître en 2009 une récession. Le FMI prévoit une baisse du PIB mondial de 1,4 % et pas de reprise avant le second semestre 2010<sup>[2]</sup>. Le principal canal de diffusion de la récession est la baisse du commerce mondiale (−12,2 %) mais cette crise cache des différences régionales très importantes qui vont modifier la hiérarchie des pays dans les prochaines décennies. Les pays occidentaux sont les plus affectés et notamment, ceux dont la croissance est plus liée aux exportations comme l’Allemagne (−6,2 %) ou le Japon (6 %)<sup>[3]</sup>. À l’inverse, les pays qui n’ont pas démantelé leur système de protection sociale comme la France (−3 %) ou qui ont un État actif économiquement ont bénéficié de ce que les économistes appellent des stabilisateurs économiques qui ont pu partiellement contrebalancer les effets de la baisse de la consommation des ménages ou des investissements des entreprises. Les effets de l’impact de politique économique est ainsi manifeste entre les États-Unis qui ont augmenté leurs dépenses publiques de 18,7 % et l’Union Européenne, incapable d’agir de manière coordonnée avec une baisse du PIB respective de 2,6 % et de 4,8 %. Les pays d’Europe centrale, et baltes, sont très touchés car ils ont le double handicap d’avoir un État faible et d’être dépendant de leurs exportations : −10,3 % en Estonie, −13,1 % en Lettonie, −11 % en Lituanie, −6,3 % en Hongrie. Mais les pays les plus affectés en Europe sont ceux qui ont basé leur croissance sur la finance comme l’Islande (−11,6 %) ou l’Irlande (−9 %).</p>
<p>Les pays émergents et en développement ne sont pas en récession (1,5 %) mais la chute de la croissance est tellement brutale (+8,3 %) que ces économies subissent des impacts sociaux plus graves qu’en Europe. L’impact démographique est tel qu’ils sont obligés d’avoir des taux de croissance élevés pour absorber la population en âge de travailler. Par exemple, en divisant presque par deux son taux de croissance entre 2007 et 2009 (de 13 % à 7,5 %), la Chine est confrontée à de graves tensions sociales. Ainsi, récemment, des ouvriers ont tué leur directeur-général, qui menaçait de licencier 30 000 salariés, dans la province de Jilin. Le 15 juin, dans la ville méridionale de Dongguan, un ouvrier d’une compagnie métallurgique avait déjà poignardé à mort deux patrons taïwanais et grièvement blessé un troisième cadre, en raison d’un conflit social. À une échelle moindre, l’Afrique subsaharienne est affectée avec une croissance passant de 6,9 % à 1,5 %.</p>
<p>D’autres sont plus lourdement affectés comme la Russie qui passe d’une croissance de 8,1 % en 2007 à une récession prévue de 6,5 % en 2009 à cause de la baisse du prix des matières premières ou le Mexique ; passant d’une croissance de 3,3 % à une récession de 7,3 %, du fait de l’effet amplificateur de la grippe H1N1. L’absence d’action concertée entre les nations, le G20 ne s’est attaqué qu’à la crise financière, et le fait qu’on ne s’attaque pas aux causes réelles de la crise, nous laissent pessimistes sur la suite des évènements. Un retour à la croissance serait un artefact comptable et ne pourrait se faire que de manière inégalitaire à l’échelle mondiale et provoquait des troubles sociaux biens plus violents que les émeutes de la faim de 2007-2008. Déjà les données sur l’emploi sont très mauvaises. Pour la France, il y a déjà 74 100 destructions nettes d’emploi au deuxième trimestre de cette année<sup>[4]</sup>, après les 168 300 du premier trimestre et les 92 700 en 2008.</p>
<h3>… aux effets géopolitiques contrastés…</h3>
<p>Le FMI prévoit néanmoins une sortie de crise l’année prochaine du fait de l’amélioration de l’assainissement du secteur financier et du rétablissement de la solvabilité des banques. Cet optimisme oublie de voir que la raison essentielle de la crise est la fin du régime de production fordiste de l’après-guerre<sup>[5]</sup>, symbolisé par la faillite de General Motors, après avoir accumulé 100 milliards de dollars de pertes en 4 ans et qui fut durant trois-quarts de siècle <em>« la plus grande entreprise du monde »</em>. En 1962, ce géant industriel employait 605 000 salariés et détenait 51 % du marché américain. En 2008, il a été supplanté par Toyota et perdait le titre de numéro un mondial de l’automobile qu’il détenait depuis 1931. Ce régime de croissance, basé sur le productivisme et une consommation croissante des matières premières butte aujourd’hui sur leur raréfaction et sur les limites de la planète. Il est aussi à la source de graves déséquilibres écologiques comme l’émission excessive de gaz à effets de serre ou la sur-exploitation des terres agricoles. Ces deux éléments sont importants et ont des répercussions géopolitiques distinctes, soit pour assurer le contrôle de l’approvisionnement des matières premières (et pas uniquement le pétrole), soit pour gérer les conséquences des crises climatiques (montée des eaux, désertification, et réfugiés climatiques, impact du réchauffement climatiques sur les routes maritimes, sur le dégel du pergélisol…).</p>
<p>2008 a été une année de grande tension sur les marché des matières premières où de nombreux records de prix ont été établis. Face à une demande croissante, l’offre est de plus en plus insuffisante, ce qui mécaniquement a entraîné une hausse des prix que la récession a stoppé, du fait de la baisse de la demande.</p>
<div class="figure">
<table border="0" cellspacing="0">
<tbody>
<tr>
<th>Matière</th>
<th>Taux de variation entre<br />valeur au 1/1/08 et<br />valeur la plus haute de 2008</th>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Or (NY)</td>
<td>+ 17%</td>
</tr>
<tr>
<td>Aluminium (Londres)</td>
<td>+ 39%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Cuivre (Londres)</td>
<td>+ 35%</td>
</tr>
<tr>
<td>Pétrole (Londres)</td>
<td>+ 52%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Gaz naturel (NY)</td>
<td>+ 74%</td>
</tr>
<tr>
<td>Café (Londres)</td>
<td>+ 45%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Blé (Paris)</td>
<td>+ 14%</td>
</tr>
<tr>
<td>Blé (Chicago)</td>
<td>+ 40%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Huile de Palme</td>
<td>+ 39%</td>
</tr>
<tr>
<td>Maïs (Chicago)</td>
<td>+ 63%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Riz (Chicago)</td>
<td>+ 76%</td>
</tr>
<tr>
<td>Colza (Paris)</td>
<td>+ 18%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Soja (Chicago)</td>
<td>+ 35%</td>
</tr>
<tr>
<td>Pomme de terre</td>
<td>+ 5%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>RJ CRB (NY)</td>
<td>+ 19%</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<div class="caption">
<p class="legende">Source: les échos</p>
<div class="figure-description">
<p>Variation du cours de quelques matières premières durant l&#8217;année 2008 (1/01/2008 au 01/01/09)</p>
</div>
</div>
</div>
<h3>… du fait d’une bataille pour le contrôle des matières premières…</h3>
<p>Toute production nécessite des matière premières et la Chine, premier manufacturier mondial en consomme beaucoup. Pour y faire face, la Chine a développé une stratégie très offensive de sécurisation de ses approvisionnements pour maintenir ses niveaux de production. Par exemple, elle consomme 314 millions de tonnes de pétrole par an, alors qu’elle n’en produit que 180. Elle est devenu le deuxième consommateur mondial de pétrole. Sa dépendance actuelle de 40 % pourrait passer à 60 % en 2020. Dans un premier temps, la Chine a ciblé trois zones : le Moyen-Orient, l’Asie centrale et la Sibérie. Mais afin d’être moins sensibles aux soubresauts politiques du Moyen-Orient, elle a aussi développé une politique africaine spécifique. Elle courtise les pays traditionnels producteurs comme l’Algérie, l’Angola, le Congo Brazzaville, prospecte au Mali, en Mauritanie et au Niger et profite des relations tendues qu’entretiennent le Soudan ou la Libye avec l’Occident pour importer aujourd’hui plus de 25 % du pétrole d’Afrique<sup>[6]</sup>. La présence chinoise en Afrique s’inscrit dans une stratégie globale de contournement des États-Unis et de l’Union Européenne. La Chine défend une coopération Sud-Sud et érige le principe de non-ingérence et de neutralité comme base de sa coopération, dissociant le développement économique des réformes politiques, proposant un modèle de développement distinct de la politique d’aide conditionnée de l’Occident.</p>
<p>La même stratégie s’applique avec l’Amérique latine. L’Amérique latine avec 45 % des réserves mondiales de cuivre, le quart des réserves mondiales d’argent, et le tiers de celles d’étain est un véritable réservoir de matières premières pour la Chine. Le Chili et le Pérou assurent 44 % de la production mondiale de cuivre et la moitié des importations de la Chine, le premier consommateur mondial. Au Pérou, le groupe Shougang exploite plusieurs mines de fer depuis 1992 comme à Marcona au sud de Lima. Au Chili, une société chinoise s’est associée avec Codelco qui assure 12 % de la production mondiale de cuivre pour obtenir la livraison annuelle de 55 000 tonnes de cuivre pendant 15 ans. La Chine noue des relations avec Cuba, troisième producteur mondial de nickel.<sup>[7]</sup></p>
<p>Quand l’Europe se désiste d’investissements miniers pour des raisons écologiques, la Chine prend la relève comme pour la mine de Majaz au Pérou mais elle est souvent en concurrence avec l’Inde qui a obtenu par exemple la concession de la mine Mutun en Bolivie dont l’exploitation détruira des écosystèmes riches. Pour terminer sur ce point et montrer la logique chinoise de sécurisation, le géant chinois de l’aluminium Chinalco a tenté d’investir 15,3 milliards d’euros dans un autre géant, le groupe minier australien Rio Tinto, 9,6 milliards directement dans des exploitations de minerai de fer, de cuivre ou d’aluminium et le reste en obligations convertibles. Cela aurait été l’investissement le plus important à l’étranger pour une entreprise chinoise si le gouvernement australien ne s’y était pas opposé<sup>[8]</sup>.</p>
<p>Cette demande insatiable de matière première liée à une offre déclinante pousse à nouveau les prix à la hausse. Le prix du baril de pétrole atteint de nouveau des niveaux élevés, 72,84 $ le 9 août à New-York. D’ors et déjà, nous savons que tout retour à la croissance provoquera de nouvelles tensions sur les prix des matières premières. Le cours du pétrole a bondi de 56 % depuis le début de l’année, tandis que celui du cuivre a grimpé de 86 %. Rompre avec cette spirale nécessitera de réduire notre empreinte écologique.</p>
<h3>… du fait d’une dégradation des conditions de vie…</h3>
<p>L’ensemble des crises a provoqué une hausse des prix qui ont été à l’origine de nombreuses émeutes de la faim dans 35 pays en 2008 : Haïti, l’Égypte, la Mauritanie, le Mexique, le Maroc, la Bolivie, le Pakistan, l’Indonésie, la Malaisie… Selon l’ONU, pour chaque hausse de 1 % du prix des denrées de base, 16 millions de personnes supplémentaires sont plongées dans l’insécurité alimentaire. Cela signifie que 1,2 milliard d’êtres humains pourraient avoir chroniquement faim d’ici à 2025 ; 600 millions de plus que précédemment anticipé. Parmi les pays en première ligne : Érythrée, Sierra Leone, Madagascar, Haïti, Géorgie, Burundi ou Zimbabwe. Les raisons de ces hausses sont nombreuses (raréfaction de la production, pression démographique, spéculation, conflit d’usage des terres avec les agro-carburants…) mais elles vont perdurer et vont affecter essentiellement les pays du Sud.</p>
<p>A ce problème alimentaire, s’ajoute le problème des réfugiés climatiques. L’ONU évalue en 2005 à 50 millions le nombre d’habitants qui pourraient être contraints de quitter leur habitation en raison des conséquences du changement climatique d’ici 2010. Les habitants de l’archipel des Tuvalu dans le pacifique sont les premiers à avoir été affecté par la montée des océans mais les projections actuelles toucheront des zones densément peuplées comme le Bangladesh.</p>
<h3>… induisant des tensions monétaires internationales…</h3>
<p>La conjonction de la crise économique, financière, écologique produisent des effets sur les échanges de capitaux mondiaux et sur le marché des changes. La croissance des années 2000 était basée sur un <strong>compromis chinamérique</strong> qui a explosé avec la crise de 2007 : pour schématiser la consommation américaine (28 % du PIB mondial) était rendue possible par les exportations chinoises. Cela permettait à la fois de maintenir le mode de vie américain et à la Chine de maintenir un taux de croissance indispensable pour éviter une explosion sociale en donnant du travail à une population active croissante<sup>[9]</sup>. Sur le plan financier, les dollars du déficit commercial américain étaient réinjectés aux EU en achat de bons du Trésor et autres titres financiers américains. Le déficit commercial américain a atteint 680 milliards de dollars en 2008. La Chine a joué un rôle central dans l’augmentation de ce déficit commercial. Depuis 2000 elle est responsable de 60 % de son augmentation. En 2007 la Chine a exporté cinq fois plus vers les États-Unis qu’elle n’a importé de ce pays.</p>
<p>Aujourd’hui, la Chine menace de stopper ses achats de titres américains, réduire ses créances détenues en dollar et ainsi d’arrêter de réinjecter les dollars accumulés suite aux déficits commerciaux et budgétaires américains. Pour faire face à la crise actuelle, les États-Unis ont réalisé le plus grand programme de relance depuis celle de 1929, financé par l’émission de bons du trésor ou par création monétaire (et donc injection de dollars dans l’économie monde). Cette injection de dollars entraîne une baisse de la valeur du dollar. Les États-Unis bénéficient depuis les accords de Bretton Woods de 1944 du privilège d’émettre la monnaie de référence internationale. En provoquant la dévaluation de leur monnaie, ils réduisent la valeur de la dette. Lors de la dernière grande crise d’endettement américain à la fin des années 80, les EU ont provoqué la réévaluation du yen de 100 % alors que le Japon était leur premier créancier.</p>
<p>Aujourd’hui, la Chine est le principal créancier des États-Unis. Elle détient 802 milliards de dollars d’obligations émises par le Trésor ; 2 000 milliards de devises. Elle a contesté le rôle de référence internationale du dollar lors du G20 de Londres et proposé que le DTS, panier de différentes devises, géré par le FMI devienne la nouvelle monnaie internationale. La Chine se débarrasse des dollars, achète des actifs, investit à l’étranger comme on l’a vu ci-dessus. Lors de la crise des années 30, la livre sterling avait perdu son statut de monnaie internationale. Le face à face Chine/EU est sur différents champs, militaire, sécurisation de l’approvisionnement en matières premières, contrôle des flux financiers…</p>
<h3>… qui s’aggravera avec la pandémie de grippe H1N1</h3>
<p>L’actuelle pandémie de grippe H1N1 va avoir des effets économiques et géopolitiques très importants. C’est la première épidémie globale au sens où sa diffusion est essentiellement due à la globalisation de nos sociétés. Selon l’OMS, alors que pour les pandémies précédentes il avait fallu cinq mois pour passer au niveau 6, il n’a fallu ici que de 6 semaines. La grippe se révèle très contagieuse (2 % de cas supplémentaire chaque jour). L’OMS estime qu’un tiers de la population mondiale peut être contaminée. Aujourd’hui plusieurs pays sont très affectés, au delà des 5 000 cas, États-Unis, Australie, Mexique, Royaume-Uni, Chili, Canada, Thaïlande, Allemagne, Argentine, Hong-Kong, Pérou, Japon.</p>
<p>Actuellement, le taux de mortalité reste faible, 0,7 % mais les systèmes de veille sanitaire étant débordés, de nombreux cas de grippes ne sont sans doute pas enregistrés par rapport au nombre de morts. Cependant, si nous prenons un taux de mortalité faible de 0,5 % et que les estimations de l’OMS se confirment, un tiers de la population affectée, cela fait une prévision d’au moins 11 millions de morts. Cela aura un impact négatif sur nos sociétés. À cette estimation moyenne, il ne faut pas oublier l’impact sur le système sanitaire et économique. Les scénarios actuels prévoient le blocage d’activités pour limiter la contamination, ce qui aura forcement un impact négatif sur la croissance comme on l’a vu au début de la pandémie au Mexique qui s’est arrêté de fonctionner pendant deux semaines. Ensuite la mortalité varie selon la capacité des systèmes de santé à réagir, pénalisant en premier les pays du sud : 11 % au Paraguay, 6,2 % en Colombie, 5,9 % en Argentine, 3,2 % au Brésil contre 0,3 % en Australie ou 0,25 % au Royaume-Uni. De plus, il existe une dimension peu connue de cette crise. La molécule active du tamiflu, utilisée pour soigner la grippe est obtenue à partir du badiane, fruits du badianier. Le badianier est cultivé dans le sud de la Chine entre Shanghai et la frontière vietnamienne. Aujourd’hui, la molécule peut être synthétisée mais cela place toujours la Chine dans une situation avantageuse qui dispose de nombreux stocks stratégiques. Pour l’industrie pharmaceutique, cette grippe est un enjeu financier qui risque de se faire au détriment des populations.</p>
<p>Cette crise en surajoutant aux précédentes montre que nos sociétés sont très sensibles à leur globalisation, leur interconnexion et montre une nouvelle fois, la nécessité de revoir nos analyses politiques.</p>
<p>Nous n’avons ici survolé que certains aspects de la crise et des changements en cours. Nous aurions pu aborder l’impact du changement de la hiérarchie des firmes transnationales, de la mise en œuvre du marché carbone, de la géopolitique de l’eau… Nous avons montré uniquement certains aspects de ce monde de plus en plus multipolaire. La place de l’Europe y reste importante mais aujourd’hui, aucune puissance ne peut prétendre prendre la position de leadership mondial. Les États-unis sont dépendants de l’extérieur pour financer leur consommation. La Chine n’a pas pu encore compenser tous ses handicaps (population importante, ressources naturelles insuffisantes, faible avance technologique). L’Inde est dans la même situation. Le Japon est totalement dépendant de ses exportations et la crise actuelle fait que ce pays subit la récession la plus importante. La Russie, bien qu’ayant la volonté de reconstruire une position hégémonique, n’a pas pu reconstituer l’ancienne position de l’URSS et cherche à construire des alliances. Les pays de l’OPEP sont trop dépendants de leur principale ressource, le pétrole. Mais une chose est certaine, la crise étant globale, la réponse politique devra être globale et nous en sommes encore loin.<br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_830" class="footnote">Pour plus de détail sur les raisons de la crise, et notamment une crise de l’accumulation capitaliste, voir Jérôme Gleizes et Yann Moulier-Boutang, Ecorev’ n°32, « Une lecture écologiste de la crise, la première crise socio-écologique du capitalisme », accessible sur <a href="http://economie-social.lesverts.fr/spip.php?article353">le site des Verts</a>, et aussi <a href="http://ecolosphere.net/archives/138-une-lecture-ecologiste-de-la-crise-la-premiere-crise-socio-ecologique-du-capitalisme/">sur ecolosphere.net</a></li>
<li id="footnote_1_830" class="footnote">La relative embellie des chiffres de cet été (à 0,3 % pour la France) sur les estimations du second trimestre ne doivent pas faire oublier ceux pour l’année qui sont toujours très pessimistes… et que l’année dernière les chiffres du trimestre avaient été revus à la baisse au final et avaient démentis les propos de Madame Lagarde qui pérorait que la France n’était pas affectée par la crise.</li>
<li id="footnote_2_830" class="footnote">Pour rappel, pour toute économie, d’un point de vue comptable, la production (PIB) et les importations mesurent l’offre et sont égales à leurs usages (consommation des ménages, investissement des entreprises, dépenses publiques et exportations. Une baisse des exportations provoque une baisse du PIB tout comme celle de la consommation (cas des États-Unis). Le taux de croissance mesure la hausse de l’agrégat comptable PIB. Nous faisons ici abstraction de toute critique des agrégats économiques utilités. Sur ce point, pour plus de précisions sur leurs limites, voir le n°31 d’Ecorev’, <em>« Des chiffres &#038; des êtres »</em>.</li>
<li id="footnote_3_830" class="footnote">Ce chiffre est à lier avec une croissance de 0,3 % à ce même trimestre. Comme les salaires n’augmentent pas, cela signifie que la part du PIB qui va aux salariés (la masse salariale) a du beaucoup baisser… pour permettre aux entreprises de maintenir leurs profits.</li>
<li id="footnote_4_830" class="footnote">Voir note 1</li>
<li id="footnote_5_830" class="footnote">Pour plus de précisions, lire Etanislas Ngodi, <a href="http://www.eadi.org/fileadmin/Documents/Events/General_Conference/2008/paper_Ngodi.pdf">« La Chinafrique et stratégies pétrolières en Afrique »</a></li>
<li id="footnote_6_830" class="footnote">François Lafargue, <a href="http://perspectiveschinoises.revues.org/document1071.html ">« La Chine en Amérique latine. »</a>, <em>Perspectives chinoises</em>, n°97, 2006, mis en ligne le 8 juin 2007.</li>
<li id="footnote_7_830" class="footnote">Ce refus est très significatif du fait que lorsque les intérêts géopolitiques d’une nation sont en jeu, la liberté de circulation des capitaux ne fonctionne plus. Mais face aux besoins de capitaux des firmes occidentales, le blocage peut-être transitoire. Par exemple, le gouvernement américain s’était opposé dans un premier temps au rachat de la division ordinateur individuel par l’entreprise chinoise Lenovo mais en 2005, celle-ci a pu la racheter pour 1,25 milliard de dollars pour devenir le troisième groupe mondial.</li>
<li id="footnote_8_830" class="footnote">Voir note 3</li>
</ol>
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		</item>
		<item>
		<title>Il y aura d’autres New Fabris (sauf si…)</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/802-il-y-aura-d-autres-new-fabris-sauf-si/</link>
		<comments>http://ecolosphere.net/archives/802-il-y-aura-d-autres-new-fabris-sauf-si/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 15 Aug 2009 21:22:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Mickaël Marie</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[automobile]]></category>

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		<description><![CDATA[Les salariés de l’équipementier automobile New Fabris ont mis fin, le 31 juillet, à une lutte de plusieurs semaines. Au lendemain d’une ultime manifestation dans les rues de Châtellerault, les 366 salariés touchés par la fermeture du site ont accepté la dernière proposition présentée par le gouvernement, une prime supraconventionnelle de 12 000 euros net. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les salariés de l’équipementier automobile New Fabris ont mis fin, le 31 juillet, à une lutte de plusieurs semaines. Au lendemain d’une ultime manifestation dans les rues de Châtellerault, les 366 salariés touchés par la fermeture du site ont accepté la dernière proposition présentée par le gouvernement, une prime supraconventionnelle de 12 000 euros net. Et renoncé du même coup à leur menace de faire exploser leur usine. Pas de destruction de l’outil de travail, pas de contagion de la colère, pas de réaction en chaîne parmi les sous-traitants automobiles. «Soulagement» supplémentaire et hasard de l’actualité : trois jours après l’épisode, on apprenait que les perspectives repartaient à la hausse pour les constructeurs automobiles, PSA et Renault en tête. On peut s’en tenir là. On peut aussi, et ce serait préférable, tirer quelques leçons de ce qui s’est joué, ces dernières semaines, à New Fabris.</p>
<p>La première leçon, c’est le respect. On a beaucoup écrit sur les bouteilles de gaz et les menaces, mais on a peu dit à quel point les salariés de New Fabris ont été malmenés et méprisés, qu’on ne leur a guère laissé que la manière violente pour pouvoir simplement être considérés comme des interlocuteurs. La détonation, ils l’avaient déjà subie. Ce sont aujourd’hui les salariés de Molex qui en sont de nouveau victimes, écœurés d’être maintenus dans un entre-deux sans perspectives.</p>
<p>La deuxième leçon porte sur la structure de l’industrie automobile. Des centaines d’entreprises sous-traitantes y travaillent pour une poignée de constructeurs, visiblement peu pressés de prendre leur part des coûts de la crise. Pour banale qu’elle soit devenue, leur attitude doit être condamnée et combattue : en s’exonérant de toute obligation vis-à-vis de leurs sous-traitants, les constructeurs contraignent les employeurs directs &#8211; le plus souvent des PME &#8211; à se débrouiller seuls de la suite. Sur ce point, aucune fatalité : la loi doit changer, pour amener les donneurs d’ordre à assumer pleinement leurs responsabilités sur l’ensemble de la filière. C’est le sens des propositions syndicales, reprises récemment par Jean-Pierre Raffarin. On espère que pour une fois cela ne reste pas que des mots.</p>
<p>Socialement désastreuse, la stratégie «court-termiste» des constructeurs est par surcroît économiquement stérile : en sacrifiant le tissu industriel, elle compromet plus durablement les conditions d’une mutation de l’économie. C’est d’autant plus grave s’agissant de l’industrie automobile &#8211; et des savoir-faire qui la structurent &#8211; qu’il n’y aura de reprise de l’activité qu’à condition d’un changement profond des orientations du secteur. Préserver l’avenir des travailleurs de l’automobile, ce n’est pas borner l’horizon des perspectives à la répétition de ce qui se fait déjà, mais témoigner d’une capacité d’innovation bien plus grande que le secteur n’en a montré ces dernières années.</p>
<p>Car, c’est la quatrième leçon, il faudra bien engager &#8211; et le plus vite sera le mieux &#8211; la mutation du secteur. Sauf à se gargariser de proclamations sur le dérèglement climatique sans jamais agir, il n’est plus possible de considérer qu’une fois passée la crise, tout devra repartir comme avant. Il faudra réduire la place de la voiture dans nos vies et miser sur les transports collectifs (train, tramway, bus, des solutions pour lesquelles les salariés de New Fabris et des autres équipementiers ont des compétences à faire valoir). Mais il restera pendant de longues années encore des voitures : la demande sociale et l’exigence environnementale obligent qu’elles soient alors très différentes de ce qu’elles sont aujourd’hui. Moins polluantes, moins gourmandes en énergie et moins consommatrices d’espace public. Les savoir-faire professionnels pour y parvenir sont, au moins pour partie, disponibles chez des milliers de salariés expérimentés. Reste à admettre que ces compétences peuvent être utiles à anticiper la mutation, plutôt que de les congédier brutalement au nom d’une logique où seul compte l’immédiat.</p>
<p>Faute de préparer ce changement, on assistera à la répétition désordonnée de conflits où, moins que l’emploi, l’enjeu sera celui de la prime de départ, du solde de tout compte. Des conflits sans perspective ni espoir, où la seule revendication portera sur le montant auquel les salariés licenciés estimeront leur préjudice, moral autant &#8211; sinon plus &#8211; qu’économique. Le prix de la dignité : voilà ce que nous ont dit, quelques jours avant la fin du conflit, les salariés de New Fabris. Ils ne croient guère aux promesses de reclassement ou de formation professionnelle, mais sont convaincus de l’énormité du gâchis, persuadés que le savoir d’une vie professionnelle ne peut pas être sans dommage jeté aux orties.</p>
<p>La crise que nous vivons n’est pas seulement financière. Elle touche tous les soubassements d’un mode de développement devenu obsolète, sous l’effet conjugué de l’épuisement des ressources naturelles et de l’émergence de menaces dont nous parvenons mal à nous figurer l’ampleur (les conséquences des dérèglements climatiques, par exemple). Aucun pays ne pourra prétendre affronter les défis de cette crise globale s’il n’accepte pas, au préalable, de mobiliser toutes les intelligences, toutes les expériences disponibles. Aucun secteur de l’économie ne pourra passer le cap si les seules décisions qui s’imposent consistent à faire table rase de l’existant. Aucune reconversion sérieuse n’est possible qui ne suppose d’abord d’établir l’inventaire des ressources &#8211; en capital, en machines, mais aussi en savoirs vivants &#8211; pour en tirer ensuite le meilleur.</p>
<p>Il ne s’agit pas de «soutenir» l’industrie automobile comme on a «soutenu» hier la sidérurgie, en retardant artificiellement sa fin. Il s’agit de l’amener à envisager un avenir qui sera profondément différent, en prenant garde à ce que les salariés ne soient pas les variables d’ajustement de la mutation alors qu’ils peuvent en être les premiers acteurs.</p>
<p><em>* Mickaël Marie est secrétaire national adjoint et trésorier national des Verts, Cécile Duflot est secrétaire nationale des Verts. Paru dans </em><a title="http://www.liberation.fr/economie/0101585046-il-y-aura-d-autres-new-fabris-sauf-si" href="http://">Libération</a><em> du 13 août 2009</em></p>
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		</item>
		<item>
		<title>Mises à jour du dossier « quelles réponses face à la crise »</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/725-mises-a-jour-du-dossier-%c2%ab-quelles-reponses-face-a-la-crise-%c2%bb/</link>
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		<pubDate>Tue, 23 Jun 2009 17:19:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>la rédaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Mises à jour]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>

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		<description><![CDATA[
Mises à jour du dossier « quelles réponses face à la crise »

17/08/09 —par Jérome Gleizes ;
17/08/09 —par Mickaël Marie et Cécile Duflot ;
13/06/09 —par Sandrine Rousseau.


