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	<title>ecolosphere.net &#187; Dossiers</title>
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	<description>Ecolosphere.net est un lieu d’information, d’analyse et de débats, où sont abordées toutes les thématiques de l’actualité au sens large, mais analysées selon les critères de l’écologie politique, avec une visée prospective.</description>
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		<title>Voiture électrique : gare à la panne sèche…</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Sep 2010 15:15:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agir Pour l’Environnement</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Rapport]]></category>
		<category><![CDATA[Voiture électrique : gare à la panne sèche…]]></category>

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		<description><![CDATA[La voiture électrique fait l’objet de toutes les attentions mais soulève également un grand nombre de questions. Questions auxquelles il est indispensable d’apporter des réponses argumentées et objectives afin que cette option de mobilité ne soit pas une énième fausse-bonne solution qui ne ferait qu’entretenir l’illusion d’une mobilité durable, sans y parvenir réellement.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">La voiture électrique fait l’objet de toutes les attentions mais soulève également un grand nombre de questions. Questions auxquelles il est indispensable d’apporter des réponses argumentées et objectives afin que cette option de mobilité ne soit pas une énième fausse-bonne solution qui ne ferait qu’entretenir l’illusion d’une mobilité durable, sans y parvenir réellement.</div><p>Parée de toutes les vertus pour certains, objet de toutes les critiques pour d&#8217;autres, l&#8217;option défendue par l&#8217;État français et les grands groupes (au premier rang desquels Renault et Peugeot-Citroën) d&#8217;une automobile «&#160;100&#160;% électrique&#160;» est loin d&#8217;être partagée unilatéralement par le monde de l&#8217;automobile. À écouter les constructeurs hexagonaux, le véhicule électrique pourrait représenter 10&#160;% du parc automobile français d&#8217;ici à 2020. Pourtant, <strong>dans sa communication datée du 27 avril 2010, la Commission européenne table, de façon nettement moins optimiste, sur 1 à 2&#160;% des ventes de véhicules neufs en 2020…</strong></p>
<p>Même les évaluations les plus optimistes recourant tout à la fois aux voitures électriques et hybrides n&#8217;atteignent que 15&#160;% du parc automobile. <em>«&#160;C&#8217;est un grand maximum&#160;»</em>, indique Jean-Luc Gérard, président de la branche voitures particulières de la Chambre syndicale internationale de l&#8217;automobile et du motocycle. Nous voyons donc ici les limites de cette voiture «&#160;décarbonnée&#160;», rejetant moins de 60&#160;g de CO<sub>2</sub> par km. Même dans un environnement fiscal très incitatif, abstraction faite des limites techniques inhérentes à certains options, la «&#160;voiture propre&#160;» ne règlerait théoriquement qu&#8217;un dixième du problème. Parallèlement, le parc automobile est appelé, selon certains études internationales, à doubler…</p>
<p>Ce véhicule dit «&#160;zéro émission&#160;» est-il l&#8217;avenir de l&#8217;automobile ou représente-t-elle une option parmi tant d&#8217;autres&#160;? Autrement dit, l&#8217;État français ne fait-il pas fausse route en soutenant une solution technique qui est à l&#8217;automobile ce que le minitel était à l&#8217;internet&#160;?</p>
<p>Face aux contraintes climatiques et énergétiques, le monde de l&#8217;automobile se cherche. De cette quête dépend son avenir. Après les crises systémiques ayant frappé violemment l&#8217;industrie de l&#8217;automobile à l&#8217;automne 2008, l&#8217;État français a décidé de soutenir financièrement ce secteur au travers de plan de relance sectoriel. Ce soutien massif est-il dicté par des impératifs écologiques ou procède-t-il d&#8217;un effet d&#8217;aubaine visant à financer et proroger la survivance d&#8217;un modèle économique et industriel irrémédiablement dépassé&#160;?</p>
<p>Depuis de nombreux mois, l&#8217;association Agir pour l&#8217;Environnement s&#8217;interroge sur le bien-fondé de l&#8217;argumentation développée par l&#8217;industrie de l&#8217;automobile vis-à-vis de la voiture électrique dite abusivement «&#160;Zéro émission&#160;». L&#8217;excès n&#8217;étant jamais bon conseiller, l&#8217;association s&#8217;est mise en quête d&#8217;informations afin de vérifier le bien-fondé d&#8217;assertions tonitruantes quant aux bilans carbones supposés des véhicules électriques, de leur autonomie, leur consommation énergétique, leur coût réel ainsi que leur usage effectif.</p>
<p>De ces interrogations légitimes est née une position claire, construite et argumentée de l&#8217;association vis-à-vis de cette voiture électrique. Même si en matière de prospectives, il est nécessaire de demeurer modeste en privilégiant le doute aux certitudes éculées, <strong>l&#8217;association estime que l&#8217;avenir du monde automobile ne passera pas majoritairement par la voiture électrique.</strong> De même, elle considère que les faiblesses inhérentes à l&#8217;option technologique choisie par les constructeurs hexagonaux sont peu ou prou rédhibitoires.</p>
<p>En optant pour un choix de motorisation unilatéral sans explorer sérieusement d&#8217;autres options, la France prend le risque, une fois encore, de développer une filière industrielle inapte à répondre aux demandes des consommateurs et aux contraintes écologiques tout en s&#8217;isolant sur la scène internationale.</p>
<p>Loin des mythes et publicités faussement écologiques vantant les mérites de la «&#160;ZE&#160;», il y a lieu de s&#8217;interroger sur les sommes sidérales dont bénéficie une industrie automobile prête à tout pour sauver ce qui peut encore l&#8217;être.</p>
<h3>La voiture électrique, «&#160;zéro émission&#160;»&#160;?</h3>
<p>En optant pour le slogan «&#160;Zéro Emission&#160;» comme support de communication de la voiture électrique, Renault s&#8217;est attiré les foudres des écologistes et de certaines associations de consommateurs britanniques. À tel point que l&#8217;autorité de régulation de la publicité anglaise a interdit au constructeur hexagonal d&#8217;utiliser une notion jugée abusive.</p>
<p>La voiture électrique est-elle sans émission de gaz à effet de serre&#160;? Si la réponse était positive, la motorisation électrique acquerrait un avantage écologique certain. Mais à y regarder de plus prêt, il existe un certain nombre de données qui mettent à bas une communication induisant manifestement le consommateur en erreur. Volontairement&#160;? Telle pourrait être la question car la faiblesse des données dont nous disposons pour évaluer le véritable bilan carbone de la voiture électrique devrait nous inciter à la modestie, de part et d&#8217;autre.</p>
<p>Néanmoins, dans une note de juillet 2009, l&#8217;Agence de l&#8217;Environnement la Maîtrise de l&#8217;Énergie a considéré qu&#8217;en calculant et comparant les émissions globales des véhicules thermiques et électriques, du «&#160;puits à la roue&#160;», fabrication et fonctionnement, la différence n&#8217;était pas significative. Alors que le bilan carbone d&#8217;un véhicule thermique s&#8217;établissait à 161 grammes de CO<sub>2</sub> par kilomètre parcouru en 2008, le véhicule électrique rejetait 126&#160;g de CO<sub>2</sub> par km. Stupeur pour un modèle qui présuppose que le bilan carbone d&#8217;un véhicule «&#160;Zéro émission&#160;» soit… de 0 gramme de CO<sub>2</sub>. Or, entre la communication bien huilée des constructeurs et la réalité, il y a l&#8217;objectivité des bilans carbone qui méritent que nous nous y arrêtions.</p>
<p>Pour légitimer un slogan mensonger, Renault et les autres constructeurs automobiles n&#8217;hésitent pas à cacher sous le macadam les émissions de CO<sub>2</sub> induites par la fabrication de l&#8217;automobile et celles liées à la production du kWh nécessaire à cette mobilité dite «&#160;Zéro émission&#160;».</p>
<p>Or, selon Jean-Jacques Cornaert, auteur d&#8217;un ouvrage sur l&#8217;Avenir de l&#8217;automobile, la fabrication d&#8217;une automobile représente environ 14&#160;% des émissions globales du véhicule. Si le véhicule électrique, du fait de sa faible autonomie (voir infra) est une seconde voiture à usage exclusivement urbain, ces 14&#160;% d&#8217;émission de CO<sub>2</sub> sont à ajouter aux émissions liées à la fabrication de la première voiture. En matière de véhicule électrique, nous n&#8217;assistons pas à une substitution mais une addition d&#8217;émissions de gaz à effet de serre.</p>
<p>Mais le calcul des émissions ne s&#8217;arrête pas là. En fonction de l&#8217;heure à laquelle le conducteur rechargera son véhicule électrique, le mix énergétique permettant de produire un kWh électrique sera plus ou moins carboné. Or, toujours selon l&#8217;Ademe, <em>«&#160;dès lors que la recharge des véhicules est réalisée à partir d&#8217;un mix électrique moyennement émetteur de CO<sub>2</sub>, le bilan carbone du kWh s&#8217;établit à environ 400&#160;g/kWh&#160;»</em>, ce qui fait écrire à l&#8217;Ademe que <em>«&#160;le bilan du véhicule électrique en émissions de CO<sub>2</sub> /km est proche des voitures de classe B actuellement (126&#160;g de CO<sub>2</sub> par km du &laquo;&nbsp;puits à la roue&nbsp;&raquo;, contre 161&#160;g/km pour la moyenne des ventes en 2008)&#160;»</em>. Selon le ministère de l&#8217;Écologie, le parc automobile hexagonal serait passé, en moins de deux ans de 149&#160;g de CO<sub>2</sub> par km à 130&#160;g de CO<sub>2</sub> par km&#160;! L&#8217;avantage climatique de la voiture électrique peut dès lors être légitimement questionné.</p>
<p>Alors que l&#8217;Union européenne a adopté au deuxième semestre 2008 un règlement imposant aux constructeurs européens une baisse moyenne des émissions de C02 s&#8217;établissant à 130&#160;g de CO<sub>2</sub> par km en 2015, il est à noter que l&#8217;avantage écologique prêté à la voiture électrique est largement surfait et ne peut décemment justifier une notion telle que «&#160;Zéro émission&#160;».</p>
<h3>La voiture électrique à la pointe&#160;?</h3>
<p>Mais il y a pire&#160;! Le bilan carbone de la voiture électrique repose sur un mix énergétique moyen, postulant de fait que la recharge des véhicules électriques aurait lieu de façon uniforme tout au long du jour et de la nuit. Or, à l&#8217;instar du chauffage électrique, le véhicule électrique risque d&#8217;être chargé aux heures où nous assistons aux pointes de consommation électrique particulièrement carbonées. Ces pics de consommation sont très émetteurs de CO<sub>2</sub> car le nucléaire, technologie à risque est également très peu flexible. Le nucléaire assure une production électrique de base là où la demande pour recharger l&#8217;automobile électrique risque d&#8217;être spécifiquement une demande de pointe.</p>
<p>Dans le cadre du groupe de travail sur la pointe électrique, ERDF, filiale d&#8217;EDF, a ainsi produit une note datée du 23 novembre 2009 dans laquelle est explicitement écrit que <em>«&#160;pour 2 millions de véhicules, l&#8217;appel de puissance peut dépasser 10&#160;% de la puissance de pointe nationale, tandis que la consommation d&#8217;électricité sera de l&#8217;ordre de 1&#160;% du total.&#160;»</em>.</p>
<p>Le véhicule électrique risque d&#8217;entraîner un accroissement de la pointe électrique. Selon une note interne d&#8217;RTE et de l&#8217;Ademe, le bilan carbone en période de pointe du kWh supplémentaire consommé peut atteindre 600 à 900 grammes de CO<sub>2</sub>&#160;!</p>
<p>Il est donc à craindre que le bilan carbone de la voiture électrique soit relativement voisin de celui d&#8217;une voiture thermique, d&#8217;autant qu&#8217;à la suite de la crise de 2008, les constructeurs automobiles ont fortement baissé les émissions de C02 de véhicules commercialisés.</p>
<p>Sans évoquer le coût induit par cet accroissement significatif de la pointe électrique, il est à noter que le Réseau de Transport de l&#8217;Electricité sera sans doute, dans les années à venir, confronté à une saturation du réseau électrique. La voiture électrique engendre collatéralement une externalité négative dans le sens où la collectivité nationale sera appelée à financer les infrastructures de transport de l&#8217;électricité nécessaire aux fonctionnements et à la recharge de milliers d&#8217;automobiles électriques.</p>
<h3>La voiture électrique, une nouvel <em>atomobile</em>&#160;?</h3>
<p>À l&#8217;instar du chauffage électrique, la voiture électrique a vocation à justifier un programme électronucléaire surdimensionné depuis de nombreuses années et ainsi écouler la surproduction chronique d&#8217;électricité. Paradoxalement, en optant pour un véhicule écoulant une partie du surplus d&#8217;électricité radioactive, la voiture électrique se transforme en moyen de transport générant tout à la fois des émissions de CO<sub>2</sub> (dues aux recharges de la batterie en période de pointe) et des déchets radioactifs (dues aux recharges de la batterie avec l&#8217;électricité produite en base).</p>
<p>Le véhicule électrique a été présenté comme un véhicule propre. Il est à la fois <em>climaticide</em> et radioactive&#160;!</p>
<h3>La voiture électrique en panne sèche&#160;?</h3>
<p>Selon Alain Prost (interview Métro, le 19 février 2010), <em>«&#160;il faudra accepter une limite de 200&#160;km d&#8217;autonomie pour les voitures électriques et développer des moyens d&#8217;alimentation. Il faut être honnête&#160;: la voiture électrique est adaptée à la ville. Et pour longtemps.&#160;»</em> Selon Renault, l&#8217;autonomie des véhicules électriques peinerait à dépasser les 150&#160;km… Selon Jean-Jacques Cornaert, <em>«&#160;150&#160;km, c&#8217;est aujourd&#8217;hui à peu près la distance qu&#8217;il nous reste à parcourir lorsque s&#8217;allume le voyant de réserve de notre brave berline. […] Bonjour l&#8217;angoisse de la panne&#160;»</em>.</p>
<p>Dans leur rapport «&#160;Véhicule 2030&#160;» pour le Centre d&#8217;Analyse Economique, Jean Syrota et Philippe Hirtzman, constatent que <em>«&#160;les tests normalisés ne prennent pas en compte la consommation des accessoires (phare, essuie-glaces, dégivrage arrière) et surtout le chauffage ou le refroidissement de l&#8217;habitacle. […] On peut donc conclure qu&#8217;en usage réel urbain, l&#8217;autonomie d&#8217;un véhicule électrique pourrait être réduite de moitié&#160;»</em>. Ceci signifiant qu&#8217;à ce jour, Renault tablerait pour une autonomie réelle de ses véhicules électriques d&#8217;à peine 75&#160;km… Le temps de recharge étant d&#8217;environ 6 à 8 heures, le trajet domicile-travail d&#8217;une voiture électrique ne devrait ainsi pas excéder les 30 à 40&#160;km… et ce afin de pouvoir revenir sereinement à son port d&#8217;attache. Selon une étude réalisée aux États-Unis et au Royaume-Uni par le cabinet Strategy Analytics, le véhicule électrique ne séduirait que 22&#160;% des Anglais interrogés et 26&#160;% des Américains. L&#8217;hybride fait mieux, avec respectivement 32&#160;% des suffrages au Royaume-Uni et 38&#160;% aux États-Unis. Le prix d&#8217;achat élevé et l&#8217;autonomie limitée sont les deux principaux freins aux intentions d&#8217;achat de véhicules hybrides, et plus encore électriques.</p>