]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="update">
<p style="margin:0"><strong class="header">Mises à jour</strong> <em class="desc">du dossier « quelles réponses face à la crise »</em></p>
<ul>
<li>17/08/09 — <a href="http://ecolosphere.net/archives/830-geopolitique-de-la-crise/">Géopolitique de la crise</a> par Jérome Gleizes ;</li>
<li>17/08/09 — <a href="http://ecolosphere.net/archives/802-il-y-aura-d-autres-new-fabris-sauf-si/">Il y aura d’autres New Fabris (sauf si…)</a> par Mickaël Marie et Cécile Duflot ;</li>
<li>13/06/09 — <a href="http://ecolosphere.net/archives/667-une-crise-financiere-et-environnementale/">Une crise financière et… environnementale</a> par Sandrine Rousseau.</li>
</ul>
</div>
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		<item>
		<title>Une crise financière et… environnementale</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/667-une-crise-financiere-et-environnementale/</link>
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		<pubDate>Fri, 12 Jun 2009 22:08:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sandrine Rousseau</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>

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		<description><![CDATA[La crise que nous connaissons actuellement est souvent présentée soit comme une crise purement financière, soit comme une crise du capitalisme financier. Plusieurs facteurs sont identifiés comme ayant joué un rôle important dans la survenue de la crise : excès d'endettement, spéculation excessive, manque de transparence dans les transactions, développement des nouveaux produits financiers, comportements de rachats d'actions par les grandes entreprises, etc.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">Sandrine Rousseau est Maître de conférences en sciences économiques à l&#8217;Université Lille1 (CLERSE &#8211; UMR 8019) et était cinquième sur la liste Europe Ecologie Nord Ouest</p>
<p>La crise que nous connaissons actuellement est souvent présentée soit comme une crise purement financière, soit de manière toutefois plus rare, comme une crise du capitalisme financier lequel repose sur l&#8217;endettement des ménages et l&#8217;absence d&#8217;intervention d&#8217;Etat<sup>[1]</sup>. Plusieurs facteurs sont identifiés comme ayant joué un rôle important dans la survenue de la crise: excès d&#8217;endettement évidemment, spéculation excessive, manque de transparence dans les transactions, développement des nouveaux produits financiers, comportements de rachats d&#8217;actions par les grandes entreprises etc. Dans la liste des facteurs d&#8217;explication, l&#8217;environnement fait figure de grand absent. L&#8217;augmentation des matières premières qui précède immédiatement la chute des marchés financiers est soit oubliée, soit rangée dans le pot commun de l&#8217;augmentation des marchés financiers dans leur ensemble. Nulle spécificité ne lui est reconnue alors même que c&#8217;est précisément cette flambée là des prix (beaucoup plus que toutes les autres) qui a tenu le haut du pavé médiatique dans la période d&#8217;avant crise.</p>
<p>Souvenons nous: la hausse du prix du pétrole (lequel a presque doublé en un an), la hausse du prix de toutes les matières premières et particulièrement de celles agricoles nourrissaient les plus grandes inquiétudes. Nous allions manquer de riz, les États producteurs parlaient de créer une OPEP du riz, il y avait des émeutes de la faim dans le monde et en France le magazine <em>UFC Que Choisir</em> s&#8217;effrayait du fait que <em>« le prix des produits alimentaires [qui] se sont déchaînés, laissent sur le carreau le pouvoir d&#8217;achat ».</em> Le prix de l&#8217;essence à la pompe ne cessait lui aussi de grimper et les reportages sur l&#8217;impact des budgets des ménages étaient légion.</p>
<p>Précisément ce que pointaient les médias et qui est étonnamment tu par les économistes est l&#8217;ensemble des tensions inflationnistes qu&#8217;a connu le système économique juste avant l&#8217;effondrement des marchés. Ces tensions inflationnistes liées à l&#8217;augmentation des prix des matières premières, agricoles et de l&#8217;énergie, ont touché en premier lieu les ménages les plus défavorisés puisque ce sont eux qui dépensent la plus grosses partie de leurs revenus dans ces biens, elles ont joué un rôle important dans la survenue de la crise des subprimes, ces crédits accordés aux classes populaires américaines.</p>
<p>Surtout, l&#8217;augmentation des prix des biens de première nécessité explique la raison pour laquelle les ménages défavorisés américains ont soudain et ensemble connus des difficultés de remboursement. Si l&#8217;on ajoute à cela la hausse des taux d&#8217;intérêt directeur pratiqué par la FED pour limiter l&#8217;inflation (les crédits subprimes sont des crédits à taux variables) on a là le cocktail explosif à l&#8217;origine de la survenue de la crise : augmentation des échéances de prêt et donc pression sur le pouvoir d&#8217;achat des ménages précaires, augmentation du prix des biens de première nécessité et impossibilité de subvenir à l&#8217;ensemble de leurs charges.</p>
<h3>État des lieux de l&#8217;augmentation des matières premières, des biens agricoles et de l&#8217;énergie</h3>
<p>Le pétrole a connu une flambée au cours de l&#8217;année 2008. L&#8217;évolution de son cours est représenté dans le schéma suivant :</p>
<div id="attachment_716" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/06/667-sandrine-rousseau-graph1.jpg" alt="Cours du pétrole brut 1995-2008 en dollars/bl" title="Cours du pétrole brut 1995-2008 en dollars/bl" width="500" height="308" class="size-full wp-image-716" /><div class="caption"><p class="legende">Cours du pétrole brut 1995-2008 en dollars/bl</p><div class="figure-description"><p>Source : observatoire de l&#8217;énergie, France.</p>
</div></div></div>
<p>La hausse du prix du pétrole a été atténué en France dans le prix des énergies payées par les ménages en raison de deux phénomènes complémentaires: notre monnaie, l&#8217;euro qui est resté fort durant toute cette période limitant l&#8217;impact de la hausse mais aussi l&#8217;ensemble des mécanismes visant à lisser les fluctuations de cours des matières premières. La TIPP qui a effectué en partie son rôle de tampon sur le prix de l&#8217;essence à la pompe et le mode de calcul du prix du gaz par exemple qui a limité aussi l&#8217;augmentation de la facture énergétique pour les ménages. Ainsi alors que le prix du baril de pétrole était multiplié par 7 entre 1996 et 2008, le prix de l&#8217;essence à la pompe, en France, n&#8217;a lui été multiplié qu&#8217;environ par 2 comme le montre le graphique ci-dessous. De tels mécanismes n&#8217;ont pas joué le même rôle aux États-Unis, mettant les budgets des ménages sous tension.</p>
<div id="attachment_717" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/06/667-sandrine-rousseau-graph2.jpg" alt="Évolution du prix des carburants à la pompe en centimes d&#039;euros" title="Évolution du prix des carburants à la pompe en centimes d&#039;euros" width="500" height="271" class="size-full wp-image-717" /><div class="caption"><p class="legende">Évolution du prix des carburants à la pompe en centimes d'euros</p></div></div>
<p>De manière plus générale, toutes les matières premières et agricoles ont augmenté sensiblement au cours de l&#8217;année 2008. Le tableau ci-dessous retrace les variations de prix de quelques grandes matières premières et agricoles au cours de cette année 2008. Certaines ont connu des taux d&#8217;augmentation au cours d&#8217;une seule année de l&#8217;ordre de 76% (c&#8217;est le cas du riz) ou de 63% (c&#8217;est le cas du maïs). Le RJCRB, un indice synthétique de cours de matières premières, accuse quant à lui une nette hausse de près de 20% sur l&#8217;année.</p>
<div class="figure">
<table border="0" cellspacing="0">
<tbody>
<tr>
<th>Matière</th>
<th>Taux de variation entre<br />valeur au 1/1/08 et<br />valeur la plus haute de 2008</th>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Or (NY)</td>
<td>+ 17%</td>
</tr>
<tr>
<td>Aluminium (Londres)</td>
<td>+ 39%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Cuivre (Londres)</td>
<td>+ 35%</td>
</tr>
<tr>
<td>Pétrole (Londres)</td>
<td>+ 52%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Gaz naturel (NY)</td>
<td>+ 74%</td>
</tr>
<tr>
<td>Café (Londres)</td>
<td>+ 45%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Blé (Paris)</td>
<td>+ 14%</td>
</tr>
<tr>
<td>Blé (Chicago)</td>
<td>+ 40%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Huile de Palme</td>
<td>+ 39%</td>
</tr>
<tr>
<td>Maïs (Chicago)</td>
<td>+ 63%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Riz (Chicago)</td>
<td>+ 76%</td>
</tr>
<tr>
<td>Colza (Paris)</td>
<td>+ 18%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Soja (Chicago)</td>
<td>+ 35%</td>
</tr>
<tr>
<td>Pomme de terre</td>
<td>+ 5%</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>RJ CRB (NY)</td>
<td>+ 19%</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<div class="caption">
<p class="legende">Source: les échos</p>
<div class="figure-description">
<p>Variation du cours de quelques matières premières durant l&#8217;année 2008 (1/01/2008 au 01/01/09)</p>
</div>
</div>
</div>
<p>Ces augmentations ont un impact varié sur les budgets des ménages en fonction de la part qu&#8217;occupent les dépenses d&#8217;énergie et d&#8217;alimentation dans les dépenses totales. Or, l&#8217;on sait que les ménages les plus défavorisés sont aussi ceux pour qui ces deux postes de dépenses sont les plus lourds. L&#8217;inflation, annonciatrice de la crise, a pesé en premier lieu et de manière non négligeable sur les ménages les plus modestes.</p>
<h3>Tensions inflationnistes et impact sur les ménages les plus défavorisés</h3>
<p>L&#8217;enquête budget des ménages révèle qu&#8217;en France, les ménages du premier décile (donc ceux dont le revenu est dans les 10% les plus faibles) dépensaient en 2006 17,2% de leurs revenus en alimentation et 25% de leur revenu dans le logement, l&#8217;eau, le gaz, l&#8217;électricité et autres combustibles. Un tiers du budget de ces ménage est consacré à ces deux postes budgétaires. Pour les ménages du dernier décile en revanche, le poids des denrées alimentaires est de 12,1%, tandis que celui du logement et des consommations afférentes (eau, gaz, électricité, etc.) est de 11%. Ainsi, dix points séparent les deux déciles extrêmes et aux États-Unis, l&#8217;écart est encore plus sensible. Sur les simples dépenses de consommations, les ménages du quintile le plus faible, dépensent proportionnellement deux fois plus que ceux du dernier quintile<sup>[2]</sup>. Ainsi, de manière mathématique l&#8217;augmentation des produits alimentaires a été deux fois plus lourde à supporter pour les 20% des ménages aux revenus les plus faibles que pour les 20% aux revenus les plus hauts.</p>
<div id="attachment_723" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/06/667-sandrine-rousseau-graph3.jpg" alt="Inflation USA 2000-2009" title="Inflation USA" width="500" height="321" class="size-full wp-image-723" /><div class="caption"><p class="legende">Inflation USA 2000-2009</p><div class="figure-description"><p>Source : <a rel="external" href="http://www.leitzinsen.info/charts/iusa.htm">http://www.leitzinsen.info/charts/iusa.htm</a></p>
</div></div></div>
<p>Mais là n&#8217;est pas le seul élément ayant joué à la hausse de la pression qu&#8217;on subi les ménages américains et qui explique les tensions sur le remboursement des crédits subprimes. Pour limiter les risques d&#8217;inflation la banque centrale américaine (la FED) a fait jouer l&#8217;instrument du taux d&#8217;intérêt pour renchérir le crédit et rendre plus attractive l&#8217;épargne. Le graphique ci-dessous illustre les variations du taux d&#8217;escompte pratiqué par la FED.</p>
<div id="attachment_718" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/06/667-sandrine-rousseau-graph4.jpg" alt="Prime Rate FED 1994-2009" title="Prime Rate FED 1994-2009" width="500" height="293" class="size-full wp-image-718" /><div class="caption"><p class="legende">Prime Rate FED 1994-2009</p><div class="figure-description"><p>Graphique retraçant l&#8217;évolution du taux directeur de la FED entre 1994 et 2009. Source: FED</p>
</div></div></div>
<p>Ce graphique inspire deux remarques. La première concerne la forte baisse de ce taux entre 2001 et 2005, période durant laquelle le crédit aux Etats-Unis a été largement encouragé. La seconde concerne la hausse tout aussi rapide entre 2005 et 2008. Or, les crédits subprimes sont des crédits à taux variables. Ainsi les ménages ayant contracté ces crédits ont subi une hausse de leurs dépenses alimentaires et d&#8217;énergie proportionnellement plus importante que celle subie par les ménages les plus aisés mais également une hausse de leurs échéances et cela dans un contexte de stagnation des salaires. Les salaires réels des américains sans diplôme universitaire n&#8217;ont en effet pas augmenté depuis les années 1990, ceux de la classe moyenne n&#8217;ont que très faiblement augmenté<sup>[3]</sup>. La croissance américaine s&#8217;explique donc par un surcroît d&#8217;endettement essentiellement supporté par les classes faibles et moyennes.</p>
<h3>Fluctuation des cours : éléments d&#8217;explication</h3>
<p>Une fois montré que l&#8217;augmentation des matières premières, alimentaires et énergétiques a joué un rôle dans la survenue de la crise actuelle, reste à nous interroger sur les raisons pour lesquelles ces matières ont augmenté. Or, deux phénomènes se sont conjugués pour créer cette tendance à la hausse. Le premier est lié à des comportements spéculatifs. Mais cette première explication pend appui sur une seconde: pourquoi les anticipations ont-elles été tournées à la hausse? Elles l&#8217;ont été en raison d&#8217;une rareté relative de l&#8217;offre par rapport à la demande. Plusieurs éléments ont contribué à diminuer de manière relative l&#8217;offre tandis que parallèlement la demande ne cessait de croître. La demande a en effet augmenté en raison de la croissance mondiale mais aussi de changements de comportements de certains consommateurs. On notera dans ces éléments, le rôle joué par la consommation de plus en plus importante de protéines animales de la Chine. On estime en effet que la quantité de céréales nécessaire à la production d&#8217;un kilo de viande est dix fois supérieur (soit à peu près 10kg). Mais également l&#8217;engouement pour l&#8217;éthanol alimenté par l&#8217;augmentation du prix du pétrole. Ce dernier élément a également eu un effet de substitution des terres agricoles diminuant les terres disponibles à la culture de produits alimentaires. Enfin, alors que l&#8217;on commence à connaître les premières tensions du côté de l&#8217;offre de pétrole, la demande elle aussi n&#8217;a cessé de croître alimentée par la croissance mondiale et particulièrement chinoise.</p>
<p>La crise actuelle est donc une crise de l&#8217;endettement, du défaut de régulation publique mais elle est aussi la première crise véritablement écologique que connaît notre système économique. Nous connaissons actuellement en effet la première manifestation de grande ampleur d&#8217;une pénurie relative des matières premières et des biens agricoles. Les analystes sauront-ils prendre la mesure de ces phénomènes conjugués ou restera -t-on dans des analyses macroéconomiques trop classiques qui masqueront le rôle de l&#8217;environnement et donc duperont sur les possibilités de sortie de crise ? Tel est le défi qui est lancé aux hommes politiques en charge de prendre des mesures: diminuer la pression environnementale n&#8217;est pas un luxe superflu, c&#8217;est une condition indispensable (mais non suffisante) à la sortie de crise.<br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_667" class="footnote">lire J. Gleize et Y. Moulier Boutang, « <a href="http://ecolosphere.net/archives/138-une-lecture-ecologiste-de-la-crise-la-premiere-crise-socio-ecologique-du-capitalisme">Une lecture écologiste de la première crise socio-écologique du capitalisme</a> »</li>
<li id="footnote_1_667" class="footnote">Duquesne, Matendo, Lebailly (2006), <em>Profiling food consumption: comparaison between,</em> USA and UE.</li>
<li id="footnote_2_667" class="footnote">Artus, États-Unis : salaire, endettement, richesse, une vue plus fine des évolutions, Flash Economie, N°503, nov. 2008</li>
</ol>
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		</item>
		<item>
		<title>Crise: lectures et remèdes écologistes</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/96-crise-lectures-et-remedes-ecologistes/</link>
		<comments>http://ecolosphere.net/archives/96-crise-lectures-et-remedes-ecologistes/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 25 May 2009 01:46:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>la rédaction</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[Édito Dossier]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://ecolosphere.net/mise-en-route/?p=96</guid>
		<description><![CDATA[La crise économique et financière dans laquelle nous sommes plongés depuis plusieurs mois est sans précédents, tant par ses répercussions sociales et économiques que par la remise en cause majeure du système capitaliste, loué à l’envi depuis plusieurs décennies comme le meilleur système d’organisation.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>La faillite des systèmes financiers et bancaires, la crise de <em>subprimes</em>, la faiblesse des revenus du travail face à ceux du capital, etc., ont montré la faiblesse des protections sociales offertes par les États ainsi que l’absence de pouvoir démocratique dans le marché. Alors que pendant longtemps, tous ceux qui proposaient des hypothèses différentes étaient taxés d’utopistes –pour le mieux rêveurs, pour le pire fous–, plus personne aujourd’hui n’est prêt à défendre les vertus du marché.</p>
<div id="attachment_258" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/05/manif-retraite-20071120-5807-william-hamon.jpg" alt="Manifestation contre la réforme des retraites, Paris, novembre 2007." title="Jeunes syndicalistes – Feux de Bengale" width="500" height="335" class="size-full wp-image-258" /><div class="caption"><p class="legende">Manifestation contre la réforme des retraites, Paris, novembre 2007.</p><div class="figure-description"><p><em><a href="http://www.flickr.com/photos/william-hamon/2052474774/">Jeunes syndicalistes – Feux de Bengale</a></em>. Photo (<abbr title="Licence Creative Commons - Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification">CC-by-nc-nd</abbr>) <a href="http://www.flickr.com/photos/william-hamon/">William Hamon</a>.</p>
</div></div></div>
<p>Mais si cette crise est d’une telle ampleur, c’est parce qu’elle s’accompagne d’une crise environnementale dont enfin on accepte la réalité. Comme le rappelle le GIEC, jamais l’emprunte écologique de la planète n’a été aussi forte, encouragée par un système capitaliste peu enclin à s’appesantir sur ces considérations.</p>
<p>La crise dure et ne semble pas infléchir durablement les politiques menées dans les pays du Nord. Des propositions alternatives, respectueuses des réalités écologistes, porteuses de d’égalité, de droits et de partage, existent pourtant. C’est ce que nous avons voulu vous présenter dans ce dossier qui rassemble des articles, tribunes et analyses sur la crise actuelle et ses possibles remèdes.</p>
<p>Sortir de cette crise ne se fera pas sans une remise en cause durable de nos systèmes de développement et de production, encore toujours tournés vers le productivisme et le « toujours plus ». C’est ce que rappelle Hervé Kempf dans ses percutantes tribunes (<a href="http://ecolosphere.net/archives/170-perdre-le-nord/">Perdre le Nord</a>, <a href="http://ecolosphere.net/archives/183-le-passe-ne-reviendra-pas/">Le passé ne reviendra pas</a>). Car il nous faut prendre conscience que la crise économique et financière actuelle n’est pas séparable des crises sociale et écologique, écrit Benjamin Dessus (<a href="http://ecolosphere.net/archives/25-climat-nous-ne-pouvons-plus-nous-payer-de-mots/">Climat : nous ne pouvons plus nous payer de mots</a>).</p>
<p>Et ce n’est pas avec des plans de relance d’une activité productiviste dépassée (Denis Baupin, <a href="http://ecolosphere.net/archives/114-crise-traiter-la-maladie-pas-seulement-les-symptomes/">Crise: traiter la maladie, pas seulement les symptômes</a>) ni en habillant le capitalisme de valeurs « vertes » (entretien entre Hervé Kempf et Pascal Canfin: « <a href="http://ecolosphere.net/archives/143-herve-kempf-et-pascal-canfin-le-capitalisme-vert-ca-n-existe-pas/">Le capitalisme vert, ça n’existe pas !</a> ») qu’on modifiera durablement la situation dans laquelle nous sommes. Pour les économistes Jérôme Gleizes et Yann-Moulier Boutang, il s’agit de <a href="http://ecolosphere.net/archives/138-une-lecture-ecologiste-de-la-crise-la-premiere-crise-socio-ecologique-du-capitalisme/">la première crise socio-écologique du capitalisme</a>, ce qui impose d’en faire une lecture écologiste.</p>
<p>Et c’est pour cette raison que les mobilisations étatiques pour les systèmes financiers devraient plutôt servir à sauver la planète (Denis Baupin, <a href="http://ecolosphere.net/archives/104-ce-qu-on-a-fait-pour-sauver-la-finance-faisons-le-pour-sauver-la-planete/">Ce qu’on a fait pour sauver la finance, faisons-le pour sauver la planète</a>). Mais où trouver les solutions ? Dans l’écologie politique répondent Pascal Canfin, Daniel Cohn-Bendit et Philippe Lamberts (<a href="http://ecolosphere.net/archives/168-le-souhaitable-est-possible-les-quatre-pistes-de-l-ecologie-politique/">Le souhaitable est possible : les quatre pistes de l’écologie politique</a>), seule capable d’offrir une prise en compte globale de tous les aspects de ces crises.</p>
<p>Et cela d’autant plus que dans des situations pareilles, les Etats ont toujours tendance à répondre à ces moments de déstabilisation par une engrenage toujours plus sécuritaire (Ben Kramer, <a href="http://ecolosphere.net/archives/188-pour-une-autre-grille-de-lecture-la-crise-les-crises-entre-guerres-et-paix/">Pour une autre grille de lecture. La crise, les crises entre guerres et paix</a>). Mais alors, quel système économique viable faut-il défendre ? John Gowdy et Jon D. Erickson croient à une économie écologique dont ils décrivaient dès 2004 les grands principes dans leur article fondamental sur <a href="http://ecolosphere.net/archives/51-la-demarche-de-l-economie-ecologique/">La démarche de l’économie écologique</a>. De son côté Alain Caillé et la revue du Mauss soutenaient en 2008 un <a href="http://ecolosphere.net/archives/164-quasi-manifeste-pour-une-economie-politique-institutionnaliste/">quasi-manifeste pour une économie politique institutionnaliste</a>.</p>
<p>En pleine campagne électorale pour les européennes, il paraît aussi important de voir ce que la gauche propose pour répondre à la crise et relancer l’économie (Emmanuelle Cosse, La crise, la gauche et l’écologie, réponses à géométrie variable).</p>
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		<title>(Pour une autre grille de lecture) La crise, les crises entre guerres et paix</title>
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		<pubDate>Sun, 24 May 2009 13:51:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ben Cramer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>

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		<description><![CDATA[Quelles réponses la crise actuelle provoque-t-elle ? On aurait pu croire qu’elle obligerait les Etats, notamment au sein de l’Union européenne, à relancer les processus démocratiques. Loin de là, on voit plutôt ressurgir une économie de guerrière et sécuritaire.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous allons assister à un phénomène assez surréaliste : quel que soit le nombre de victimes de la réglementation boursière, ou du dérèglement climatique, la croissance zéro que nous prédisent les experts de l’OCDE risque d’aller de pair avec une croissance zéro de la démocratie. Une mise au pas de ceux qui ne vont pas se satisfaire du statu quo et qui estiment qu’ils n’ont pas à payer les pots cassés du néolibéralisme, même celui qui se refait un lifting avec interventionnisme de l’Etat et greenwashing à l’appui.<br />
La croissance zéro de la démocratie correspond à une logique de pacification auquel recourent aisément des élites en mal de légitimité. D’ailleurs, la croissance économique zéro aménagée sur fond de crise écologique va s’accompagner ou plutôt se traduire par une croissance de la militarisation ; le boom du secteur de l’armement – un secteur qui ne connaît pas la crise – est là pour nous rappeler qu’il prospère à l’ombre des idéologies sécuritaires. Or, si l’on se réfère aux Etats-Unis, seule une reconversion totale d’une économie qui ne vit que par et pour le complexe militaro-industriel pourrait sortir le pays de l’endettement et conduire un réel développement social.<br />
Qu’on nous parle d’égalité des chances ou égalité des malchances, la relance démocratique &#8211; qui permettrait à tout un chacun d’avoir la tête hors de l’eau et d’avoir son mot à dire dans la marche du monde –<sup>[1]</sup> ne figure dans aucun programme de la sortie de crise.</p>
<p><strong>A l’Ouest, rien de nouveau ? </strong><br />
Dans les années 70, la Commission Trilatérale développait ses thèses insolites sur l’avenir de la démocratie. Tout adepte de la décroissance ferait d’ailleurs bien de relire ce chef d’œuvre du genre <a href="http://www.chapitre.com/CHAPITRE/fr/search/Default.aspx?source=BOOKS&amp;titre=DEMOCRATIE CROISSANCE ZERO">(Maurice Goldring, Editions Sociales, 1978) </a>que la gauche dans son ensemble n’a peut-être pas pris la peine d’évaluer à sa juste mesure. A l’époque, le nouvel ordre économique international faisait débat au sein des instances onusiennes et certaines voix tiersmondistes ou « non alignées » revendiquaient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Depuis cette époque, beaucoup d’eau (polluée) est passée sous les ponts. Avec le dernier sommet du G20, nous savons que la « sécurité alimentaire mondiale » (par exemple) est laissée à la merci des « contributions volontaires bilatérales ». Les engagements de progrès social et les efforts de rattrapage accordés aux exclus du progrès, tels que prévus lors du Sommet du Millénaire et affichés dans les Objectifs font figure de reliques du passé et risquent de tomber dans les oubliettes de l’Histoire. Selon les derniers chiffres de la Commission de l&#8217;assistance au développement de l’OCDE concernant 2007, le total des promesses d&#8217;assistance en matière d&#8217;éducation de base sont passées de 5,5 milliards de dollars en 2006 à 4,3 milliards en 2007, soit une baisse de près de 22 %. Le rapport de l&#8217;<a href="http://portal.unesco.org/fr/ev.php-URL_ID=3328&amp;URL_DO=DO_TOPIC&amp;URL_SECTION=201.html">UNESCO</a> prévient de façon fort diplomatique que le monde risque de ne pas atteindre les objectifs fixés par la communauté internationale à Dakar en 2000. Les prévisions indiquent que l&#8217;objectif d&#8217;une éducation primaire universelle d&#8217;ici à 2015 ne sera pas atteint.</p>
<p><strong>Europe(s), paix &amp; environnement</strong><br />
Les rétrospectives ne sont pas inutiles. A l’ombre des années de plomb, VGE venait en 1977 inaugurer le Palais de l’Europe à Strasbourg. Plutôt que d&#8217;y associer les peuples du Conseil de l&#8217;Europe, les Six de la CEE paradaient avec « leur » convention européenne antiterroriste. Un avant-goût de la forteresse Europa et la mort annoncée du droit d’asile. Hélas, la nouvelle génération a occulté les tares originelles de cette construction européenne. Tout comme la famille écologiste occulte souvent le fait que Hiroshima et Nagasaki sont les événements fondateurs de l’écologie politique. Cette Europe a-t-elle transformé notre vision du monde ?</p>
<p>Selon un sondage CSA/EuropaNova/Nouvel Observateur publié à la veille du 50e anniversaire du Traité de Rome (1957-2007), les Français estimaient que, dans les prochaines années, l&#8217;Europe (les 27 membres de l’UE) s&#8217;illustrera principalement dans le monde par son action en faveur de l&#8217;environnement et de la paix. Ce sondage peut paraître quelque peu anachronique. Pourquoi ? Pas parce que ces mots, à force d’être scandés, ont fini par être vidés de sens. Pas seulement parce que les hommes et femmes qui incarnent ces valeurs se font rares, mais surtout parce que les priorités sont ailleurs. Aux yeux de 68 % des citoyens européens (de l&#8217;UE), le problème qui leur paraît le plus sérieux, ce n&#8217;est pas le terrorisme international (53 %), ni le péril climatique (62 %) mais&#8230; la pauvreté ! L&#8217;information ne vient pas de la Délégation à l&#8217;Information et à la communication de la Défense (<a href="http://www.defense.gouv.fr/dicod/decouverte/departement_strategie/departement_strategie__1">DICOD</a>). Elle a pour source l&#8217;UE via l’<a href="http://www.eurosfaire.prd.fr/news/consulter.php?id=2093">Eurobaromètre (octobre 2008)</a>. Les adeptes de la décroissance doivent donc un peu changer leur fusil d’épaule et revendiquer en priorité la décroissance des inégalités sociales, la seule décroissance qui n’a pas vraiment été prévue.</p>
<p><strong>Quelle sortie verte de la crise ? </strong><br />
Face à la crise écologique qui se propage, ou qui trouve des oreilles plus attentives, il serait illusoire de faire abstraction des dégâts sociaux (« collatéraux » !?) sous prétexte qu’on mette en relief les ravages du gaspillage. La fétichisation de la marchandise n’a pas transformé le monde en un vaste supermarché. Mais les dépotoirs s’exportent bien, tout comme vont s’internationaliser les poubelles nucléaires. Dans l’optique de l’économie du pire ? L’Europe a vécu sa première crise pétrolière en tournant le dos aux recommandations du <a href="http://www.clubofrome.org/eng/home/">Club de Rome</a>… mais n’avait pas conçu de plan de relance de… la pollution, comme elle vient de le faire lors du dernier sommet du G20. A ce propos, peut-on relancer l’économie autrement ?<br />
Achim Steiner, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), estime que la crise est une opportunité et qu’il faut profiter de l’occasion de relancer l’économie, s’engager aujourd’hui dans un véritable « »New Deal vert’ pour éviter le krach écologique. A l’instar du président américain Franklin D. Roosevelt, qui avait lancé son « New Deal » pour sortir de la dépression des années 1930, Steiner a présenté son plan pour en finir avec la crise : 750 milliards de dollars d’investissements, notamment dans le développement des énergies renouvelables. Après tout, pour ceux qui sont effrayés par les chiffres, rappelons que cela ne représente que 1 % du PIB mondial. Soit, si l’on se base sur les chiffres de Stiglizt, le coût des guerres en Irak et en Afghanistan (à raison de 150 milliards $ par an, soit 17,1 millions $ par heure ). Ou encore… le budget annuel de la défense des Etats-Unis (620 milliards $ officiels, excluant les opérations militaires en cours).</p>
<p><strong>Revoilà l’« économie de guerre »</strong><br />
On peut sans doute considérer que la destruction de richesses prélevées sur les activités sociales et productives du monde, par l’entrée en crise systémique de ce nouveau régime d’accumulation financière, est équivalente aux destructions économiques d’un conflit militaire mondial. Mais ce constat ne suffit pas. Désormais, la gestion de la crise, des crises (écolo-économico-financières), va s’accompagner de nouvelles conflictualités et se nourrir d’elles. Ici et ailleurs. En raison de la crise écologique, les conflits de faible et moyenne intensité – un concept qui fait écho à la souplesse dans la consommation des arsenaux, à la furtivité des opérations punitives et à la puissance modulable des charges (têtes) nucléaires – ont un grand avenir devant elles. Pourquoi ? Parce qu’une lutte à mort va s’engager pour s’accaparer les matières premières et autres ressources périssables (en voie de disparition). Les États/territoires qui détiennent des matières premières (uranium) ou autres minerais stratégiques, ou pierres précieuses (diamants) risquent quatre fois plus que d&#8217;autres de faire les frais d&#8217;un conflit armé dans les années qui viennent. Selon le <a href="http://www.delaplanete.org/shop/index.php">WorldWatch Institute</a> (2005), l&#8217;exploitation et (puis) le commerce des matières premières &#8211; joueraient un rôle dans environ un quart (¼) des 50 guerres et conflits armés.<br />
Coïncidence du calendrier, bien sûr, les perturbations climatiques sont perçues au Pentagone, tout comme à la tête de la Commission Européenne, comme « un facteur multiplicateur de conflits »<sup>[2]</sup>.</p>
<p><strong>Le maintien de l’ordre </strong><br />
En attendant le sauve-qui-peut des banquiers, le gonflement des dettes publiques – une arme supplémentaire contre les générations futures &#8211; une stratégie de pacification est mise en scène sur le front intérieur car la croissance de la misère n’est pas perçue comme un symptôme mais comme une menace. Pour casser le mouvement social, les dirigeants de cette « Europe truquée » (comme disait Claude Bourdet) ont misé sur leur vision transnationale, histoire de renverser le rapport de force en faveur de ceux et celles pour qui les frontières incarnaient une relique d’une vieux monde braqué sur la ligne bleue des Vosges et incapable de se mondialiser. L’OTAN y a beaucoup contribué. La répression française en Algérie a été présentée à Paris comme « liée au système de sécurité atlantique ». Plus tard, la Sainte-Alliance s’est illustrée avec la stratégie de la tension en Italie. D’ailleurs, si l’on y regarde d’un peu plus près, la priorité du maintien d’un certain ordre explique en grande partie l’ « OTANisation » officialisée de la France de Sarkozy. En effet, depuis les années 70 justement, les stratèges américains cherchent à faire comprendre à leurs alliés (européens) que l’OTAN n’a pas seulement pour objectif le maintien de l’intégrité territoriale mais aussi celui de « l’intégrité politique » (sic) de ses Etats membres <em>(voir également <a href="http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/polit_0032-342x_1976_num_41_6_1702_t1_0650_0000_2">Janet Finkelstein</a>).</em><br />
Avant de prétendre policer à l’est de l’Oural, l’OTAN s’est rôdée ailleurs. Tandis que sont rançonnés ici et là quelques « Etats en faillite » (sic), ou Failed States, les « pirates » en tout genre prolifèrent, ceux reconnus comme tels et les autres. Le brigandage qui a pris son essor entre Aden et les côtes somaliennes n’est peut-être que la réponse du berger à la bergère. En tout cas, nul ne pourra s’étonner outre mesure que les tenants de l’ordre nucléaire international ont propagé le concept d’Etats « voyous », conformément à leur vision des pauvres « naturellement » tentés par la délinquance.<br />
La militarisation des relations internationales se conjugue subtilement avec une répartition internationale de la menace de mort et du travail répressif. Le maintien d’une certaine paix sociale à l’intérieur des frontières est lié à la capacité des élites de se positionner dans la hiérarchie internationale, en tant que distributeur d’uranium ou de marchand d’armes ou… les deux à la fois. L’OTAN, plutôt que se placer sous la tutelle des Nations Unies, tente de plus en plus de lui ravir la vedette en s’attribuant sous d’autres latitudes le rôle de gendarme international – même si elle ne survivra pas à une défaite sur les fronts afghans.</p>