<p>De plus, alors que nombre d&#8217;automobilistes ont pris la mauvaise habitude de sur-dimensionner leur automobile afin que cette dernière puisse être utilisée tout à la fois en ville, à la campagne et comme mode de déplacement à l&#8217;occasion des vacances selon la formule «&#160;qui peut le plus peut le moins&#160;», la voiture électrique est un pari osé sur l&#8217;avenir&#160;; pari qui présuppose que l&#8217;automobiliste soit prêt à acquérir des voitures à usage unique, l&#8217;une pour la ville, l&#8217;autre pour les voyages…</p>
<p>La faible autonomie pose le problème de l&#8217;usage que permet cette automobile&#160;; usage qui se réduit à un déplacement sur de courtes distances en zone urbaine. En Île-de-France, un quart des déplacements font moins d&#8217;un kilomètre. La voiture électrique entre frontalement en concurrence, non pas avec le véhicule thermique classique mais avec les modes de déplacement doux comme le vélo, la marche à pied ou les transports en commun. En investissant massivement dans la voiture électrique, l&#8217;État français comme les industriels font le pari que la voiture est et restera l&#8217;outil le plus adapté aux déplacements intra-urbains. Une fois encore, ceci est un pari plus que risqué.</p>
<p>Ce manque d&#8217;autonomie pose également la question des rechargements longs et fréquents. L&#8217;objectif de certains constructeurs en matière de part de marché, pour théorique qu&#8217;il soit, mérite qu&#8217;on s&#8217;y arrête quelques instants. Entre 1 à 3&#160;% du marché pour les uns, 10&#160;% à échéance 2020 pour les perspectives arrêtées par Renault… ceci signifie quelques 3 millions de véhicules à recharger tous les jours. Or, pour mener à bien cette recharge, il faudra compter sur des lieux de recharge compatibles et normalisés… ce qui n&#8217;est pas encore le cas à ce jour.</p>
<p>Le développement d&#8217;une infrastructure décentralisée de prises permettant le rechargement de 3 millions de véhicules nécessiterait un engagement de l&#8217;État, des collectivités, gestionnaires de places de parking, des propriétaires, bailleurs, locataires… que personne ne voit poindre. Tout juste commence-t-on à percevoir une volonté européenne de procéder à une démarche de normalisation qui pourrait prendre plusieurs mois ou années avant d&#8217;aboutir à un consensus européen. En France, la loi Grenelle2, en son article 19bis, fait une large place à la question du rechargement… obligeant toute personne physique ou morale à procéder à l&#8217;installation de gaines techniques, câblages et dispositifs de sécurité nécessaires à l&#8217;alimentation d&#8217;une prise de recharge pour véhicule électrique ou hybride rechargeable. Tout ceci à la charge desdites personnes physiques ou morales.</p>
<p>De façon tout aussi discrète, le Gouvernement français a imposé, le 1er octobre 2009, que la prise dédiée au rechargement des batteries soit une prise «&#160;spécifique&#160;», bien que sensiblement de même type qu&#8217;une prise classique. Sans penser à mal, il semble que cette mesure «&#160;technique&#160;» soit avant tout un moyen de différencier le kWh classique du kWh automobile… et ainsi éventuellement compenser le manque à gagner lié à la non-taxation du kWh par rapport au litre d&#8217;essence ou de diésel.</p>
<p>Étonnement, la prise de risque liée au développement d&#8217;une option technologie sujette à caution est mutualisée et imposée aux particuliers qui auront désormais l&#8217;obligation de développement une infrastructure de rechargement des batteries… même si le véhicule électrique n&#8217;est pas, à l&#8217;avenir, couronné de succès&#160;!</p>
<h3>La voiture électrique, le juste prix ou le sale coup&#160;?</h3>
<p>En additionnant les multiples aides directes et indirectes dont bénéfice l&#8217;industrie automobile pour développer une version «&#160;béta&#160;» de la voiture de demain, il y a lieu de s&#8217;interroger sur l&#8217;ampleur réelle de la dette publique française. La dépense publique est-elle si peu contrainte qu&#8217;elle permette d&#8217;investir des sommes sidérales et ce en période dite de vaches maigres&#160;? En dehors de l&#8217;aide de 5000 euros versés à tout acheteur potentiel d&#8217;un véhicule électrique, le coût induit par la création gigantesque d&#8217;infrastructures de rechargement, l&#8217;exemption possible de TIPP dont bénéficierait l&#8217;utilisateur de cette voiture électrique mais que compensera indirectement le contribuable, le développement de nouvelles lignes THT pour acheminer l&#8217;électricité en période de pointe de consommation, les aides directes qui s&#8217;élèvent déjà à plusieurs centaines de millions d&#8217;euros… la facture risque d&#8217;être pour le moins lourde à supporter.</p>
<p>Sans évoquer le véritable coût du véhicule électrique et de ses batteries, que le constructeur automobile souhaite mettre en location afin de maintenir un lien de dépendance. Bien qu&#8217;il soit extrêmement malaisé de définir un prix au kilomètre, puisqu&#8217;EDF aspire à augmenter ses tarifs de 24&#160;% à moyenne échéance, il y a lieu de penser que le bénéfice escompté par le client captif (du fait de la batterie en location) sera moins important que prévu.</p>
<p>Un kWh d&#8217;énergie permet de faire rouler le véhicule électrique sur environ 6,5&#160;km (en cycle normalisé, soit moitié moins dans la réalité), soit une consommation réelle dépassant les 30&#160;kWh pour 100&#160;km. Abstraction faite de l&#8217;aide octroyée à l&#8217;achat de véhicules électriques, du coût de location mensuelle des batteries et de la modulation du prix du kWh électrique en période de pics de consommation qui adviendra tôt ou tard, le prix pour 100&#160;km reviendrait à environ deux euros, soit moitié moins que les véhicules les plus sobres en consommation. La viabilité économique du véhicule électrique est donc acquise grâce à l&#8217;externalisation d&#8217;un certain nombre de coût induits ou différés. À ce jour, la mise à prix d&#8217;un véhicule électrique avoisine les 35000 euros. De quoi refroidir les ardeurs des plus fervents soutiens de la voiture électrique.</p>
<h3>Quel avenir pour le véhicule électrique&#160;?</h3>
<p>Faible autonomie obligeant l&#8217;automobiliste à multiplier le nombre de voitures en fonction de l&#8217;usage choisi, rejets de CO<sub>2</sub> avoisinant (voir dépassant) ceux des motorisations thermiques, coûts directes et indirects peu ou prou intéressant pour l&#8217;automobiliste (et encore moins pour le contribuable), la voiture électrique accumule les handicaps qui en font une voiture qui risque de ne pas rencontrer son public.</p>
<p>La crise que traverse l&#8217;industrie automobile est profonde et réclame des mesures systémiques. En répondant «&#160;moteur&#160;», lorsque la contrainte climatique réclame de notre part une «&#160;autre mobilité&#160;», il existe un risque non négligeable que le secteur automobile se fourvoie en répondant à une question que personne ne lui pose. Pire, l&#8217;industrie semble tenter d&#8217;imposer une réponse à l&#8217;aide d&#8217;assertions largement erronées.</p>
<p>Selon nous, la voiture électrique aura à l&#8217;avenir une place. Une place marginale mais une place tout de même. Pour des déplacements courts effectués dans un cadre professionnel et ce en zone urbaine. Le secteur automobile risque d&#8217;aller au devant de grandes désillusions en croyant de façon déraisonnable que la voiture électrique sera l&#8217;alternative aux véhicules thermiques.</p>
<p>Face aux crises climatiques, énergétiques et écologiques, face à l&#8217;urgence de la situation, notre responsabilité est de ne pas se fourvoyer ou se complaire dans la défense de fausse-bonne solution qui, même si elle rencontrait un succès inespéré, ne règlerait en rien le double problème climato-énergétique.</p>
<p>En effet, la question climatique est d&#8217;ordre politique et non purement technique. Une voiture pour être moins polluante doit diviser par 4 son empreinte climatique. Mais il faut aussi tenir compte du nombre de voitures en circulation. À ce jour, il y a 700 millions de véhicules en circulation, certains prévisionnistes en espèrent 1,2 milliard en 2020, soit un quasi doublement. Si nous donnions un peu de crédit à ces prévisions… il ne faudrait pas réduire par 4 les émissions unitaires des véhicules mais par 8, soit 16&#160;g de CO<sub>2</sub> par km pour pouvoir prétendre sérieusement avoir affaire à une voiture dite «&#160;propre&#160;»&#160;!</p>
<p>À la lecture de ces chiffres, la voiture électrique et autres voitures dites propres relève plus d&#8217;une opération de blanchiment écologique et procède une fois encore d&#8217;une stratégie marketing à mille lieues des véritables enjeux qui passent par une autre mobilité, un urbanisme et un système de transport repensé en profondeur.</p>
<p>«&#160;Moins loin, moins vite, moins souvent&#160;», tel devrait être la logique prévalant à l&#8217;avenir en matière de mobilité. Le ministre de l&#8217;Écologie affirmait doctement durant le Grenelle de l&#8217;environnement que nous étions à la veille d&#8217;un «&#160;changement de paradigme&#160;» en matière de transport. L&#8217;association Agir pour l&#8217;Environnement constate que ce changement de paradigme reste pour le moins à mettre en œuvre.</p>
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		<title>Les trois freins au développement de la voiture électrique</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1428-les-trois-freins-au-developpement-de-la-voiture-electrique/</link>
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		<pubDate>Tue, 28 Sep 2010 13:23:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphen Kerckhove</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Voiture électrique : gare à la panne sèche…]]></category>
		<category><![CDATA[Édito Dossier]]></category>

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		<description><![CDATA[À quelques jours de l’ouverture du Mondial de l’automobile, l’association Agir pour l’Environnement diffuse un rapport sur les freins au développement de la voiture électrique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">À quelques jours de l’ouverture du Mondial de l’automobile, l’association Agir pour l’Environnement diffuse un rapport sur les freins au développement de la voiture électrique.</div><p class="meta2">Par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement.</p>
<p>Le démarrage poussif de la voiture électrique s’explique pour une large part à cause de trois freins que l’association juge quasi rédhibitoires. Le choix fait par certains constructeurs d’une voiture 100&#160;% électrique accroît de fait le risque d’un échec rapide et immédiat.</p>
<div id="attachment_1429" class="figure alignleft" style="width: 180px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/09/Stephen-mics-180x240.jpg" alt="Stéphen Kerckhove :" title="Stéphen Kerckhove" width="180" height="240" class="size-medium wp-image-1429" /><div class="caption"><p class="legende">Stéphen Kerckhove :</p><div class="figure-description"><p><em>« L&#8217;État français fait fausse route en soutenant une solution technique qui est à l’automobile ce que le minitel était à l’internet »</em></p>
</div></div></div>
<h3>LE PREMIER FREIN&#160;: LE PRIX</h3>
<p>Le prix de vente ou de location longue durée établi par les constructeurs automobiles est excessif et dissuasif. Malgré une aide substantielle de l’État fixée à 5&#160;000 euros, l’achat d’une voiture électrique devrait néanmoins s’établir à environ 35&#160;000 euros. Ce prix hors de portée du plus grand nombre amène certains constructeurs à revoir en urgence à la baisse le nombre de voitures électriques vendues d’ici à 2015, signe avant coureur d’un échec annoncé. Peugeot espère vendre à peine 50&#160;000 exemplaires de la Ion d’ici 2015, soit 0,4&#160;% des voitures vendues chaque année en France. Dans le meilleur des cas, la Commission européenne estime à 2&#160;% la part de marché de la voiture électrique.</p>
<h3>LE SECOND FREIN&#160;: L’AUTONOMIE</h3>
<p>La faible autonomie dudit véhicule électrique en fait une seconde voiture à usage urbain et périurbain. Les constructeurs automobiles annoncent une autonomie d’à peine 150&#160;km. Or, selon un rapport du Conseil d’analyse économique dit <em>«&#160;Véhicule 2030&#160;»</em>, cette autonomie théorique ne prend pas en considération certaines options vitales comme les phares, les essuie-glaces, le dégivrages des pare-brises ou le chauffage de l’habitacle. Aux dires des auteurs du rapport <em>«&#160;Véhicule 2030&#160;»</em>, l’autonomie réelle de la voiture électrique pourrait être divisée par deux, soit un rayon d’action d’à peine une trentaine de kilomètres&#160;!</p>
<h3>LE TROISIÈME FREIN&#160;: LE BILAN CARBONE</h3>
<p>Enfin, le bilan écologique et climatique semble moins favorable que prévu. En effet, l’usage exclusivement urbain ou périurbain de la voiture électrique nécessite une seconde voiture et ne remplacera donc pas la première voiture <em>«&#160;thermique&#160;»</em>. La voiture électrique ne viendra donc pas en substitution au véhicule thermique mais en ajout. Or, la fabrication d’une automobile est responsable de 14&#160;% à 20&#160;% des émissions globales d’un véhicule. De plus, le mix énergétique nécessaire à la production de l’électricité de la voiture électrique induit un bilan carbone loin d’être neutre, notamment durant les périodes de pic de consommation, appelées à augmenter de 10&#160;% selon RTE. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, <em>«&#160;du puits à la roue&#160;»</em> (prenant ainsi en compte les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication et au fonctionnement), le bilan carbone serait de 126&#160;g de CO<sub>2</sub> par km pour le véhicule électrique contre 161&#160;g de CO<sub>2</sub> par km pour le véhicule thermique. Depuis la date de cette note de l’Ademe (2008), les émissions de CO<sub>2</sub> du véhicule thermique ont chuté de 10 à 15&#160;g de CO<sub>2</sub> par km… Ce bilan carbone remet en cause le slogan publicitaire mensonger de Renault selon lequel la voiture électrique serait <em>«&#160;zéro émission&#160;»</em> de CO<sub>2</sub>.</p>
<h3>En conclusion de ce rapport</h3>
<p>L’association Agir pour l’Environnement estime que <em>«&#160;la voiture électrique est avant tout un outil de communication permettant de verdir, à bon compte, l’image de constructeurs automobiles qui n’ont, en rien, pris en compte les contraintes énergétiques et climatiques dans leur stratégie industrielle.&#160;»</em></p>
<p>À l’issu de ce rapport démontrant les freins au développement de la voiture électrique, l’association estime, qu’à l’instar du gouvernement britannique, le gouvernement français doit cesser de subventionner le développement d’une option technologique sans issu.</p>
<p>L’État doit enfin avoir le courage de penser la mobilité autrement qu’au travers d’options techniciennes sans issue. En zone urbaine, seuls le développement des transports en commun ainsi que la promotion des modes de déplacement doux est à même de répondre efficacement et durablement aux contraintes écologiques.</p>