<p><strong>La guerre de tous contre tous ? </strong><br />
Certes, les dérives autoritaires peuvent éventuellement se combiner avec une trêve aux frontières, mais ne nous leurrons pas. Un conflit inter-étatique, inter-national est pour les élites politiques une béquille (avec ses variantes y compris la grippe dite ‘mexicaine’ par exemple), qui a pour fonction, la psychose aidant, de maintenir une certaine paix sociale. Cette paix est fragile et le recours aux délocalisations que préconisent les élites économiques n’aide pas à calmer le jeu. Aussi espère-t-on parfois miser sur des « mobilisations générales » face à des prétendues menaces extérieures, au risque d’ailleurs, par un effet boomerang qui dépasse tout le monde, d’entraîner un crescendo dans les conflits sociaux.<br />
En attendant, il n’y a pas d’un côté la militarisation des relations sociales et puis parallèlement – comme le laissent entendre certains écolo-pacifistes, &#8211; un avenir radieux de désarmement nucléaire qui réconcilierait Gandhi avec Engels. Mettre en avant les bienfaits de la non-violence comme seul et unique rempart aux « méchants », comme seule alternative salvatrice à tout ce qui est militaire, est risqué : cela freine toute réflexion quant à l&#8217;interaction entre la militarisation et l&#8217;idéologie sécuritaire. On ne peut pas, d’un point de vue purement polémologique, compartimenter les fronts de lutte et doser la diffusion de la violence comme si elle serait forcément échelonnée dans le temps et limitée dans l’espace. Les violences sociales vont déboucher sur une montée des tensions géopolitiques et réciproquement.<br />
Les OMD sont perçues comme des illusions perdues, au même titre que les « dividendes de la paix » qui devaient succéder, il y a vingt ans, à l’effondrement du Mur de Berlin. L’idée de mettre sur pied un fonds spécial du désarmement (pour le développement), comme le proposa en 1978 le président Giscard d&#8217;Estaing devant l&#8217;Assemblée Générale des Nations Unies a fait long feu. Depuis la médiatisation de la Taxe Tobin et la montée en puissance du mouvement Attac, on aurait pu développer l’idée de taxer les armes, les ogives nucléaires, certains systèmes d’armes, mais il semble que les économistes ne veulent pas trop s’attaquer à cette vache sacrée. Cet abandon n’est pas unique. Le « développement durable » semble lui aussi en perte de vitesse. Comme disait Alain Touraine au lendemain du 11 septembre : <em>« Pardonnez mon extrême naïveté, ou mon extrême pessimisme, mais face à la guerre, on ne s’occupe que des gens qui sont tout près, qui sont de l’autre côté du champ de bataille. La guerre, par définition, est la négation de l’avenir et du lointain ».</em><br />
La zone de turbulences que nous traversons va-t-elle frayer la voie à un <a href="http://www.globalzero.org/fr/un-monde-sans-armes-nucl%C3%A9aires">programme Global Zéro nucléaire</a> ? Quelques repentis de la dernière heure tels ces généraux et ex-responsables américains (dont Henry Kissinger) puisent dans une morale « reliftée » leur ardeur de peacewashing (en référence au greenwashing). Mais il faudrait rajouter, au risque de se brouiller avec des alliés de circonstances, que leurs incantations (peu convaincantes au demeurant) – sur la nécessité de démilitariser ou du moins dénucléariser les relations internationales &#8211; se gardent bien de soulever le seul sujet qui fâche : le fardeau plutôt inconvenant des dépenses qui y sont associées. Et pourtant…Le désarmement n’a aucune chance d’avoir le moindre impact ou un zeste de réussite s’il n’est pas associé au développement social, s’il exclut des retombées sociales. Au pays d’Obama, seule une reconversion totale d’une économie qui ne vit que par et pour le complexe militaro-industriel pourrait sortir le pays de l’endettement. Reste à savoir si la crise actuelle y conduit…</p>
<p><strong>Et la relance… démocratique ? </strong><br />
Tandis que la crise financière débouche sur un retour de l’Etat et de la puissance publique, la question de la sécurité et toutes ses résonances revient au premier plan. Comment va-t-on faire fusionner sécurité civile, sécurité militaire, sécurité environnementale et maintien de l’ordre ? Si l’on parle ici de sécurité, il ne s’agit pas de la sécurité des biens, ni de la sécurité (militaire) qu’offre l’Amérique via son parapluie nucléaire et demain son gadget high tech de bouclier antimissile. Il ne s’agit pas non plus de la sécurité de l’emploi mais de la sécurité tout court, le plus court chemin vers le droit à la vie, notamment dans des pays où les travailleurs dans leur majorité ne disposent pas de sécurité (protection) sociale. <em>« Moins d’argent pour les armes, c’est plus d’argent pour la sécurité »,</em> entre parenthèses la social security, voilà un slogan et un programme qui se propagent ces temps-ci parmi un réseau d’<a href="http://www.wri-irg.org/fr/taxonomy/term/90">ONG indiennes</a>. A l’heure où certains seraient tentés par de nouveaux efforts de guerre, la formule a du sens. Elle ne figure pas au programme des élites corrompues qui misent plutôt sur la rentabilité de la destruction, les dividendes de marchandises qui se consomment sur les théâtres d’opération. Mais une sortie de crise ne passe-t-elle pas par la démilitarisation de nos « avancées »économiques ?<br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_188" class="footnote">« droit à l’accès juste pour tous à l’alimentation, au logement, à l’énergie, à l’éducation, à la santé, au transport, à l’information, à la démocratie et à l’expression artistique »</li>
<li id="footnote_1_188" class="footnote"><a href="http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/99389.pdf)">http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/IMG/pdf/99389.pdf)</a>). Là encore, la crise ne débouche pas sur un modus vivendi avec une mise en commun des moyens face à la généralisation de menaces pour l’humanité et une gestion rationnelle pour réduire nos empreintes destructrices. La crise climatique provoque même des réflexes surprenants. Ainsi, le célèbre agro-économiste Lester Brown, que consultent régulièrement les « grands » de ce monde, estime que nous devons entrer en « économie de guerre » (sic). Pour appuyer son propos, <a href="http://www.earth-policy.org/About/Lester_bio.htm">Lester Brown</a> fait référence à la bataille de Pearl Harbor, de décembre 1941. Celle-ci opéra comme un « déclencheur » qui accéléra la conversion de l’économie américaine en une économie de guerre dans un temps record, dit-il. Il escamote au passage que ce fut aussi le déclenchement dès février 1942 de l’internement de 110 000 Japonais et citoyens américains d&#8217;origine japonaise dans des War Relocation Centers. Il oublie surtout que si les Etats-Unis ont un PIB supérieur à celui de l’Europe, c’est parce qu’ils ont toujours été en guerre, comme l’explique Jacques Le Cacheux ((économiste à l’Observatoire français des Conjonctures Economiques, il est l’un des rapporteurs de la Commission Stiglitz. </li>
</ol>
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		<title>Le passé ne reviendra pas</title>
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		<pubDate>Sun, 24 May 2009 12:52:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hervé Kempf</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>

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		<description><![CDATA[Attention, le discours qui suit est radicalement contraire au discours dominant. Respirez...]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">Publié dans <a href="http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/02/14/le-passe-ne-reviendra-pas-par-herve-kempf_1155381_3232.html"><em>Le  Monde</em></a>, le 14 février 2009</p>
<h3>Trois idées :</h3>
<p>
<div class="inset">1.</div>
<p>La crise économique est une bonne nouvelle. Imaginez ce qui serait arrivé si le produit intérieur brut (PIB) de la Chine avait continué à croître de 10&nbsp;% l&#8217;an, celui des Etats-Unis de 5&nbsp;%, celui de l&#8217;Europe de 2,5&nbsp;%. Les émissions de gaz à effet de serre auraient rapidement atteint le seuil faisant basculer dans l&#8217;irréparable le changement climatique ; l&#8217;effondrement de la biodiversité se serait accéléré, précipitant la société humaine dans un chaos indescriptible. En stoppant cette croissance folle du PIB mondial, la «&nbsp;crise économique&nbsp;» permet d&#8217;atténuer les assauts de l&#8217;humanité sur la biosphère, de gagner du temps et de réfléchir à notre réorientation.</p>
<p>
<div class="inset">2.</div>
<p> La crise, sinon son moment, était prévisible pour les États-Unis mais aussi pour la Chine. L&#8217;auteur de ces lignes écrivait en 2006 : <em>« Nous sommes entrés dans un état de crise écologique durable et planétaire. Elle devrait se traduire par un ébranlement prochain du système économique mondial. Les amorces possibles pourraient s&#8217;allumer dans l&#8217;économie arrivant à la saturation et se heurtant aux limites de la biosphère : un arrêt de la croissance de l&#8217;économie américaine, minée par ses trois déficits géants, de la balance commerciale, du budget, de l&#8217;endettement interne. Comme un toxicomane qui ne tient debout qu&#8217;à coups de doses répétées, les États-Unis, drogués de surconsommation, titubent avant l&#8217;affaissement&nbsp;; un fort freinage de la croissance chinoise, sachant qu&#8217;il est impossible qu&#8217;elle tienne durablement un rythme de croissance annuel très élevé. Depuis 1978, la Chine a connu une croissance annuelle de son économie de 9,4 %. Le Japon est un précédent à ne pas oublier : vingt ans de croissance stupéfiante, puis l&#8217;entrée en stagnation durable au début des années 1990. »</em> Veuillez pardonner ce rappel. Il ne vise qu&#8217;à asseoir le pronostic que voici : l&#8217;économie mondiale ne «&nbsp;repartira&nbsp;» pas comme avant, la croissance mondiale du PIB ne reviendra pas à 5 %, l&#8217;expansion très rapide de la Chine et de l&#8217;Inde est finie. Il nous faut dessiner un monde nouveau, une autre économie, une autre société, inspirés par l&#8217;écologie, la justice et le souci du bien commun.</p>
<p>
<div class="inset">3.</div>
<p> Que faire ? Arrêter de singer Keynes et de se croire en 1929 quand on est en 2009 : la dépense, l&#8217;endettement, l&#8217;inflation, ne sont pas la solution. Replâtrer l&#8217;édifice ne réparera pas des fondations ruinées. Il importe au contraire d&#8217;opérer une redistribution de la richesse collective en direction des pauvres ; l&#8217;outil pourrait en être le revenu maximal admissible (RMA). La réduction de l&#8217;inégalité aidera aussi à changer le modèle culturel de surconsommation, et rendra supportables les baisses nécessaires et inéluctables de la consommation matérielle et de la consommation d&#8217;énergie dans les pays riches. Autre exigence : orienter l&#8217;activité humaine vers les domaines à faible impact écologique, mais créateurs d&#8217;emploi, et où les besoins sont immenses : santé, éducation, culture, énergie économe, agriculture, transports collectifs, nature.</p>
<p>Facile ? Non. Mais plus réaliste que de croire possible le retour à l&#8217;ordre ancien, celui d&#8217;avant 2007.</p>
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		<title>Quasi-manifeste pour une économie politique institutionnaliste</title>
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		<pubDate>Sun, 24 May 2009 12:32:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Caillé</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://ecolosphere.net/mise-en-route/?p=164</guid>
		<description><![CDATA[Dès qu’il s’agit d’exposer les grands traits de ce à quoi ressemble ou pourrait ressembler une approche non standard et non orthodoxe de l’économie, et d’en déduire quelques conclusions de politique économique, il apparaît très vite que les différences entre les diverses écoles économiques non standard sont beaucoup moins importantes que ce qu’elles ont en commun. On tente ici de clarifier, d’expliciter et d’enregistrer les lignes de convergence principales qui relient les différentes approches non standard de l’économie, sans sous-estimer les problèmes théoriques et conceptuels qui subsistent et qui devront être affrontés très prochainement. L’hypothèse sous-jacente – qui est d’ailleurs aussi bien un programme de recherche – est que c’est seulement sous la bannière d’une économie politique institutionnaliste que les diverses écoles d’une science économique non standard ont une chance de trouver et de pleinement comprendre ce qui fait leur unité potentielle. Ajoutons que ce programme non standard n’est pas vu comme une alternative frontale à la science économique standard – beaucoup d’économistes orthodoxes pourraient manière très générale, ce qui subsiste aujourd’hui de la grande tradition et de l’inspiration de l’économie politique classique s’exprime sous la forme de propositions institutionnalistes. L’alliance entre économie politique et institutionnalisme est donc toute naturelle. La proposition centrale de l’institutionnalisme est qu’aucune économie ne peut fonctionner en l’absence d’un cadre institutionnel adéquat. Les conditions d’une bonne marche de l’économie résident à la fois dans l’existence d’un système institutionnel général clairement défini et dans la dynamique d’ensemble de la société civile. Ou, encore plus brièvement, les institutions importent, en effet, et elles doivent être au service de la vitalité et de la créativité de la société. Les différences entre les divers institutionnalismes procèdent des diverses manières d’analyser ce contexte institutionnel (selon qu’on met l’accent sur la culture, le droit, l’État, etc.) et son origine (plus ou moins synchronique ou diachronique, individuelle ou collective, etc.). Une économie politique institutionnaliste (EPI) ne sépare pas l’analyse des marchés de la réflexion sur l’arrièreplan politique et éthique d’une économie. Plus précisément, elle ne croit pas qu’il soit possible d’analyser : 1° d’abord le marché ou l’économie et 2° seulement après, les institutions nécessaires à leur bon fonctionnement. Au contraire, elle croit que les institutions économiques sont étroitement enchevêtrées avec des normes politiques, juridiques, sociales et éthiques, et qu’elles doivent toutes être étudiées et pensées en même temps. Le politique, entendu différemment de la politique ou des politiques économiques, est le lieu ou le moment où cet enchevêtrement trouve sa forme. 3. Un institutionnalisme situé Pour cette raison, les concepts théoriques généraux d’une économie politique institutionnaliste, comme les conclusions pratiques qu’il est possible d’en tirer, ne peuvent pas être purement en fait acquiescer à nombre des propos qui vont être énoncés ci-après –, mais plutôt comme l’esquisse d’une perspective générale nécessaire à la bonne compréhension de la plus grande part des progrès analytiques accomplis par la science économique standard.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Ce texte a été publié dans la Revue<em> <a href="http://www.etopia.be">Etopia</a> </em>n°4, juin 2008</p>
<p>Texte initié par Alain Caillé, fondateur du MAUSS (Mouvement Anti-Utilitariste dans les Sciences Sociales) et publiée dans le n°30 de <em>La Revue du MAUSS.<br />
</em></p>
<p><strong>A. Principes généraux</strong></p>
<p><em>1. Économie politique versus science économique</em></p>
<p>Il y a deux manières principales d’être un économiste et de pratiquer l’analyse économique. La première, historiquement, a été celle de l’économie politique. La seconde se présente sous l’étiquette de la science économique. Nous considérons qu’il convient de reconnaître à la première une priorité et une supériorité de principe sur la seconde, ce qui revient à dire que la science économique ne doit pas être pensée comme une science mécanique ou mathématique (même si les mathématiques peuvent être appelées à y jouer un rôle important), mais comme une discipline ayant des liens étroits avec la science sociale générale et la philosophie morale et politique. Ainsi entendue, l’économie politique apparaît comme une branche de la philosophie politique qui n’est elle-même rien d’autre que la forme la plus générale de la science sociale. Et la science économique, correctement interprétée, ne fait sens que vue comme le moment analytique de l’économie politique.</p>
<p><em>2. Un institutionnalisme politique</em><br />
Toutes les écoles non orthodoxes en économie, ou presque, peuvent être dites institutionnalistes, au moins si l’on entend l’institutionnalisme en un sens suffisamment large et pas trop déterminé (ce qui est connu aujourd’hui sous le nom de néo-institutionnalisme étant un segment de cette vaste école institutionnaliste). De manière très générale, ce qui subsiste aujourd’hui de la grande tradition et de l’inspiration de l’économie politique classique s’exprime sous la forme de propositions institutionnalistes. L’alliance entre économie politique et institutionnalisme est donc toute naturelle.<br />
La proposition centrale de l’institutionnalisme est qu’aucune économie ne peut fonctionner en l’absence d’un cadre institutionnel adéquat. Les conditions d’une bonne marche de l’économie résident à la fois dans l’existence d’un système institutionnel général clairement défini et dans la dynamique d’ensemble de la société civile. Ou, encore plus brièvement, les institutions importent, en effet, et elles doivent être au service de la vitalité et de la créativité de la société. Les différences entre les divers institutionnalismes pro¬cèdent des diverses manières d’analyser ce contexte institutionnel (selon qu’on met l’accent sur la culture, le droit, l’État, etc.) et son origine (plus ou moins synchronique ou diachronique, individuel¬le ou collective, etc.). Une économie politique institutionnaliste (EPI) ne sépare pas l’analyse des marchés de la réflexion sur l’arrière-plan politique et éthique d’une économie. Plus précisément, elle ne croit pas qu’il soit possible d’analyser : 1° d’abord le marché ou l’économie et 2° seulement après, les institutions nécessaires à leur bon fonctionnement. Au contraire, elle croit que les institutions économiques sont étroitement enchevêtrées avec des normes politiques, juridiques, sociales et éthiques, et qu’elles doivent toutes être étudiées et pensées en même temps. Le politique, entendu dif¬féremment de la politique ou des politiques économiques, est le lieu ou le moment où cet enchevêtrement trouve sa forme.</p>
<p><em>3. Un institutionnalisme situé </em><br />
Pour cette raison, les concepts théoriques généraux d’une économie politique institutionnaliste, comme les conclusions pra¬tiques qu’il est possible d’en tirer, ne peuvent pas être purement spéculatifs. Ils ne sauraient être appliqués n’importe où et n’importe quand sans prendre en considération le contexte historique et social dans lequel une économie spécifique est encastrée. Si ces concepts sont nécessairement abstraits, comme tous les concepts, ils ne sont jamais hypostasiés.</p>
<p><strong>B. Principes théoriques, thèses et résultats </strong></p>
<p><strong>Positions critiques </strong></p>
<p><em>4. Au-delà des paradigmes standard et étendu </em><br />
Toutes les écoles institutionnalistes sont critiques tant des hypothèses de base relatives à Homo oeconomicus (information parfaite, rationalité maximisatrice paramétrique et égoïste) que de la théorie classique de l’équilibre général qui affirme que la libre coordination entre de tels agents conduit spontanément et automatiquement à un optimum économique. Nul besoin d’y insister ici. Ce qu’il est possible d’appeler le paradigme standard étendu, qui s’appuie massivement sur la théorie des jeux et sur l’idée d’une rationalité stratégique – i.e. que l’agent économique ne calcule plus tant l’utilité qu’il peut retirer de sa consommation des biens et services que celle qu’il est susceptible d’obtenir de sa défection ou de sa coopération avec d’autres agents économiques –, montre qu’il n’est possible d’atteindre que des coordinations locales et des équilibres sous-optimaux. Mais de tels équilibres sont en fait purement tautologiques. Une économie politique institutionnaliste pose qu’aucune coopération viable et durable ne peut être obtenue et structurée à travers la seule rationalité instrumentale, qu’elle soit paramétrique ou stratégique. Toute coordination, pour être effective, implique plus ou moins le partage de certaines valeurs et l’existence d’une régulation politique.</p>
<p><em>5. Au-delà de la dichotomie marché/État </em><br />
Toutes les formes d’institutionnalisme mettent l’accent sur l’incomplétude et les échecs inévitables de la régulation par le seul marché. Aucune ne préconise la substitution d’une économie étatique à la régulation marchande pure, mais toutes reconnaissent que l’État (entendu en un sens plus ou moins extensif) doit jouer un rôle. Mais ce qui importe, c’est d’échapper à l’idée que la relation souhaitable entre marché et État serait une relation à somme nulle, l’État étant perçu comme le seul remède véritable aux défaillances du marché et le marché comme le seul remède authentique aux échecs de l’État. L’économie politique institutionnaliste tient que, plus encore peut-être que les formes marchandes ou étatiques de régulation et de coordination, ce qui importe, c’est la coordination sociale générale. À côté de l’État et du marché, l’économie politique institutionnaliste doit donc aussi penser à la société elle-même, quoi qu’on mette par ailleurs sous ce terme : la société civile ou associative ou, plus généralement, toute forme de faisceau de relations sociales, locales, nationales ou supranationales.</p>
<p><strong>Résultats </strong></p>
<p><em>6. Trois modes institués de circulation et non un seul</em></p>
<p>Comme il a été montré par Karl Polanyi et par d’autres, les biens et les services ne circulent pas seulement à travers le système du marché (et a fortiori pas seulement à travers le marché autorégulé), mais aussi via la redistribution, mise en oeuvre par une forme ou une autre de sommet (aujourd’hui l’État) conformément à un principe de centricité, et via la réciprocité, conformément à un principe de symétrie. La réciprocité est ce qui donne son impulsion à ce que Marcel Mauss, dans l’Essai sur le don, appelle la triple obligation de donner, recevoir et rendre. Comme aucun de ces trois modes de circulation ne peut réellement exister et fonctionner tout seul, comme chacun d’entre eux emprunte nécessairement certaines ressources aux deux autres (et leur en cède par ailleurs), l’articulation entre marché, redistribution et réciprocité – toujours différente en fonction des divers contextes historiques, culturels et politiques – ne peut pas se former naturellement et spontanément. Elle doit être instituée.</p>
<p><em>7. Qu’il n’existe pas de one best way synchronique en matière d’institutions. La dépendance par rapport à la trajectoire </em>(the path dependency)<br />
En d’autres termes, une des conclusions principales de l’économie politique institutionnaliste est qu’il n’existe pas de one best way économique, pas d’ensemble unique de recettes ou de montages techniques susceptibles d’être appliqués tels quels en tout temps et en tout lieu, sans qu’il soit nécessaire d’étudier de manière détaillée le contexte historique, social et géographique, ou la dépendance par rapport à la trajectoire (path dependency) d’un système économique spécifique. Voilà qui place l’économie politique institutionnaliste en forte opposition avec l’ainsi nommé Consensus de Washington – qui croit que le marché peut et doit être implanté toujours et partout comme s’il s’agissait d’une sorte de machine – aussitôt qu’on a décidé de le faire et indépendamment du contexte politique et institutionnel existant.</p>
<p><em>8. Qu’il n’existe pas de one best way diachronique en matière d’institution.</em></p>
<p>De l’impermanence de toute chose Pour les mêmes raisons, aucun montage institutionnel, quelque excellent qu’il ait pu être pour une période historique donnée, ne peut durer éternellement. L’équilibre entre échange de marché, redistribution et réciprocité doit évoluer parce que l’équilibre entre les divers groupes ou classes sociales, entre les sphères du privé, du commun et du public, comme entre les sphères nationale, infranationale ou supranationale, ne peut pas rester stable.</p>
<p><em>9. Une théorie du changement institutionnel.L’autonomie par rapport à la trajectoire. Continuité et discontinuité </em></p>
<p>Il ne faudrait pourtant pas accréditer le présupposé fonctionnaliste, totalement erroné, que toutes les institutions existantes sont nécessairement bien adaptées à la société particulière qu’à la fois elles expriment et contribuent à modeler pour la seule et unique raison qu’elles existent. Une des recherches les plus urgentes à entreprendre devra permettre d’expliciter les critères permettant de déterminer quelle part d’un montage institutionnel donné doit être conservée absolument et quelle autre résolument changée.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Programme de recherche </strong></p>
<p><em>10. Une analyse multiniveau </em></p>
<p>L’économie politique institutionnaliste doit élaborer une analyse pertinente pour tous les niveaux de l’action (micro, macro, meso, etc.), depuis les contrats bilatéraux jusqu’aux compromis politiques les plus englobants en passant par tout le spectre de la construction d’associations, des plus privées aux plus publiques, de la sphère individuelle à la sphère collective et ainsi de suite.</p>
<p><em>11. Une autre théorie de l’action </em></p>
<p>Parce qu’elle ne se satisfait ni de la fiction classique de l’<em>Homo oeconomicus</em> – liée à une conception paramétrique de la rationalité – ni de la version standard étendue – liée à un concept de rationalité stratégique –, l’économie politique institutionnaliste se doit de développer une théorie spécifique de l’action sociale et économique. C’est probablement à ce sujet que les différences, et peut-être les divergences, entre les différentes écoles institutionnalistes sont susceptibles d’être les plus grandes. Mais le fait même qu’elles plaident toutes en faveur d’une forme ou une autre d’analyse multiniveau implique que l’économie politique institutionnaliste ne peut faire fond sur aucun individualisme ou holisme méthodologique simple et standard. Il lui faut considérer le sujet de l’action sociale comme à même d’agir non seulement en tant qu’individu isolé et centré sur lui-même, mais aussi comme membre d’une famille (et agissant dans le sens des intérêts de sa famille), d’un groupe de pairs, de diverses organisations et institutions, ou d’une ou plusieurs communautés sociales, politiques, culturelles ou religieuses (et agissant pour leur compte), etc. Plus généralement, même de simples acteurs économiques ne peuvent pas être considérés purement et simplement comme des calculateurs maximisateurs. Ils essaient aussi de trouver du sens à ce qu’ils font. Et il faut prendre ce sens en considération et le comprendre, au moins autant que la « rationalité » individuelle.</p>
<p><strong>C. Propositions normatives </strong></p>
<p><em>12. D’abord construire une communauté politique </em><br />
La conclusion la plus générale qu’il soit possible de tirer est qu’on ne peut pas avoir d’efficacité économique durable sans édifier une communauté politique et éthique durable parce que forte et vivante. Et il ne peut pas exister de communauté politique durable et vivante qui ne partage pas certaines valeurs centrales et le même sens de ce qui est juste. Si donc elle n’est pas aussi une communauté morale.</p>
<p><em>13. Construire une communauté démocratique </em><br />
Aucune communauté politique moderne ne peut être bâtie sans se référer à un idéal de démocratie. Le problème est que, comme chacun sait, il existe des visions et des définitions multiples et conflictuelles de la démocratie, souvent d’ailleurs largement rhétoriques et idéologiques (une forme d’hommage du vice à la vertu en quelque sorte). La difficulté principale en la matière est probablement la suivante : là où la démocratie n’existe pas réellement, quelle est la priorité ? D’abord construire la communauté politique, démocratique ou non, et seulement après se battre pour sa démocratisation ? Ou bien tenter de bâtir immédiatement la communauté politique comme une communauté démocratique dans l’espoir que le partage de l’idéal démocratique sera le meilleur ciment de la communauté politique ? Il est impossible d’entrer ici dans ce débat immense et compliqué. Du point de vue de l’économie politique institutionnaliste, qu’il suffise de dire, pour commencer, que la caractéristique d’un régime et d’une société démocratiques est qu’ils se soucient de manière effective de donner du pouvoir (empower) au plus grand nombre possible de gens et qu’ils le prouvent en les aidant à développer leurs capabilités.</p>
<p><em>14. Bâtir une communauté morale et juste </em><br />
Aucune communauté politique ne peut être édifiée et perdurer si elle ne partage pas certaines valeurs centrales, et elle ne peut pas être vivante si la majorité de ses membres ne sont pas persuadés – à travers quelque forme de common knowledge et de certitude partagée – que le plus grand nombre d’entre eux (et tout spécialement les leaders politiques et culturels) les respectent en effet. C’est le partage plus ou moins massif des valeurs communes qui rend plus ou moins fort le sentiment que la justice règne, un sentiment qui est le ciment premier de la légitimité politique.</p>
<p><em>15. Généraliser John Rawls </em><br />
Si l’existence, la durabilité et la soutenabilité de la communauté politique ne sont pas considérées comme allant de soi, mais au contraire comme quelque chose qui doit être produit et reproduit, alors il apparaît aussitôt qu’il est nécessaire d’étendre la théorie de la justice de John Rawls. Car il ne suffit pas de dire que les inégalités ne sont justes que dans la mesure où elles contribuent à l’amélioration du sort des plus mal lotis (même si c’est bien sûr tout à fait important). Il convient d’ajouter que les inégalités ne sont supportables que si elles ne deviennent pas excessives au point de faire éclater et de mettre en pièces la communauté morale et politique. La justice ne doit pas être définie seulement du point de vue du haut qui regarde le bas, mais aussi dans l’autre sens. En d’autres termes, l’établissement d’une communauté politique implique de lutter tout autant contre la richesse privée excessive et illégitime que contre l’extrême pauvreté.</p>
<p><em>16. Généraliser Montesquieu </em><br />
Si la démocratie n’est pas vue seulement comme un système politique et constitutionnel, si on la pense, de manière plus générale, en relation avec la dynamique de la montée en puissance (empowerment) des gens, alors il ne suffit pas d’imaginer un système de division des pouvoirs et de contre-pouvoirs au sein du seul système politique (quelque nécessaire que ce soit par ailleurs), entre l’exécutif, le législatif et le judiciaire (à quoi il faudrait ajouter le quatrième pouvoir, celui des médias). Est également nécessaire un système d’équilibre des pouvoirs entre l’État, le marché et la société, ainsi que, du strict point de vue économique, entre l’échange marchand, la redistribution étatique et la réciprocité sociale.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Conclusion </strong></p>
<p><em>17. Une approche normative et comparative des institutions </em><br />
L’une des ambitions principales de l’économie politique institutionnaliste est de parvenir à déterminer le meilleur agencement institutionnel pour une société donnée à un moment donné. Parce qu’il n’existe pas de one best way institutionnelle, l’économie politique institutionnaliste s’oppose aux propositions théoriques universelles et aux normes de politique abstraites et universelles énoncées par le paradigme standard (ou standard étendu). Mais elle ne cède pas davantage à l’hypothèse inverse que (toutes) les institutions existantes sont a priori les mieux adaptées aux besoins d’une société. Elle est donc hostile au relativisme qui traite cultures et sociétés comme si elles étaient des essences homogènes et éternelles, totalement hermétiques les unes aux autres et non susceptibles de changer. Comme on l’a déjà dit, le problème est celui des critères qui permettent d’échapper tant à l’universalisme qu’au relativisme abstraits. Et cela, seule une approche normative comparative, ni universaliste ni relativiste, peut le faire.</p>
<p><em>18. Vers une théorie gradualiste réformiste-révolutionnaire de l’évolution </em><br />
L’une des conclusions principales de l’économie politique institutionnaliste est que ceux qui entendent remodeler les institutions existantes doivent de manière générale se montrer aussi modestes que prudents. Compte tenu des effets composites et enchevêtrés de tout changement institutionnel, personne ne peut être assuré du résultat final. Si une réforme est imposée pour des raisons purement idéologiques ou rhétoriques (et a fortiori si elle est imposée par une instance étrangère), le plus probable est qu’elle aboutira à des résultats opposés à ceux qui étaient recherchés. Les réformes très progressives sont alors plus sûres que les réformes brutales. Voilà qui semble plaider en faveur d’un réformisme très timide. Tel n’est pourtant pas le cas. Une bonne réforme est celle que personne (et même pas ses opposants lorsqu’ils ont remporté les élections suivantes) ne songe plus à abolir une fois qu’elle a été effectuée. Voilà le critère et la mesure de l’écart entre les institutions existantes et les institutions souhaitables : une réforme qui aurait dû être entreprise depuis longtemps et que personne ne peut plus contester une fois qu’elle commence à être mise en oeuvre. De telles réformes – appelons-les des réformes basculantes (shifting reforms) – peuvent sembler très modestes, mais peuvent pourtant avoir d’énormes conséquences. De telles réformes timides peuvent être révolutionnaires. Mais la situation politique peut être telle que seule une révolution, un changement brutal du régime politique, permette d’amorcer des réformes basculantes.</p>
<p><strong>SIGNATAIRES</strong></p>
<p><em>S’associent à ce texte (rédigé par Alain Caillé) :</em> Robert Boyer et Olivier Favereau.</p>
<p>Ainsi que : Jose Luis Corragio, Peter Hall, Geoffrey Hodgson, Marc Humbert, Ahmet Insel, Michael Piore, Ronen Palan, Paul Singer.</p>
<p>Et, depuis les rangs de la sociologie économique : Bob Jessop, Jean-Louis Laville, Michel Lallement, Philippe Steiner, François Vatin.</p>
<p>Les lecteurs qui se sentent en accord avec l’esprit de ce quasi-manifeste pour une économie politique institutionnaliste et qui souhaitent que, sur cette base, s’impulse une dynamique susceptible de déboucher sur une réorientation en profondeur de la recherche en science économique et de son enseignement sont invités à le faire savoir en remplissant et en adressant le coupon figurant page suivante à <em>La Revue du MAUSS</em>, ou, de manière plus simple, en le signalant sur la liste ouverte à cet effet par la revue <a href="http://www.leconomiepolitique.fr"><em>L’Économie politique</em></a>.</p>
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		<title>Perdre le Nord</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 10:37:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hervé Kempf</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>

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		<description><![CDATA[Publié dans Le Monde, le 19 avril 2009.
Quand arrête-t-on de se développer ? La réponse habituelle à cette question est : vous ne pouvez pas refuser aux pays du Sud d&#8217;échapper à la pauvreté et de rejoindre, tant bien que mal, le niveau de confort des pays du Nord. Certes. Que donc se développent les [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">Publié dans Le Monde, le 19 avril 2009.</p>
<p>Quand arrête-t-on de se développer ? La réponse habituelle à cette question est : vous ne pouvez pas refuser aux pays du Sud d&#8217;échapper à la pauvreté et de rejoindre, tant bien que mal, le niveau de confort des pays du Nord. Certes. Que donc se développent les pays du Sud.</p>
<p>Mais quand les pays du Nord doivent-ils, eux, arrêter ? Cette question s&#8217;y pose très concrètement quand se présentent les projets d&#8217;autoroute, zone industrielle, grande surface, lotissement, parking, etc. La raison devrait, dans la quasi-totalité des cas, conduire à en refuser la réalisation. La logique des intérêts économiques, qui camoufle sous les promesses de création d&#8217;emplois l&#8217;appétit du lucre, impose le plus généralement la coulée du béton. Le résultat de cette logique est l&#8217;aggravation constante de la crise écologique dans laquelle nous sommes engagés.</p>
<p>Ce mouvement général est presque insensible du fait qu&#8217;il résulte d&#8217;une myriade de décisions locales. Le Québec pose aujourd&#8217;hui le dilemme de manière très visible. Son premier ministre, Jean Charest, représentant des milieux d&#8217;affaires, a annoncé le 10 mars dernier devant l&#8217;Assemblée nationale de la Belle Province un &nbsp;&raquo; plan Nord &nbsp;&raquo; destiné à exploiter la région du Québec située au nord du 49e parallèle &#8211; un territoire grand comme le double de la France.</p>
<p>Le plan consiste à créer des grands barrages hydroélectriques et de vastes exploitations minières. De nouvelles routes seraient ouvertes. On peut supposer que l&#8217;industrie forestière demanderait à participer à la fête. Le Québec augmenterait ainsi ses exportations vers les Etats-Unis. Il va sans dire, comme l&#8217;a souligné le premier ministre, que &nbsp;&raquo; c&#8217;est un projet dont nous ferons un exemple de développement durable &laquo;&nbsp;.</p>
<p>Il va en le disant que ce projet générera indubitablement une pluie de dollars, mais incontestablement un torrent d&#8217;émissions de gaz à effet de serre, des pollutions de lacs et autres forêts, un appauvrissement de la faune lié au désenclavement de ces zones jusqu&#8217;à présent oubliées des hommes. Un ou plusieurs parcs nationaux seront certainement installés pour faire accroire à des citoyens volontiers crédules qu&#8217;au fond, le développement du Nord est une mesure de protection de l&#8217;environnement.</p>
<p>Ramenons le problème à sa brutale simplicité : s&#8217;il est vrai que le changement climatique, l&#8217;érosion de la biodiversité, la pollution chimique sont des problèmes majeurs, il ne faut pas développer le Nord. Le Québec en a-t-il besoin ? D&#8217;après l&#8217;Institut statistique de cette province, le revenu disponible personnel par habitant y est sensiblement égal à celui de la France ou du Japon. On peut considérer que, comme dans ces pays, cela est suffisant et qu&#8217;il n&#8217;y a pas nécessité d&#8217;enrichissement. A la société québécoise de décider si, en l&#8217;occupant, elle veut perdre le nord. Mais la situation suggère une évidence valable pour tous les pays riches : les pays développés n&#8217;ont plus besoin de se développer.</p>
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		<title>Le souhaitable est possible : les quatre pistes de l’écologie politique</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/168-le-souhaitable-est-possible-les-quatre-pistes-de-l-ecologie-politique/</link>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 10:34:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Canfin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>

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		<description><![CDATA[La très grande majorité des élections législatives ou présidentielles récentes dans les pays riches ont été remportées par les partis conservateurs ou libéraux, à l’exception de la Grande-Bretagne, où le Parti travailliste ne revendique plus l’héritage social-démocrate, et de l’Espagne, pour des raisons conjoncturelles liées aux attentats du 11 mars 2004. Allemagne, France, Italie, presque partout la gauche a essuyé des revers électoraux. Au-delà des causes nationales spécifiques, cette série de défaites s’explique également par le fait qu’en matière économique la gauche de gouvernement n’a pas apporté de réponses convaincantes et coordonnées aux défis posés par la mondialisation et le capitalisme financier. Autrement dit, la gauche a perdu la bataille des idées avant de perdre la bataille des urnes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">Pascal Canfin, responsable de la Commission économique des Verts, Daniel Cohn-Bendit, coprésident du groupe des Verts au Parlement européen, et Philippe Lamberts, coprésident du Parti vert européen.</p>
<p class="meta2">Texte publié dans le 15 octobre 2008 dans le numéro &laquo;&nbsp;<a class="spip_out" href="http://www.alternatives-economiques.fr/economie---la-gauche-a-t-elle-encore-des-idees-_fr_pub_796.html">La gauche a-t-elle encore des idées</a> ?&nbsp;&raquo; de la revue <em>l’Economie politique</em>.</p>
<p>Depuis que le keynésianisme a montré ses limites dans un cadre national, la réponse de la gauche social-démocrate a largement consisté, au nom de la nécessaire « modernisation » des économies nationales, en un accompagnement de la mondialisation libérale, plus ou moins honteux ou assumé selon les pays (mise en œuvre de la libéralisation des marchés financiers dans les années 1980, ouverture des services publics à la concurrence en Europe, diminution de la fiscalité sur le capital…). A aucun moment les partis sociaux-démocrates n’ont vraiment commencé à construire un projet alternatif coordonné, y compris au niveau européen. Un gouvernement de gauche a-t-il mis des conditions sociales à l’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) ? Les gouvernements de gauche ont-ils tiré les conclusions des crises financières à la fin des années 1990 pour proposer une re-réglementation du système financier international ? Les gouvernements européens de gauche, lorsqu’ils étaient majoritaires à la fin des années 1990 (Jospin en France, Blair en Grande-Bretagne, Prodi puis D’Alema en Italie, Schröder en Allemagne…), ont-ils fait des propositions concrètes pour lutter contre le dumping fiscal que pratiquent les Etats au détriment de leur capacité à mener des politiques publiques ?</p>
<p>Faute de propositions coordonnées, les projets nationaux de gauche de défense du modèle social, de réduction des inégalités, de lutte contre la pauvreté sont apparus comme peu crédibles et se sont heurté à la clarté du projet des droites qui, lui, n’exige pas de coordination internationale particulière : adapter les modèles nationaux pour les rendre plus « compétitifs » dans le monde tel qu’il fonctionne. Cela revient, partout, à baisser les impôts des plus fortunés pour éviter l’évasion fiscale, à diminuer l’impôt sur les sociétés pour attirer les investissements, à détricoter l’Etat-providence en laissant une place croissante aux compagnies d’assurances, à réhabiliter la « valeur travail » en renforçant par exemple les sanctions contre les demandeurs d’emploi, à réduire le « coût du travail » pour gagner des parts de marché à l’international, etc.</p>
<p><strong>Deux défis</strong><br />
Le premier défi des « forces de progrès » consiste donc à proposer concrètement et ensemble des mesures de régulation et de réglementation de la mondialisation libérale et du capitalisme financier.</p>
<p>Le deuxième défi, au moins aussi important, est de répondre à la crise environnementale devenue incontournable et aux dimensions multiples : changement climatique, fin programmée des énergies fossiles, augmentation des prix alimentaires, conflits pour les ressources en eau, sixième extinction des espèces, etc. Rappelons rapidement, pour les derniers sceptiques, que le climat de la Terre évolue comme jamais dans l’histoire de l’humanité : le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a, dans ses dernières évaluations, augmenté la fourchette haute de l’évolution de la température au XXIe siècle à 6,5 °C, sachant que 6 °C seulement nous séparent de la température moyenne de la dernière ère glacière. Par ailleurs, selon la moyenne des scénarios produits par les compagnies pétrolières et les Etats producteurs, la production de pétrole en 2030 sera équivalente à ce qu’elle est en 2008 alors que l’humanité sera passée de 6,5 à plus de 8 milliards de personnes.</p>
<p>Malgré ses imperfections, l’indicateur de l’empreinte écologique résume bien la situation : nous avons dépassé la capacité de la Terre à assurer le renouvellement des écosystèmes, alors que 1 humain sur 5 vit avec moins de 1,25 dollar par jour et qu’il veut légitimement accéder à davantage de biens matériels. Résoudre ce dilemme de manière négociée et pacifique est sans doute le principal enjeu du XXIe siècle.</p>
<p>La réponse commune à ces deux défis s’appelle le développement soutenable, que l’on peut définir comme la mise sur un même niveau des logiques et enjeux économiques (profit, progrès technique, modes de production, investissement…), sociaux (bien-être, redistribution, réduction des inégalités, participation à la vie sociale, santé…) et environnementaux (biodiversité, climat, eau, pollution de l’air et des sols…).</p>
<p>Cette définition du développement soutenable pose immédiatement la question du capitalisme, et notamment du capitalisme financier. Une position pragmatique nous semble pouvoir éviter deux écueils : considérer que le capitalisme financier et le libéralisme économique mondialisé peuvent être une solution à la crise de la planète. Le rapport Geo 4<sup>[1]</sup> du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) montre bien que le scénario le plus libéral est aussi le pire en matière écologique. Inversement, faire du dépassement du capitalisme libéral un préalable à toute solution écologique est le meilleur moyen de se contenter d’un discours incantatoire. Le dépassement du capitalisme ne peut être en effet qu’un processus issu d’un changement culturel et social profond, qui ne concerne pas seulement quelques fonds spéculatifs mais bien l’ensemble des rapports sociaux et de nos aspirations individuelles.</p>
<p>La sortie du capitalisme financier libéral et de la société de consommation sera une conséquence du succès d’un modèle de développement soutenable pour 9 milliards d’êtres humains vivant sur une seule planète. Au sens strict, le développement soutenable constitue d’ailleurs une forme de dépassement du capitalisme financier. En mettant au même niveau les intérêts sociaux, environnementaux et économiques, il va bien au-delà de la prise en compte privilégiée des seuls intérêts des actionnaires. Parallèlement, en exigeant que les intérêts des « générations futures », autrement dit les effets à long terme des comportements actuels, soient pris en compte, il oblige à sortir du court-termisme des résultats financiers trimestriels. Enfin, le développement soutenable offre une sortie de l’« économicisme », qui fait croire que ce qui n’est pas économiquement mesurable n’a pas de valeur, et ouvre la voie à d’autres visions de la richesse, mesurée par d’autres indicateurs que le produit intérieur brut (PIB), l’Ebitda<sup>[2]</sup> ou le Dow Jones.</p>
<p><strong>Quatre réponses</strong><br />
Comment la gauche peut-elle parvenir à relever ce double défi ? Faisons quelques propositions concrètes articulées à une méthode de changement social pour mettre en mouvement nos sociétés.</p>
<p><em>Multiplier les niveaux d’action</em><br />
Premièrement, il est nécessaire de jouer sur tous les leviers de mobilisation, à savoir l’intérêt, le plaisir, les valeurs et l’obligation. Il est illusoire de penser que l’ensemble de la société va spontanément se convertir aux valeurs du développement soutenable et renoncer à l’hyperconsommation pour permettre le développement des pays pauvres et le bien-être des générations futures. Pour autant, rien de durable, ni de démocratique, ne peut se faire sans un changement de nos comportements quotidiens de consommation. Pour l’enclencher à grande échelle, il est donc nécessaire de mettre en place des dispositifs qui rendent rentables financièrement les comportements vertueux, en récompensant par exemple le renoncement à consommer des biens polluants en pouvoir d’acheter des services locaux ou des biens écologiques. On pourrait par exemple imaginer que le fait de ne pas prendre l’avion pendant une certaine période donne droit à une gratification sous la forme d’accès gratuit à un panier de biens et services dont l’impact sur la planète est beaucoup plus faible (biens culturels, services à la personne, produits alimentaires bio ou de proximité, abonnements à des transports en commun ou des systèmes de voitures en libre-service…).</p>
<p>Ce système aurait l’avantage d’être à la fois écologique et redistributif – car les plus pauvres sont aussi, en moyenne, les plus économes en énergie, même si la part de l’énergie dans leur budget est supérieur –, et de développer les budgets affectés qui permettent d’améliorer l’efficacité de la dépense publique en soutenant directement les modes de production jugés souhaitables. A travers ce dispositif, ainsi que bien d’autres encore, il s’agit de proposer une réponse qui lie la nécessaire conversion écologique de notre économie, l’amélioration du pouvoir d’achat des catégories sociales dont le revenu est inférieur au revenu médian, et la création d’emplois non délocalisables. Car toutes les études le corroborent<sup>[3]</sup> : l’écologie est un des principaux gisements d’emplois du XXIe siècle. Si la France faisait aussi bien que l’Autriche en matière d’agriculture biologique, elle créerait autour de 80 000 emplois nets, mettant ainsi fin à une tendance amorcée au XIXe siècle de diminution de l’emploi dans le secteur primaire. Si la France mettait en place une politique d’isolation des logements à la hauteur des enjeux, elle pourrait créer plus de 100 000 emplois nets pérennes dans le bâtiment et l’artisanat.</p>
<p><em>Jouer sur les différents niveaux territoriaux</em><br />
Deuxièmement, il faut miser sur tous les niveaux territoriaux. Rien ne serait pire que de se réfugier dans le local, en déniant tout caractère démocratique aux lieux de discussion et d’élaboration de normes entre Etats comme l’Organisation mondiale du commerce. C’est bien au niveau de l’OMC que l’Union européenne peut porter la revendication de pouvoir mettre une taxe carbone aux frontières, pour que les Etats qui se dotent d’une contrainte carbone, en signant des traités internationaux comme le futur protocole de Copenhague, qui prendra la suite de celui de Kyoto, puissent taxer à leurs frontières les importations de produits en provenance de pays qui pratiquent le « dumping climatique » (voir plus bas).</p>
<p>Inversement, il est contre-productif d’ironiser sur les actions de terrain issues par exemple de l’économie sociale et solidaire au prétexte qu’elles ne sont pas à la hauteur des enjeux. Car ces innovations locales ouvrent la voie à d’autres politiques et d’autres relations sociales, à condition que le politique s’en saisisse et définisse les conditions de leur généralisation dans un cadre qui ne soit pas uniquement marchand et capitaliste. La mutualisation non capitaliste de la couverture des risques de santé, l’auto-partage, le vélo en libre-service, les services à la personne, la prise en charge des personnes handicapées…, sont autant d’innovations qui sont nées de et dans l’économie sociale et solidaire.</p>
<p>Enfin, même s’il n’est pas possible de faire du développement soutenable dans un seul pays, il est possible d’y contribuer sans attendre que les grandes négociations internationales débouchent sur de nouvelles politiques en matière de régulation des marchés financiers ou de limitation du changement climatique. Les questions d’urbanisme, de politique des transports, de politique industrielle ou même de politique fiscale, comme le montrent les récentes propositions allemandes pour lutter contre l’exode fiscal au Lichtenstein, peuvent encore être traitées de manière pertinente au niveau national. La responsabilité des politiques nationaux est donc largement engagée.</p>
<p>Pour autant, c’est bien au niveau européen que les capacités d’action sont les plus importantes. Or, la droite libérale et conservatrice a aujourd’hui la majorité politique dans la plupart des Etats membres, ainsi qu’au sein de la Commission européenne et du Parlement européen issu des élections de 2004. C’est dire l’importance des élections européennes de juin prochain pour faire de l’Europe un véritable outil au service d’une politique de développement soutenable. En s’appuyant notamment sur quelques réformes clés<sup>[4]</sup>.</p>
<p>La première peut être la transformation du pacte de stabilité et de croissance en pacte de développement soutenable, qui intégrerait comme objectif contraignant la diminution des émissions de gaz à effet de serre sur un rythme conforme aux exigences du « Facteur 4 »<sup>[5]</sup>, la diminution du taux de pauvreté, la réduction des inégalités, etc. La deuxième réforme est le développement d’une réglementation fondée sur le principe de l’accès qualifié au marché unique. L’Union européenne est le premier marché du monde et aucune multinationale ne peut s’en passer. C’est donc le bon niveau pour élaborer des réglementations limitant l’accès au marché européen sur la base du respect de critères sociaux et environnementaux, comme le respect des conventions de base de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur la liberté syndicale, le non-travail des enfants, le non-travail forcé, etc., et, sur le plan environnemental, les conventions internationales sur la biodiversité et l’accord international sur le changement climatique qui prendra le relais de Kyoto après 2012. Il ne s’agit pas de protectionnisme, au sens où le respect de ces obligations pèse tout autant sur les producteurs de l’Union que sur ceux qui sont situés en dehors de l’Union, mais d’accès qualifié au marché : les entreprises peuvent produire où elles souhaitent, mais elles ne peuvent pas vendre dans le marché unique si elles ne respectent pas des règles sociales et environnementales internationalement reconnues.</p>
<p>Ce type de réglementation est-il possible dans le cadre actuel de l’OMC ? La réponse est sans doute positive<sup>[6]</sup>, même si cette démarche ne manquera pas de générer des contentieux tant les intérêts économiques et géopolitiques menacés sont puissants. Il est intéressant de constater que la directive Reach adoptée en 2007 par l’Union européenne pour obliger l’industrie chimique à mieux maîtriser la nocivité des substances qu’elle utilise, et qui constitue un très bon exemple d’accès qualifié au marché, n’a d’ailleurs fait l’objet d’aucun recours de la part des multinationales et est aujourd’hui en passe de faire tache d’huile au Japon. Remarquons également que quand l’Organisation mondiale de la santé (OMS) constate l’apparition de la fièvre aphteuse dans un pays, tous les autres pays ont le droit de fermer leur marché à ses exportations<sup>[7]</sup>.</p>
<p><em>Etats, entreprises, individus</em><br />
Troisièmement, il faut s’appuyer simultanément sur les pouvoirs publics, les entreprises et les individus. Si l’un des trois manque à l’appel, le changement social ne peut s’opérer. Ainsi, si les pouvoirs publics mettent en place une véritable politique d’efficacité énergétique, que les individus sont partants, mais que les artisans ne sont pas en nombre suffisant ou bien formés pour isoler les bâtiments et poser de nouveaux équipements, le changement se grippe. Inversement, si des entreprises jouent le jeu des écolabels, des éco-innovations, etc., et sont en capacité de produire en polluant beaucoup moins (comme la voiture à air comprimé, par exemple), mais que les pouvoirs publics freinent ces évolutions (par exemple de peur de perdre des recettes fiscales sur les carburants fossiles), alors c’est le conservatisme qui prévaut. Enfin, même si les entreprises et les pouvoirs publics jouent le jeu du développement soutenable, rien ne peut se faire, dans une démocratie et une économie de marché, sans l’adhésion du plus grand nombre, comme citoyen et comme consommateur.</p>
<p>Dans ce contexte comment mobiliser les entreprises et les amener à passer du modèle actuellement dominant de création de valeur pour l’actionnaire à celui du développement soutenable ? Le premier enjeu est de fixer des objectifs clairs et de s’y tenir. Les entreprises sont capables de changements profonds à partir du moment où le cap est stable et le chemin progressif. Les multinationales sont de véritables paquebots, et on ne peut leur demander de changer du jour au lendemain de modèle économique. Le modèle libéral de la création de valeur pour l’actionnaire a mis trente ans pour s’imposer à partir de la fin des années 1970. Celui du développement soutenable mettra aussi du temps mais peut fonctionner si les entreprises qui ne respectent pas les nouvelles règles du jeu sont sorties progressivement du marché.</p>
<p>Comment faire en sorte que ces nouvelles règles du jeu voient le jour et se généralisent ? En mettant en place les conditions d’un marché responsable dont nous pouvons esquisser quelques pistes. Il s’agit tout d’abord de réformer le code des marchés publics. La commande publique représente autour de 12 % du PIB des économies européennes et jusqu’à 15 % dans les plus riches d’entre elles. Il s’agit donc d’un levier majeur pour orienter les modes de production. Sous l’effet des propositions de la Commission européenne, le droit des marchés publics a évolué dans un sens positif ces dernières années : il y a dix ans, il était ainsi impossible pour un acheteur public de privilégier un produit en vertu de sa meilleure efficacité environnementale. Aujourd’hui, cela est tout à fait légal mais reste du ressort du bon vouloir de la collectivité. La Commission propose maintenant de rendre obligatoire le choix du produit le plus écologique. Cette réforme aurait des conséquences importantes sur de nombreux secteurs pour lesquels la commande publique est un débouché important. Elle ferait porter la concurrence sur la capacité à rendre le meilleur service écologique au meilleur coût et donnerait un coup de fouet aux éco-innovations qui pourrait se propager par la suite à l’ensemble de l’économie. Cette réforme serait à court terme susceptible d’entraîner un surcoût pour les acheteurs publics, car la qualité écologique peut avoir un coût. Mais les collectivités qui se sont déjà engagées dans la voie d’une commande publique ecoresponsable ont acquis le savoir-faire nécessaire pour limiter voire annuler ce surcoût : marchés mieux ajustés aux besoins, économies réalisées dans le temps et qui viennent plus que compenser les dépenses initiales, etc.</p>
<p>Autre levier d’action, la fixation d’objectifs contraignants fondés sur des technologies maîtrisées par les entreprises les plus en pointe. Il pourrait revenir à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) de réaliser des analyses de cycle de vie (ACV) de tous les produits, en commençant par les plus polluants ou ceux sur lesquels la marge de manœuvre est la plus importante, et de définir de nouvelles normes d’accès au marché fondées sur le respect de l’ACV la plus écologique. Par exemple, trois ans après la définition de l’ACV la plus performante, les produits qui font moins bien ne pourraient plus être commercialisés. Ce système a le double avantage d’orienter la concurrence sur un enjeu utile (réduire l’empreinte écologique globale du produit « du berceau à la tombe »), sans pour autant privilégier tel ou tel procédé technique qui peut produire des effets bénéfiques sur un critère (par exemple les émissions de gaz à effet de serre) mais comporte des effets pervers pour l’environnement sur un autre critère (comme la pollution des eaux).</p>
<p>Levier supplémentaire, l’internalisation des coûts sociaux et environnementaux. Donnons simplement deux exemples. Les entreprises qui ont recours plus que la moyenne de leur branche à de l’intérim, des CDD de courte durée et des contrats à temps très partiel devront s’acquitter de cotisations sociales nettement plus élevées que leurs concurrents qui jouent le jeu de la qualité sociale des contrats de travail et internalisent ainsi de fait un coût social supérieur. En matière environnementale, le fait de donner un prix à la destruction de notre capital naturel au moyen, par exemple, d’une contribution énergie-climat basée à minima sur les émissions de gaz à effet de serre permet de donner le vrai coût de production pour la planète. Selon l’OCDE et les Nations unies, le prix d’une tonne de carbone devrait se situer entre 80 et 100 euros, contre une dizaine d’euros aujourd’hui. Or, une étude de l’Ademe a montré que, à 27 euros la tonne, produire de l’aluminium n’est déjà plus rentable. Ainsi, dès que l’on prend en compte le vrai prix de l’impact de nos modes de vie sur l’environnement, leur caractère insoutenable apparaît. Reste à le traduire dans les prix de marché pour diminuer les consommations des produits les plus nocifs et encourager les technologies les plus efficientes.</p>
<p>D’autres moyens tout aussi importants que les précédents mais qui ne peuvent être développés ici pour des questions de place sont à utiliser. Il s’agit par exemple des contrats de décroissance de l’empreinte écologique qui sont passés entre les pouvoirs publics, les universités et les entreprises pour orienter les innovations technologiques vers la diminution de la pression exercée sur l’environnement, ou de l’élargissement des secteurs économiques couverts par la contrainte carbone et tenus d’acheter des permis d’émissions de CO2, etc.</p>
<p><em>Maîtriser la finance</em><br />
Enfin, il faut faire le ménage dans la financiarisation excessive de l’économie. Depuis une vingtaine d’années, le processus d’évaluation de la valeur des entreprises par les marchés financiers a pris le pas sur toutes les autres considérations. Le développement des systèmes de fonds de pension, d’assurance-vie, la rente pétrolière et gazière liée à l’augmentation du prix des matières premières, la montée des inégalités qui a permis la (re)constitution de patrimoines colossaux, ont amené sur les marchés financiers des liquidités dans des proportions jamais vues jusqu’alors. Ces liquidités ont donné la possibilité aux fonds de pension, aux fonds spéculatifs et aux fonds souverains de prendre le contrôle des stratégies d’entreprise, en menaçant d’OPA hostile celle qui ne jouerait pas le jeu de la maximisation de la valeur actionnariale. Résultat, les entreprises font tout pour augmenter les dividendes versés aux actionnaires et leur valorisation boursière. Elles rachètent ainsi leurs actions en s’endettant, diminuent leur masse salariale sur la base de seuls critères financiers, utilisent à plein les paradis fiscaux et les outils d’optimisation fiscale pour contribuer le moins possible aux dépenses collectives. Ces mécanismes sont clairement incompatibles avec les exigences du développement soutenable.</p>
<p>Mais il n’y a pas de fatalité. Ces tendances peuvent être inversées si les Etats le veulent, s’ils se saisissent de l’occasion ouverte par la crise des subprimes pour, après trois décennies de libéralisation organisée par les Etats eux-mêmes, re-réglementer la finance internationale, comme le président Roosevelt avait fait le ménage après la crise de 1929. Les pistes de régulation interne à l’industrie financière sont connues : interdire certains produits dérivés qui encouragent l’économie de casino – ainsi, quel est l’intérêt pour l’économie en général des produits dérivés qui misent sur l’évolution des indices boursiers ? Obliger les banques à mieux maîtriser leurs risques pour éviter les prises de position les plus spéculatives. Encadrer le rôle des agences de notation financière pour sortir des conflits d’intérêt. Limiter les capacités d’OPA hostile pour diminuer la pression de rachat boursier qui pèse sur les entreprises. S’attaquer aux paradis fiscaux pour éviter l’opacité des flux financiers, etc.</p>
<p>Mais ces régulations ne doivent pas cacher d’autres enjeux qui se situent en dehors des outils financiers eux-mêmes et de leurs dérives. L’enjeu principal est peut-être de mettre en relation les liquidités abondantes qui circulent sur les marchés et les besoins d’investissement colossaux pour réussir la conversion écologique de l’économie et inventer une économie sans pétrole.</p>
<p>Différentes études d’opinion, lors des élections présidentielles françaises de 2007, ont montré que les aspirations majoritaires relevaient plutôt de valeurs de gauche – solidarité, protection, égalité des chances… –, mais que la majorité de ceux pour qui ces valeurs étaient centrales ne pensaient pas la gauche capable de les mener à bien, en raison de la mondialisation notamment. C’est donc bien cette bataille du possible que la gauche doit à nouveau gagner. Elle doit certes s’appuyer sur l’échelon local (régions, villes…), où le souhaitable est resté perçu comme possible, ce qui explique en partie la capacité de la gauche et des écologistes à gagner les élections locales. Mais elle doit aussi être menée sur les terrains national, européen et international.</p>
<p>D’où l’importance de prendre des initiatives transnationales communes sur la base d’un travail et de propositions partagées, pour montrer que la mise en œuvre d’une politique de développement soutenable est possible, brique après brique, au niveau international. C’est un nouveau chemin que nous devons inventer, celui qui nous permettra d’éviter la régression : régression démographique par la multiplication des conflits, régression du bien-être par la diminution subie et rapide des biens matériels, régression des solidarités par le recentrage de chaque pays sur ses intérêts nationaux dans un contexte de rareté globale des ressources, et au sein de chaque pays régression sur la défense des seuls intérêts individuels au détriment du vivre ensemble. C’est le défi que les écologistes sont prêts à relever et qui fonde leur engagement.<br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_168" class="footnote"><a href="www.unep.org/geo/geo4/report/GEO-4_Report_Full_FR.pdf">www.unep.org/geo/geo4/report/GEO-4_Report_Full_FR.pdf</a></li>
<li id="footnote_1_168" class="footnote"> L’Ebitda ou « earnings before interest, taxes, depreciation, and amortization », est le « revenu avant intérêts, impôts, dotations aux amortissements et provisions ». Il met en évidence le profit engendré par l’activité indépendamment des conditions de son financement (les charges financières), des contraintes fiscales (impôts et taxes), du renouvellement de l’outil d’exploitation (amortissements) et des risques (provisions).</li>
<li id="footnote_2_168" class="footnote">Pour une synthèse de ces études, voir Eva Sas, « La conversion écologique de l’économie : quel impact sur l’emploi ? », in « Peut-on faire l’économie de l’environnement ? », <em>Cosmopolitiques</em>, no 13, 2006.</li>
<li id="footnote_3_168" class="footnote">Pour en savoir plus sur les propositions économiques des Verts au niveau européen, voir « Une vision verte de l’économie pour l’Europe », texte adopté en avril 2008 par le Parti vert européen (téléchargeable en anglais et en français sur <a href="http://economie-social.lesverts.fr">http://economie-social.lesverts.fr</a></li>
<li id="footnote_4_168" class="footnote">C’est-à-dire l’engagement pris par la France en 2003 de « diviser par un facteur 4 les émissions nationales de gaz à effet de serre du niveau de 1990 d’ici 2050 ».</li>
<li id="footnote_5_168" class="footnote">Pour un argumentaire synthétique, voir la Note de veille no 104 du Centre d’analyse stratégique de juin 2008 : Régulation climatique globale : quels mécanismes d’inclusion des importateurs de carbone en Europe ? <a href="http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille104.pdf">http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteVeille104.pdf</a></li>
<li id="footnote_6_168" class="footnote">Voir Alain Lipietz, « Ecologie politique et mondialisation », <em>L’Economie politique</em>, no 34, avril 2007.</li>
</ol>
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		<title>La démarche de l’économie écologique</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 09:50:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>John Gowdy</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le présent article, publié dans la Revue Etopia (n°4) aborde les grands principes de l’économie écologique – le pluralisme de la valeur, le pluralisme méthodologique et l’évaluation multicritère des politiques. L’économie écologique offre des alternatives viables aux fondements théoriques et aux recommandations d’ordre politi¬que de l’économie néoclassique du bien-être. L’économie néoclassique est aujourd’hui le cadre d’une véritable révolution et ses hypothèses les plus centrales sont remplacées par des modèles comportementaux des consommateurs et des entreprises plus réalistes. Nous faisons cependant valoir que ces nouvelles conclusions théoriques et empiriques sont largement ignorées dans les travaux appliqués et les applications politiques de l’économie environnementale. Unique école économique hétérodoxe orientée vers l’économie humaine à la fois comme système social et comme système «logé» dans l’univers biophysique, et relevant dès lors tant du holisme que de la science, l’économie écologique est appelée à jouer un rôle majeur dans la refonte du champ et de la méthode de la science économique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">Par JOHN GOWDY, Professeur d’économie Rensselaer Polytechnic Institute Troy, New York, USA 12180 et JON D. ERICKSON  Professeur agrégé d’économie écologique School of Natural Resources, University of Vermont Burlington, Vermont, USA 05405.<sup>[1]</sup></p>