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		<title>De Seattle et Porto Alegre à Copenhague, nouveaux défis pour les mouvements</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Jan 2010 12:50:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christophe Aguiton</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[Une quinzaine de jours après la fin de la conférence de Copenhague et dix ans après Seattle et Porto Alegre, qui ont marqué l’émergence du mouvement altermondialiste, il peut être utile de comparer les situations pour mieux comprendre quelques-uns des défis et problèmes auxquels seront confrontés les mouvements qui luttent pour une « justice climatique ».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Une quinzaine de jours après la fin de la conférence de Copenhague et dix ans après Seattle et Porto Alegre, qui ont marqué l’émergence du mouvement altermondialiste, il peut être utile de comparer les situations pour mieux comprendre quelques-uns des défis et problèmes auxquels seront confrontés les mouvements qui luttent pour une « justice climatique ».</div><p class="meta2">Par Christophe Aguiton, militant d’ATTAC, actif dans la coalition <em>Climate Justice Now!</em> <a href="http://copenhague.blogs.liberation.fr/climat/2010/01/de-seattle-et-porto-alegre-%C3%A0-copenhague-nouveaux-d%C3%A9fis-pour-les-mouvements-.html">Publié sur <em>Copenhague le blog off</em></a> (Libération).</p>
<p>Copenhague, du point de vue des mouvements, est en effet très similaire à Seattle. Dans les deux cas les ONGs étaient les premières à se mobiliser sur les thématiques en cause, la dette des pays du Sud ou l’ouverture des marchés pour le mouvement altermondialiste, les questions climatiques pour Copenhague. Dans les deux cas les mouvements sociaux ont commencé à s’investir sur ces terrains, de façon déterminée pour le mouvement paysan avec Via Campesina, de manière plus timide pour le mouvement syndical. Dans les deux cas enfin, une importante mobilisation de la jeunesse a marqué l’émergence de nouveaux mouvements.</p>
<p>Du point de vue de la disposition des acteurs, Seattle et Copenhague sont, en revanche, dans des positions opposées. En s’opposant à l’OMC et au néolibéralisme, le mouvement altermondialiste se confrontait au point nodal du capitalisme contemporain : 1999, c’était l’époque de la « pensée unique » et du « consensus de Washington » qui ne voyaient aucune autre politique possible que celle de l’ouverture et la libéralisation des marchés. Sur la question climatique, à l’inverse, les ONGs et mouvements sociaux se retrouvent alliés — partiellement en tout cas — à des acteurs décisif du système et du capitalisme. Face aux responsables politiques qui nient encore — à l’image de George Bush — la réalité du changement climatique et face aux secteurs industriels qui veulent préserver leurs activités et leurs profits dans des secteurs émetteurs de gaz à effet de serre, on trouvera les mouvements, mais aussi des acteurs industriels qui veulent être les gagnants du « <em>green capitalism</em> » et des responsables politiques qui veulent que leur pays soient les hérauts de cette transformation.</p>
<h3>Étrange sentiment de voir « <em>Climate Justice</em> » faire un bout de chemin avec Arnold Schwarzenegger, Angela Merkel, voire Nicolas Sarkozy !</h3>
<p>La scène politique, en particulier à l’échelle internationale, est coutumière de ces situations où les acteurs se retrouvent ensemble, pour une alliance ponctuelle qui n’efface en rien les différences d’intérêts et de point de vue. Cela avait été le cas lors de la guerre en Irak où les mouvements anti-guerre avaient été en alliance objective — de très courte durée — avec les gouvernements allemand, français ou russe.</p>
<p>Les paysage est beaucoup moins clair sur la question climatique, où il est difficile de situer les lignes de partage des eaux. Une difficulté qui tient à l’ampleur des défis posés par la crise climatique, mais aussi à la coexistence de trois approches différentes qui divisent tant les mouvements que les différents secteurs du capitalisme. La première de ces approches consiste à faire confiance aux marchés et à l’initiative individuelle et collective pour permettre l’éclosion d’une vague d’innovations techniques et économiques. La deuxième est étatique et technologique et s’appuie sur des grands projets dans des domaines tels que les transports, la construction de centrales nucléaires ou des programmes de stockage et enfouissement du carbone. La troisième approche s’appuiera sur les initiatives sociales : les initiatives d’habitants sur les transports ou l’énergie, les échanges directs entre producteurs et consommateurs pour relocaliser la production ou les campagnes pour étendre le champ des « biens communs » à la propriété intellectuelle sur les nouvelles technologies.</p>
<p>Si personne ne se reconnaîtra dans une seule de ces trois approches, le poids à mettre sur telle ou telle, et en particulier sur les grands projets technologiques, sera un objet de controverse entre les mouvements. À la différence du mouvement altermondialiste ou il était possible de voir une ligne de front entre des mouvements défendant les services publics et la protection sociale face à un capitalisme néolibéral tenant du « moins d’état » et des privatisations.</p>
<p>À Porto Alegre le Forum Social Mondial pouvait se contenter de proclamer, face à Davos et au « consensus de Washington » : « Un autre monde est possible ». Une réponse qui ne saurait suffire face à l’urgence climatique et aux risques de voir « d’autres mondes » surgir qui soient aux antipodes des valeurs et aspirations des militants pour une justice climatique comme, par exemple, l’imposition de mesures autoritaires par des États qui jugeraient que c’est la seule voie possible….</p>
<p>Pour avancer dans la définition de modèles de développement ou de projet de société, les mouvements devront cependant lever deux obstacles :</p>
<ul>
<li>les différences de point de vue renvoyant à l’existence sociale des acteurs, salariés des grandes entreprises, petits paysans en culture vivrière ou indigènes d’une forêt primaire…</li>
<li>l’héritage doctrinal de la gauche et de mouvements sociaux formés lors du siècle précédent, héritage assez éloigné des préoccupations actuelles des mouvements pour la « justice climatique »…</li>
</ul>
<p>L’élaboration d’un projet de société pourrait également permettre de revisiter une césure très ancienne entre ceux qui pensent pouvoir changer le monde en changeant le système et ses structures et ceux qui mettent en avant la nécessité de commencer par changer ses propres pratiques. Une césure qui remonte à Fourrier, adepte des phalanstères, versus Blanqui, maître de l’insurrection, mais qui n’a cessée de diviser le mouvement social.</p>
<h3>Autre différence entre Seattle et Copenhague, la relation aux institutions internationales et l’appréciation des rapports Nord–Sud.</h3>
<p>À Seattle, là aussi les choix étaient simples : d’un côté l’OMC, outil du néolibéralisme, les entreprises multinationales et les pays du Nord ; de l’autre les pays du Sud, étranglés par la dette et contraints de subir les plans d’ajustement du FMI. Pas besoin de longs débats pour savoir de quel côté se situer !</p>
<p>À Copenhague, première différence, c’est l’ONU qui est le cadre des négociations… Une ONU fragilisée par la place pris par le G8, le FMI, la Banque Mondiale, l’OMC et, dans la dernière période, par le G20 et qui est de ce fait d’autant plus ouverte aux petits pays et à la participation de la « société civile ».</p>
<p>La deuxième différence tient au décollage de certains des grands pays du Sud, à commencer par la Chine. En dix ans les rapports de force mondiaux se sont transformés et la négociation de Copenhague en a été la démonstration éclatante. Le texte final a été écrit par les États-Unis et la Chine et avalisé par cinq pays, les mêmes plus le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud avant d’être présenté pour ratification finale à 28 pays, dont l’Europe et le Japon. Une réalité qui demandera une discussion dans les mouvements sur les stratégies d’alliance : s’il allait de soi d’exiger la reconnaissance de la responsabilité historique des pays du Nord dans le réchauffement climatique, il sera difficile de soutenir sans débat le « groupe des 77 plus la Chine » ce qui reviendrait à  mettre sur le même plan la Bolivie, qui a combattu — à juste titre — le texte final, et ceux qui ont été les protagonistes de son adoption !</p>
<p>Cette énumération de défis et problèmes à résoudre n’est pas exhaustive, et elle ne doit surtout pas être comprise comme une incitation à la résignation face à l’ampleur des tâches à accomplir. Elle est, au contraire, un encouragement à prendre à bras le corps des questions qui sont au cœur des préoccupations des militants et dont la prise en compte peut aider la gauche et les mouvements sociaux à redéfinir des orientations et des stratégies.</p>
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		<title>Copenhague : l’échec d’une pensée</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Dec 2009 16:48:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Yves Cochet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>

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		<description><![CDATA[L’accord de Copenhague est un échec flagrant : il est sans avancée pour la lutte contre le réchauffement climatique. À qui la faute ? Au « développement » semble-t-il ! aliénation pour les uns, <em>leitmotiv</em> pour les autres. Jusqu’où de telles illusions nous mèneront-t-elle ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">L’accord de Copenhague est un échec flagrant : il est sans avancée pour la lutte contre le réchauffement climatique. À qui la faute ? Au « développement » semble-t-il ! aliénation pour les uns, <em>leitmotiv</em> pour les autres. Jusqu’où de telles illusions nous mèneront-t-elle ?</div><p class="meta2">Par Yves Cochet, Mathématicien, ancien Ministre de l’Environnement, Député de la 11<sup>e</sup> circonscription de Paris.</p>
<p>Il n’y a pas d’accord de Copenhague, seulement une déclaration politique indigente de quelques dizaines de chefs d’État et de gouvernement, sans objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, sans force juridique, sans solidité financière. Ce texte est émaillé de phrases d’autant plus grandiloquentes qu’elles sont moins contraignantes, alors qu’il fallait des objectifs datés et chiffrés, des trajectoires décrites jusqu’en 2020, 2030 et 2050, et un régime de respect des obligations et de sanctions en cas de défaillance. La rédaction du paragraphe 2 de ce texte constitue un exemple de phraséologie sans ambition ni engagement : <em>« Nous devrions coopérer pour atteindre le pic des émissions nationales et globales le plus vite possible, en reconnaissant que le passage du pic sera plus éloigné dans les pays en développement et en gardant à l’esprit que le développement social et économique et l’éradication de la pauvreté sont les premières priorités des pays en développement et qu’une stratégie de développement peu émettrice est indispensable au développement durable »</em>. Tandis que les documents et les paroles des experts du Groupe Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) ne cessent d’affirmer que le pic puis le déclin des émissions mondiales doivent advenir entre 2013 et 2017, nos dirigeants mondiaux écrivent <em>« le plus vite possible »</em>, c’est-à-dire <em>« nous verrons plus tard »</em>. De même, le segment de phrase qui contenait une référence explicite à une division par deux des émissions globales en 2050 par rapport à leur niveau de 1990, ce segment a disparu du texte final. Comme le disait le président Obama dans sa conférence de presse, vendredi 18 décembre, vers 23 h 00 : <em>« Cet accord n’est pas juridiquement contraignant, et chacun fera chez soi les efforts nécessaires »</em>. On ne saurait être plus franc sur la fin du Protocole de Kyoto et de tout engagement collectif, sur le mépris de l’ONU et du multilatéralisme, sur l’indifférence aux alertes des scientifiques. J’invite chacun à lire cet <em>« accord de Copenhague »</em> afin d’en déceler, à chaque ligne et dans son ensemble, les marques de l’aveuglement à la catastrophe, du nationaliste économique et énergétique, de la croyance désuète au <em>« développement »</em>, fut-il <em>« durable »</em>.</p>
<p>Le vocabulaire du <em>« développement »</em>, souvent équivalent à celui de la <em>« croissance »</em>, est omniprésent dans tous les textes onusiens, notamment dans la Convention sur le Changement climatique et dans le Protocole de Kyoto. Il est la base de la partition de l’ensemble des pays en deux groupes : les <em>« développés »</em> et les <em>« en développement »</em>. Fondée sur le PIB par habitant, cette partition renvoie à une vision purement économique du bonheur des populations et de la santé des écosystèmes qui les soutiennent. On imagine ainsi un hit-parade des pays en ordre décroissant du PIB par habitant : les plus <em>« riches »</em> en tête, puis les <em>« grands émergents »</em>, jusqu’aux <em>« pays les moins avancés »</em> (PMA). Bien sûr, ce classement ne tient aucun compte de l’état de l’environnement naturel du territoire de chaque pays, ni des prédations d’énergies, de matières ou de produits que les plus <em>« riches »</em> effectuent au détriment des plus <em>« pauvres »</em>. Ces derniers n’ont donc qu’une seule image de l’avenir : rattraper le niveau de <em>« développement »</em> des premiers dans une course perdue d’avance. À entendre les délégués à Copenhague des pays africains, asiatiques ou sud-américains, leur obsession unique est de se doter eux-aussi des grattes-ciel, des routes et aéroports, des voitures, téléphones mobiles et autres exhibitions matérielles qui attestent de leur <em>« développement »</em>. Suggérer que 80 % de ces <em>« richesses »</em> proviennent du sous-sol à partir de matières premières non-renouvelables, que les réserves de certaines de ces matières premières commencent à s’épuiser, et que, par conséquent, c’est plutôt aux pays <em>« développés »</em> de réduire leur consommation desdites matières afin de partager équitablement et sobrement ce qu’il en reste, dans une décroissance de leur empreinte écologique, et afin d’imaginer un autre modèle de prospérité fondée sur une économie de flux et non de stocks comme aujourd’hui, et vous passez instantanément pour un écolo régressif genre retour à la bougie ou aux cavernes. L’immense majorité des dirigeants, au Nord comme au Sud, croient encore que l’on peut multiplier sans limite les productions et consommations matérielles, alors que l’évidence géologique de la finitude du monde terrestre montre que cette croyance est un fantasme irréalisable et, hélas, une origine banale des guerres passées et futures. Copenhague est d’abord l’échec de cette pensée productiviste du <em>« toujours plus »</em> pour les riches qui ne veulent pas baisser leur <em>« niveau de vie »</em> et pour les pauvres qui espèrent vainement rattraper le niveau de vie des riches.</p>
<p>Une seconde thèse peut aussi nous aider à comprendre l’échec de Copenhague, au-delà des explications plus ou moins justes de la défense des intérêts nationaux (Obama, par exemple, pouvait-il oublier la pression de ses lobbies automobiles, charbonniers et pétroliers, ainsi que ses fragiles projets de loi sur la santé et sur l’énergie). Lorsqu’autant de leaders mondiaux se réunissent, il s’agit de ne pas perdre la face. L’affichage public d’un engagement écologique considéré comme excessif par les autres ruinerait votre image. Peu importe de savoir si cet engagement est exactement fidèle aux constats et conseils du GIEC qui nous décrit l’urgence et l’importance de la catastrophe climatique, ce qui compte alors est moins la vérité scientifique à laquelle on croit peut-être en son for intérieur que l’opinion des autres sur les propositions que vous formulerez. Ainsi, la posture européenne décrite dans le <em>« paquet énergie-climat »</em> de décembre 2008 était-elle : nous sommes prêts à réduire de 30 % nos émissions à l’horizon 2020 (par rapport à 1990) à condition que les autres fassent un effort de réduction comparable. Sinon, nous ne ferons que -20 %. Cette posture en miroir, si elle n’est pas comprise de tous, implique une évolution par le bas des engagements de chacun. Elle se retrouve dans de nombreuses situations sociales, dont on comprends alors pourquoi elles évoluent si lentement dans des régimes où l’opinion des uns dépend de l’opinion des autres. L’atmosphère n’a pas cette subtilité. Elle se moque bien des échanges d’opinions et des promotions d’images de soi. Elle enregistre sans émotion les concentrations de gaz à effet de serre qui perturbent sa composition. Elle ne négocie pas.</p>