<h3>1. Introduction</h3>
<p>L’économie écologique est appelée à jouer un rôle déterminant dans les efforts actuellement déployés pour réconcilier les théories et les politiques économiques avec les acquis généralement acceptés des autres disciplines scientifiques<sup>[2]</sup>. Si les théories néoclassiques de l’économie du bien-être<sup>[3]</sup> dominent dans les propos relatifs aux politiques économiques aux Etats-Unis et en Europe, elles ont à faire face à une crise qui démantèle leurs deux piliers fondamentaux : 1- la théorie du comportement humain fondée sur les axiomes des décisions de consommation, et 2- la théorie de la production incarnée par les notions de concurrence parfaite et de répartition fondée sur la productivité marginale. Malgré les percées majeures qui ont élargi le domaine de la théorie économique bien-delà de ces concepts, ceux-ci restent les éléments fondateurs obligés de la science économique néoclassique du bien-être et de l’efficacité au sens de Pareto. Bien que les théoriciens néoclassiques ont très largement abandonné ces notions d’“homo economicus” et de concurrence parfaite, ils n’en continuent pas moins de formuler des recommandations obstinément fondées sur ces représentations obsolètes du comportement humain et de la production marchande. Le courant néoclassique de l’économie du bien-être persiste à formuler des avis erronés concernant les enjeux environnementaux et sociaux les plus urgents dont il faudra tenir compte au vingt-et-unième siècle, notamment sur la disparité croissante des revenus, le changement climatique et la perte de biodiversité.</p>
<p>Le présent article expose les zones de controverse majeures qui opposent la théorie néoclassique du «welfare» à l’économie écologique. Étant la seule école hétérodoxe de science économique en ce qu’elle se concentre sur l’économie humaine en tant que système social, système par ailleurs soumis aux contraintes de l’environnement biophysique, l’économie écologique est appelée à jouer un rôle prépondérant dans la refonte du cadre et de la méthode de la science économique. En économie écologique, les modèles comportementaux couvrent la consommation et la production aux sens les plus larges, soit dans leurs dimensions écologiques, sociales et éthiques ainsi que leurs conséquences sur le marché. Dans ce sens, il s’agit d’un champ d’investigation qui couvre la majeure part de la science économique néoclassique autant que les courants de pensée hétérodoxes tels les sciences économiques comportementale, évolutionniste, institutionnelle, post-keynésienne, radicale ou sociale.</p>
<p>Le courant majoritaire est confronté à divers défis et ce n’est là pas chose nouvelle. La conception économique du comportement humain est contestée depuis plus d’un siècle. La différence, aujourd’hui, se situe dans le fait que la contestation principale du paradigme standard de bien-être est issu du courant majoritaire, au sein même de la profession. Aujourd’hui, c’est tout un ensemble de lauréats du prix Nobel qui se situent hors du cadre du modèle walrasien de l’équilibre général. Il est de plus en plus admis que pour être à même de comprendre le contexte de l’activité économique, il est nécessaire de s’être familiarisé avec les découvertes correspondantes des sciences sociales et des sciences naturelles.<sup>[4]</sup></p>
<p>Dans les pages qui suivent, nous commençons par décrire les fondations du bien-être dans la théorie économique néoclassique. Nous présentons brièvement les bases du modèle néoclassique et discutons en détail des principales pommes de discorde entre cette démarche et l’économie écologique en décrivant, pour chaque sujet, le point de vue néoclassique et l’alternative présentée par l’économie écologique. Nous terminons par un appel en faveur d’une démarche structuraliste qui catégorise consommation et production dans le cadre d’un processus social et biophysique unifié.</p>
<h3>2. L’économie du bien-être (welfare economics)</h3>
<p>Les économistes écologiques sont sans cesse confrontés à deux critiques de la part des économistes néoclassiques. Leur premier argument se présente comme suit: “nous savons déjà cela: les faiblesses de la théorie néoclassique que vous avancez ne sont plus valides. La ‘nouvelle’ théorie économique néoclassique ne repose plus sur les vieux axiomes des décisions de consommation et de la concurrence parfaite.” La deuxième objection est éloquemment résumée et contredite par Bromley (1990): <em>« En effet, nous faisons souvent l’objet de critiques parce que nous n’avons pas présenté de manière complète la nature et l’étendue du paradigme que l’on a évalué de manière alternative. On connaît la chanson : “Nous pourrions admettre que vous ayez raison mais il est facile de critiquer sans proposer une alternative meilleure. Tant que vous ne le ferez pas, nous estimons pouvoir maintenir notre point de vue.” Ce système de défense est déloyal. Savoir qu’un aspect fondamental de la pensée économique est faux et en maintenir néanmoins son usage comme s’il s’agissait d’une vérité en argumentant que la charge de la preuve repose sur ceux qui en ont dénoncé le caractère fallacieux, c’est tout bonnement irresponsable. En effet, persister à transmettre une proposition que l’on sait être fausse en arguant que c’est aux critiques de trouver la proposition qui la remplacera confine à la faute académique. »</em></p>
<p>Pour ce qui concerne l’argument “nous savons déjà cela”, le domaine des sciences économiques a accompli d’importants pas en avant ces dernières années par la mise en oeuvre de modèles comportementaux et de production économique réalistes. Bon nombre des remises en question s’adressant à la théorie néoclassique de l’économie du bien-être sont tirées de la littérature académique du courant dominant. Les recommandations en matière de politique économique restent néanmoins enracinées dans les deux théorèmes fondamentaux de l’économie de bien-être. Le premier affirme que l’efficacité au sens de Pareto est obtenue par la maximisation des préférences sous l’effet des contraintes budgétaires et par la maximisation des profits en fonction d’une technologie donnée. Le second, dans le fil du premier, pose que quasiment tout résultat efficient au sens de Pareto peut être supporté par des transferts forfaitaires appropriés.<sup>[5]</sup></p>
<p>Le caractère contraignant des conditions nécessaires pour atteindre le résultat d’efficience (cfr. Pareto) est bien connu mais cet objectif continue pourtant de dominer les politiques économiques. Ainsi, Lockwood (1987, p.811) affirme à propos du second théorème de Pareto: <em>«il n’est pas exagéré de dire que l’ensemble de la théorie micro-économique moderne des politiques d’intervention gouvernementales (y compris l’analyse coût-bénéfice) est fondé sur cette idée.»</em></p>
<p>Les théorèmes fondamentaux de l’économie de bien-être constituent le fondement de la démarche supposant l’“échec du marché” des politiques économiques (Stiglitz 1994, 7). L’efficience au sens de Pareto ne peut être obtenue si de “mauvais” signaux en matière de prix sont envoyés et il entre dans les attributions légitimes des gouvernements d’apporter certains correctifs à ces “défaillances du marché”. Le but des politiques économiques néoclassiques de bien-être – quel que soit le problème spécifique à résoudre – consiste à créer les conditions d’une économie concurrentielle afin d’atteindre l’efficience au sens de Pareto. L’efficience “parétienne” peut être élargie afin d’inclure les biens et services qui ne sont pas échangés sur le marché ou de prendre en compte les facteurs externes de consommation et de production autres que les prix, par la simple extension du domaine de fixation du prix. Les méthodes de fixation du prix des facteurs externes dominent les travaux de recherche appliquée en économie environnementale. Dans ce domaine, des outils de préférences exprimées ont été créés, avec d’autres, dans les années 1970, en réponse à l’élargissement de l’analyse coût-bénéfice à l’évaluation environnementale. Mais, ici encore, la solution à chaque problème qui se présente – du changement climatique à la perte de biodiversité en passant par les termes de l’échange et la répartition des revenus – est un résultat secondaire de l’établis¬sement de prix justes. En procurant un outil de mesure apparemment précis du bien-être social, l’objectif de l’efficience “parétienne” a étouffé les discussions sur les questions de redistribution et les objectifs sociaux autres que l’efficience des allocations.</p>
<p>Le critère de Pareto est l’un des outils les plus utilisés dans l’analyse des politiques économiques. Une <em>amélioration</em> parétienne a lieu lorsqu’au moins une personne accroît son bien-être sans que personne d’autre ne soit appauvri. L’amélioration possible de Pareto (ndt: abréviation anglaise en infra = PPI pour <em>potential Pareto improvement</em>) implique un changement qui améliore le bien-être d’une personne mais tout en portant préjudice au bien-être d’une autre. En vertu de la règle Kaldor-Hicks, un tel changement se justifie si les bénéficiaires apprécient plus fortement leur gain que les perdants ne déplorent leur perte, même si aucune compensation n’a lieu. Kaldor (1939) soutenait que l’efficience pouvait et devait être séparée des questions de répartition – un problème qu’il valait mieux laisser à l’extérieur du champ économique. Les problèmes relatifs au concept de la PPI (amélioration possible de Pareto) et au postulat de la séparabilité émergent de sources variées. En premier lieu, l’identification des PPI se heurte à des difficultés théoriques insurmontables dans la mesure où la base du revenu réel est différente avant et après déplacement d’un point d’efficience parétienne vers un autre. Ces difficultés donnent lieu à nombre de paradoxes lorsque l’on applique le critère Kaldor-Hickx (Boadway 1974, Samuelson 1950, Scitovsky 1941), dont le sens est qu’il n’est pas possible de comparer deux résultats d’efficience parétienne sans se livrer à des comparaisons interpersonnelle d’utilité (Susumura 1999)<sup>[6]</sup> . Une autre source de problèmes relatifs au concept de PPI est le nombre croissant de preuves contredisant le modèle axiomatique des décisions de consommation englobant l’existence de préférences endogènes (Bowles 1998), l’effet de la dotation (Knetsch 1989) et le classement lexicographique des préférences (Spash 2000). Le modèle axiomatique néoclassique se révèle médiocre lorsqu’il s’agit de prédire les comportements économiques (Henrich et al.2001), ce qui remet en question non seulement la validité de la PPI en tant qu’outil de guidance des politiques mais aussi la notion d’efficience telle que la conçoit l’économie de bien-être.</p>
<p>La théorie du consommateur a été dominée par un objectif d’efficience dans la maximisation de l’utilité, soutenue par la notion de l’homo oeconomicus et les axiomes sous-jacents des décisions de consommation (les préférences sont complètes, réflexives, transitives, continues et révèlent l’insatiété et la diminution du taux marginal de substitution). De la même façon, la théorie de la production a été dominée par un objectif d’efficience dans la maximisation du profit, soutenue par la notion de concurrence parfaite et les hypothèses connexes relatives au comportement des firmes (indépendance des actions des firmes, pas de position dominante sur le marché, rendements d’échelle constants, information parfaite et pas d’incertitude).</p>
<p>Ces dernières années cependant, des avancées empiriques et conceptuelles concernant le comportement du consommateur et la théorie relative aux firmes ont remis en question les deux pierres angulaires de l’économie du bien-être néoclassique. Si ces pierres angulaires se brisent, c’est tout l’édifice du bien-être néoclassique qui s’effondre avec elles. Bien entendu, il existe des divergences de vues parmi les économistes hétérodoxes quant à l’importance de l’équilibre général et de l’efficience parétienne. Cependant, c’est bien le rejet de l’efficience possible de Pareto en tant que moteur des politiques économiques qui constitue la caractéristique définitoire de plusieurs écoles hétérodoxes d’économie et ce rejet peut constituer le point focal à partir duquel pourrait se construire une théorie unifiée à même de défier l’orthodoxie néoclassique.</p>
<p>L’exemple du changement climatique met en relief les conséquences de cette fixation sur l’efficience et la déconnexion qui en résulte d’avec d’autres objectifs tout aussi valides. Un consensus sur le changement climatique planétaire a pu être atteint dans les milieux scientifiques et politiques au travers du travail réalisé par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Au sein du GIEC, des scientifiques et des décideurs politiques, issus de disciplines, de sociétés et de cultures diverses, affirment que l’humanité fera face à une augmentation considérable de la température moyenne du globe au cours de ce siècle (GIEC, 2001A). Parmi les conséquences probables, citons l’élévation du niveau des mers, l’accélération de la perte de la biodiversité, une incidence croissante sur la santé humaine et de rapides oscillations ou «sauts» entre des régimes climatiques très distincts (GIEC, 2001B).</p>
<p>Le modèle du changement climatique de William Nordhaus (1992, 2001) est le modèle économique auquel les décideurs politiques se réfèrent le plus largement. Ce modèle a joué un rôle primordial dans la justification des retards accumulés en matière de réduction des gaz à effet de serre. Dans le droit fil du modèle néo-classique de l’économie de bien-être, l’objectif principal est d’atteindre un résultat efficient où les coûts marginaux sont égaux aux avantages marginaux<sup>[7]</sup> . Les conséquences en termes de répartition, la distinction entre émissions de luxe et de subsistance ou encore l’accroissement des risques pour certains segments de la population sont ignorés. D’autres difficultés du monde réel sont également ignorées telles les frais de transactions, l’incertitude pure et la méconnaissance des situations nouvelles (difficultés prises en compte avec une sophistication croissante par les économistes conventionnels).</p>
<p>Les modèles de Nordhaus supposent la certitude, des rendements d’échelle constants à l’échelle, l’ensemble des axiomes de la théorie des décisions de consommation, des impacts lisses et continus du changement climatique et l’existence d’une fonction sociale de bien-être. Ils partent aussi du principe que tous les désirs humains peuvent être représentés par un consommateur unique et omniscient et que les systèmes économiques du monde peuvent être représentés, soit par une fonction de production unique et mondiale, soit par une série de fonctions de production régionales harmonieuses. Actualiser l’avenir est réputé approprié lorsqu’il s’agit d’estimer la valeur d’un climat stable dans un futur lointain. L’utilisation des maigres ressources de la société pour modérer l’ampleur du changement climatique n’est justifiée que si elle engendre une augmentation nette de la production économique. Théoriquement, une telle politique se justifierait parce qu’elle produirait une amélioration possible de Pareto.</p>
<p>Les modèles économiques de la théorie du bien-être relatifs au changement climatique sont bien plus que d’inoffensifs exercices académiques. Ils sont abondamment cités par des responsables politiques qui les considèrent comme des preuves scientifiques démontrant que des politiques agressives de lutte contre le réchauffement climatique ne seraient pas rentables. Des organisations de lobbying opposées aux actions de lutte contre le changement climatique mondial telles <em>Cooler heads coalition et National consumer coalition</em> citent les conclusions du modèle Norhaus pour affirmer que «les conséquences économiques du réchauffement de la planète seront modestes» et que «la mise en oeuvre du Protocole de Kyoto sera coûteuse et défavorable au bien-être économique du peuple américain» (voyez : <a href="http://www.globalwarming.org">www.globalwarming.org</a>). Lorsqu’on travaille dans le cadre de l’économie de bien-être, les seules conséquences de l’effet de serre qui comptent vraiment sont celles qui affectent le PNB. Puisque le modèle de Nordhaus repose sur un scénario sans surprise qui n’entrevoit que des changements mineurs et prévisibles, les effets seront probablement modestes. Cette conclusion n’est pas fondée sur l’objectivité scientifique mais plutôt sur des suppositions orientées par des valeurs et apliqués à l’actualisation, aux changements techniques et aux coûts de réduction. Elle reflète dans le meilleur des cas les vues personnelles de l’analyste et, au pire, les attentes de ses promoteurs de recherche (Chapman et Khanna, 2000). Des considérations d’ordre éthique sont au centre du débat sur le réchauffement de la planète mais elles sont mises de côté par les théoriciens néoclassiques du bien-être. Améliorer l’efficience est la justification absolue de toute politique d’intervention. Cette argumentation ignore le fait que les prix et la production existantes dépendent de facteurs éthiques tels la répartition des revenus, les politiques environnementales et le niveau de dépenses des programmes sociaux.</p>
<h3>3. La démarche de l’économie écologique</h3>
<p>Les enjeux conceptuels majeurs qui émergent de la littérature économique écologique sont le monisme de la valeur, le modèle de l’acteur rationnel, l’analyse marginale, le traitement de l’incertitude, le rôle de l’efficacité en politique économique et la production en tant que processus social et physique. Ces questions sont cruciales pour la théorie néoclassique du bien-être et son traitement des grands enjeux environnementaux et sociaux. Ci-dessous, chaque pilier méthodologique est présenté en vis-à-vis d’une démarche alternative.</p>
<div class="figure">
<table border="0" cellspacing="0">
<tbody>
<tr>
<th>Enjeu conceptuel</th>
<th>Économie de bien-être néoclassique</th>
<th>Alternative de l’économie écologique</th>
</tr>
<tr>
<td>Monisme de la valeur</td>
<td>Réduit la valeur à des unités monétaires mesurables; fonction d’utilité</td>
<td>Sépare la valeur en catégories non mesurables; évaluations multicritères</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Acteur rationnel</td>
<td>L’entreprise et le consommateur, pris individuellement, au centre de l’analyse</td>
<td>Analyse les humains comme acteurs sociaux: consommateur opposé au citoyen</td>
</tr>
<tr>
<td>Analyse marginale</td>
<td>Statique comparative des changements marginaux</td>
<td>Reconnaît les changement discontinus et les effets totaux</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Changements évolutifs</td>
<td>L’évolution comme optimisation contrainte, survie de la vision la plus correcte des résultats du marché, selection basée sur l’individu.</td>
<td>Importance de la contingence, des accidents historiques, sentier de dépendance. Considère tant l’altruisme et la sélection du groupe que l’égoïsme</td>
</tr>
<tr>
<td>Incertitude</td>
<td>Réduit l’incertitude au risque. Prise de décision: prise en compte des résultats du marché</td>
<td>Principe de précaution utilisé pour gérer l’incertitude pure. Orientation processus, prise de décision: prise en compte de la co-évolution.</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Critères de décision</td>
<td>Efficience comme seul critère, généralement en fonction des améliorations «parétiennes» possibles</td>
<td>Équité, stabilité et capacité de résilience des systèmes environnementaux et sociaux</td>
</tr>
<tr>
<td>Processus de production</td>
<td>Théorie de l’allocation de ressources fixes; fonction de production.</td>
<td>Production comme un procéssus biophysique, thermodynamique; démarche entrées/sorties élargie, production conjointe de biens et de déchets.</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>Actualisation</td>
<td>Actualisation linéaire des coût/avantages futurs</td>
<td>Reconnaît la différence entre la valorisation individuelle et la valorisation sociale du futur; dévalorisation hyperbolique</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<div class="caption">
<p class="legende">Tableau 1. Enjeux conceptuels majeurs</p>
</div>
</div>
<h4>3.1. Monisme de la valeur</h4>
<p>Le monisme de la valeur implique que tous les objets utiles possèdent des caractéristiques communes qui rendent leur comparaison possible. Jusqu’au milieu du XXème siècle, les économistes ont vigoureusement débattu autour d’un éventail de valeurs possibles comme la valeur d’usage opposée à la valeur d’échange, la théorie de la valeur économique s’opposant à la théorie de la valeur-travail et ainsi de suite. Pourtant, durant la seconde moitié du XXème siècle, les économistes ont finalement adopté une notion plus étroite de la valeur, limitée à la valeur d’échange donnée par le marché. Des théories de l’affectation se sont emmurées dans un modèle du comportement humain supposant une rationalité stricte et un individualisme méthodologique, l’hypothèse selon laquelle toute décision d’affectation prise par une personne l’est indépendamment des autres. Des individus isolés, à un moment donné, sont supposés révéler totalement leurs préférences, déterminées de manière exogène, en comparant les coûts et les avantages de leurs choix de consommation. Les personnes choisissent ce qu’elles désirent et ce qu’elles désirent est révélé par les choix qu’elles font.</p>
<p>La chaîne de raisonnement dans une analyse coûts-avantages va des «préférences humaines» aux «choix faits dans le contexte du marché» et, de là, à la «valeur de marché de ces choix». Il est supposé que les préférences exprimées pour des choses comme la biodiversité peuvent être déterminées et rendues compatibles avec celles exprimées pour les biens du marché. En général, les économistes écologiques font valoir que les liens de cette chaîne logique sont ténus. Si les préférences humaines ne sont pas décrites avec précision par les axiomes des choix de consommation, limiter les choix à ceux faits dans le contexte du marché est inutilement restrictif.</p>
<p>Certains résultats empiriques ouvrent une nouvelle voie pour la théorie néoclassique du bien-être, une direction qui correspond mieux à ses fondements classiques et à une conception plus large de la valeur. Ainsi, des enquêtes portant sur les préférences exprimées sollicitant des préférences pour des biens environnementaux montrent systématiquement que les préférences pour de nombreux paramètres environnementaux sont <em>lexicographiques, ce qui veut dire qu’elles ne sont pas sujettes à des alternatives.</em> Les résultats d’études en économie comportementale et en psychologie indiquent l’existence d’<em>effets de dotation</em> (les gens attribuent une valeur supérieure aux objets qu’ils possèdent déjà), d’<em>actualisation hyperbolique</em> (les gens actualisent le futur proche à un taux plus élevé que le futur éloigné, c’est-à-dire qu’ils préfèrent un petit avantage dans un futur proche qu’un avantage plus important dans un futur plus éloigné), d’une <em>aversion à la perte</em> (les gens détestent beaucoup plus le fait de devoir accepter une perte que de bénéficier d’un gain équivalent), le problème du <em>tout / partie</em> (les gens attribuent généralement une valeur plus élevée à la somme des différentes parties d’un objet utile qu’à l’objet lui-même) et de bien d’autres «anomalies» dans la théorie des choix de consommation (Gintis, 2000).</p>
<p>Le monisme de la valeur étaye l’analyse coûts-avantages (ACA) qui fait appel à la notion de surplus de consommation pour juger du caractère désirable des choix des politiques publiques. Les résultats de recherches en économie comportementale mettent en doute la validité du modèle du comportement humain qui sous-tend les démarches coûts/avantages, y compris les techniques relatives aux préférences exprimées. L’effet de dotation, par exemple, est l’une des raisons expliquant la disparité entre les mesures du consentement à payer (CAP) des changements de bien-être et les mesures, invariablement plus élevées, du consentement à accepter (CAA). Bien que les mesures CAP sont utilisées quasi-universellement pour mesurer les coûts/avantages environnementaux, les mesures CAA sont théoriquement plus appropriées (Brown&amp;Gregory, 1999). L’existence de l’actualisation hyperbolique met en doute la validité de l’ACA en tant qu’instrument de mesure des coûts et des avantages dans un avenir moyennement éloigné à éloigné.</p>
<p>L’aide à la décision multicritère (ADMC) a émergé, dans l’économie écologique, comme alternative à l’ACA – et au monisme de la valeur en général. Comme son nom l’indique, cette méthode d’analyse des politiques prend en compte un large éventail d’informations pertinentes. Les méthodes ADMC permettent de choisir, d’évaluer et de soupeser les multiples dimensions qui caractérisent nombre d’enjeux décisionnels. L’évaluation peut être basée sur divers critères comme l’efficience, l’équité ou la durabilité, ce qui rend possible une estimation plus réaliste de la complémentarité ou de la substituabilité des critères. L’ADMC permet d’intégrer des considérations éthiques, de mettre le doigt sur des absurdités et de prendre en compte des préoccupations de long terme dans un cadre décisionnel démocratique. De nombreuses études de cas (Barton,1996 ; O’Neill &amp; Spash, 2000 ; Spach, 2000) qui utilisent la méthode ADMC révèlent également à quel point il est utile d’incorporer des informations qualitatives dans un cadre d’évaluation économique. Cette approche, développée principalement en Europe (Spash &amp; Carter, 2001), gagne du terrain dans l’analyse appliquée aux États Unis également.</p>
<h4>3.2. Le modèle de l’acteur rationnel</h4>
<p>Le point de départ de l’analyse économique est un acteur rationnel prenant ses décisions à l’extérieur de tout contexte social ou environnemental. Des expériences sur la théorie du jeu et des résultats obtenus en laboratoire à partir de comportements humains réels ont mis en doute la validité générale de l’acteur rationnel néoclassique. Ces conclusions indiquent que les préférences sont endogènes, c’est-à-dire qu’elles dépendent du contexte social, des trajectoires individuelles et du développement de la préférence consciente (Albert &amp; Hahnel 1990, Bowles 1998). En dépit de tentatives héroïques visant à réconcilier les préférences endogènes avec le modèle de l’acteur rationnel, force est de constater que ces tentatives obligent à des suppositions tellement restrictives et irrationnelles qu’elles s’avèrent de peu d’utilité pratique.</p>
<p>Un ensemble de plus en plus imposant de preuves empiriques dévoilent que les gens font montre d’un sens de l’impartialité dans leurs décisions d’affectation. Le cadre social est un facteur impor¬tant dans la prise de décisions économiques et les gens prennent des décisions différentes selon qu’ils sont membres d’un groupe social ou qu’ils agissent en tant qu’individu isolé. Par exemple, les gens coopèrent fréquemment avec de parfaits inconnus même quand ils savent qu’ils ne les verront jamais plus (Bowles &amp; Gintis, 2002). Fehr &amp; Gächter (2002) mettent au jour des preuves de «punition altruiste» lorsque des gens punissent des resquilleurs au prix d’un coût significatif pour eux-mêmes. Les résultats tirés des jeux de l’ultimatum et du dictateur montrent clairement que «l’impartialité» est tout aussi importante que «l’égoïsme» pour prédire les comportements humains (Fehr &amp; Gächter, 2000 ; Gowdy, Iorgulescu &amp; Onyeiwu, 2003 ; Henrich et al., 2001). Les résultats de ce jeu-ci et d’autres montrent que le modèle de l’acteur rationnel n’est pas un bon moyen de prédiction du comportement humain. Les humains ont un comportement social plus complexe que d’autres mammifères et l’altruisme (ou tout autre trait) peut être imposé par des sanctions sociales. Une action de coopération comme la recherche d’un compromis ou la prise de décision collective ne peut émerger dans un cadre décisionnel où seules comptent les préférences individuelles. Les désirs humains sont socialement contingents, pas atomistiques. Les politiques publiques devraient prendre en compte les coûts et avantages dérivés du marché, mais elles devraient également reconnaître que le bien-être social dépasse largement les questions de valeur marchande.</p>
<p>Le modèle de l’acteur rationnel prête aussi à une controverse autour de l’actualisation du futur. Bien des choses ont été écrites sur les limitations imposées par le recours à un taux d’actualisation du futur dans le but d’attribuer une valeur à des bénéfices ou des pertes sociales et environnementales futures (Georgescu-Roegen, 1976 ; Price,1993). Tout d’abord, une action raisonnable à l’échelle d’un individu évoluant dans un environnement de marché à un moment donné peut s’avérer inappropriée pour l’ensemble de la société. Il est possible de développer d’excellentes raisons de ne pas actualiser la valeur de paramètres naturels essentiels pour la survie à long terme de l’humanité comme la stabilité climatique, la biodiversité et la non-contamination du sol, de l’eau et du système atmosphérique. En second lieu, même dans le contexte néoclassique du «choix», un nombre croissants d’éléments de preuve suggèrent qu’un taux d’actualisation linéaire ne reflète pas avec précision la manière dont les individus humains considèrent réellement le futur. Des études faites par des économistes et des psychologues ont montré que les gens sont sujets à l’actualisation hyperbolique, ce qui signifie qu’ils attribuent plus de valeur à des avantages de court terme, et qu’ensuite cette valeur chute brutalement pour se stabiliser dans le moyen terme, en sorte que la valeur d’un objet reste assez constante jusque dans un futur éloigné (Laisbon, 1997). Un taux d’actualisation hyperbolique produirait des effets dramatiques sur les calculs coûts/avantages des avantages futurs de la stabilité climatique ou de la diversité mondiale. Mais se préoccuper du bien-être des générations futures implique bien plus qu’un choix portant sur le taux d’actualisation «socialement correct».</p>
<p>Dans de nouveaux modèles de jeu théoriques et comportementaux portant sur les choix de consommation, l’<em>homo oeconomicus</em> est dépassé par d’autres espèces d’acteurs économiques (Fehr &amp; Gächer, 2000 ; Gintis, 2000 ; Kirman, 1989). De même, la théorie néoclassique de l’entreprise indépendante du temps historique, de l’espace et du comportement des autres entreprises a été remplacée par des modèles plus réalistes. Radner (1968) a constaté que les chefs d’entreprises aussi ont un sens de «l’impartialité» quand il s’agit d’engager ou de congédier des travailleurs. Le coeur de la théorie néoclassique de l’entreprise, la maximisation du profit, a raté son test de prédictabilité et a été remplacée par des modèles plus sophistiqués de coopération, de punition altruiste et d’autres formes de comportement stratégique. Ce qui fait obstacle à l’adoption de points de vue alternatifs, c’est l’absence de congruence avec le modèle walrasien du bien-être.</p>
<h4>3.3. Analyse marginale</h4>
<p>La notion de marge incarne le fondement de la théorie économique néoclassique, à côté de la substitution, du monisme de la valeur, du coût d’opportunité et de l’équilibre. Les limites de l’analyse marginale sont apparentes dans le cas de l’évaluation des écosystèmes (Gowdy 1997). Enlever ou ajouter une espèce à un écosystème, par exemple, affectera les autres espèces et l’intégrité général du système de manière imprévisible. De plus, les effets seront susceptibles de se manifester différemment chaque fois qu’un changement aura lieu. Pour certaines espèces, les changements seront minimes. Ajouter ou enlever d’autres espèces, plus fondamentales, peut faire basculer la totalité de l’écosystème dans un état tout différent. Dès lors que la biodiversité se caractérise par la «transparence fonctionnelle» (Vatn &amp; Bromley, 1994), la contribution d’un élément de l’écosystème ne sera connue qu’une fois cet élément soustrait ou ajouté au système. De plus, même dans un contexte de marché, les gens considèrent certains services et biens comme essentiels et donc non susceptibles de faire l’objet de choix à la marge (les préférences <em>lexicographiques</em>).</p>
<p>Ancrée dans la notion de marge se trouve une vision du changement économique sous la forme d’un processus graduel, continu et progressif. Cette vision des processus évolutifs est incomplète. Les chocs aléatoires non-marginaux sont une force motrice des changements évolutifs, tant en économie que dans les systèmes biologiques. Il n’est pas possible de comprendre les différences dans la distribution des espèces animales il y a 64 et 66 millions d’années si l’on ignore qu’un météore est entré en collision avec la planète il y a 65 millions d’années, transformant le climat de fond en comble. La situation économique actuelle des secteurs de l’assurance et de l’aéronautique ne peut être comprise si l’on ne tient pas compte de l’attaque du WTC le 11 septembre 2001. Le changement évolutif se caractérise par les hiérarchies de sélections, la contingence historique et les événements aléatoires (O’Neill <em>et al.</em>, 1986). Dans des systèmes évolutifs, il n’est pas possible de modifier une partie tout en conservant la constante de toutes les autres. L’existence de changements qualitatifs et non marginaux constitue un puissant argument permettant de rejeter la théorie microéconomique en tant que pierre angulaire de l’analyse macroéconomique (vanden Bergh &amp; Gowdy, 2003).</p>