<p class="meta2">Article <a href="http://www.actu-environnement.com/ae/news/echec_copenhague_9233.php4">paru sur Actu-Environnement</a>.</p>
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		<title>Les naufrageurs du climat : qu’ils s’en aillent, tous !</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Dec 2009 16:15:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Alain Lipietz</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien de Alain Lipietz avec <em>El Watan</em> (quotidien algérien) sur le bilan de Copenhague, la responsabilité des dirigeants du « Nord » et de ceux de l’OPEP.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Entretien de Alain Lipietz avec <em>El Watan</em> (quotidien algérien) sur le bilan de Copenhague, la responsabilité des dirigeants du « Nord » et de ceux de l’OPEP.</div><p class="meta2">Paru dans l&#8217;édition du 21/12 de <a href="http://www.elwatan.com/"><em>El Watan</em></a>.</p>
<p><strong>E.W. : Comment évaluez vous les débats et les conclusions du sommet de Copenhague ?</strong></p>
<p><strong>A.L. :</strong> C’est une honte, un scandale inouï. Depuis deux ans — depuis la conférence de Bali qui avait fixé la « feuille de route » jusqu’à Copenhague — l’Humanité a été menée en bateau par ses propres dirigeants. Début décembre, on voyait bien que les propositions sur la table étaient bien en deçà du « strictement nécessaire » pour seulement limiter le réchauffement climatique à 2 degrés. Mais on se disait « Ce sont de rusés négociateurs, ils vont abattre leurs cartes au dernier moment ». Et puis les chefs d’État sont montés à la tribune, ils n’ont rien lâché ! Un petit groupe (les USA et les grands pays émergents) se sont mis d’accord pour réitérer la promesse de « 2 degrés », ils ont annoncé le vendredi soir que la conférence reprendrait en janvier, après les Fêtes, pour fixer la répartition de l’effort. Et le samedi matin tous avaient filé, on n’est même plus sûr du tout de cette histoire de janvier, on parle de juin, voire de Mexico, dans un an.</p>
<p>Ils ont eu peur de la foule immense des organisations non gouvernementales de la société civile qui encerclaient leur bunker de conférence. Ils avaient honte. Ils ont filé en se cachant. Mais qu’ils s’en aillent tous ! Ils ont trahi l’espérance de toute l’Humanité. Ils sont tous co-responsables.</p>
<p>Qu’est ce qu’on attendait d’eux ? Le Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (prix Nobel de la Paix) était en gros d’accord sur deux objectifs : pour les pays industrialisés, entre –25 et –40 % de réduction des émissions par rapport à 1990 d’ici 2020 (pour les pays émergents : une stabilisation vers 2015), et une aide du Nord au Sud de 110 milliards de dollars par an pour transformer son système énergétique. Résultat : des promesses de réduction de 50 % … pour 2050, 30 milliards sur les 3 prochaines années et 100 milliards par an en 2020 !</p>
<p>Le plus spectaculaire responsable est Barak Hussein Obama. Il avait reçu le prix Nobel de la Paix à l’avance, ce serait le continuateur de Wangari Maathai et du GIEC . Il s’est contenté de répéter une offre misérable de –4 % ! Bien sûr son opinion publique et le Congrès n’étaient pas encore prêts. Bien sûr que –40 % c’est presque reconquérir la Lune, tant les USA ont accumulé de retard.</p>
<p>Mais soyons sérieux. Un vrai leader américain aurait relevé le défi, comme Roosevelt avait reconverti l’industrie en quelques mois après Pearl Harbour pour battre le Japon, et comme Kennedy avait décidé d’envoyer un homme sur la Lune pour répondre au Spoutnik ! Une étude américaine a montré comment s’équiper en 10 ans pour produire 100 % d’énergie renouvelable. Obama aurait pu dire « Nous avons brûlé plus de bois, de charbon et de pétrole que tout le reste de l’Humanité, nous sommes conscients de notre responsabilité première, et mon peuple comprend depuis la catastrophe de la Nouvelle Orléans que le Tout Puissant (ou, si vous voulez, la Nature) ne laissera pas ce péché impuni. Les savants nous demandent Moins 40 % ? Je ne peux vous promettre de tenir cet engagement d’ici 2020, tant nos prédécesseurs ont pris de retard, mais je vous promet d’accélérer d’ici 2030 et de financer en compensation la totalité des efforts du tiers monde ». Il avait une certaine marge en jouant sur les deux objectifs de la conférence : les objectifs de réductions et les objectifs de financement. Il s’est discrédité, s’abritant minablement derrière des exigences de transparence envers la Chine.</p>
<p>La Chine ? Première puissance pollueuse, elle s’abrite encore derrière l’argument « Mais, en émissions par personne, on est loin des Américains ». Vrai. Mais avec 5 tonnes de CO2 par personne et par an, elle produit deux fois et demi ce qui est « soutenable » par l’écosystème terrestre (2 tonnes par personne et par an). À Kyoto, des pays européens plus « propres » que la Chine actuelle ont pris de engagements fermes de réduction ! Elle, elle n’offrait que « moins 40 % »… de pollution par yuan produit ! Avec ses taux de croissance à deux chiffres, ce progrès (par ailleurs indispensable) serait effacé en quatre ans.</p>
<p>Quant à l’Europe, jadis leader mondial de la lutte contre le changement climatique, elle a disparu. Le responsable n<sup>o</sup> 1 en est Nicolas Sarkozy, malgré ses impayables cocorico sur ses ergots de coq gaulois. Président de l’Europe en décembre 2008, il a obtenu, à la demande des industriels (notamment français, polonais, allemands et italiens) de rabattre de –30 à –20 % l’offre de réduction de l’Union européenne. Son parti, l’UMP, n’a cessé de raboter les consensus écologistes obtenus entre partenaires sociaux aux négociations de Grenelle. Le Parlement européen, élu il y a à peine six mois et qui représente donc assez fidèlement « ce à quoi les opinions publiques étaient prêtes », a voté, le 25 novembre 2009, une offre de –40 % de réduction d’ici 2020 avec 30 milliards par an pour le tiers monde. Les responsables européens, les Barroso-Sarkozy-Merkel-Brown, n’en ont tenu aucun compte !</p>
<p><em>Non, qu’ils s’en aillent, tous.</em></p>
<p><strong>E.W. : L’OPEP rejette la proposition de la taxe carbone. Y a-t-il une volonté des pays industrialisés de faire payer le prix aux pays du Sud ?</strong></p>
<p><strong>A.L. :</strong> J’allais en effet oublier l’OPEP… Elle seule a entre les mains l’arme absolue pour sauver le climat : ne plus mettre sur le marché que la quantité de pétrole et de gaz compatible avec ce que l’écosystème planétaire peut recycler. Le prix du pétrole bondirait plus haut qu’en juillet 2008, compensant la baisse du tonnage vendu. Tous les pays consommateurs seraient obligés de s’adapter. Bien sûr il faudrait organiser des livraisons à bas prix pour les pays importateurs du tiers monde . Mais seul le Venezuela de Chavez a semblé envisager une telle voie. Où était l’Algérie, autrefois leader progressiste du Tiers Monde ?</p>
<p>Pourtant, tous les peuples de l’OPEP sont particulièrement menacés par le changement climatique. Le Venezuela bien sûr, cruellement frappé, de plus en plus souvent, par de dramatiques inondations. À l’inverse, l’Algérie va voir le Sahara remonter jusqu’à la Méditerranée… Mais non : les dirigeants préfèrent protester contre les efforts des pays consommateurs pour diminuer leurs pollutions, ils protestent même contre la taxation du carbone émis ! « Brûlez, brûlez notre pétrole, c’est la Bible et le Coran ! » , tel semble être leur unique message !</p>
<p>Bien sûr, une taxe carbone chez les pays consommateurs n’est rien d’autre qu’une façon de partager entre pays consommateurs et pays producteurs l’inévitable et salutaire hausse du prix de l’énergie. Mais, sauf les « petits producteurs » comme le Soudan, la Bolivie ou l’Équateur, les pays exportateurs ont déjà des revenus pétroliers bien suffisants pour assurer à tous leurs habitants un niveau de vie et de services publics tout-à-fait décents. C’est uniquement un problème de choix de politique intérieure, de redistribution de la richesse.</p>
<p><em>Encore une fois, une envolée du prix final du pétrole serait dramatique pour les travailleurs et chômeurs du tiers monde. C’est pourquoi il vaut mieux que la hausse du prix de l’énergie soit décidée pays par pays, et redistribuée vers les plus démunis, c’est à dire par une taxe carbone intérieure, plutôt que provoquée par une hausse du prix à l’exportation.</em></p>
<p><strong>E.W. : Selon vous, que faut-il faire pour sauver la planète d’un dérèglement climatique ?</strong></p>
<p><strong>A.L. :</strong> Tout le monde le sait : réduire la consommation d’énergie fossile, préserver les forêts et réduire la production de méthane (un tiers de l’effet de serre).</p>
<p>Réduire la production de méthane est la voie la moins coûteuse et la plus efficace pour un pays du tiers monde. Cela passe par une gestion correcte des déchets, que l’on peut même utiliser pour produire de l’énergie.</p>
<p>Sauver et replanter la forêt demande une gouvernance plus stricte et honnête, mais aussi des compensations financières pour les pays qui auraient eu besoin de défricher et qui vont devoir renoncer à leur cultures de rente pour consacrer leur terres à nourrir leur peuple.</p>
<p>Pour l’énergie, c’est la grande affaire, mais là encore le GIEC a tracé les trajectoires obligatoires pour éviter la catastrophe. Le problème est que si chacun attend que l’autre fasse l’effort, personne ne bouge, car il ne sert pas à grand chose de réduire la pollution de l’atmosphère chez soi si les autres ne font rien. L’atmosphère est un bien public mondial. C’est pourquoi il était essentiel de s’entendre sur des objectifs chiffrés nationaux de réduction, étape de par étape. Ensuite chaque pays s’organise pour atteindre ses objectifs.</p>
<p>La voie principale (deux tiers des résultats économiquement efficients), c’est les économies d’énergie : consommer frugalement, produire mieux. Les pays du tiers monde ont besoin, en moyenne, de trois fois plus d’émissions de CO2 pour produire la même quantité que les pays développés. D’où le compromis signé à Rio en 1992 : les pays du nord financeraient la mise aux normes les plus propres des pays du Sud, ce serait le moyen de « payer leur dette climatique », le fait qu’ils ont commencé à polluer l’atmosphère un siècle avant les autres.</p>
<p>Et c’est seulement le dernier tiers des réductions qu’il faut obtenir par la généralisation des énergies renouvelables, pour l’essentiel venues du soleil.</p>
<p><em>Et du soleil, l’Algérie en a encore plus que de pétrole !</em></p>
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		<title>Copenhague : Mal de terre…</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Dec 2009 08:34:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphen Kerckhove</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>

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		<description><![CDATA[Copenhague aura révélé l’incohérence du double discours de nos « leaders » politiques dont l’irresponsabilité historique met la planète en danger.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Copenhague aura révélé l’incohérence du double discours de nos « leaders » politiques dont l’irresponsabilité historique met la planète en danger.</div><p class="meta2">Par Stéphen Kerckhove, délégué général <a href="http://www.agirpourlenvironnement.org/">d’Agir pour l’Environnement</a>.</p>
<p>Que dire de plus que ce qui a déjà été écrit pour exprimer l’immense déception du peuple de l’écologie à la vue du piètre résultat du sommet de Copenhague. L’absence d’engagements contraignants, le peu d’ambition des uns, la gesticulation des autres, le tout allié au plus parfait cynisme ont eu raison d’un sommet que d’aucun annonçait comme historique.</p>
<div id="attachment_1366" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/copenhague-mal-de-terre.jpg" alt="Copenhague : mal de terre !" title="Copenhague : mal de terre !" width="500" height="300" class="size-full wp-image-1366" /><div class="caption"><p class="legende">Copenhague : mal de terre !</p><div class="figure-description"><p>Dessin : Red!</p>
</div></div></div>
<p>Si Copenhague est un échec, c’est avant tout parce que nos décideurs n’ont jamais cru sérieusement à un accord contraignant. Ou plutôt, ont-ils toujours feint de croire que cet accord serait contraignant… pour les autres. L’effort à consentir n’est ainsi acceptable qu’à la seule et unique condition qu’il soit supporté par les pays du Sud ou les générations futures. Certains ont même cru un temps que Copenhague serait une opportunité de marché supplémentaire, un moyen d’assurer un relais de croissance pour un capitalisme moribond. De sobriété, il n’en a jamais été question !</p>
<p>Mais cette incapacité à prendre en compte la crise climatique pour ce qu’elle est réellement, une crise systémique qui frappe à cœur nos sociétés repues, rend l’issue des négociations non plus incertaine mais kafkaïenne.</p>
<p>Si Copenhague est un échec, c’est aussi et surtout parce que les chantres de l’écologie hors sol, de Chirac à Sarkozy, ne peuvent atteindre la cohérence requise pour être crédible. Tenir de beaux discours, se parer des habits verts pâles des sauveurs climatiques de l’Humanité ne font sens qu’à la seule et unique condition d’être irréprochable ici et maintenant.</p>
<p>Or, depuis trop longtemps, nous appelons les dirigeants français à accepter de mettre en adéquation discours et actes, dire et faire. Et pour se faire, remiser au placard les vieilles recettes que le grand emprunt et autre plan de relance financent allègrement !</p>
<p>À défaut d’avoir mis un terme au double discours institutionnalisé, nos responsables reviennent bredouilles de Copenhague. Au moins auront-ils le temps de méditer l’inélégance qu’il y a à donner des leçons au monde entier tout en poursuivant un développement énergivore et climaticide.</p>
<p>Nous voici venu au temps des apothicaires. Chaque État tient à jour ses comptes en espérant gagner plus qu’il ne perd. Au final, tout le monde a perdu ! Ce « je » à somme nulle nous entraînera toutes et tous dans un mal de Terre dont l’irréversibilité est certaine.</p>
<p>Honte à eux !</p>
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		<title>Rebondir après l’échec de Copenhague</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Dec 2009 19:02:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[Malgré la gueule de bois, malgré la révolte, voire le découragement, il va falloir très vite penser l’avenir post-Copenhague.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Malgré la gueule de bois, malgré la révolte, voire le découragement, il va falloir très vite penser l’avenir post-Copenhague.</div><p class="meta2">Article cité dans <em>Le Monde</em> (22/12) : « <a href="http://abonnes.lemonde.fr/le-rechauffement-climatique/article/2009/12/21/pour-les-verts-tout-passe-par-les-regions_1283593_1270066.html">Pour les Verts, tout passe par les régions</a> ».</p>
<p>Car, nous le savons tous, pendant que les négociations échouent, la crise s’aggrave : les Maldives et Tuvalu sont menacés d’engloutissement, les paysans africains, sud-américains et asiatiques subissent déjà la précarité des aléas climatiques (à voir absolument « Climate Voices » dernier film de Yann Arthus Bertrand), etc.  et de d’autant plus que, si on devait en rester aux résultats de Copenhague, c’est vers un réchauffement minimum de 3,5 degrés que nous nous orienterions, et non de 2 degrés comme affirmé officiellement.</p>
<img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/Climate-flag-FR.jpg" alt="Climate Flag" title="Climate Flag" width="500" height="250" class="size-full wp-image-1364" />
<p>Quelles que soient les difficultés lourdement soulignées par l’échec de Copenhague, il faudra donc bien que la communauté internationale finisse par trouver la voie. Mais force est de constater que si on laisse les chefs d’État entre eux ils n’y arrivent pas.</p>
<p>Pour autant, tout n’est pas perdu. Par l’importance même prise par l’événement, l’après Copenhague sera forcément différent de l’avant Copenhague. Dans quatre domaines au moins, la situation est porteuse d’espoirs qui peuvent permettre demain de modifier les rapports de force :</p>
<ul>
<li>le milieu associatif : jamais comme dans la préparation de Copenhague le monde associatif ne s’est aussi mobilisé en mêlant des familles associatives diverses (environnement, altermondialiste, solidarité Nord-Sud, droits de l’Homme, etc.), certes avec des nuances stratégiques — mais que pour ma part je ressens bien plus complémentaires qu’antagonistes — mais dont la diversité reflète parfaitement que ce qui se joue sur le climat dépasse largement l’enjeu environnemental. Cette convergence apparaissait fortement lors du Forum Copenhague que nous avions organisé à l’Assemblée Nationale. Nul doute que ce mouvement en marche ne s’arrêtera pas. Et il est porteur d’une société civile potentiellement capable de donner une suite au mouvement altermondialiste en recherche de second souffle.</li>
<li>les collectivités locales : là aussi un mouvement s’est mis en marche. Des milliers de collectivités locales (1 000 signataires de la Convention des Maires sur le climat en Europe) se sont engagées à agir sans attendre le Sommet de Copenhague, qu’il réussisse ou pas. Elles mettent en œuvre « Copenhague en vrai ». Et c’est d’autant plus important que plus de la moitié de la population planétaire vit en ville et émet les trois quarts des gaz à effet de serre. Et elles se sont dotées d’une coordination pour peser (avec CGLU, ICLEI, C40, Énergie-Cités, etc.) et d’un porte-parole, Ronan Dantec, qui a porté notre voix y compris dans les dernières heures de Copenhague. Sans attendre les collectivités vont continuer d’agir, non seulement sur le terrain via leurs Plans Climat, mais aussi en se retournant vers les États qui ont donné leur accord pour la reconnaissance des collectivités dans la lutte pour le climat : sans attendre un accord mondial, beaucoup de choses peuvent déjà avancer pays par pays. Cela ne remplacera certes pas l’accord planétaire qui manque, mais toute tonne de gaz à effet de serre évitée d’ores et déjà est bonne à prendre. Et ce d’autant plus que ces actions sont extrêmement créatrices d’emplois et socialement justes tant sont nombreux aujourd’hui les précaires énergétiques.</li>
<li>les citoyens du monde entier eux-mêmes : jamais la prise de conscience de la crise écologique n’a été aussi forte. Jamais, les médias n’auront autant mis en évidence les catastrophes potentielles. Jamais les scientifiques n’auront à ce point été unanimes sur la gravité et la nécessité d’action. Jamais les réponses les plus évidentes (transports collectifs, énergies renouvelables, etc.) n’ont été aussi crédibilisées. Et jamais nos concitoyens n’ont été aussi demandeurs de solutions appropriables facilement, pour autant que les politiques les favorisent. Ce mouvement de l’opinion constitue lui aussi un point d’appui considérable, car les chefs d’Etat ne pourront rester longtemps en échec face à des citoyens inquiets et demandeurs d’action. C’est évidemment le cas dans le monde industrialisés abreuvé d’informations et de médias. Mais c’est sans doute encore plus potentiellement déstabilisant — de façon positive ou destructive — dans les territoires qui sont d’ores et déjà victimes du dérèglement climatique.</li>
<li>le mouvement planétaire de l’écologie politique : 193 chefs d’État pour sauver la planète… mais combien d’écologistes parmi eux ? Il n’est pas interdit de penser que si l’écologie politique avait été représentée parmi ces chefs d’État, ne serait-ce qu’à son niveau de représentation planétaire moyen, les préoccupations globales auraient pu être mieux prises en compte face aux intérêts nationaux. Encore faut-il que ce mouvement d’écologie politique arrive enfin à occuper réellement son espace politique ! À coté de l’implantation historique allemande et belge, du renouveau français grâce à Europe Écologie, du potentiel brésilien incarné par Marina Silva, et d’une vingtaine de pays où Les Verts se développent progressivement (nombreux pays européens, États-Unis, Canada, Australie, etc.), combien de pays où le mouvement n’est encore qu’embryonnaire ? La rencontre à Copenhague du Global Green était de ce point de vue symbolique d’un mouvement qui se développe peu à peu, s’implante, gagne en crédibilité, mais à un rythme trop lent au regard de la crise écologique. C’est donc une priorité si on veut donner un débouché politique aux mouvements qui s’organisent et aux citoyens qui voudraient des dirigeants aptes à faire face aux défis du 21eme siècle.</li>
</ul>
<p><em>Nous le savions avant même de rejoindre Copenhague : le sommet danois ne serait qu’une étape. Elle se révèle décevante. Raison de plus pour passer au plus vite à la suite. Les potentialités existent, à nous de nous en saisir.</em></p>
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		<title>Copenhague : un accord pour sauver la face, pas le climat.</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Dec 2009 11:22:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pascal Canfin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse Actu]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[Une volonté affichée de limiter le réchauffement à 2 degrés, mais aucune mesure pour y parvenir. Trouver un accord dans 6 mois, voire un an, pourrait s’avérer délicat, tant sur les objectifs à atteindre que sur la capacité des différentes parties à surmonter de nouvelles contraintes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Une volonté affichée de limiter le réchauffement à 2 degrés, mais aucune mesure pour y parvenir. Trouver un accord dans 6 mois, voire un an, pourrait s’avérer délicat, tant sur les objectifs à atteindre que sur la capacité des différentes parties à surmonter de nouvelles contraintes.</div><h3>Copenhague est il un échec ?</h3>
<p>Oui. La déclaration finale est plus un accord pour sauver la face qu’un accord pour sauver la planète. La volonté affichée est de limiter le réchauffement climatique à plus de 2 degrés, seuil considéré par la GIEC comme la limite à partir de laquelle le dérèglement climatique s’emballe et produira des effets catastrophiques. Mais aucune des mesures qui permettraient d’y parvenir n’a été prise : pas de contraintes, pas d’objectifs de réduction à la hauteur des préconisations du GIEC, pas de système de contrôle des engagements nationaux, etc. L’argent promis aux pays pauvres est une bonne nouvelle mais les sommets internationaux se sont trop souvent conclus par des promesses de dons qui ne se réalisent jamais qu’il est beaucoup trop tôt pour se réjouir. Par ailleurs, les engagements pris pour les trois prochaines années ne constituent pas forcément de l’argent frais mais provient d’argent recyclé déjà promis dans les budgets d’aide au développement. </p>
<h3>L’Europe et Nicolas Sarkozy ont-ils fait tout ce qu’ils pouvaient ?</h3>
<p>Non. L’Europe et la France n’avaient bien sûr pas toutes les cartes en main mais ils en avaient deux qu’ils n’ont jamais abattues pour faire bouger les choses : s’engager à réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre au lieu de 20 % pour entrer dans la fourchette préconisée par le GIEC (de 25 à 40 %) de façon à donner des gages aux pays du Sud et pousser les États-Unis à agir. S’engager sur un chiffre de transferts aux pays du Sud pour les aider à s’adapter au dérèglement climatique dont ils sont les premières victimes sans en être du tout responsables. Or, ni l’Europe ni la France n’ont mis ces deux chiffres sur la table des négociations en disant qu’ils assumaient leur responsabilité et agissaient en conséquence.</p>
<h3>Quels sont les conséquences de cet échec pour le climat ?</h3>
<p>Selon le GIEC il nous restait en 2008 au maximum 10 ans pour inverser la courbe mondiale de nos émissions de CO<sub>2</sub> si l’on veut limiter le réchauffement à 2 degrés. Perdre un an est donc un enjeu majeur car les efforts à réaliser devront être encore plus importants demain. Repousser les décisions qui n’ont pas été prises à Copenhague à l’été 2010 ou à la fin 2010 ne changera rien car il n’y a aucune raison d’aboutir plus dans 6 mois qu’aujourd’hui. Obama sera lié par la loi qui aura été passé au printemps au congres et comme les engagements US ne seront pas à la hauteur des préconisations du GIEC les chinois pourront toujours justifier de ne pas bouger plus qu’ils ne l’ont déjà fait en s’engageant à réduire leur intensité carbone par point de PIB de 45 %. Il faudra donc trouver d’autres moyens d’action que le traité multilatéral contraignant qui n’est pas sorti de Copenhague.</p>
<h3>Et maintenant que faire en France et en Europe ?</h3>
<p>Plus de la moitié des objectifs qui auraient pu (et dû) être fixés à Copenhague relèvent des compétences des collectivités territoriales. En matière d’urbanisme, de transports, d’aménagement du territoire, … les collectivités sont des acteurs clés. L’absence d’un accord mondial contraignant rend encore plus nécessaire des politiques locales ambitieuses. Sinon ce sera en quelque sorte la double peine pour le climat. De son côté l’Europe doit continuer à agir plus vite et plus fort même sans accord satisfaisant à Copenhague. Plus des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre européennes ne sont pas concernées par la mondialisation (transports routiers, chauffage, production d’électricité…). L’Europe peut donc agir sans craindre la « concurrence internationale » sur l’essentiel de ses émissions. Comme je l’ai montré dans <a href="http://www.alternatives-economiques.fr/l-economie-verte--une-chance-pour-l-europe_fr_art_888_46900.html">un article récent publié dans Alternatives Économiques</a> c’est l’intérêt de l’Europe d’agir même si les autres ne bougent pas.</p>
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		<title>L’échec des États-nations à Copenhague</title>
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		<pubDate>Sat, 19 Dec 2009 09:52:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[Le spectacle donné par les « leaders mondiaux » est tout simplement consternant.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Le spectacle donné par les « leaders mondiaux » est tout simplement consternant.</div><p>Certes, tout ces derniers jours, voire même ces derniers mois, indiquait qu’on allait droit dans le mur. Mais, paradoxalement, l’absurdité du processus, le caractère irrationnel des postures prises, pouvaient laisser penser qu’il s’agissait d’une mise en scène, une dramatisation destinée à permettre à ces &laquo;&nbsp;grands leaders&nbsp;&raquo; de mettre sur la table une proposition nouvelle leur donnant l’image de sauveur du monde ! Il n’en était malheureusement rien. C’était bien de la pure irresponsabilité.</p>
<div id="attachment_1360" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/greenpeace-queens-dinner-cop15.jpg" alt="Action de Greenpeace au dîner des chefs d’État (17/12)" title="Action de Greenpeace au dîner des chefs d’État (17/12)" width="500" height="351" class="size-full wp-image-1360" /><div class="caption"><p class="legende">Action de Greenpeace au dîner des chefs d’État (17/12)</p></div></div>
<h3>Ce qu’on a fait pour sauver la finance, on n’aura donc pas réussi à le faire pour sauver la planète !</h3>
<p>Les pays riches pourront bien tenter de faire porter le chapeau aux pays en développement (voire aux plus riches d’entre eux, les pays émergents), rien ne pourra camoufler que c’est bien leur incapacité à assurer le leadership dont ils se prévalent qui a conduit à l’échec. Et ce d’autant plus que, finalement, ce sont souvent les leaders des pays pauvres et émergents (parfois même jusqu’au Brésil et à la Chine) qui ont un peu relevé le niveau par leurs engagements unilatéraux.</p>
<p>Les États-Unis portent une responsabilité majeure. Et le discours de Barack Obama fut une cruelle déception : il n’est bien « que » le représentant des intérêts des États-Unis, et encore d’une vision bien étroite de ses intérêts. Les données politiques internes du pays sont certes connues (le blocage du Sénat), mais il est des chefs d’État qui savent trouver les ressources pour infléchir le cours de l’Histoire. Ce n’était vraiment pas le cas d’Obama, en tous cas cette fois-ci.</p>
<p>L’Europe, elle aussi, est restée consternante. Tellement divisée — quoi qu’en dise la liturgie habituelle — qu’incapable de faire le moindre pas et passant son temps à parler entre elle. Sarkozy par ses gesticulations tous azimuts a certes cherché à apparaître comme le sauveur — et certaines initiatives n’étaient pas dénuées de sens — mais il est surtout apparu comme impuissant, incapable d’entraîner le reste des 27, et voulant systématiquement tirer la couverture à lui.</p>
<p>À l’arrivée, l’Europe se sera donc révélée incapable de s’emparer d’un leadership qui était à prendre. Il aurait suffit pour cela de monter son niveau d’ambition à une réduction de 30, voire 35, 40 % à l’horizon 2020, comme plusieurs pays membres y étaient prêts, et de mettre sur la table des moyens financiers certes significatifs — mais à la hauteur de ses moyens — pour l’adaptation du Sud de la planète. Elle s’en est révélée totalement incapable, montrant à quel point elle est congelée dans ses jeux de pouvoir entre États.</p>
<p>De ce point de vue, l’Europe est d’ailleurs une représentation à petite échelle de l’ensemble de la planète, d’une humanité incapable de surmonter sa balkanisation en 193 États souverains !</p>
<p>On peut bien, comme l’a fait Sarkozy hier, incriminer le système onusien (et il n’est certes pas exempt de défauts), mais il n’est que représentatif d’un monde où les égoïsme nationaux prévalent systématiquement sur les enjeux collectifs. Notre Zorro national, supposé sauver la planète, n’est-il d’ailleurs pas le même qui vient de lancer un grand débat sur l’identité nationale, indiquant par là-meme à quel point la tactique politicienne interne passe bien avant le destin du monde ?</p>
<p>Les péripéties des dernières heures de Copenhague n’y pourront désormais rien. Ce sommet restera un échec. Bien évidemment il va falloir trouver d’autres issues. Mais que de temps perdu ! Et si ce n’était que le temps ! Ce sont surtout des millions de tonnes de gaz à effet de serre supplémentaires relâchées dans l’atmosphère, qui pèseront sur le climat et seront causes de souffrances, de détresse et de misère pendant des générations. Décidément, dans son irresponsabilité et son égoïsme, l’espèce humaine est bien cruelle avec elle-même.</p>