<p>L’analyse des systèmes complexes adaptatifs (Gunderson <em>et al.</em>, 1995 ; Holling <em>et al.</em>, 2000 ; Scheffer <em>et al.</em>, 2001) est l’une des solutions alternatives à l’analyse marginale proposée par l’économie écologique. L’état actuel de la théorie est résumé dans le rapport final du «Resilience Projet», élaboré autour de deux observations générales sur la biocomplexité socio-écologique. En premier lieu, si, en réponse aux problèmes et aux crises, les politiques de développement actuelles peuvent réussir à court terme, avec le temps, elles conduisent à des rigidités et à la myopie. Des secteurs économiques deviennent dépendants, les écosystèmes deviennent plus fragiles et le public perd confiance en la gouvernance. En second lieu, la complexité, la diversité et des opportunités dans des systèmes régionaux complexes émergent à partir d’une poignée de variables et de processus critiques opérant à des échelles très différentes dans le temps et dans l’espace. L’une des conclusions les plus puissantes découlant de l’une des étude des systèmes adaptatifs complexes est la nécessité de différencier adéquatement les stocks et les flux. Reconnaître que la dépréciation du capital naturel est un flux négatif favoriserait des régimes de gestion centrés sur la résilience du capital naturel et le maintien de larges systèmes de limites capables d’assurer la stabilité. Cette vision de l’économie écologique repose sur l’idée que la résilience est une caractéristique clé d’écosystèmes sains. La capacité de s’adapter à des changements imprévus et imprévisibles est un aspect important du comportement des entreprises et de la stabilité macroéconomique.</p>
<p>Un autre choix encore par rapport à l’analyse marginale est l’utilisation d’un modèle des entrées-sorties (ES) élargi afin d’examiner les effets directs et indirects de changements importants dans la structure économique. Un tel cadre ES de la comptabilité sociale permet une définition beaucoup plus flexible de l’activité économique que celle du concept d’équilibre général couramment utilisée dans la plupart des études d’incidence économique. La comptabilité sociale procure un moyen systématique d’organiser l’information tant quantitative que qualitative et sert de base sur laquelle fonder l’analyse et l’évaluation d’options politiques alternatives non-marginales et de considérer leur impact dans le contexte écologique, économique et social <em>(voir la section 3.6 pour une discussion ultérieure)</em>.</p>
<h4>3.4. Le traitement de l’incertitude</h4>
<p>Le traitement de l’incertitude est un enjeu majeur qui oppose les économistes néolibéraux et hétérodoxes. Dans la synthèse néo¬classique qui fit suite à la Deuxième guerre mondiale, les largeurs de vue de la <em>Théorie Générale</em> de Keynes sur l’importance de l’incertitude et des «esprits animaux» furent abandonnées au profit de théories déterministes et «micro» du comportement macroéconomique. Les économistes néoclassiques du bien-être réduisent l’incertitude au risque afin de conserver une certaine souplesse à leurs modèles d’équilibre général. Dans un cadre d’équilibre général, le réalisme est sacrifié au formalisme. À l’inverse, les économistes écologiques plaident en faveur d’une approche structurelle où des descriptions techniques d’économies particulières sont utilisées à des fins d’analyse de scénarios (Duchin, 1998). En termes de politiques, l’une des alternatives de l’économie écologique à la supposition que l’incertitude peut être réduite à la notion de risque est le <em>principe de précaution</em> (Ciriacy-Wantrup, 1952) qui suggère que, face à l’incertitude, il vaut mieux s’être trompé par excès de prudence.</p>
<p>Opter pour l’incertitude amène à se concentrer sur des décisions guidées par le processus plutôt qu’orientées vers le résultat. En économie, la majorité des modèles de décision sont construits sur l’idée qu’il faut diriger un système vers un résultat optimal, sans trop se préoccuper du chemin à prendre vers «l’optimalité». Par exemple la pratique courante face à des problèmes d’allocation dynamique des ressources consiste à laisser de côté l’incertitude, à calculer un optimum en régime permanent et à spécifier la trajectoire d’approche la plus courte (most-rapid-approach path) pour atteindre le but soigneusement construit au préalable. L’économie écologique, au contraire, a donné la préférence à une vision co-évolutionniste, systémique, de l’incertitude et du changement dynamique. La co-évolution est un modèle qui, par sa nature, ne peut pas prédire ou être rendu opérationnel aussi commodément qu’un problème de maximisation des ressources. La co-évolution donne une vision d’un système social/naturel/physique complexe qui laisse entrevoir la manière de structurer nos choix individuels et sociétaux. Par exemple, Norgaard (1994) a étudié le développement agricole en Amazonie afin d’en tirer des leçons dans une perspective co-évolutionniste. Il avance que l’application des concepts prétendument universels de l’agriculture occidentale et du marché mondial à un écosystème tropical s’est traduite par un échec retentissant, tandis que les connaissances et les cultures traditionnelles, qui ont co-évolué avec cet écosystème spécifique, se sont par contre «avérées très souvent plus fiables» (1994, p.121). Reconnaître l’existence d’un processus co-évolutif sous-jacent entre systèmes social et naturel peut aider à formuler des enseignements qui peuvent contribuer à guider des processus sociaux (Erickson, 1999). Parmi ces enseignements: 1 – expérimentation à petite échelle et suivi de la chaîne évolutionniste des événements ; 2 – veiller à éviter les expériences impliquant des engagements à long terme; 3 – la diversité dans des systèmes co-évolutifs est foncièrement bonne; sans diversité la stagnation est probable ; 4 – mettre l’accent plutôt sur des processus évolutionnistes que sur des «réparations» mécaniques.</p>
<h4>3.5. Efficience, stabilité et équité : préférences du marché et valeurs sociales</h4>
<p>Les politiques néoclassiques se soucient quasi exclusivement de l’efficience allocative. La production est séparée de la consommation afin que l’efficience productive soit équivalente à la maximisation du bien-être social. Le but de l’entreprise, la réduction des coûts, a été élargie au point de devenir le but de la macro-économie et de la société dans son ensemble. Comme Bromley (1990) le soutient, ce but est idéologique, pas scientifique, en ce sens qu’il s’agit d’un jugement de valeur qui biaise l’analyse économique. Telle qu’il est formulé par la théorie standard du bien-être, l’objectif de l’efficience économique ne s’appuie sur aucun fondement logique qui garantisse son objectivité. Sans comparaisons interpersonnelles d’utilités, les économistes néoclassiques du bien-être n’ont que peu de choses à dire à propos de la désirabilité générale de situations sociales alternatives (Suzumura, 1999). Lorsque Marshall et Pigou écrivaient au sujet du bien-être des gens, ils étaient libres de se prononcer en faveurs de certaines situations sociales. Quelque temps après la Deuxième guerre mondiale, <em>«l’économie cessa de traiter des gens et de leurs relations les uns avec les autres comme elle l’avait été auparavant, et elle commença à traiter des marchandises»</em> (Bromley, 1990, p.91). Limiter les choix d’une politique économique au champ de l’efficience mène à la conclusion que le mécanisme du marché devrait commander les choix sociaux. Le marché est cependant peu à même de faire des choix sociaux. Les résultats du marché ne font que refléter les décisions de consommation de millions d’individus isolés, ils ne traduisent pas un choix humain en tant que phénomène social. Une fois encore, la littérature actuelle consacrée aux préférences endogènes met en doute le modèle du choix rationnel.</p>
<p>L’économie écologique fait la distinction entre les valeurs individuelles et les choix sociaux. Comme l’écrivent AS Vatn &amp; Bromley (1994, p ;124) <em>« Autant les préférences valent pour le consommateur soumis à des contraintes, autant les jugements peuvent être le concept moteur décrivant comment les citoyens choisissent des normes de base ou modifient les contraintes existantes.»</em> C’est ici que se manifeste l’importance des institutions. Mary Douglas (1986, p.124) de conclure: <em>«les décisions les plus profondes en matière de justice ne sont pas prises par des individus en tant que tels, mais par des individus agissant à l’intérieur et au nom des institutions.»</em></p>
<h4>3.6. La Nature physique de la production</h4>
<p>La «théorie de la production» néoclassique n’est pas une théorie de la production mais plutôt une théorie de l’allocation d’une somme fixe et d’une répartition donnée d’intrants (entrées) de production. De la même façon, la «théorie de la croissance» néoclassique n’est pas une théorie de la croissance mais plutôt une théorie de l’allocation optimale des taux de croissance des intrants. Pasinetti (1977) a écrit à propos de la théorie néoclassique de production: De toute évidence,<em> le modèle n’a absolument rien à voir avec le phénomène de la production. Le problème dont il traite, c’est celui de l’allocation optimale, au travers de l’échange, d’une certaine dotation et d’une certaines répartition initiales des ressources.</em></p>
<p>L’économie écologique a débuté avec l’idée perspicace que l’économie devait consister en un équilibre matériel entre les matières premières qui entrent dans le processus et les déchets qui en sortent (Ayres &amp; Knese, 1969 ; Boulding, 1966 ; Daly, 1977; Faber, Manstetten &amp; Proops, 1996 ; Georgescu-Roegen, 1976 ; Mayumi, 2001). L’analyse entrées/sorties (ES) présente une alternative bien élaborée à la fonction néoclassique de la production. Si des modèles dynamiques entrées/sorties peuvent être insérés dans un cadre d’équilibre, les démarches ES et le «modèle informatisé d’équilibre général», sont distinctement différentes. Un tableau ES peut être vu comme un instantané d’une économie particulière à un moment donné. Il ne faut pas l’interpréter comme un modèle d’un équilibre dans les sens d’optimisation, de stabilité ou d’une tendance à revenir à l’équilibre lorsque celui-ci est rompu. L’analyse ES a été critiquée parce qu’elle suppose un coefficient fixe. Pourtant, de plus en plus de preuves suggèrent qu’elle est un moyen de représenter plus fidèlement la production réelle que l’isoquant doublement différentiable de la théorie néoclassique 8. Les économistes écologiques ont fait des progrès dans la description de la relation entre l’activité économique, les institutions sociales et les paramètres environnementaux qui utilisent l’analyse entrées/sorties et des systèmes de décomptes sociaux. La version élargie de l’analyse entrées/sorties, la «matrice de comptabilité sociale» (MCS), donne une image concise de l’activité économique et des interconnexions entre les secteurs économiques, les caractéristiques des ménages et les institutions sociales. Une extension supplémentaire aux comptes de ressources naturelles (CRN) fournit encore une autre base de ressources environnementales/naturelles en termes d’entrées et de sorties. Le schéma 1 fait ressortir les matrices d’interdépendances dans un modèle MCS-CRN qui correspondent au cadre habituel de l’économie écologique, celui d‘une économie soutenue par un cadre social, lui-même fondé sur la base d’un écosystème. Les transactions économiques, sociales et environnementales sont respectivement capturées par l’analyse ES, la MCS et les CRN. Avec une description quantitative de ces flux, un modèle MCS-CRN peut être utilisé pour analyser des scénarios complexes portant sur des changements économiques, sociaux et environnementaux.</p>
<div id="attachment_261" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img class="size-full wp-image-261" title="Une vision des systèmes de comptabilité imbriquée en économie écologique." src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/05/figure1-economie-ecologique.jpg" alt="Figure 1. Une vision des systèmes de comptabilité imbriquée en économie écologique." width="500" height="582" /><div class="caption"><p class="legende">Figure 1. Une vision des systèmes de comptabilité imbriquée en économie écologique.</p></div></div>
<h3>4. Conclusion</h3>
<p>On affirme souvent que les économistes doivent suivre la voie étroite du néoclassisisme «parce qu’il n’y a pas d’autre alternative suffisamment constuite.» Comme nous l’avons fait ressortir plus haut, l’alternative existe mais elle requiert l’abandon de la «grande théorie unificatrice», bancale, de l’économie néoclassique du bien-être. Plutôt que d’une Théorie pour tout, il semble que c’est d’une Théorie des théories des choses que nous avons besoin. Pour comprendre l’économie humaine, il faut pouvoir apprécier correctement l’importance des hiérarchies, la contingence et l’auto-organisation ainsi que pouvoir reconnaître la fragilité des économies de marché dans l’espace biophysique et la spécificité de la culture.</p>
<p>Le dilemme politique est celui-ci : étant donné qu’une part im¬portante de notre bien-être est issue des flux monétaires générés par l’économie de marché – une économie isolée des influences directes du monde de la nature –, comment créons-nous des politiques qui préserveront les systèmes de notre planète qui supportent la vie? L’économie écologique s’efforce encore et toujours de répondre à cette question et, jusqu’à présent, aucune réponse satisfaisante n’a été trouvée. Mais, parmi toutes les écoles, conventionnelles et hétérodoxes, de la pensée économique, l’économie écologique est la seule qui tentera forcément de donner une réponse au problème de la survie de l’humanité dans les siècles à venir. C’est l’école de pensée qui reconnaît explicitement l’existence d’interconnexions et d’interdépendances entre les mondes : l’économique, le biophysique et le social. Nous n’avançons pas de grandes théories mais invitons plutôt à une démarche flexible qui reconnaît l’unicité des cultures et des écosystèmes spécifiques. Norgaard (1989) réclamait une pluralité des démarches vis-à-vis de la théorie économique et des politiques dans le premier numéro de la revue <em>Ecological Economics</em>, il y a plus d’une décennie. L’économie écologique exis¬te depuis à peine dix ans et, jusqu’à présent, n’a pas été rassemblée en une école de pensée cohérente ; parmi les écoles hétérodoxes, elle est cependant la candidate la plus crédible pour constituer une alternative intégrale à l’orthodoxie néoclassique.</p>
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</ol>
<div class="hr">
<hr /></div>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_51" class="footnote">Traduction d’un <em>working paper in economics</em> n°0402 (février 2004) du département d’économie du Rensselaer Polytechnic Institute, 110 8th Street, Troy, NY, 12180-3590, USA. <a href="http://www.rpi.edu/dept/economics">www.rpi.edu/dept/economics.</a> Cette traduction a été réalisée pour <em>étopia</em> par Louis Wyckmans et André Verkaeren.</li>
<li id="footnote_1_51" class="footnote">Il existe à l’heure actuelle une littérature étendue consacrée à l’histoire et à la démarche de l’économie écologique. Nous avons notamment tiré parti des contributions de vanden Bergh (2000), Brown (2001), Christensen (1989), Costanza et al. (1991), Daly (1977), Martinez-Alier (1987), Mayumi (2001), Norgaard (1994), Proops (2002), Söderbaum (2000), Spash (1999) et Turner (1999).</li>
<li id="footnote_2_51" class="footnote">Le domaine de l’économie change avec une rapidité telle que le terme “néoclassique” ne représente plus ce noyau monolithique d’antan. Nous utilisons les termes “économie néoclassique de bien-être” pour faire référence au modèle walrasien fondé sur les préférences exogènes égoïstes et une contractualisation complète et sans coût. À ce propos nous observons aussi que de nombreux économistes sensibles à la question environnementale ainsi que des écologistes utilisent des modèles écologiques plutôt que des modèles économiques. Ces chercheurs sont moins préoccupés par ce qui se passe en économie et rédigent leurs propres contributions, importantes également.</li>
<li id="footnote_3_51" class="footnote">Le lauréat du Nobel d’économie de 2002, le psychologue Daniel Kahneman, a été distingué par le comité du Prix Nobel pour son travail qui démontre “&#8230;comment il se pourrait que les décisions humaines s’écartent sys¬tématiquement de celles prévues par la théorie standard de l’économie”. (Communiqué de presse, Académie royale des sciences, 9 octobre 2002) </li>
<li id="footnote_4_51" class="footnote">La plupart des manuels d’économie surévaluent le Second théorème fondamental. Celui-ci ne dit pas que tout résultat “parétien” peut être obtenu au travers du marché. C’est un fait connu que l’équilibre concurrentiel est rarement unique et qu’il est fréquemment instable. Dès lors, le second théorème du bien-être ne constitue pas la justification d’un grand nombre de démarches du “libre marché” défendues par les économistes. (Bryant 1994) </li>
<li id="footnote_5_51" class="footnote">La discussion la plus complète sur l’existence d’un équilibre général fut menée par Arrow et Debreu (1954) qui ont basé leurs preuves sur le théorème du point fixe de Kakutani. Le modèle Arrow-Debreu est un modèle individualiste, suppose des attentes rationnelles, que tous les agents ont un prix de marché, qu’il n’y a pas d’information asymptotique et l’argent n’apparaît pas dans ce modèle. Bien que le modèle Arrow-Debreu d’équilibre général est encore toujours cité comme preuve de la désirabilité de marchés concurrentiels, Arrow a toujours maintenu que le modèle est surtout utile pour démontrer l’inefficacité du marché comme il se présente dans le monde réel (Geanakoplos 1987 ; Stiglitz 1994). </li>
<li id="footnote_6_51" class="footnote">Le problème fondamental posé par la détermination des améliorations possibles de Pareto est que tout optimum “parétien” est dépendant d’une source quelconque d’allocation initiale de ressources. Considérons deux allocations “parétiennes” efficaces, A et B, sur une frontière de possibilités de production. Le point A est optimal étant donné certaines fonctions de bien-être social basées sur une allocation initiale particulière de ressources. Le point B est optimal étant donné une fonction de bien-être social basée sur une quelconque autre allocation initiale de ressources. L’existence de ces bases différentes avec des prix relatifs différents et des taux de substitution marginaux différents fait surgir une variété de paradoxes qui empoisonnent la théorie économique du bien-être. C’est pour ces raisons qu’il est impossible d’identifier sans ambiguïté les PPI dans une économie d’échange pur et bien moins encore dans l’économie de marché réelle. Les problèmes s’accumulent lorsque le concept de PPI est utilisé pour juger les améliorations de bien-être intergénérationnelles.</li>
</ol>
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		<title>Une lecture écologiste de la crise, la première crise socio-écologique du capitalisme</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/138-une-lecture-ecologiste-de-la-crise-la-premiere-crise-socio-ecologique-du-capitalisme/</link>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 09:39:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérome Gleizes</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[Crise]]></category>

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		<description><![CDATA[La crise actuelle n’est pas la conséquence de la crise financière. 2008, c’est aussi les records mondiaux pour les prix du pétrole, de l’or, de nombreux métaux et de produits alimentaires comme le riz… Mais aussi record de températures, disparition accélérée d’espèces animales ou végétales. Tous ces faits apparemment singuliers s’inscrivent dans des temporalités différentes qui n’ont pas nécessairement de liens causals, mais leur conjonction est dangereuse car elle amplifie les différentes crises. Nous sommes dans une crise globale.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">À paraître dans Ecorev’, 32.</p>
<h3>L’étincelle de la crise</h3>
<p>Le retournement de la croissance américaine en 2007 a poussé à la hausse les taux d’intérêt, aggravant la précarité des ménages, provoquant de nombreux défauts de paiement, l’insolvabilité des débiteurs et par ricochet un besoin de refinancement des banques. Cela a amplifié la crise du bâtiment et de l’immobilier (la hausse des saisies augmentant l’offre immobilière dans un contexte de demande déprimée).</p>
<p>Avec le système des subprimes (crédits immobiliers aux ménages les plus pauvres), les créances avaient été titrisées (transformées en titres financiers), pour mutualiser les risques tout en préservant des rendements élevés pour les institutions financières et les hedges funds. Mais cette dilution des créances a, au lieu de mutualiser les risques, provoqué une augmentation de l’incertitude et paralysé les acteurs financiers et le refinancement interbancaire, mettant en difficultés des établissements bancaires. Cette complexification des marchés financiers a provoqué une diffusion du risque jusqu’à devenir un risque systémique par contagion à d’autres segments de marchés financiers et d’autres pays.</p>
<p>Les banques centrales ont, depuis le début de la crise, joué leur rôle de prêteur de dernier ressort pour garantir la viabilité du système bancaire en intervenant sur les marchés monétaires, contrairement à 1929. Mais depuis le déclenchement de la crise, au mois d’août 2007, les dépréciations d’actif s’accumulent. La dernière évaluation par le FMI est de 4 054 milliards de dollars, soit 4 fois plus que sa prévision de l’année dernière&nbsp;!</p>
<p>La crise de liquidité est devenue une crise de solvabilité : l’insolvabilité initiale des ménages américains a contaminé le secteur bancaire et financier mondial. Tel un jeu de domino, les dettes des uns sont les créances des autres. La faillite de l’un et le non remboursement de l’un entraîne la faillite de l’autre. La valeur du patrimoine et le niveau de revenu des agents étaient insuffisants pour faire face au volume des dettes et aux échéances de remboursement.</p>
<p>Pour la première fois depuis 1929, la Réserve fédérale américaine a recapitalisé des banques et des institutions financières pour effacer leurs dettes, jusqu’à son refus de le faire le 15 septembre 2008 pour la banque d’affaire Lehman Brothers. Ce refus a accéléré la crise financière, obligeant la Banque fédérale et le Trésor nord-américains à intervenir massivement pour sauver le premier assureur américain AIG et de nombreuses banques régionales, ainsi que l’Europe à sauver de nombreuses banques, tel Fortis.</p>
<p>Toutes ces politiques de soutien monétaire sont vaines, car nos sociétés sont confrontées à une crise de régulation économique depuis 40 ans. Cette crise est telle qu’aucune banque n’est capable de prévoir le montant des pertes à venir. Elle s’est rapidement doublée d’une récession économique, amplifiée par la financiarisation des compartiments les plus matériels de l’économie (construction automobile, grande distribution, bâtiment…).</p>
<p>Toutes les mesures de politiques économiques (programmes classiques de soutien à l’activité) échouent les unes après les autres. La récession se transforme en dépression impressionnante (moins 6 % du PIB américain en un an, du jamais vu depuis 40 ans) car aucune réponse n’a été apportée aux deux autres dimensions fondamentales de la crise&nbsp;: la dimension écologique &mdash; qui implique des mesures structurelles pour changer totalement le rythme, mais surtout la nature de la production, sous peine de voir la planète terre exploser &mdash;, et le développement de la production immatérielle, impliquant une quantité croissante de travail gratuit, précaire ou invisible.</p>
<h3>L’étincelle initiale bénéficiait d’un terrain propice pour se propager</h3>
<p>Le régime fordien de croissance d’après-guerre est en crise depuis la fin des années 60 et la croissance n’a pu se poursuivre que par un changement de moteur de la croissance, reposant désormais plus sur les industries de services, sur le capitalisme cognitif dans les pays occidentaux et sur la salarisation industrielle de plus de 400 millions de personnes dans les pays émergents.</p>
<blockquote class="exergue" style="width:250px"><p>«&nbsp;L’hyper-endettement des ménages […] est responsable de 1,5% de la croissance américaine…&nbsp;»</p></blockquote>
<p>Ce passage à une économie post-fordiste, flexible, globalisée n’a pu se faire que par une mutation de la finance. La croissance mondiale rapide qui permettait de masquer le caractère très inégalitaire de ce modèle a du s’attacher de nouvelles classes moyennes qu’on a appelé la creative class, fondée sur une hyperconsommation (la consommation interne des États-Unis représentait 73 % de son PIB) et un endettement croissant des ménages et de l’État reposant sur des crédits revolving et des crédits hypothécaires. L’hyper-endettement des ménages américains dans le secteur immobilier est responsable de 1,5 % de la croissance américaine. Cela a assuré sur le plan macro-économique le financement à crédit de la première puissance économique mondiale, les États-Unis, locomotive de la croissance mondiale (28 % du PIB mondial).</p>
<h3>Une économie financiarisée de contrôle social</h3>
<p>Ce modèle d’économie d’endettement s’est étendu à la plupart des États. Nous sommes ainsi parvenu à la veille de la crise en 2007 au besoin pour l’ensemble des États de la planète de trouver 29 000 milliards de dollars de financement auprès des capitaux privés. Le système de l’économie de marché financiarisée et mondialisée trouve ainsi sa nécessité structurelle.</p>
<p>La dérégulation néolibérale, y compris les paradis fiscaux, les places off shore dont la plupart des grandes puissances économiques sont dotées, a été organisée, planifiée, imposée à des opinions publiques souvent rétives dans les couches populaires qui en voyaient la signification en terme de privatisation des services publics, de transformation de droits publics à la protection sociale, en dettes privées.</p>
<p>Ainsi, une part du revenu des agents économiques (actifs comme inactifs) a été déconnecté de façon croissante des salaires. Le placement de l’épargne dans des systèmes de protection sociale par capitalisation, donc dans ces produits financiers à haut rendement, et la constitution de portefeuille d’actions et d’obligations a compensé pour les classes moyennes le déclin des salaires. Le revenu de 57 % des américains dépendaient à la veille de la crise, de ce type de placement.</p>
<p>Un programme d’accès à la propriété de son logement visant à transformer 80 % de la population en propriétaires a été menée au Royaume-Uni, aux États-Unis et poursuivi là où il était déjà bien avancé (France, Espagne). L’accès au logement favorisant la spéculation immobilière est devenu un amplificateur de ce programme.</p>
<blockquote class="exergue" style="width:250px"><p>«&nbsp;La montée phénoménale de l’endettement privé est devenu le système de contrôle de la population…&nbsp;»</p></blockquote>
<p>Ce n’était plus seulement les classes moyennes, disposant d’un emploi et d’un minimum d’apport en épargne préalable, c’était la partie supérieure des pauvres, les travailleurs pauvres qui a été inclus avec les crédits subprimes. La transformation généralisée des droits en dette a ainsi nourri continuellement l’expansion de la finance de marché qui s’est trouvée investi progressivement de nombre de fonctions assurées auparavant par la détention de droits sociaux organisés et garantis par l’État. L’effet dévastateur de la crise des crédits hypothécaires est dû à l’étendue même de la pénétration de la financiarisation privée dans tous les secteurs de la gestion des populations. La montée phénoménale de l’endettement privé est devenu le système de contrôle de la population, en particulier du travail précaire, flexible. Elle a reposé, non seulement aux États-Unis mais dans tous les États à des degrés divers et davantage dans ceux qui étaient le plus ouverts à la mondialisation, sur une croissance régulière de la dette publique, particulièrement lorsqu’on prend en compte les collectivités territoriales.</p>
<h3>La prochaine étape&nbsp;: la faillite d’un pays</h3>
<p>Aujourd’hui, par exemple, la dette américaine à la fois privée et publique détenue par l’étranger dépasse 12 250 milliards de dollars. C’est un peu moins que le PIB annuel de ce pays. Ce n’est pas la première fois que les EU se trouvent surendettés, mais cette fois-ci, les créanciers, dont le premier la Chine et le second le Japon, ne vont plus pouvoir accepter de subir une dévaluation de leurs créances du fait de celle du dollar. <strong>La consommation américaine était rendue possible par les exportations chinoises et japonaises</strong>, alimentant la croissance des trois pays qui permettait aux américains de maintenir leur mode de vie, à la Chine de maintenir un taux de croissance indispensable pour éviter une explosion sociale en donnant du travail à une population active croissante et au Japon de faire face à une baisse de sa consommation interne compte tenu de la baisse de sa population.</p>
<p>Sur le plan financier, les dollars du déficit commercial américain sont réinjectés aux EU en achat de bons du Trésor et autres titres financiers américains. Aujourd’hui, le Japon et la Chine risquent de stopper leurs investissements aux EU, réduire leurs créances détenues en dollar et ainsi arrêter de réinjecter les dollars accumulés suite aux déficits commerciaux et budgétaires américains. La faillite des EU n’est pas encore à l’ordre du jour, compte tenu de son poids dans la production mondiale et du statut du dollar comme étalon monétaire international, mais la nécessité pour les EU de financer leur croissance par l’achat de bons du trésor par l’étranger explique les voyages de Hillary Clinton au Japon et en Chine.</p>
<p>D’autres pays risquent d’avoir moins de chance. L’Islande n’a échappé à la faillite que grâce à une aide exceptionnelle du FMI&nbsp;; la première fois, pour un pays européen, depuis 1974. Aujourd’hui, ce sont les pays d’Europe centrale et baltes qui sont les plus en difficultés. Leurs monnaies ont subi des dévaluations très importantes. Ces pays, qui ont pratiqué des politiques de dumping social et fiscal, ne bénéficiant pas de l’euro, sont aujourd’hui rattrapés par la crise et par leurs retards de développement. Contrairement aux pays méditerranéens et à l’Irlande qui ont bénéficié d’importants transferts financiers de l’UE pour permettre un rattrapage de leurs économies lors de leur entrée dans l’UE, les pays d’Europe centrale et de l’Est n’ont pas bénéficié de cette aide. Et les pays riches de l’UE se refusent toujours à financer ce rattrapage, préférant laisser faire le marché.</p>
<h3>Une crise du régime de production</h3>
<p><strong>A ce problème de financement de la croissance, s’ajoute une crise interne du régime de production</strong> , symbolisé par celle du secteur automobile. Ce régime de croissance était basé sur le compromis fordien, c’est-à-dire l’échange d’un pouvoir d’achat par augmentation des salaires contre une croissance de la productivité du travail et une «&nbsp;pacification&nbsp;» des relations salariales. Ce compromis a permis un rythme soutenu de consommation permettant d’écouler la production. Cette production était taylorisée. La concurrence internationale des produits nationaux était faible, d’où une faible contrainte extérieure. L’État intervenait comme stabilisateur de la croissance <strong>à travers son action budgétaire contra-cyclique ou à travers sa fonction d’État-providence</strong> &mdash; <strong>de protection des citoyen-ne-s contre les risques de chômage, de maladie, d’accident du travail, d’assurance d’un revenu durant la retraite</strong> &mdash;  et le crédit bancaire était facile à obtenir.</p>
<p>Comme l’a montré André Gorz, l’informatisation et la robotisation ont mis à mal ce compromis, en permettant de produire beaucoup plus avec beaucoup moins de travail. La production, l’emploi et les salaires (de tous) n’augmentent plus simultanément. Aujourd’hui, les gains de productivité du capital provoquent une baisse des coûts de production et donc des prix de vente des produits manufacturés, entraînant celle des profits et une course accélérée à la réduction des coûts, à de nombreux licenciements ou des délocalisations.</p>
<p>L’investissement productif devient de moins en moins rentable, amplifié en cela par la hausse du prix des matières premières (et donc des coûts de production incompressibles). Nous avons assisté insidieusement à une augmentation des arbitrages au bénéfice des investissements financiers et des acquisitions externes d’entreprises au cours des années 80 et 90. Avant la crise, le total des actifs financiers représentait 3 à 4 fois le PIB mondial, générant <em>«&nbsp;une immense bulle spéculative au cœur même du système industriel&nbsp;»</em>.</p>
<p>À ce déséquilibre capital industriel/capital financier s’ajoute aussi un déséquilibre entre classes sociales, une paupérisation croissante des populations ne bénéficiant plus du compromis fordien. Aujourd’hui, la croissance repose sur moins de personnes, ce qui provoque inéluctablement des tensions sociales tant entre les pays qu’à l’intérieur de chacun d’entre eux. Et l’entrée en récession va amplifier les inégalités et les tensions sociales.</p>
<p><strong>Loin d’être responsable de la crise, les crédits subprimes étaient une condition du maintien de la croissance de la consommation américaine à crédit, fondée sur une hausse continue de la valeur du patrimoine des ménages</strong>. Il a un temps symbolisé le compromis néolibéral qui s’était substitué au compromis fordien&nbsp;: <em>l’acceptation d’une compression de la part des salaires dans la valeur ajoutée produite contre un accès facilité à la propriété et à la consommation</em>. <strong>Mais aujourd’hui, ces deux compromis sont confrontés à la crise écologique</strong>.</p>
<h3>Crise économique, crise écologique</h3>
<blockquote class="exergue" style="width:250px"><p>«&nbsp;chose inédite dans l’histoire de l’humanité, le monde se trouve confronté à l’épuisement de ses ressources naturelles…&nbsp;»</p></blockquote>
<p>Une sortie de crise pourrait être envisagée avec la montée en puissance de la Chine et de l’Inde comme nouveaux moteurs de la croissance mondiale. Mais, chose inédite dans l’histoire de l’humanité, le monde se trouve confronté à l’épuisement de ses ressources naturelles, confirmée par leur hausse de prix continue, révélatrice d’une insuffisance de l’offre vis-à-vis de la demande. Cela s’ajoute à la crise climatique, due aux concentrations de gaz à effet de serre. Cette crise provoque une baisse des rendements agricoles et de la production, donc une hausse des prix des denrées agricoles (hausse amplifiée par la réduction des terres arables à cause de l’étalement urbain et d’une politique en faveur des agrocarburants). Des émeutes ont eu lieu en Afrique ou en Asie, suite à des hausses de produits de base comme le riz. Mais cette inflation n’ayant pas une origine monétaire, elle ne peut être combattue par une politique monétaire restrictive. Une relance keynésienne classique par la hausse de la consommation n’est plus possible comme durant les trente glorieuses, car cette croissance, prédatrice en ressources naturelles, entraîne des tensions sur l’ensemble des marchés de matières premières, amplifiées par les marchés financiers de produits dérivés.</p>
<p>De même, l’effet rebond (augmentation de consommation liée à l’amélioration d’une technologie) amplifie ce phénomène. La globalisation des modèles de production et de consommation font qu’aujourd’hui la croissance des uns ne peut être compensée que par l’exploitation des autres. Le seul critère pertinent, l’empreinte écologique, montre aujourd’hui qu’il faudrait trois planètes pour généraliser le mode de consommation français ou six planètes pour celui des États-Unis. Actuellement, l’entrée en récession réduit la demande des matières premières et une baisse de leurs prix, mais toute politique de relance se trouvera confronté à leur rareté effective. </p>
<p>Cette crise n’est pas un simple problème de moralité, même si les inégalités se rapprochent des niveaux du XIX<sup>e</sup> siècle. Elle n’est pas l’unique conséquence des politiques libérales. <strong>Elle est surtout la conséquence du productivisme effréné de nos économies qui mène simultanément à la crise financière et aux crises écologiques</strong>.</p>
<p><strong>Une véritable politique structurelle mondiale &mdash; au minimum européenne &mdash; est indispensable pour éviter les effets rétroactifs des différentes sorties de crise</strong>.</p>
<p>Il faut modifier le modèle productif pour réduire la prédation des ressources de la planète, passer d’une production majoritairement matérielle à une production majoritairement immatérielle, mais il faut aussi modifier les rapports sociaux. L’écologie politique fait priorité d’une réforme de politique de transformation sociale et écologique à travers une vision territoriale (respect des écosystèmes, relocalisation des productions/consommations), la substitution de la logique concurrentielle de l’économie marchande par celle, coopérative, de l’économie sociale et solidaire. Elle propose la création d’un nouveau compromis social à travers l’instauration de revenu social garanti, un meilleur partage du temps de travail, et l’introduction de monnaies de proximité non thésaurisables, la prise en compte des réfugiés climatiques…</p>
<p>Nous devons à l’échelle européenne faire des politiques d’investissement ciblés et un emprunt massif de 1 000 milliards d’euros, mettre en œuvre des régulations financières et institutionnelles sortant de la logique libérale, revoir la logique des relations Nord/Sud…</p>
<p>Aujourd’hui, l’humanité se trouve confrontée à une question politique majeure, exprimée par André Gorz dans son dernier article très clairvoyant sur le devenir de nos sociétés&nbsp;:</p>
<blockquote class="citation"><p>«&nbsp;La décroissance est donc un impératif de survie. Mais elle suppose une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d’autres rapports sociaux. En leur absence, l’effondrement ne pourrait être évité qu’à force de restrictions, rationnements, allocations autoritaires de ressources caractéristiques d’une économie de guerre. La sortie du capitalisme aura donc lieu d’une façon ou d’une autre, civilisée ou barbare. La question porte seulement sur la forme que cette sortie prendra et sur la cadence à laquelle elle va s’opérer.&nbsp;»<sup>[1]</sup></p>
</blockquote>
<div class="hr">
<hr /></div>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_138" class="footnote">André Gorz, <em>Le travail dans la sortie du capitalisme</em>, alias <em>La sortie du capitalisme a déjà commencé</em>, publié dans EcoRev’, 28, novembre 2007</li>
</ol>
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		<title>Hervé Kempf et Pascal Canfin: « Le capitalisme vert, ça n&#8217;existe pas ! »</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 09:01:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Sabrina Kassa</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
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		<description><![CDATA[Le revirement écologique appelé à « bonifier » le capitalisme est-il possible ? Les journalistes Pascal Canfin et Hervé Kempf restent sceptiques. Entretien.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Qu’est ce que le concept de « capitalisme vert » évoque pour vous ? Que représente-t-il dans la réalité, notamment en termes de poids économique ? Hervé Kempf.</strong> Le « capitalisme vert », c’est la continuation du capitalisme et donc la continuation d’un système qui dans son principe est destructeur de l’environnement et qui, dans sa dernière phase, s’est traduit par une expansion extraordinaire des inégalités. Donc, le capitalisme vert, ce n’est même pas un oxymore, ça n’existe pas. C’est seulement une construction et un habillage idéologique pour faire croire que l’on peut évoluer par rapport à l’environnement sans changer les déterminants fondamentaux de nos régulations sociales, de notre système économique et de la répartition des pouvoirs dans cette société.<br />
<strong>Pascal Canfin. </strong>La question est complexe car le capitalisme n’est pas quelque chose qui se distingue de la société. La société nourrit le capitalisme comme le capitalisme nourrit la société. Et une des alternatives au capitalisme qui est l’économie sociale et solidaire n’a de sens que si les personnes qui y participent ont des valeurs et des modes de fonctionnement qui ne sont pas ceux du capitalisme. Avec, par exemple, un partage du pouvoir qui ne dépend pas de la détention du capital. Donc ce sont les valeurs que porte la société qui vont permettre le dépassement du capitalisme. L’autre question, c’est celle du productivisme. On a bien vu que l’on pouvait être dans un système non capitaliste, comme l’Union soviétique, mais totalement productiviste, concept qui me semble encore plus difficile à déconstruire que celui du capitalisme. Donc j’ai envie de dire que ça va au-delà du capitalisme. L’aspiration à vouloir contrôler la nature, c’est la modernité, c’est Descartes&#8230; dont le capitalisme est la conséquence et non la cause.<br />
<strong>H.K.</strong> La question essentielle, aujourd’hui, c’est la transformation des systèmes de valeurs. Une chose est sûre, il y aura toujours des entreprises. En revanche, la question du pouvoir dans les entreprises, de l’appropriation des moyens de production, ou plus simplement le contrôle des travailleurs, des consommateurs sur l’entreprise mais aussi des citoyens et des contribuables redevient tout à fait d’actualité. Par exemple, on aura toujours besoin d’entreprises qui gèrent des déchets mais il y a une différence entre Véolia environnement, qui a un capital mis en bourse et est possédé par un petit nombre de gens, et une entreprise de déchets qui assumerait ces mêmes fonctions avec une partie d’actionnariat privé, un d’actionnariat public et avec une vraie participation des travailleurs au conseil d’administration.<br />
<strong>P.C.</strong> Par rapport aux systèmes de valeurs, je crois qu’il faut comprendre « valeur » au double sens du terme, c’est-à-dire à la fois ce qui fait sens et ce qui rentre dans les comptes. Aujourd’hui, il faut changer les deux. Par exemple, faire payer le CO2 aux entreprises qui en émettent via une taxe carbone est un élément important pour changer nos modes de production et de consommation dans la mesure où, jusqu’à présent, on surconsomme parce que l’on n’intègre pas au juste prix les ressources écologiques utilisées. Il faut par ailleurs faire la distinction entre capitalisme et économie de marché. Une Scop, par exemple (comme Regards ou Alternatives économiques), n’est pas dans une logique capitaliste, ni capitalistique, mais pourtant elle est sur un marché. Aujourd’hui, nous ne sommes pas dans une économie pleinement capitaliste. La production de nombreux biens et services ne relève pas d’une logique capitaliste mais une logique de service public, de biens publics… Même si, évidemment, il y a une offensive idéologique du libéralisme en Europe, via la Commission européenne notamment, pour essayer de déconstruire cette économie plurielle et en faire une économie 100 % capitaliste de marché. Notre économie est encore plurielle et il faut s’appuyer sur les formes non capitalistes qui existent déjà dans l’économie pour mieux la transformer</p>
<p><strong>Encore faut-il que l’économie sociale et solidaire et l’économie publique soient soutenables d’un point de vue écologique…H.K. </strong>Je suis tout à fait d’accord sur la distinction entre capitalisme et économie de marché, mais je crois qu’il est nécessaire de revenir sur la philosophie générale qui inspire le capitalisme. L’économiste Karl Polanyi avait bien démontré qu’une économie purement capitaliste – c’est-à-dire fondée sur un individualisme exacerbé et la marchandisation généralisée des relations humaines – conduit à l’effondrement. Ainsi, même si la part de l’économie publique est restée importante dans nos pays, et que l’économie sociale et solidaire représente une part non marginale, depuis trente ans, l’offensive néolibérale, que j’appelle capitaliste, applique à une très grande part de l’économie sociale et solidaire une logique d’appropriation, de compétition et d’individualisme.<br />
<strong>P.C.</strong> Je suis d’accord, c’est un combat politique. Mais la question se pose moins à mes yeux en termes de système de propriété et de mode de fonctionnement qu’en termes de modèle économique. Sur l’industrie des déchets – ce qui permettra de revenir sur le capitalisme vert –, si le modèle économique de Véolia ou d’une société d’économie mixte ou d’économie sociale et solidaire, c’est « Plus il y a de déchets, plus je gagne de l’argent », comme c’est le cas aujourd’hui, quelle que soit la forme d’organisation de l’entreprise, ça ne changera rien. On le voit bien avec EDF. La question, c’est comment cette société-là gagne de l’argent sur la performance environnementale. Véolia, par exemple, est en train de tester des contrats en Angleterre, avec des collectivités locales, où ses ressources sont assises non pas sur le volume de déchets traités mais sur le pourcentage de diminution des déchets et sur le pourcentage de tri. Cela me semble plus intéressant, car du coup le modèle économique s’inverse : Véolia gagne de l’argent si l’entreprise réussit à augmenter le tri et si elle arrive à remonter la filière en travaillant avec les entreprises et avec les ménages pour diminuer le volume de déchets produits.<br />
<strong>Etes-vous favorable à une décroissance générale de l’économie ? H.K.</strong> Je pense que nous devons aller vers une baisse de la consommation matérielle et de la consommation d’énergie. Mais je ne parle pas de décroissance parce que la décroissance se réfère au PIB, qui est un mauvais indicateur, précisément, parce qu’il ne mesure pas l’impact économique humain sur l’environnement. En revanche, si on se réfère au capital naturel, nous sommes déjà en décroissance. Ce n’est pas une économie verte qu’il faut créer. Mais plutôt que l’ensemble de nos sociétés soit organisé en prenant en compte le caractère absolument structurel de la crise écologique, tout en revenant par ailleurs à un état de justice sociale.<br />
<strong>P.C. </strong>Surtout, quand on parle de décroissance, il faut savoir décroissance de quoi. Le PIB est une convention avec ses qualités et ses défauts mais on l’a complètement mythifié, c’est devenu un synonyme de progrès social, de progrès humain alors que ça n’a jamais été le cas. Ce qu’il faut évidemment faire décroître aujourd’hui, c’est l’empreinte écologique. Cela passe très probablement par la décroissance des biens matériels. Car même si on réalise des gains d’efficacité énergétique, cela ne suffira pas si le niveau global de consommation dans les pays riches reste le même. Cette décroissance matérielle doit bien sûr être accompagnée d’une politique de redistribution.</p>
<p><strong>On peut d’ailleurs se demander si les économies d’énergie ne se feront pas sur le dos des plus pauvres&#8230;H.K. </strong>L’inégalité sociale très forte dans laquelle nous sommes s’articule avec le système de valeurs défini par l’oligarchie et qui pousse à la surconsommation. Imposer un revenu maximal admissible (RMA) et faire diminuer de façon drastique les revenus de l’oligarchie, cela a pour but de transformer les valeurs culturelles qui sont transmises, qui sont exhibées par l’oligarchie et qui servent de référence à l’ensemble de la société.<br />
<strong>P.C. </strong>Le changement social doit venir par le haut et par le bas. Pour des raisons écologiques, s’il y a un changement de société qui nous amène à renoncer à un certain nombre de choses, la question est de savoir de quels avantages complémentaires on bénéficiera dans une société écologique. Ces bénéfices-là ne seront pas forcément financiers mais se manifesteront plutôt en termes de liberté, de temps libéré, de relations, de liens sociaux. La vraie critique du capitalisme est écologique parce qu’elle intègre la question de la redistribution et va au-delà : elle repose la question de la richesse. Elle est beaucoup plus radicale que la critique de ceux qui se prétendent révolutionnaires en demandant une augmentation de 300 euros pour qu’on puisse aller consommer dans des supermarchés et par là-même accroître les profits de la grande distribution !</p>
<p><strong>Que va-t-il se passer pour ceux qui sont ou vont être touchés par la crise ? P.C.</strong> La conversion écologique a un potentiel très important de création nette d’emplois. D’une part, parce que l’immense majorité des emplois que l’on crée dans l’éducation, la santé, la culture, etc. sont des emplois non délocalisables. D’autre part, parce que, quand vous prenez en compte la question environnementale, cela a tendance à augmenter l’intensité en travail de l’activité. L’agriculture bio est ainsi beaucoup plus intensive en travail que l’agriculture productiviste. Si on portait en France à 50 % de l’agriculture la part du bio, on pourrait créer 200 000 à 300 000 emplois. Idem dans les transports. A volume de déplacements égal, si on remplace du déplacement individuel par du transport collectif, on crée un peu plus de 100 000 emplois. L’isolation des bâtiments peut induire entre 120 000 et 200 000 emplois. Soit au total entre 500 000 et un million d’emplois en France qui sont des emplois utiles dans le cadre de cette conversion écologique. Mais pour cela, il faut former les salariés à ces métiers. Cette formation doit avoir lieu dans un cadre sécurisé en termes de droits comme de revenu. C’est pourquoi la conversion écologique de l’économie va de pair avec la sécurisation des parcours professionnels.</p>
<p><strong>Que ce soit au niveau national, avec le Grenelle, européen, avec le paquet énergie-climat ou au niveau international, les négociations publiques se développent. Quel est le niveau le plus pertinent pour agir ? P.C.</strong> La plus grande partie de ces politiques de conversion sont faisables au niveau national. Ce n’est pas pour rien que l’Autriche est à 11 % d’agriculture bio tout en étant dans le cadre de la PAC. En France, on est à 2 %, tout simplement parce que des choix différents ont été faits. Etre dans une économie mondialisée n’empêche pas cette conversion. Encore une fois, ne nous faisons pas piégér dans l’idée qu’il y aurait un rouleau compresseur qui s’imposerait à nous. On a la liberté de faire des choix. Le deuxième élément, pour revenir aux normes internationales, c’est la question de l’accès qualifié au marché. C’est quoi ? C’est de dire : un produit chinois n’est pas mauvais parce qu’il est chinois, mais parce qu’il ne respecte pas les conventions de l’Organisation internationale du travail, les enjeux climatiques du protocole de Kyoto ou du futur Appel de Copenhague fin 2009, etc.<br />
<strong><br />
Mais à ce niveau-là, la négociation ne peut pas être nationale… P.C.</strong> Seul le niveau européen est pertinent, parce que l’Europe est le premier marché du monde. Aucune multinationale ne peut se passer du marché européen. Il y a un combat politique international à mener et c’est évidemment le rôle de l’Union de le mener. Cela doit être un enjeu majeur des élections européennes. Le problème aujourd’hui, c’est que l’Europe est à droite : la majeure partie des gouvernements sont à droite, la commission est à droite et le Parlement est à droite, donc on a des politiques de droite.<br />
<strong>H.K.</strong> Il faut rappeler que tout cela s’inscrit dans une situation de crise écologique extrêmement importante et qui, au niveau du débat international, se traduit par la discussion sur le changement climatique. Ce qui paraît le plus important dans cette discussion sur le climat, c’est qu’il porte en fait sur la réduction des inégalités entre les pays du Nord et les pays du Sud par le biais des discussions sur l’organisation de transferts financiers du Nord vers le Sud. Le discours dominant continue à nous faire entendre que l’on va pouvoir continuer de vivre avec le niveau d’assez grand confort que l’on connaît à l’heure actuelle. Non, il va falloir que nos conceptions du confort changent parce que la question écologique appelle à un rééquilibrage planétaire. Il n’y a pas de raison qu’un Malien, qu’un Indien, qu’un Chinois vivent très différemment de nous, même s’il y a le poids de l’histoire et qu’il y aura des différences encore longtemps. Mais ces différences sont appelées à se réduire considérablement et ce discours, je ne l’entends pas encore assez, alors qu’il constitue la toile de fond de toute notre discussion. <strong>Propos recueillis par Emmanuelle Cosse et Sabrina Kassa </strong></p>
<p><em>Hervé Kempf, journaliste au </em>Monde<em> et auteur de </em>Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, <em>Seuil, 2009. Pascal Canfin, journaliste au magazine </em>Alternatives économiques<em> et auteur de l&#8217;ouvrage </em>Le contrat écologique pour l’Europe,<em> Les petits matins, mai 2009. </em></p>
<p>Cet entretien est paru dans <a href="http://www.regards.fr">Regards</a> n°61, avril 2009, dans un dossier sur « L&#8217;arnaque du capitalisme vert ». Vous pouvez vous procurer Regards en kiosque ou par <a href="http://www.regards.fr/page/?id=dvd">internet</a>.</p>
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		<title>Crise: traiter la maladie, pas seulement les symptômes</title>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 04:03:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://ecolosphere.net/mise-en-route/?p=114</guid>
		<description><![CDATA[Notre monde est malade, gravement malade. La crise dans laquelle nous sommes entrés est non seulement la plus grave, d’un point de vue économique, depuis les années 30, mais elle se double d’une crise écologique majeure &#8212; celle des ressources notamment énergétiques, et du dérèglement climatique. Plus grave, les deux crises s’auto-entretiennent.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">Publié le 18 mars 2009 par Denis Baupin<sup>[1]</sup> <a href="http://www.mediapart.fr/club/blog/denis-baupin/180309/crise-traiter-la-maladie-pas-seulement-les-symptomes<br />
">sur Medipart</a></p>
<p>C’est la crise énergétique qui a entraîné une forte hausse du prix du pétrole, donc l’incapacité des ménages américains hyper endettés à payer leurs emprunts immobiliers &mdash; enclenchant par effet boule de neige une crise mondiale &mdash; et à continuer d’acheter des automobiles bien trop énergivores. La récession a fait provisoirement redescendre le prix du pétrole, mais toute «&nbsp;reprise&nbsp;» à l’identique conduirait inéluctablement aux mêmes conséquences.</p>
<p>Traiter l’une (la crise économique) sans traiter l’autre (la crise écologique et énergétique), c’est non seulement insuffisant, mais c’est surtout se préparer à subir de nouveau demain ces deux crises de façon encore plus brutale.</p>
<p>Parce que les gouvernements européens et la Commission européenne font un mauvais diagnostic, et confondent les symptômes (faillites bancaires, crise boursière, récession) avec les causes réelles de la maladie (une civilisation du gaspillage qui sape les bases mêmes de son existence), ils se contentent de prescrire de l’aspirine à dose massive. Pour faire tomber la fièvre boursière et la fièvre bancaire, on injecte des centaines de milliards. Et, dans le meilleur des cas, s’ils n’ont vraiment pas le choix, pour faire tomber la fièvre sociale, ils consentent à injecter quelques milliards supplémentaires.</p>
<p>Pas de malentendus&nbsp;: traiter la fièvre, quand elle est trop haute, c’est indispensable. Mais laisser croire, comme le font les gouvernements mais aussi l’opposition notamment en France, que c’est cela qui permettra la guérison, c’est leurrer la population et préparer des lendemains qui déchanteront plus fortement encore. Croire les bonimenteurs qui prétendent qu’il suffirait de «&nbsp;moraliser le capitalisme&nbsp;» (oxymore) et de patienter jusqu’à une supposée «&nbsp;sortie de crise&nbsp;», c’est se préparer à un réveil douloureux.</p>
<p>Il peut même arriver que faire tomber la fièvre sans soigner la maladie aggrave l’état du malade. C’est ce qui se passe aujourd’hui avec le secteur automobile&nbsp;: injecter des milliards pour sortir la tête de l’eau les constructeurs, et surtout leurs salariés, c’est sans doute incontournable. Mais si on s’en contente, et que les mêmes véhicules hyper consommateurs et polluants continuent d’être produits, la rechute sera dramatique, irréversible. L’industrie automobile pourrait alors connaître une crise à côté de laquelle celle de la sidérurgie constituerait un épiphénomène.</p>
<p>En parallèle du traitement de la fièvre, c’est d’un traitement de fond dont a besoin le secteur automobile&nbsp;: une véritable reconversion industrielle vers des véhicules plus petits, moins puissants, moins polluants, moins rapides, mais aussi vers la fabrication de vélos, de bus, de tramways, de métros. Et cela vaut bien sûr également pour nombre de ses sous-traitants. Car si «&nbsp;sortie de crise&nbsp;» il doit y avoir, elle ne pourra se faire qu’en passant de la civilisation du gaspillage à celle de la sobriété, qui plus est dans une planète mondialisée où le Sud de la planète n’acceptera plus d’être à la fois le réservoir de matières premières, la poubelle à déchets et la première victime de la crise écologique, juste pour permettre au Nord de régler ses problèmes sur son dos.</p>
<p>Les docteurs Diafoirus d’aujourd’hui n’ayant comme seule réponse «&nbsp;la relance&nbsp;» purement quantitative, comme celui de Molière n’avait que «&nbsp;le poumon&nbsp;» &mdash; manquent singulièrement de vision et surtout de courage. On peut pourtant multiplier les exemples des mutations possibles et nécessaires&nbsp;: le bâtiment qui a bien plus besoin d’éco-quartiers et réhabilitation thermique que de tours énergivores&nbsp; l’énergie qui devrait privilégier les renouvelables décentralisées et non le nucléaire lourd, dangereux, coûteux&nbsp; l’agriculture écologique bien plus saine et créatrice d’emplois&nbsp; une pêche qui préserverait son avenir en protégeant la ressource&nbsp; un transport de marchandises privilégiant le rail et limitant les déplacements inutiles, etc. Les réponses sont connues, validées mais toujours repoussées à plus tard. C’est le moment où jamais, alors que le système est en passe d’imploser, de passer à l’acte.</p>
<p>La civilisation de la sobriété que nous proposons ne fera pas perdre de qualité de vie. Elle remettra sans doute en cause des habitudes et quelques intérêts économiques substantiels. Mais elle nous permettra à la fois de faire décroître notre impact négatif sur l’environnement, d’accroître la justice sociale (en rendant les plus fragiles moins vulnérables aux crises notamment énergétiques), de créer des centaines de milliers d’emplois et de construire un monde plus juste, donc plus sûr.</p>
<p>Pour cela, ne nous trompons pas, ne nous contentons pas de traiter les symptômes de la crise par des réponses à courte vue. Traitons la maladie, diminuons notre vulnérabilité, engageons la transition vers une civilisation en harmonie avec sa planète et l’ensemble de ceux qui l’habitent et l’habiteront demain.</p>
<div class="hr">
<hr /></div>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_114" class="footnote">Denis Baupin est Maire adjoint de Paris, membre de l’exécutif national des Verts</li>
</ol>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Ce qu’on a fait pour sauver la finance, faisons-le pour sauver la planète</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/104-ce-qu-on-a-fait-pour-sauver-la-finance-faisons-le-pour-sauver-la-planete/</link>
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		<pubDate>Sat, 23 May 2009 03:20:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour nous, la crise financière a au moins la vertu de montrer qu’une mobilisation massive et qu’un aggiornamento idéologique était possible, et «&#160;constitue une opportunité historique pour inventer un nouveau mode de développement qui ne repose pas sur la maximisation du profit à court terme mais sur la recherche d’un développement soutenable pour la planète et qui maximise le bien être des êtres humains&#160;».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">Publié le 23 octobre 2008 par Denis Baupin<sup>[1]</sup> et Pascal Canfin<sup>[2]</sup> <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/231008/ce-qu-a-fait-pour-sauver-la-finance-faisons-le-">dans Les Invités Mediapart</a>.</p>
<h3>Les cinq étapes de la réponse des États à la crise</h3>
<p>Une révolution d’envergure vient de se dérouler sous nos yeux au niveau planétaire. En quelques semaines, des forteresses inexpugnables sont tombées&nbsp;: des forteresses financières, mais aussi des forteresses idéologiques.</p>
<p>Dans la façon dont les États ont commencé à répondre à la crise financière, cinq étapes caractéristiques peuvent être identifiées&nbsp;:</p>
<ol>
<li>Prise de conscience de la gravité de la situation et de l’urgence de la catastrophe potentielle&nbsp;;</li>
<li>Reconnaissance que le «&nbsp;laisser faire&nbsp;», la brutalité de la main obscure du marché, ne peut que conduire à une aggravation de la crise, voire à saper les fondements même de nos sociétés&nbsp;;</li>
<li>Mobilisation des pouvoirs publics perçus comme les seuls garants de la sortie de crise&nbsp;;</li>
<li>Mise en place d’une coordination internationale encore insatisfaisante mais réelle, et définition de politiques publiques&nbsp;;</li>
<li>Injection de moyens financiers massifs.</li>
</ol>
<h3>Créer un précédent</h3>
<p>Il est aujourd’hui trop tôt pour savoir si ce remède de cheval évalué aujourd’hui par le FMI à 1500 milliards de dollars sera suffisant. Mais, pour nous écologistes, cette «&nbsp;révolution&nbsp;» constitue un précédent particulièrement intéressant. Car une crise écologique bien plus grave nous menace, qui, par bien des aspects, s’apparente dans ses mécanismes à la crise de la finance internationale et pour laquelle les mêmes étapes peuvent être dessinées.</p>
<blockquote class="exergue small"><p>1.</p></blockquote>
<p>Prise de conscience de la gravité de la crise&nbsp;: à entendre les dernières études des climatologues, l’évolution des concentrations de carbone dans l’atmosphère constatée depuis quelques années est plus grave que le pire des scénarios envisagés il y a seulement un an par le GIEC&nbsp;: les conséquences climatiques (cyclones, sécheresses, montée du niveau de la mer…) et humaines (famines, réfugiés climatiques…) défient tous les scénarios élaborés jusque là&nbsp;; à écouter nombre de géologues, la déplétion des ressources pétrolières (et de nombre d’autres matières premières) serait engagée ou tout le moins imminente, pouvant entraîner un accroissement brutal des prix de l’énergie aux conséquences géopolitiques (guerres), économiques et sociales majeures&nbsp;; quant aux experts en matière de biodiversité, ils n’hésitent pas à parler d’une 6e extinction des espèces, dont les conséquences agricoles, climatiques et sanitaires sont imprévisibles.</p>
<p>Il ne s’agit pas ici de faire preuve de catastrophisme, mais d’un minimum de lucidité sur le signal d’alarme lancé par la communauté scientifique. Il ne s’agit pas de faire peur, mais de faire face.</p>
<blockquote class="exergue small"><p>2.</p></blockquote>
<p>Comme la crise financière, la crise écologique est l’échec d’une économie tournée uniquement sur la maximisation du profit à court terme. La confiance quasi religieuse dans le libre marché et dans l’impératif irréaliste d’une croissance continue et infinie ne peut que conduire à rencontrer, à un moment ou un autre, les limites physiques de la biosphère et des ressources énergétiques. De même que le marché a créé artificiellement des bulles (Internet, immobilier, &#8230;) qui laissent croire qu’on peut vivre au-dessus de nos moyens et qui finissent toujours par exploser, nous vivons depuis près de 30 ans dans une «&nbsp;bulle écologique&nbsp;» (l’empreinte écologique de l’humanité est devenue supérieure à notre seule planète Terre&nbsp;!) dont «&nbsp;l’explosion&nbsp;» potentielle menace notre avenir collectif.</p>
<p>Là où une économie «&nbsp;économe&nbsp;» de nos ressources, parce que basée sur des équilibres de long terme, peut organiser la préservation des ressources et leur utilisation durable, une économie basée sur le profit à court terme de quelques uns conduit au gaspillage, et par voie de conséquence à la privation du plus grand nombre.</p>
<blockquote class="exergue small"><p>3.</p></blockquote>
<p>Il n’est donc pas surprenant que la grande majorité des scientifiques (du GIEC aux experts énergétiques ou de la biodiversité) et des responsables politiques les plus lucides (d’Al Gore à l’ONU) en appellent à la responsabilité des pouvoirs publics seuls capables de faire passer nos sociétés et nos économies du gaspillage à la sobriété, du pillage des ressources à leur préservation, d’une économie sauvage du chacun pour soit à une économie civilisée de coopération.</p>
<blockquote class="exergue small"><p>4.</p></blockquote>
<p>Pour cela, comme pour la crise financière, émerge l’impératif d’une gouvernance planétaire face à la crise. D’une certaine façon, le Sommet de la Terre à Rio, le protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique en sont les précurseurs. Mais il s’agit maintenant de passer de l’expérimental au pérenne&nbsp;: éradiquer la pauvreté&nbsp;; organiser la réduction des gaz à effet de serre en partageant équitablement les quotas d’émission entre pays&nbsp;; mettre en place les dispositifs économiques pénalisant les gaspillages et favorisant les comportements vertueux&nbsp;; protéger la biodiversité en donnant une valeur économique au fait de protéger les biens naturels mondiaux comme les forets tropicales&nbsp;; mais aussi partager équitablement les ressources énergétiques fossiles tout en développant les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique&nbsp;; et anticiper la prise en charge équitable des futurs réfugiés climatiques en proportion des responsabilités de chacun dans la crise… Voila autant de chantiers prioritaires pour une gouvernance mondiale qui tenterait d’éviter que la crise ne se résolve par la loi du plus fort, celle qui d’Irak en Géorgie, en passant par le Darfour, conduit les superpuissances à s’accaparer militairement le contrôle des ressources énergétiques.</p>
<blockquote class="exergue small"><p>5.</p></blockquote>
<p>Cette mutation, elle aussi, nécessitera l’injection de moyens certes massifs, mais qui, au regard des centaines de milliards injectés en quelques semaines pour sauver le système financier, apparaissent particulièrement raisonnable. Ainsi, l’économiste Nicholas Stern a chiffré à 2% du PIB mondial d’ici 2050 les moyens nécessaires pour lutter contre le dérèglement climatique. Soit autour de 1 000 milliards de dollars sur 40 ans là où la crise financière a déjà 1.500 milliards de dollars en quelques mois&nbsp;!!!</p>
<p>Depuis la crise financière, nous savons dorénavant qu’un tel scénario est réalisable. Elle constitue une opportunité historique pour inventer un nouveau mode de développement qui ne repose pas sur la maximisation du profit à court terme mais sur la recherche d’un développement soutenable pour la planète et qui maximise le bien être des êtres humains. Ne reste qu’une question&nbsp;: les chefs d’État des pays riches sont ils capables de faire preuve de la même volonté politique pour sauver la planète que pour sauver la finance&nbsp;?</p>
<div class="hr">
<hr /></div>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_104" class="footnote">Denis Baupin, membre du conseil national des Verts, maire adjoint de Paris au développement durable</li>
<li id="footnote_1_104" class="footnote">Pascal Canfin, responsable de la commission économie des Verts</li>
</ol>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Climat : nous ne pouvons plus nous payer de mots.</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/25-climat-nous-ne-pouvons-plus-nous-payer-de-mots/</link>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2009 05:58:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Dessus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>
		<category><![CDATA[climat]]></category>

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		<description><![CDATA[Plus que jamais il nous faut prendre conscience que la crise économique et financière actuelle n’est pas séparable des crises sociale et écologique.