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		<title>Intervention en plénière pour « un accord juste et ambitieux »</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Dec 2009 17:34:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ronan Dantec</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Discours]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[« Les objectifs que nous fixent la communauté scientifique sont accessibles ». Par Ronan Dantec, porte-parole de cités et gouvernements locaux unis, en séance plénière à Copenhague le 18 décembre 2009.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">« Les objectifs que nous fixent la communauté scientifique sont accessibles ». Par Ronan Dantec, porte-parole de cités et gouvernements locaux unis, en séance plénière à Copenhague le 18 décembre 2009.</div><p>Mesdames et messieurs, les leaders de cette fragile planète,</p>
<p>Je parle aujourd’hui au nom des élus et représentants de villes et d’autorités locales du monde entier, des pays développés comme en développement.</p>
<p>Vous le savez, plus de la moitié des habitants de cette planète vivent aujourd’hui dans les villes qui consomment 75 % de l’énergie mondiale. Notre engagement est donc au centre de la réponse à apporter à la crise climatique.</p>
<p>Depuis Bali, tous les réseaux mondiaux de collectivités locales se sont unis pour vous encourager à trouver à Copenhague un accord ambitieux et pour que vous reconnaissiez notre rôle. C’est aujourd’hui le cas dans le texte sur l’action coopérative à long terme, nous espérons qu’il sera adopté.</p>
<p>Nos réalisations concrètes et mesurées montrent que les objectifs que nous fixent la communauté scientifique sont accessibles, et nous sommes prêt à vous aider fortement dans la réalisation de vos objectifs nationaux.</p>
<p>C’est le message qu’au nom des habitants de nos villes et régions nous vous portons et je peux vous témoigner de leur inquiétude cet après-midi alors que leurs médias nationaux évoquent un échec ou un accord insatisfaisant.</p>
<p>Mesdames et messieurs les chefs d’État,<br />
Vous avez encore quelques heures pour sceller l’accord de Copenhague, nous sommes ici pour vous encourager.</p>
<p>Oui, vous devez aux habitants de la planète un accord juste et ambitieux.</p>
<p>Je vous remercie.</p>
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		<title>Cop15 : chasser les regards indiscrets</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Dec 2009 15:33:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Cosse</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
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		<description><![CDATA[<em>En direct de Copenhague</em>. Hier, mercredi 16, les choses ont commencé à se corser. Déjà lundi soir, le secrétariat des Nations-Unies a prévenu : pour mardi 15 et mercredi 16, il faudrait un badge supplémentaire pour les ONG pour rentrer (afin de n’être plus que 7 000 accrédités présents pour la société civile). Et jeudi 17, il n’y aurait pas plus de 1 000 observateurs, et vendredi, quand tous les chefs d’États sont là, … 90.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>En direct de Copenhague</em>. Hier, mercredi 16, les choses ont commencé à se corser. Déjà lundi soir, le secrétariat des Nations-Unies a prévenu : pour mardi 15 et mercredi 16, il faudrait un badge supplémentaire pour les ONG pour rentrer (afin de n’être plus que 7 000 accrédités présents pour la société civile). Et jeudi 17, il n’y aurait pas plus de 1 000 observateurs, et vendredi, quand tous les chefs d’États sont là, … 90.</div><p>Les règles avaient surpris, notamment après que tout le monde se soit félicité que les Nations-Unies aient associé comme jamais les représentants de la société civile dans ce sommet. C’est d’ailleurs, à n’en pas douter, une des raisons du succès de la COP 15 : si les associations, syndicats militants de tous bords n’avaient pas construit plus d’un an de campagne pour faire de ce sommet un enjeu majeur de l’agenda politique, il est certain que ce ne sont pas les chefs d’État que nous aurions vu prendre la parole en séance plénière du sommet depuis hier après-midi. Cette forte présence politique (qui justifie aussi les restrictions d’accès), c’est une victoire de toutes ces personnes engagées sur les questions environnementales. Pour la première fois, un sommet sur le climat est devenu aussi important qu’un round de l’OMC, ou une assemblée générale des Nations-Unies. Et pourtant, on ferme depuis hier les portes à celles et ceux à quoi on doit en partie que le climat soit devenu une question centrale de la diplomatie internationale.</p>
<p>Ainsi, hier, nous avons vécu une matinée épique. Au dehors, dès 8 heures du matin, sous une neige battante, une manifestation en direction du Bella Center était organisée, sous le slogan « <em>Reclaim the Power</em> ». L’objectif, à défaut de pouvoir entrer dans le centre de conférence, était d’y tenir à l’entrée une assemblée générale de la société civile. A n’en pas douter, — il suffisait de voir les dispositifs de sécurité mis en place —, les forces des polices n’avaient aucune intention de laisser faire quoique ce soit dans le périmètre de la conférence. A midi, quand les manifestants sont arrivés, elle n’hésitera pas à charger très violemment (voir les images sur la télé danoise), après avoir toute la matinée et la nuit précédente, procéder à des arrestations préventives de nombreux militants du réseau CJA (Climate Justice Action), ce que la loi lui permet. Nos amis du livebloging (lien) en ont fait les frais.</p>
<p>Et à l’intérieur, çà a grondé aussi. Dès 9 heures on apprend que les 96 représentants du réseau international des Amis de la Terre, dûment accrédités, se voient refoulés à l’entrée et retirés leurs badge. Même chose pour les membres de Via Campesina. Selon Sébastien Godinot, coordinateur des campagnes des Amis de la Terre France, les Nations Unies expliquent la sanction du fait des actions organisées par l’association à l’intérieur du Bella Center. Il précise : <em>« Les actions ont été les suivantes : avant-hier, porter un poncho bleu, taper dans ses mains et soutenir la poursuite du Protocole de Kyoto (la demande officielle du groupe des pays africain exprimée une heure plus tôt). Hier, les Amis de la Terre International ont demande à voix haute a l’UE de prendre le leadership dans les négociations et d’être plus ambitieuse. Si c’est pour ces actions que les Amis de la Terre International sont exclus, c’est pour le moins disproportionné. »</em> Le danger n’était évidemment pas là.</p>
<div id="attachment_1357" class="figure alignnone" style="width: 500px"><a href="http://www.flickr.com/photos/foei/4189751053/"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/4189751053_cd2fe9961a.jpg" alt="Les Amis de la Terre" title="Les Amis de la Terre" width="500" height="333" class="size-full wp-image-1357" /></a><div class="caption"><p class="legende">Les Amis de la Terre</p></div></div>
<p>On retrouve ainsi Ninimo Bassey, le leader nigerian des Amis de la terre, escorté par des membres de la sécurité pour être expulsé du centre. José Bové vient demander des explications au chef de la sécurité. Après cinq minutes de politesse, parce qu’un attroupement se forme et que des médias arrivent, il est demandé au député européen de partir. Il refuse, et attend toujours des explications sur ces exclusions. Un policier veut le faire bouger. <em>« Don’t touch me ! I’m a european MP ! »</em>, dit calmement José Bové avant de commencer un sitting à l’entrée du Bella center, derrière les contrôles de sécurité. Cela se transforme en une conférence de presse sauvage. La sécurité s’énerve, demande à la presse de reculer (grandement). Je refuse : <em>« Nous faisons notre travail »</em>. Réponse du chef de la sécurité (dont je n’ai pas eu le temps de voir son nom) après avoir lu mon nom à haute voix : <em>« Vous, vous ne travaillez plus ici désormais »</em>. Un cameran lui demande si c’est une blague. Apparemment pas (après j’ai filé comme une souris). José Bové a ensuite été « escorté » dans un bureau, où on lui dira que la sécurité était sous-tension, à cause des manifestations envisagées ce jour-là, et que les délégués, notamment les élus, devaient les aider à faire respecter le calme. Réponse de l’élu européen : ce <em>« n’est pas en faisant un déni de démocratie qu’il y arriverait »</em>. Fin de l’épisode à 10h15. Mais cela en disait long sur l’ambiance matinale. De leur côté, les militants des Amis de la Terre sont restés dans le hall d’entrée, pour manifester leurs colères (<a href="http://www.flickr.com/photos/foei">photos ici</a>). Pour Ninimo Bassey, l’argument sécuritaire n’était évidemment qu’une façade. <em>« Nous sommes face à un grand paradoxe. Ici, il y a des grands négociateurs, les enjeux de l’accord sont fondamentaux et on est en  train de mettre dehors la société civile »</em>. La journée s’est ainsi poursuivi avec des exclusions depuis l’intérieur, et des nouvelles de l’extérieur assez mauvaises, tant la police voulait réduire à peau de chagrin toute contestation. Surtout, on passe d’un sommet avec la société civile à une sorte de « G192 », où les états du G8, voire du G20 veulent imposer leur loi.</p>
<p>Il faut dire que vu comment les négociations patinent depuis plusieurs jours, nombreux sont les chefs d’État qui ne veulent surtout pas se retrouver face à leurs contradictions. Personne n’est dupe quant à la réduction progressive des participants ainsi que les restrictions de circulation à l’intérieur du centre pour les journalistes. Qu’il y ait le moins de témoins possibles de ce qui cloche ici, et que personne ne vienne brouiller la belle histoire de la diplomatie internationale qui sauve la planète.</p>
<h3>Sauf que ça déraille aussi du coté du chef d’État.</h3>
<p>Ainsi, par exemple, l’épisode Sarkozy-Zenawi, représentant du groupe des pays Africains dans la négociation. Ce dernier était à Paris mardi pour négocier une compensation financière dont les contours sont pas fixés. Pour de nombreuses ONG, c’est donner du « cash » aux pays africains pour les forcer à signer un accord en deçà de leurs ambitions, d’autant plus que le groupe africain veut absolument que la question du financement, y compris les mécanismes de répartition, soit au cœur de l’accord. Il semble qu’aucun pays africain n’était au courant de cette entrevue et n’avait mandaté Zenawi pour cela. La colère est très claire au Bella Center dès le mardi soir. Et une réunion avec Zenawi le mercredi matin, clôt très vite ce semblant d’accord. Les pays africains n’en veulent.Comme le précise Pierre Radanne, <em>« cette fois-ci, les pays Africains ne se feront pas avoir. Ils n’ont à gagner à signer un accord qui leur est défavorable »</em>. Fin de l’épisode Sarkozy, qui veut arriver ici jeudi après-midi tel un champion.</p>
<p>Et que font les pays insulaires ? Ils ont encore moins à gagner que l’Afrique à signer un accord mauvais. Alors, à la tribune, ils s’expriment gravement. Hier le président des Maldives a été très clair : <em>« ce que les pays industrialisés doivent faire ici, c’est de cesser leur arrogance »</em>. Tuvalu compare la conférence au naufrage du Titanic, et plusieurs pays d’Amérique du Sud disent qu’ils ne soutiendront pas un accord qui écrase leurs « frères » africains et les îles. En conférence de presse Evo Morales a lui aussi longuement dénoncé l’arrogance des EU et de l’UE, en les sommant à assumer la responsabilité de leurs actes. <em>« En comparaison de l’argent engagé par Bush et aujourd’hui par Obama dans la guerre en Irak, ce que demandent les pays émergents et notamment l’Afrique, ce n’est rien, absolument rien. »</em> Le président de la Bolivie a aussi rappelé que « les pays riches devront accepter tous les réfugiés climatiques. <em>« Les États-Unis et l’Union Européenne doivent prendre en charge ce fardeau et arrêter avec leur politiques répressive envers les migrants. Nous sommes dans un monde où il existe une liberté de circulation pour les produits, la finance, mais il n’y aucune liberté de mouvements pour les personnes. Nous devons en finir avec les visas. »</em> Morales s’est aussi beaucoup inquiété de la marchandisation en cours du climat : il est <em>« extrêmement important de veiller à ce que le dérèglement climatique ne soit pas la proie d’un nouveau marché. »</em> Enfin, il a appelé à la création d’une justice internationale climatique, <em>« pour juger les pays qui continuent de contaminer la Terre. »</em></p>
<p>En plénière, c’est Hugo Chavez qui est resté fort longtemps à la tribune pour dénoncer aussi le système capitaliste. Et on l’a vu brandir le dernier ouvrage (et excellent) d’Hervé Kempf, <em>Pour sauver la planète, sortez du capitalisme</em><sup>[1]</sup> (lire Regards, avril 2009), et en lire des passages entiers pour argumenter son propos. Évidemment, le G8 n’était pas là pour entendre, hormis Gordon Brown. Les autres grands de ce monde doivent parler cet après-midi et demain, dans un centre de conférence devenu quasi-forteresse.</p>
<p>Finalement, après une semaine de présence ici, c’est un peu la gueule de bois après une semaine d’excitation. Les projets d’accord se multiplient et de plus en plus de contenu se retrouvent entre crochets, c’est-à-dire sur quoi il n’y a aucun accord. Le mépris du Nord pour le Sud perdure, et cela est même aidé par les Nations-Unies. Car en se fermant telle une coquille, elles perdent une chance historique d’imposer aux États-membres sa diplomatie.</p>
<p class="meta2">Article <a href="http://www.regards.fr/article/?id=4450">publié dans Regards</a>.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1356" class="footnote"><em>Pour sauver la planète, sortez du capitalisme</em>, Hervé Kempf, édition du Seuil, Paris, 2009</li>
</ol>
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		<title>Le syndrome du Titanic</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Dec 2009 15:14:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<em>En direct de Copenhague</em>. Au Bella Center bouclé par la Police — auquel les ONGs n’ont plus accès et où les journalistes sont surveillés — dans ce bunker donc, la perspective d’un accord satisfaisant s’éloigne à mesure qu’entrent en scène tous les égos des « global leaders » aux préoccupations bien éloignées de celles des peuples les plus durement touchés par le changement climatique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>En direct de Copenhague</em>. Au Bella Center bouclé par la Police — auquel les ONGs n’ont plus accès et où les journalistes sont surveillés — dans ce bunker donc, la perspective d’un accord satisfaisant s’éloigne à mesure qu’entrent en scène tous les égos des « global leaders » aux préoccupations bien éloignées de celles des peuples les plus durement touchés par le changement climatique.</div><p>Nicolas Hulot aura-t-il porté la poisse au Sommet de Copenhague ? Ou tout simplement anticipé de quelques mois l’incapacité des dirigeants du monde à se montrer à la hauteur de leurs responsabilités ? Toujours est-il que l’accumulation de nuages de plus en plus sombres sur l’issue du Sommet a conduit le chef de l’État de Tuvalu à user de la même image — celle du Titanic — lors de son intervention hier. Et force est de constater que pendant que le naufrage s’approche dangereusement, l’orchestre continue de jouer la mélodie monotone des déclarations historiques de chefs d’État confirmant l’importance de l’enjeu mais trop occupés par leur image nationale pour dépasser les égoïsmes traditionnels et se hisser au niveau suffisant pour mettre sur la table les propositions qui sortiraient de l’ornière.</p>
<p>Comme dans toute bonne partie de poker, chaque joueur tente sans doute de garder dans sa main quelques cartes jusqu’au dernier moment. Mais ce jeu stupide — sur le dos des peuples — ne peut que mal finir quand la négociation est si complexe et quand l’accord à construire ressemble bien plus à de la dentelle qu’à la stratégie de l’éléphant dans le magasin de porcelaine qu’affectent souvent de choisir ceux qui se considèrent comme les « global leaders ».</p>
<p>Symptôme aggravant du raidissement des négociations : la bunkerisation du Bella Center. Alors que la conférence se déroulait depuis quinze jours dans un cadre serein où cohabitaient ONG, médias, élus, négociateurs, etc. les Robocop ont progressivement investi la place depuis la grande manifestation de samedi. Jour après jour, le centre est devenu de plus en plus inaccessible à tout ceux qui n’étaient pas membres des délégations nationales. Un très mauvais signal contre lequel nous, élus Verts et Europe Ecologie encore présents, nous sommes élevés en vain hier.</p>
<p>Dans cette ambiance lourde et morose, j’ai choisi de rejoindre ce matin la visite en bateau organisée par la ville de Copenhague, à destination des élus locaux participant au Sommet des Maires, de la ferme d’éoliennes offshore située dans la baie de la ville. Un moment impressionnant, passionnant et réconfortant — malgré un froid tenace — qui permet de rappeler qu’heureusement pendant les palabres certains agissent, ouvrent la voie et montrent que des actes concrets sont déjà entrepris.</p>
<p>On ne le rappellera jamais assez : les solutions sont pour la plupart connues, elles sont à portée de main. Leur problème est de se heurter à des intérêts bien établis. C’est pour cette raison que ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui, c’est de volonté politique au service d’une vision.</p>
<p>Il reste encore quelques heures aux dirigeants du monde pour montrer s’ils en ont ou s’ils porteront la lourde responsabilité de l’échec.</p>
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		<title>Vraies et fausses solutions</title>
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		<pubDate>Wed, 16 Dec 2009 14:06:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ici, à Copenhague, le compte à rebours est enclenché. Plus que 6 jours, 5 jours, 4 jours… La machine infernale est en marche, et bien malin qui aujourd’hui peut prédire à quoi elle aboutira. <em>Chronique en direct de Copenhague.</em>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Ici, à Copenhague, le compte à rebours est enclenché. Plus que 6 jours, 5 jours, 4 jours… La machine infernale est en marche, et bien malin qui aujourd’hui peut prédire à quoi elle aboutira. <em>Chronique en direct de Copenhague.</em></div><p>Toutes les hypothèses restent sur la table : de l’échec complet au miracle inespéré, en passant par toutes les nuances d’accord plus ou moins tiédasse, tant les négociations sont complexes, mêlant tant d’intérêts divergents, de solutions juridiques à inventer, de rapports de force inégaux et d’égoïsmes souverains.</p>
<p>Plus les négociations piétinent et plus les « side-events » semblent se multiplier. J’assiste à ceux qui concernent les élus locaux, Sommet des Maires, Comité des Régions, etc. La litanie des discours en devient presque oppressante. Tout le monde (même l’Ocde, la Banque Mondiale, et une impressionnante file de multinationales) est devenu « Vert », conscient de l’enjeu climatique… et fait déjà son maximum.</p>
<p>On se demande de quoi osent encore se plaindre le paysan malien qui expliquait ne plus pouvoir nourrir sa famille ou les représentants des îles menacées d’être englouties !</p>
<p>Certes, cela fait longtemps que je ne crois plus au grand soir, qui plus est au grand soir climatique. Certes, je sais que le monde ne change pas en un jour, que les changements se construisent pas à pas. Et à tout prendre, sans doute vaut-il mieux que la Banque Mondiale, l’Ocde, etc. soient aujourd’hui obligés d’inclure le dérèglement climatique dans leurs discours, plutôt que de l’ignorer. Car si l’expérience montre que les actes ne suivent pas toujours les discours, il est certain que sans modification préalable des discours il n’y aura pas de modification des actions.</p>
<p>Mais que de temps perdu ! Que de retard alors que l’urgence à agir est partout proclamée par les scientifiques ! Jour après jour, mon sentiment de malaise laisse place à la colère.</p>
<p>C’est finalement hors des couloirs feutrés du Bella Center qu’on trouve un peu d’air frais. Avec les ONG et les nombreux activistes qui tentent de faire le lien entre le dedans et le dehors du Cop15… mais aussi en regardant le monde réel.</p>
<p>Depuis hier, clin d’œil du climat, la neige tombe régulièrement sur Copenhague (rappelant opportunément que les logiques climatiques ne sont peut-être pas encore totalement déréglées). Et ce qui frappe le plus l’œil de l’ancien Maire adjoint aux Transports, c’est, malgré ce climat rude, la profusion de cyclistes bravant la neige et le froid. Plus encore que les jours précédents, cette omniprésence est un réconfort.</p>
<p>C’est l’occasion de rappeler que lors de son dernier Congrès, à la Rochelle, le Club des Villes Cyclables m’a mandaté, en tant que Président honoraire, pour le représenter et porter ses messages à Copenhague. Une tache doublement difficile à remplir : outre l’avance considérable de Copenhague sur les villes françaises (même les plus volontaristes), force est de constater que, au sein du Bella Center peut d’intérêt est accordé aux vraies solutions, aux solutions simples, celles qui font réellement décroître notre empreinte écologique.</p>
<p>N’ayez aucun doute : dans les couloirs du Bella Center, dans les casiers des délégations, dans les publications destinées à la presse, ne manquent les publicités d’aucun constructeur automobile ! Et tous sont des modèles de conversion écologique, tous ont déjà (ou vont avoir d’ici peu) une gamme de véhicules modèles !</p>
<p>Mais on cherchera en vain la réunion, la conférence, le sous-comité, où on mette enfin en accusation la responsabilité du lobby automobile dans le péril climatique.</p>
<p>Rêvons une seconde qu’on ait consacré aux transports collectifs les milliards de dollars dépensés depuis des décennies pour construire routes et autoroutes, pour chercher et transporter le pétrole, et pour faire la guerre pour le pétrole. Rêvons une seconde que, comme Copenhague ou Amsterdam on n’ait jamais cherché à éradiquer le vélo de la ville (supposé être un reliquat du passé dans les villes livrées à l’automobile) et qu’on ait réservé les voies nécessaires aux vélos et aux transports collectifs dans toutes les villes (alors qu’aujourd’hui la reconquête de l’espace en ville est un tel combat). Rêvons une seconde qu’au lieu de construire des voitures toujours plus grosses, plus puissantes, plus énergivores, plus polluantes — et qui organisent la congestion inéluctable des villes — on ait choisi d’adapter l’automobile au besoin réel, avec de petit véhicule, peu polluant, peu consommateur d’espace… sans doute la menace climatique serait elle aujourd’hui moins pressante, sans doute pourrions nous penser léguer aux générations futures des réserves pétrolières permettant de garantir que cette ressource puisse servir aux besoins essentiels, sans doute pourrions nous rêver à ce que l’ensemble des habitants de cette planète ait un accès égal au droit à la mobilité.</p>
<p>Ce n’est pas tant l’automobile qui est ici en question — car elle a constitué une étape du progrès et de la capacité de mobilité de l’être humain — que le système automobile, cette logique omniprésente imposée par le lobby industriel et qui a modelé nos villes, notre économie, y compris nos imaginaires. Et je ne prétends pas ici faire une grande découverte : René Dumont le disait déjà il y a 40 ans ! 4 décennies perdues pendant lesquelles les dégâts se sont déployés à un rythme que même René Dumont n’aurait pas imaginé.</p>
<p>Pourtant, alors que cette logique nous a amené au bord du précipice, les dirigeants du monde continuent de croire que seules quelques modifications suffiraient à faire face, et à faire confiance aux mêmes lobbies pour apporter les réponses.</p>
<p>Il en va hélas de même en matière énergétique. Là aussi, il est temps de dire que les 4 vieilles énergies (pétrole, charbon, gaz et aussi nucléaire) sont parties du problème et non de la solution : centralisées, basées sur des ressources en quantité limitée, nécessitant des investissements lourds et des réseaux de taille toujours croissante, peu créatrices d’emploi, elles sont les énergies du passé. L’avenir est aux énergies souples, locales, renouvelables, et bien plus créatrices d’emploi.</p>
<p>Là encore, comme dans le domaine des déplacements, le rapport de force au sein de la Cop15 est fondamentalement inégal : les solutions du passé, les fausses solutions, sont omniprésentes, quand les vraies solutions, les solutions du futur sont marginalisées.</p>
<p>Autant de raisons de rester extrêmement vigilants et actifs qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas d’accord de Copenhague !</p>
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		<title>Copenhague commence ici</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1347-copenhague-commence-ici/</link>
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		<pubDate>Tue, 15 Dec 2009 15:50:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Dans cette chronique, Denis Baupin, de retour momentané à Paris, évoque comment une collectivité locale peut agir concrètement pour le climat à l’occasion d’un conseil de Paris consacré au budget 2010 et d’une délibération sur la politique énergétique de la ville.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Dans cette chronique, Denis Baupin, de retour momentané à Paris, évoque comment une collectivité locale peut agir concrètement pour le climat à l’occasion d’un conseil de Paris consacré au budget 2010 et d’une délibération sur la politique énergétique de la ville.</div><p>Un court aller-retour à Paris (qui ne risque pas d’améliorer mon bilan carbone) afin de participer à la réunion du Conseil de Paris consacré au budget 2010 de la Ville, auquel est joint un « Bleu Climat », faire adopter une délibération importante pour la politique énergétique de la Ville… et passer quelques heures avec mon petit garçon, au milieu de ces 15 jours frénétiques.</p>
<p>Tenir un conseil de Paris budgétaire en pleine conférence de Copenhague, voilà une bonne occasion de rappeler que le destin du climat ne repose pas qu’entre les mains des chefs d’État, et que, partout où nous sommes, surtout en tant qu’élus, nous devons engager les mutations. Maire-adjoint chargé du Plan climat de la Ville (après avoir été en charge des Transports pendant 7 ans), je m’attache à mettre en oeuvre la politique environnementale de Paris. Le Plan climat adopté fin 2007 à l’unanimité (élaboré pendant la précédente mandature par l’adjoint Vert Yves Contassot), et qui s’est fixé pour objectif une réduction de 25 % de nos gaz à effet de serre à l’horizon 2020 (ainsi qu’une réduction de 25 % de la consommation d’énergie et un taux de 25 % de renouvelables et fatales dans la consommation énergétique) en est la pierre angulaire.</p>
<p>Indéniablement, ce n’est pas une mince affaire. Comme en atteste le « Bleu Climat », document initialement budgétaire mais dont j’ai souhaité qu’il devienne une sorte de compte-rendu annuel de l’avancement de la mise en œuvre du plan, un certain nombre de politiques se déploient progressivement. Elles concernent les bâtiments publics (particulièrement les écoles), la construction et la réhabilitation de logements sociaux, l’appui à la réhabilitation des logements privés, l’éclairage public, les énergies renouvelables, le déploiement du réseau de chauffage urbain, la végétalisation, la réduction des consommations des services municipaux et de l’impact des déplacements, la consommation de bio dans les cantines, la réduction des déchets, etc. Dès le précédent mandat, la politique municipale des déplacements avait déjà commencé à porter ses fruits (-9 % d’émission de gaz à effet de serre) en ce qui concerne le déplacement des personnes, avec notamment la réduction de 25 % de la circulation automobile à Paris. Mais force est de constater que celle concernant le transport des marchandises, malgré forces initiatives et énergie n’en était qu’à ses prémisses.</p>
<p>Dans tous ces domaines, à force de ténacité et de volonté politique, mon boulot d’élu consiste à passer un à un les obstacles placés sur la route. Ils peuvent être politiques (pour trouver une majorité), juridiques et institutionnels (quand les textes de loi, par exemple ceux du Grenelle, tardent à être adoptés, ou pour, comme le réclament les villes, aller plus loin encore dans la délégation de compétences), organisationnels (pour créer une Agence du climat, organiser des équipes, réunir suffisamment de compétences), techniques (en la matière, beaucoup reste à inventer ou à faire passer de l’expérimental à l’opérationnel), économiques (pour créer une SEM énergie), et bien sûr budgétaires, particulièrement dans une période de crise où les ressources fiscales traditionnelles se réduisent.</p>
<p>C’est la raison pour laquelle le groupe des Verts plaide inlassablement afin que la Ville de Paris réoriente ses priorités budgétaires afin de mieux les adapter au contexte économique et à l’urgence écologique, et consacre une part plus importante de ses moyens à la conversion écologique de la ville (message qui semble pour le moins relayé par les Parisiens qui ont voté à 28 % en juin dernier pour les listes Europe Écologie). C’est la raison pour laquelle notre groupe, avait déposé un certain nombre d’amendements au budget municipal. Nous nous sommes appuyés, afin de crédibiliser nos amendements, sur une étude du CIRED, au sein du CNRS, attestant que cette politique était budgétairement possible, nécessaire d’un point de vue environnemental, et économiquement vertueuse puisque potentiellement créatrice de près de 50 000 emplois si toutes les pistes en étaient mises en oeuvre de façon volontariste. Et j’ajouterais que cette politique serait plus juste socialement puisque permettant notamment aux ménages les plus précaires de faire des économies substantielles en réduisant leurs charges de chauffage et d’énergie. Cette étude avait été présentée quelques jours plus tôt notamment par Hervé Morel, secrétaire des Verts Paris, et Pascal Canfin, économiste et eurodéputé Vert.</p>
<p>Je regrette que la majorité de l’exécutif parisien n’ait pas voulu entendre ce message, malgré la conférence de Copenhague et les déclarations d’intention dans les média, et ait rejeté ces amendements. Mais ce n’est que partie remise, car la question climatique ne saurait être éludée, et que nous comptons sur les Parisiens (et les Franciliens) en mars prochain pour confirmer que c’est bien en ce sens qu’ils souhaitent que soient conduites les politiques publiques.</p>
<p>Ce conseil était aussi l’occasion de faire adopter par le Conseil la conclusion de plusieurs mois de négociations menées avec l’une des forteresses étatiques énergétiques françaises, <accronym title="Électricité Réseau Distribution France">Erdf</accronym>, filiale d’EDF chargée de la distribution de l’électricité. Peu de gens savent que les réseaux qui distribuent l’électricité appartiennent aux communes. Il était concédé depuis 1955 à EDF. Et cette concession arrive à échéance le 31 décembre prochain. Président de la commission supérieure de contrôle de cette concession depuis 8 ans, je me suis saisi, non sans peine, de cette opportunité pour tenter de réorienter cette concession au service de la politique énergétique et climatique de la Ville.</p>