C’est par l’égalité, la solidarité et la sobriété que nous sortirons de cette crise et non pas par l’asservissement à un productivisme (fût-il vert&#160;!) dévoyé au seul profit de quelques uns.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="meta2">L’article qui suit a été publié il y a bientôt un an<sup>[1]</sup>, quelques mois avant la crise que nous connaissons. Aujourd’hui, dans le nouveau contexte créé par l’effondrement financier et la faillite éclatante du néolibéralisme ambiant, les programmes dits de «&nbsp;relance&nbsp;» restent plus que jamais fondés sur l’idée stupide mais bien ancrée qu’avec la croissance tout est possible. Il suffirait, nous dit-on, de les peindre en vert, pour repartir comme avant, résoudre la crise économique, la crise sociale et sauver la planète…</p>
<p class="meta2">Mais, comme les lobbies qui nous ont conduit à la débâcle actuelle sont toujours aux manettes, sous prétexte de préoccupations «&nbsp;sociales&nbsp;», refleurissent toute une série de projets qui sont en complète contradiction avec les vraies priorités sociales et environnementales et qui n’ont pour réelle fonction que de préserver les intérêts en place. Comment expliquer autrement par exemple, en France, la relance nucléaire, avec son cortège de forfaitures, la «&nbsp;vallée de l’automobile et de la mobilité durable&nbsp;» du département des Yvelines ou l’enlisement complet du Grenelle de l’environnement&nbsp;?</p>
<h3>Aujourd’hui l’avenir n’est plus ce qu’il était&nbsp;!</h3>
<p>Au tournant des années 90, à la conférence de RIO, les craintes d’un réchauffement climatique trop rapide sont venues, dans un contexte de contrechoc pétrolier, relayer les préoccupations d’environnement transfrontières, comme les pluies acides, qui prévalaient dans les années 80. C’était l’émergence d’une prise de conscience publique des problèmes globaux d’environnement mais aussi celle de la nécessité d’y trouver des réponses globales mais diversifiées acceptables pour l’ensemble de la communauté humaine.</p>
<p>Le choix finalement retenu a été celui d’engagements de résultats (des objectifs quantitatifs) plutôt que d’engagements de moyens, comme des politiques de taxation ou de réglementation. Sous la pression des États-Unis, l’Europe acceptait, un peu à reculons, l’idée d’une marchandisation internationale du carbone destinée à réduire les coûts globaux des engagements, grâce au commerce de quotas de CO2 entre pays. Mais à l’époque, les outils de flexibilité de Kyoto qui traduisaient cette volonté d’échanges, devaient rester, tout au moins dans l’esprit des négociateurs européens, un complément marginal éventuel à des politiques et mesures domestiques ou internationales supposées régler l’essentiel du problème.</p>
<p>Reste que le choix d’objectifs quantifiés de réduction par pays d’un ensemble indifférencié de gaz à effet de serre (GES) et la volonté d’en développer le commerce, sont à l’origine de la définition de concepts tels que la tonne d’équivalent CO2 et son corollaire «&nbsp;le potentiel de réchauffement global&nbsp;» d’un gaz par rapport au gaz carbonique. Le choix d’une référence au seul CO2 a entraîné de facto la focalisation de l’attention des acteurs sur le rôle de l’énergie dans le changement climatique, au détriment de toute autre considération.</p>
<p>Globalement cependant, malgré les divergences d’opinion qui demeuraient sur les moyens d’action, le protocole de Kyoto représentait une avancée importante&nbsp;: c’était la première fois qu’émergeait l’idée d’objectifs contraignants, même s’ils restaient beaucoup trop modestes pour certains. Mais à l’époque, le risque climatique semblait encore bien éloigné aux décideurs, vers 2100 ou au-delà. Dans ces conditions c’est l’inflexion des tendances, plus que son ampleur, qui paraissait comme l’essentiel.</p>
<h3>Dix ans plus tard, la situation a fondamentalement changé sur de nombreux plans&nbsp;:</h3>
<ul>
<li>Les États-Unis, le plus important émetteur de GES, ont, dès l’accession de Georges Bush au pouvoir, refusé de ratifier le protocole de Kyoto, fragilisant ainsi gravement la portée de l’accord obtenu à Kyoto.</li>
<li>L’envolée des prix pétroliers, dont personne n’est capable de dire encore aujourd’hui si elle est due à une contrainte réelle sur les ressources à très court terme ou à des phénomènes de pure spéculation, probablement les deux, réactualise la crainte, si ce n’est d’un épuisement des énergies fossiles à horizon rapproché, du moins d’un pic de production<sup>[2]</sup>, au-delà duquel la production déclinerait inéluctablement.</li>
<li>Le très rapide développement des grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil) modifie profondément les rapports de force internationaux en même temps qu’il provoque une hausse sensible des émissions de GES mondiales.</li>
<li>Le discours de la communauté scientifique sur l’imminence du danger climatique a beaucoup évolué. D’une part, les preuves d’un réchauffement plus rapide que prévu s’accumulent, les calculs scientifiques se précisent.</li>
<li>L’évolution des émissions mondiales dépasse les projections les plus pessimistes des scénarios du GIEC (depuis l’année 2000 par exemple les émissions mondiales de GES ont augmenté de 3% / an alors qu’on attendait au pire une croissance de 1,5% dans les scénarios «&nbsp;business as usual&nbsp;»). L’échéance des préoccupations s’est donc considérablement rapproché, d’au delà de 2100 à bien avant 2050, peut être 2030 ou 2040. Quand on lit en effet l’ensemble du dernier rapport du GIEC et les publications postérieures à ce rapport, on se rend compte, même si leurs auteurs hésitent parfois à le proclamer haut et fort, que la poursuite des tendances actuelles nous mène à la quasi certitude d’aboutir à une situation totalement incontrôlable dès 2030 ou 2040, du fait d’une augmentation trop forte de la température moyenne de la terre. Les climatologues craignent en effet des irréversibilités aussi importantes que la fonte du permafrost avec le dégagement de grandes quantités de méthane, ou le basculement des sources d’absorption que sont l’océan et la biomasse en sources d’émission de CO2 susceptibles de déclencher une dérive sans retour du climat terrestre.</li>
<li>Le réchauffement climatique est devenu une préoccupation majeure des opinions publiques et la lutte contre ce réchauffement et ses conséquences un sujet politique à part entière.</li>
<li>L’explosion de la mondialisation financière et la chute corrélative de l’influence des Etats démoratiques conduit à une généralisation de la marchandisation des biens communs y compris des biens d’environnement, même en Europe&nbsp;: la Commission Européenne, séduite par les thèses néolibérales, a mis en place un système de quotas au niveau des entreprises industrielles et une bourse d’échange du CO2. Au niveau international, le marché du carbone, encore considéré à la fin des années 90 comme un simple appoint à des mesures domestiques, apparaît aujourd’hui à la plupart des décideurs comme l’unique outil de la lutte contre le réchauffement climatique.</li>
<li>Les politiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre sont presque uniquement concentrées sur le gaz carbonique, et négligent gravement le méthane et le protoxyde d’azote qui ne font l’objet d’aucun plan international d’envergure. L’absence totale de référence à ces gaz, dans le Grenelle de l’environnement français, dans les délibérations des conseils des ministres de l’environnement européens ou dans le dernier rapport du PNUD sur le réchauffement climatique est très significative de cette négligence.</li>
</ul>
<p>C’est donc dans une configuration profondément renouvelée que les questions d’énergie et de climat se posent à la veille d’un bilan final du protocole de Kyoto (qui sera effectué en 2012), qui, vu de 2008, a toutes chances de montrer que les objectifs que s’étaient fixés de nombreux pays ne seront pas respectés.</p>
<h3>Arrêtons donc de tergiverser&nbsp;!</h3>
<p>En effet, ou bien nous sommes capables collectivement d’infléchir avant 2020 les émissions mondiales de GES<sup>[3]</sup> et de les réduire d’au moins 30 % d’ici 2030, ou bien il ne nous restera plus qu’à «&nbsp;nous adapter&nbsp;» sans d’ailleurs que personne ne sache bien ce que recouvre ces deux mots, «&nbsp;nous&nbsp;» et «&nbsp;adaptation&nbsp;».</p>
<p>Certains ont déjà franchi le pas&nbsp;: secrètement convaincus qu’il est trop tard pour prévenir la dérive climatique, ils pensent que c’est dès maintenant dans l’adaptation qu’il faut mettre toutes ses billes.</p>
<p>On sait, grâce aux études de Nicolas Stern, que le coût de cette adaptation, même pour une augmentation modérée, de l’ordre de 3 degrés de la température terrestre, risque d’être gigantesque. Mais, au delà, personne ne sait si cela est simplement possible. De là à considérer que la meilleure solution est de réserver cette adaptation à une élite, (quelques centaines de millions d’individus) bien entendu la plus riche, il n’y pas loin&nbsp;! Tant pis pour les autres si cela permet aux premiers de conserver le niveau de vie qu’ils ont aujourd’hui et d’échapper au déluge en embarquant sur ce moderne avatar d’arche de Noé&nbsp;!<sup>[4]</sup></p>
<p>D’autres, obnubilés qu’ils sont par la nécessité de produire et de vendre toujours plus pour satisfaire leurs actionnaires, évoquent l’émergence imminente de ruptures technologiques salvatrices pour justifier leur irresponsabilité immédiate<sup>[5]</sup>.</p>
<p>Certains, comme tétanisés par l’ampleur de la menace, préfèrent n’y pas penser et refoulent dans leur inconscient l’orage qu’ils redoutent.</p>
<p>D’autres enfin, et parmi eux un certain nombre de scientifiques, parfaitement conscients de la gravité des risques, hésitent pourtant à alerter l’opinion, par peur de voir remettre en cause les quelques acquis de la négociation internationale.</p>
<p>Nous n’avons pourtant pas d’autre choix que de regarder la réalité en face et de réagir. Mais encore faut-il se convaincre et convaincre les autres que c’est encore possible et ne pas se tromper de remède face à ce nouveau diagnostic.</p>
<h3>Les marges de manœuvre</h3>
<p>Les politiques internationales proposées aujourd’hui pour lutter contre le réchauffement du climat reposent sur trois postulats&nbsp;:</p>
<ul>
<li>Puisque le CO2 apparaît comme de très loin le premier responsable du réchauffement climatique, c’est la question énergétique qui constitue l’essentiel de la problématique du climat.</li>
<li>Comme il ne saurait être question de remettre en les objectifs de croissance économique, même dans les pays riches<sup>[6]</sup>, et que la liaison de cette croissance avec la consommation d’énergie reste déterminante (même si on peut l’atténuer par des efforts d’économie d’énergie) la seule voie sérieuse réside dans la substitution d’énergies non carbonées aux énergies fossiles.</li>
<li>Seul le marché est susceptible d’apporter l’efficacité et la flexibilité indispensables à toute action d’envergure.</li>
</ul>
<p>Dans le contexte actuel de flambée du pétrole et de dérégulation systématique des marchés énergétiques, ces postulats rencontrent d’autant plus de succès&nbsp;:</p>
<ul>
<li>qu’ils viennent apporter les justifications qui faisaient cruellement défaut à certains lobbies énergétiques pour relancer leur activité (c’est le cas pour le nucléaire, en déclin depuis une décennie)&nbsp;;</li>
<li>et qu’ils permettent aux pouvoirs publics de s’exonérer à bon marché de leur responsabilité principale, celle du moyen et du long terme, en s’abritant derrière les exigences du marché et les contraintes de la mondialisation.</li>
</ul>
<h3>Effet de serre = énergies fossiles, postulat à reconsidérer d’urgence</h3>
<p>Pourtant, puisque, comme nous venons de le voir, c’est d‘un horizon de 20 ou 30 ans qu’il faut d’urgence nous préoccuper, nous ne pouvons pas éviter de revisiter les règles d’équivalence des différents gaz à effet de serre avec le CO2 utilisées actuellement. Elles sont en effet totalement décalées par rapport à nos besoins puisqu’elles sont destinées à juger <em><strong>d’effets à 100 ans d’actions ponctuelles</strong></em> de réduction d’émission de ces gaz (2108 pour une action ponctuelle engagée en 2008), alors que nous avons besoin d’outils d’analyse de <em><strong>politiques pérennes à l’horizon de 20 ou 30 ans</strong></em>.</p>
<p>C’est tout particulièrement important pour le méthane (CH4) dont le «&nbsp;potentiel de réchauffement global&nbsp;» (PRG) varie très vite avec l’horizon auquel on s’intéresse<sup>[7]</sup>. De 80 à 15 ans le PRG du méthane passe à 42 à 50 ans et à 21 (la valeur retenue actuellement ) à 125 ans. Sans compter que le PRG a été défini comme la réponse à une émission ponctuelle de CH4 par rapport à une émission ponctuelle de CO2. Si on s’intéresse à des politiques, pérennes de réduction de méthane, la <strong>sous-estimation de l’effet du méthane sur la période atteint un facteur 4,6 en 2020</strong>&nbsp;; <strong>3,9 </strong>en <strong>2030</strong>, et <strong>2,75 </strong>en <strong>2050 par rapport aux estimations actuelles. Ce n’est évidemment pas rien&nbsp;!</strong></p>
<p>Et surtout, si l’on tient compte de cette réalité, <strong>cela veut dire qu’il faut remettre en cause le «&nbsp;tout CO2-tout énergie&nbsp;» des politiques actuelles de lutte contre le réchauffement climatique</strong>. Et ce, d’autant plus que des réductions importantes d’émissions de méthane, de l’ordre de 25 à 30%, sont parfaitement envisageables, à des coûts raisonnables, aussi bien dans les pays riches que dans les pays en développement à horizon de 10 ou 20 ans, sans remise en cause du développement économique de ces derniers<sup>[8]</sup>.</p>
<p>Combinée avec un effort de réduction des émissions de N2O de 15 à 20% dans les pays développés, largement imputable à la surconsommation d’engrais azotés, l’action sur ces gaz, considérée à tort comme marginale, pourrait contribuer à hauteur de 65% environ à l’effort indispensable à l’horizon 2030 et encore de près de 60% en 2050<sup>[9]</sup>.</p>
<h3>Engager des politiques spécifiques gaz par gaz et désacraliser le marché.</h3>
<p>On a vu plus haut que la traduction d’objectifs multigaz par un objectif en tonnes eq CO2 n’est pas neutre&nbsp;: si l’on réduit plus le CH4 à court terme, au détriment de l’effort sur le CO2, les conséquences se feront sentir à long terme (au-delà de 100 ou 150 ans) et si l’on réduit plus le CO2 en relâchant l’effort sur le CH4, on renforce le risque de déclenchement de phénomènes irréversibles et cumulatifs à court terme. Il faut donc s’attaquer aux deux en tenant compte de leurs spécificités.</p>
<p><strong>Il est urgent de revenir à des objectifs gaz par gaz pour respecter la dynamique de réduction des émissions que nous indiquent des climatologues.</strong></p>
<p>Pour ces mêmes raisons, le postulat sur lequel se fonde l’actuel marché du carbone (selon lequel il serait légitime d’établir, via la tonne équivalent CO2, des équivalences entre des actions très diverses, de durées de vie très variées et sur des gaz dont l’effet sur le climat dépend très largement du temps) conduit en fait à des distorsions importantes, voire à des absurdités<sup>[10]</sup>. Le marché, qui peut être efficace lorsqu’il vise des acteurs qui agissent dans des secteurs déterminés et sur un type de gaz donné (par exemple les électriciens pour le CO2) est très loin d’être suffisant pour répondre à l’ensemble des problèmes posés, ne serait-ce que parce que son accès est très inégalitaire<sup>[11]</sup>.</p>
<p>Sans compter que la logique financière et spéculative qui préside à la bourse du carbone largement déconnectée des réalités de la physique n’est pas sans risque. Et puis pourquoi, par exemple, la bourse du carbone échapperait-elle , seule parmi les autres, aux phénomènes de «&nbsp;bulle spéculative» avec les conséquences qu’on peut en attendre sur le plan du climat. Par exemple la prise en compte par le marché des nouveaux coefficients du CH4 dont nous avons parlé, raisonnable sur le plan de la physique comporte deux risques simultanés&nbsp;: celui de voir les investissements se porter uniquement sur le méthane (3 ou 4 fois plus rentable qu’initialement prévu), au grave détriment de la réduction du CO2, et celui de voir la valeur d’échange du carbone s’effondrer d’autant<sup>[12]</sup>.</p>
<p>Il est donc urgent de réhabiliter les politiques et mesures (taxes, réglementations sectorielles, incitations diverses) qui permettent de cibler très précisément les potentiels sectoriels d’action en fonction des objectifs sur chacun des GES et de ramener les instruments de marché à un rôle plus conforme à leur réelle efficacité et mission originelle.</p>
<h3>Résumons-nous</h3>
<p>Devant l’urgence d’un risque climatique majeur, à court terme, nous ne pouvons plus en rester aux discours sur les vertus du marché et la foi dans la science et les ruptures technologiques. Nous pouvons encore nous protéger du pire à condition de nous engager à très court terme et pour les 20 ans qui viennent&nbsp;:</p>
<ol>
<li>Dans un effort sans précédent de maîtrise la demande l’énergie, essentiel pour assurer dans le long terme la réduction du CO2 et qui converge avec les préoccupations d’épuisement des ressources fossiles et les préoccupations économiques (en particulier la ruine des économies des pays en développement).</li>
<li>Dans un effort maximum de développement et de diversification vers les énergies renouvelables, non seulement, comme on commence à le faire, pour l’électricité, mais aussi pour les applications thermiques et carburants, en faisant la plus grande attention (au contraire de la pratique actuelle), aux questions de concurrence d’usage des sols et de bilan environnemental des filières.</li>
<li>Dans un programme mondial prioritaire et urgent de réduction des émissions de méthane partout où c’est possible qui contribuera fortement à diminuer le risque d’un pic fatal de concentration de GES à court et moyen terme, en attendant que les deux premières politiques, dont les dynamiques sont plus lentes et dépendent des rythmes de développement, atteignent la plénitude de leur effet bénéfique sur le climat.</li>
</ol>
<p>Depuis plus de 20 ans, bien d’autres que nous ont montré la nécessité et l’urgence de s’engager sérieusement sur les deux premiers points, à la fois pour des raisons économiques et des raisons environnementales. Ils n‘ont pas été écoutés par nos gouvernants qui se sont contentés, pour la plupart, de prodiguer quelques conseils de modération aux consommateurs que nous sommes, mais se sont bien gardés d’engager des politiques sérieuses d’économie d’énergie qui auraient pu mettre en cause une croissance économique, considérée comme la seule issue possible, fondée sur le productivisme et le monopole de fait d’entreprises plus soucieuses de leur profit que de l’avenir de l’humanité et de notre planète. Ils sont donc largement responsables de la situation critique dans laquelle se trouve aujourd’hui l’humanité. Il serait insupportable qu’ils tergiversent encore au prétexte qu’il faut attendre que tous les pays du monde se mettent d’accord pour agir ou que de nouvelles technologies miracle viennent nous sauver, ou pire encore qu’il n’est plus temps d’agir mais seulement de construire, avant le déluge, l’arche de Noé de l’apartheid climatique.</p>
<p><strong>Oui, nous avons les moyens réagir, mais maintenant. Dans 10 ou 20 ans, il sera trop tard.</strong></p>
<div class="hr">
<hr /></div>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_25" class="footnote">Liaison Énergie Francophonie, 78, « Spécial XX<sup>e</sup> anniversaire de LEF », 1<sup>er</sup> trimestre 2008, Institut de l’Énergie et de l’Environnement de la Francophonie</li>
<li id="footnote_1_25" class="footnote">Le fameux pic de Hubbert</li>
<li id="footnote_2_25" class="footnote">comptées en teq CO2 selon les règles actuelles</li>
<li id="footnote_3_25" class="footnote">Au delà du caractère inacceptable de ce cauchemar, ce serait en plus probablement vain puisque 15%de la population mondiale actuelle disposant du niveau de vie des américains de la classe aisée (qui émet de l’ordre de 40 teq par an et par tête) suffiraient amplement pour déclencher la dérive incontrôlable tant redoutée).</li>
<li id="footnote_4_25" class="footnote">Le stockage généralisé du CO2 en sous sol, les piles à combustible dans les voitures, la fusion thermonucléaire, etc.</li>
<li id="footnote_5_25" class="footnote">tant celle-ci est considérée comme l’unique moyen de gestion de notre civilisation, toutes tendances politiques confondues</li>
<li id="footnote_6_25" class="footnote"><em>Effet de serre, n’oublions pas le méthane</em>, B Dessus, B Laponche, H Letreut, La Recherche, mars 2008</li>
<li id="footnote_7_25" class="footnote"><em>Les conséquences de la sous estimation systématique du CH4 dans les politiques de lutte contre le changement climatique</em>, B Dessus, B Laponche, Cahiers de Global Chance n°24, mars 2008</li>
<li id="footnote_8_25" class="footnote"><em>Développement et changement climatique&nbsp;: 	l’importance d’une politique de réduction du méthane</em>, B Dessus www.global-chance.org </li>
<li id="footnote_9_25" class="footnote">C’est le cas aujourd’hui puisque le marché du carbone donne la 	même valeur aux conséquences d’un investissement qui permet d’éviter une teq de Co2 pendant 4 ou 100ans.</li>
<li id="footnote_10_25" class="footnote">On constate par exemple que le MDP échappe très largement aux pays les moins avancés</li>
<li id="footnote_11_25" class="footnote">On ne s’étonnera guère dans ces conditions de voir la discrétion des économistes et des acteurs du marché du carbone sur cette question</li>
</ol>
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		<title>Les Verts et la relance de l&#8217;économie</title>
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		<pubDate>Mon, 18 May 2009 20:42:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Canfin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Quelles réponses face à la crise ?]]></category>

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		<description><![CDATA[Faut-il relancer l’économie ? Aider les constructeurs automobiles ? Encourager la consommation ? C’est en réalité une conversion écologique qu’il faut aujourd’hui  engager pour une économie de marché responsable et un développement soutenable. Explications]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous ne parlons pas de relance de la croissance, mais de conversion de l’économie et de new deal (nouvelle donne). Car aujourd’hui on ne peut relancer l’économie sans en changer les règles. Impossible de faire comme si le changement climatique n’existait pas, comme si le modèle libéral et inégalitaire pouvait être conforté alors qu’il nous a menés dans l’impasse.<br />
La relance verte, c’est une conversion écologique et solidaire de l’économie qui diminue la pression que nous exerçons sur l’environnement tout en créant des centaines de milliers d’emplois dans l’isolation des bâtiments existants, la généralisation des maisons à très basse consommation d’énergie, les transports en commun, les énergies vertes, les éco-innovations dans tous les secteurs d’activité.</p>
<p>Le Grenelle de l’environnement, malgré ses insuffisances, aurait pu être le cadre minimal de cette nouvelle économie. Et pourtant, le Gouvernement a encore repoussé son adoption au Parlement. Il faut au contraire déclarer l’urgence sur ce texte car ces investissements peuvent créer rapidement des emplois et donc répondre à court terme à la montée du chômage tout en contribuant à lutter contre le changement climatique, qui est une menace plus importante que la crise financière actuelle. Tout argent dépensé pour résoudre la crise économique mais qui aggrave la crise environnementale est de l’argent perdu et gaspillé. Malheureusement, les plans de relance français et européens n’ont pas cette vision stratégique et comportent des mesures contreproductives comme la relance du programme autoroutier.<br />
Faut il aider les constructeurs automobiles au nom de la défense de l’emploi!? Nous voulons passer avec l’industrie automobile un contrat de conversion écologique qui porte à la fois sur de l’innovation verte et sur la formation de leurs salariés à d’autres métiers car ils ne sont pas responsables du manque d’anticipation de leurs patrons. L’argent public ne doit aller dans le secteur automobile que s’il est capable de changer radicalement pour réduire dès aujourd’hui son impact sur l’environnement. Dans le cadre de ce contrat de conversion, les constructeurs doivent accepter par exemple un bridage des moteurs au niveau des vitesses maximum autorisées, de ne pas mettre sur le marché de nouveaux modèles dont les émissions de Co2 sont supérieurs à 120 gramme par kilomètre, des engagements en terme de transition professionnelle rémunérée à taux plein pour leurs salariés dont les savoir faire peuvent et doivent être utilisés dans d’autres secteurs. Les constructeurs qui ne jouent pas ce jeu collectif ne doivent pas être aidés.</p>
<h3><strong>Quelle relance de la consommation ?</strong></h3>
<p>Nous raisonnons autour du triptyque consommer tous, consommer moins et consommer mieux.<br />
Pour 7 millions de français, qui touchent le RMI, des allocations chômage ou un salaire qui ne leur permet pas de dépasser le seuil de pauvreté, vivre mieux c’est d’abord consommer plus. Nous sommes donc favorables à l’augmentation immédiate des minima sociaux et du RSA, ce qui contribue à la fois à réduire les inégalités et à relancer la consommation.<br />
Cette politique peut être financée en augmentant les tranches supérieures de l’impôt sur le revenu comme vient de le décider le Royaume-Uni.<br />
Mais compte tenu de la crise environnementale, la réponse ne peut pas être de consommer collectivement plus. En revanche, nous sommes pour que tout le monde consomme mieux, c’est à dire des produits moins nocifs pour l’environnement et pour notre santé. Nous proposons par exemple que les collectivités locales mettent en place des cartes fruits et légumes pour relancer la consommation de produits frais, de saison, si possible bio ou locaux. Nous sommes également pour l’extension des bonus malus écologiques de façon à encourager la consommation et la production responsables.<br />
Mais la relance générale de la consommation pour que tout le monde ait deux écrans plats, non.<strong></strong></p>
<h3><strong>Le rôle de l’Europe pour un développement soutenable</strong></h3>
<p>L’Europe a une responsabilité déterminante à trois niveaux.<br />
La première est de financer les investissements verts nécessaires à la conversion écologique de l’économie (isolation des bâtiments, lignes TGV pour remplacer les avions…).<br />
La deuxième est de créer les conditions d’une économie de marché responsable. Cela signifie adopter des normes d’accès au marché unique européen qui intègre des exigences environnementales et sociales élevées. L’Union européenne étant le premier marché du monde, aucune multinationale ne peut s’en passer. C’est à ce niveau que le politique peut reprendre le pouvoir.<br />
Troisièmement, l’Europe doit encadrer les marchés financiers et la circulation des capitaux hors de ses frontières. Un système économique tourné vers la maximisation du profit à court terme est incompatible avec un développement soutenable.<br />
L’Europe doit notamment lutter contre l’évasion dans les paradis fiscaux qui représente un manque à gagner pour le seul Etat français de près de 30 milliards par an, soit le montant du plan de relance annoncé par Nicolas Sarkozy.<br />
L’Europe est également le bon niveau pour harmoniser progressivement l’impôt sur le capital et sortir de la concurrence fiscale entre nos Etats, etc. Tout cela n’est plus possible au niveau national mais le demeure au niveau européen à condition que l’on passe d’un radicalisme de façade à une véritable volonté de changement. Si l’Europe ne s’engage pas dans ce new deal, on ne peut exclure que la crise conduise à une exacerbation des nationalismes qui conduirait à faire imploser la construction européenne.</p>
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