<p>Première particularité : alors que le droit européen a conduit à la séparation de la production et de la distribution électrique (d’où la création d’Erdf), le droit français a conservé le monopole de la distribution à la filiale d’EDF, réduisant considérablement ainsi les marges de négociation de la Ville. Et ce d’autant plus que nos interlocuteurs, peu portés à la négociation avec les collectivités locales, s’appuient lourdement sur le pouvoir de l’État pour imposer leurs conditions à leurs interlocuteurs. Entendons-nous bien : je ne suis pas devenu un héraut du libéralisme échevelé, portant la mise en concurrence à tous crins. Mais force est de constater qu’entre un service public monopolistique d’État et des services publics énergétiques locaux (une régie par exemple), des marges pourraient exister pour rapprocher la décision du terrain, et adapter ainsi la politique énergétique aux besoins et à une politique environnementalement plus pertinente. Je suis convaincu que cela reste une perspective d’avenir.</p>
<p>À défaut de pouvoir mettre en oeuvre (pour l’instant) une telle politique, je me suis attaché (aux côtés d’autres négociateurs de la Ville qui portaient d’autres préoccupations notamment juridiques et budgétaires) et avec l’appui d’Hélène Gassin venue opportunément renforcer mon équipe, à :</p>
<ul>
<li>mettre fin au hold-up exercé depuis des années par EDF/Erdf sur l’entretien du patrimoine municipal. Ainsi, avec le soutien du législateur, l’entreprise a fait remonter ces dernières années dans ses comptes nationaux près de 600 millions d’euros qui auraient dû être investis dans l’entretien et la modernisation du réseau parisien ! Pendant plusieurs années, l’entreprise s’est servie du rideau de fumée de la séparation entre EDF et Erdf pour ne pas informer la Ville. Et ce n’est qu’à l’occasion de cette négociation, que nous avons pu mettre fin à ce scandale (qui par bien des aspects s’apparentent à celui qui a consisté à transférer le patrimoine du Stif à la Ratp, là aussi pour permettre à une entreprise nationale plus ou moins publique d’investir dans des marchés à l’étranger aux dépens des collectivités locales) et préserver près de 350 millions d’euros, propriété des Parisiens ;</li>
<li>garantir sur la durée les mécanismes de soutien aux précaires énergétiques ;</li>
<li>favoriser le développement des énergies renouvelables sur le territoire parisien, en obtenant un temps de raccordement au réseau des installations photovoltaïques, éoliennes, etc. en moins de 4 semaines, là où cela se compte en mois partout sur le territoire national ;</li>
<li>et surtout engager une première étape de développement de « réseaux intelligents » sur le territoire parisien. On entend par là un réseau équipé de dispositifs de télécommande et communication permettant l’intégration de productions décentralisées d’énergies renouvelables et une meilleure maîtrise des consommations. Paris sera le territoire d’expérimentation pour une nouvelle génération de compteurs qui permettra aux usagers non seulement de connaître leurs consommations en temps réel mais aussi de gérer et programmer leurs équipements pour les réduire.</li>
</ul>
<p>Certes, l’intelligence du réseau ne suffira pas à régler les multiples problèmes posés par le développement particulièrement néfaste du chauffage électrique qui alourdit les factures, oblige à utiliser des centrales particulièrement polluantes et importer à prix d’or de l’électricité. Mais à l’heure où les périodes de grand froid font craindre un black-out, il est crucial d’améliorer la gestion des pointes de consommation. L’expérience de la Ville de Paris confirme que les collectivités doivent impérativement regarder de près leurs contrats et surveiller les pratiques du distributeur. Et ce d’autant plus que dans les années qui viennent, de nombreux contrats de concession vont être renouvelés, c’est notamment le cas du Sipperec (syndicat d’électrification de la périphérie de Paris) avec qui j’entends bien poursuivre une collaboration étroite.</p>
<p>Le vote à l’unanimité de la délibération que j’ai présentée ne garantit pas à lui tout seul que tout roulera dorénavant sur des roulettes. L’expérience me permet de savoir qu’avec des interlocuteurs comme Erdf seules une attention continue, une bonne connaissance des dossiers — et parfois le rapport de force ! — permettent d’éviter que les accords d’un jour deviennent lettre morte le lendemain (un adage que beaucoup de négociateurs à Copenhague connaissent visiblement déjà !).</p>
<p>Pour autant, ce vote constitue un pas supplémentaire vers la création d’un service public local de l’énergie, qui s’affirme déjà dans la production (les renouvelables), la consommation (maîtrise de l’énergie dans le bâti, l’éclairage, etc.) et dorénavant dans la distribution. Un outil indispensable pour mettre en oeuvre demain l’éventuel accord de Copenhague.</p>
<p class="meta2">Article <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/151209/copenhague-commence-ici">publié sur Mediapart</a>.</p>
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		<title>Dans l’agitation, la France continue de se distinguer… sur le nucléaire</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Dec 2009 17:50:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Cosse</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
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		<description><![CDATA[<em>En direct de Copenhague</em>. Au menu de cette chronique : une affluence record, des restrictions s’annonçant de plus en plus drastiques pour les accréditations des ONG, les gesticulations (radioactives) de Borloo, et toujours plus d’actions !]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>En direct de Copenhague</em>. Au menu de cette chronique : une affluence record, des restrictions s’annonçant de plus en plus drastiques pour les accréditations des ONG, les gesticulations (radioactives) de Borloo, et toujours plus d’actions !</div><p>Nouveau record d’affluence ce matin au COP15. Les règles d’entrée au centre des négociations sont en train d’être revues drastiquement : trop de badges ont été donnés la première semaine aux ONG et les organisateurs paniquent. Dès demain, les ONG devront diminuer le nombre de leurs représentants. On assiste ainsi devant le Bella Center à des scènes où la police doit bloquer les délégués non encore accrédités, à qui on demande de patienter jusqu’à… six heures. Il y a aussi foule en salle de presse où un grand nombre d’équipes sont arrivés en prévision de celles des chefs d’État. Paradoxe de voir toute cette foule venir à Copenhague alors qu’au même moment, çà clashe dans les couloirs. Les pays africains ont suspendu ce matin leur présence aux négociations, avant d’avoir la certitude que les négociations en cours ne négligeraient pas la question de la poursuite du protocole de Kyoto, seul instrument juridique pour le moment contraignant. Les États-Unis n’en étant pas signataire (et la Chine n&#8217;ayant pas accepté de mesures contraignantes), il est question ici de trouver un accord plus large. Mais les pays émergents aimeraient qu’une double approche soit poursuivie : prolonger le protocole de Kyoto et conclure un autre accord incluant les plus grands pollueurs, mais qui soit moins contraignant pour eux.</p>
<p>De son côté, Borloo poursuit sa mission de représentation de la France, qu’il veut absolument imposer comme le pays « leader » de la négociation. Difficile de savoir comment cela est perçu depuis Paris, mais, ici, la belle et fantastique histoire de Copenhague à la mode Sarkozy ne fait pas recette. Surtout qu’il est difficile d’être dupe quand au même moment, le gouvernement  français annonce dans le cadre du grand emprunt le développement des réacteurs nucléaires de 4<sup>e</sup> génération. <em>« La France poursuit ses illusions énergétiques et entretient sa triste différence — séquestration du carbone et nucléaire »</em>, déclare l’eurodéputé <a href="http://yannickjadot.fr/">Yannick Jadot</a> (Europe Écologie), atterré. <em>« À l&#8217;heure de Copenhague, il vaudrait mieux investir dans les économies d&#8217;énergie et les énergies renouvelables »</em>, ajoute le réseau <a href="http://www.sortirdunucleaire.org/">Sortir du nucléaire</a>.</p>
<div id="attachment_1345" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img class="size-full wp-image-1345" title="Manifestation No Borders" src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/manif-noborders-copenhague-500px.jpg" alt="Manifestation No Borders" width="500" height="375" /><div class="caption"><p class="legende">Manifestation No Borders</p></div></div>
<p>À côté de cela, les activistes ne se découragent pas, malgré le froid, et poursuivent les actions en tout genre. Ce matin, c’était la manifestation des <em>NoBorders</em> pour rappeler que les enjeux migratoires ne doivent pas être oubliés dans la négociation. Aux cris de « <em>No borders, No nations, Stop deportation !</em> », la foule plutôt bon enfant s’est dirigée vers le ministère de la Défense avant de tenter de décrocher l’un des innombrables planisphères financés par je ne sais quel sponsor privé, qui sèment les rues de Copenhague. L’encadrement policier est toujours impressionnant mais son relatif fairplay impressionne quand même un peu tant on est habitué à d’autres pratiques en France. Cela n’empêche pas les nombreuses arrestations et les contrôles préventifs mais on sent, comme l’a rappelé le porte-parole de la police, qu’il s’agit ici de faire le contraire de ce qui s’est passé lors du sommet de l’Otan en mars dernier. Reste à voir ce qui se passera mercredi prochain, durant lequel est organisé une marche sur le Bella Center (<a href="http://www.climate-justice-action.org/news/2009/08/14/december-16th-18th/">Reclaim the power</a>), afin que les <em>« négociateurs entendent la voix de la société civile »</em>. On suivra cela depuis l’intérieur, des interruptions de séance par les activistes étant annoncés…</p>
<p>Enfin pour finir, un clin d’œil à nos amis les <em>Yes Men</em>. Difficile de savoir à cette heure si ce sont eux qui ont frappés ce matin, mais cela y ressemble fort. Introduits par l’Ouganda, un représentant du Canada avait annoncé la décision de son pays de réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020 et doubler la mise d’ici à 2050. Le Canada a depuis démenti (<em>Ndlr. Il s’agit effectivement <a href="http://theyesmen.org/canada">d’un coup des <em>Yes Men</em></a>, en relation avec des activistes canadiens. Le <a href="http://enviro-canada.ca/agenda2020">faux communiqué de <em>Environnement Canada</em></a>, le faux communiqué du Ouganda soutenant cette volte face du Canada, <a href="http://europe-wsj.com/article/SB10001424052748704201404574590453176996032.html">l’article postiche du Wall Street Journal</a> reprenant la nouvelle et le <a href="http://www.ec-gc.ca/default.asp_lang=En_n=714D9AAE-1_news=C95709A4-2BD6-4245-B709-B9B2935CEE56">faux démenti « officiel » du Canada</a> faisaient tous partie de cette action de « rectification d’identité » très élaborée. Voir <a href="http://www.ledevoir.com/environnement/climat/279358/le-canada-a-copenhague-un-canular-revele-a-la-face-du-monde-les-dissensions-interieures">cet article</a> dans la presse canadienne</em>). Mais dans l’ambiance tendue de la journée — les pays africains quittent les négociations, les conférences de presse s’annulent en chaîne (État-Unis, UE, G77 et Chine) —, on a cru une minute que les pays du Nord avaient enfin pris conscience de leurs responsabilités.</p>
<p class="meta2">Article <a href="http://www.regards.fr/article/?id=4449">publié dans Regards</a>.</p>
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		<title>Mobiliser pour le climat !</title>
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		<pubDate>Mon, 14 Dec 2009 10:42:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Cosse</dc:creator>
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		<description><![CDATA[<em>En direct de Copenhague</em>. Après un bref retour sur les rassemblements (et les arrestations) de ce weekend, Emmanuelle Cosse détaille quelques manifestations de la mutation des mouvements alter vers une prise en compte de l’écologie radicale qui se poursuit et s’amplifie à l’occasion de ce sommet.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>En direct de Copenhague</em>. Après un bref retour sur les rassemblements (et les arrestations) de ce weekend, Emmanuelle Cosse détaille quelques manifestations de la mutation des mouvements alter vers une prise en compte de l’écologie radicale qui se poursuit et s’amplifie à l’occasion de ce sommet.</div><p>Après la démonstration de force de la société civile samedi 12, c’était hier le temps de réfléchir. Dimanche après-midi, au Klimaforum, CJA (Climate Justice Now) ouvrait ainsi le débat sur les perspectives du mouvement<sup>[1]</sup>. Au nombre des regrets pour les organisateurs danois, les 968 arrestations du samedi 12, qui ont conduit à 3 comparutions immédiates. Et les moments humiliants vécus par les personnes arrêtées (attente dans le froid sans accès aux toilettes…, garde à vue de plusieurs heures pour rien, etc.). La même chose s’est d’ailleurs répétée dimanche matin, lors d’une action qui visait à fermer le port de Copenhague. Comme à son habitude, la police danoise n’a pas cherché à laisser naître une quelconque initiative : quelque 400 personnes ont été assez vite arrêtées, pour être relâchées en fin de soirée. Parmi elles, des jeunes Verts que les membres d’Europe Ecologie chercheront à localiser une bonne partie de la journée. A été testée l’efficacité des services consulaires français… plutôt bonne.</p>
<p>« <em>Our time is now</em> », répétaient à l’envie les participants au débat de CJA. Chacun y est allé de son exemple de mobilisations nationales, des possibilités d’accroître le travail en réseau. On y trouvait aussi des mots d’ordre plus généraux, notamment sur la marchandisation du monde. Car en arrière plan de la conférence de Copenhague se joue aussi une autre partie de cartes : celle du redéploiement du mouvement altermondialiste et de sa multitude. Ici, on croise évidemment des personnes engagées sur les questions climatiques et environnementales depuis longtemps, ainsi que les mouvements, notamment paysans, qui depuis Seattle font le lien entre ces questions-là, les modes de productions et les règles du marché qui y sont liées (OMC). Mais on voit aussi arriver une partie de ceux qui étaient de tous les sommets alter, contre les G8, comme par exemple Gènes en 2001 : centres sociaux italiens, militants no borders allemands, pacifistes des pink blocks de touts bords, désobéissants, etc. On croise ainsi le mouvement Attac, qui a notamment produit un certain nombre d’analyses pointilleuses, sous l’égide de Geneviève Azam<sup>[2]</sup>. Et de même manière, la campagne Urgence climatique/Justice sociale qui s’est déroulée toute l’année 2009, est l’exemple même de l’évolution des mouvements sociaux sur les questions environnementales et de l’écologie en général, qu’ils prennent enfin véritablement en compte.</p>
<p>D’ailleurs, pour un certain nombre, on ne parviendra pas à résoudre les questions posées à Copenhague sur le dérèglement climatique, sans remettre en cause durablement les règles du commerce international et celles de la diplomatie internationale. Ce furent les mots de José Bové, dans un meeting organisé par les Global Greens au Klimaforum, où était également attendue la prix Nobel Wangari Mathai, malheureusement empêchée. Les leaders Verts mondiaux y étaient venus expliquer devant une salle comble leurs investissements sur les négociations en cours, de l’Australie en passant par le Canada ou l’Europe. Plusieurs ont ainsi stigmatisé l’attitude attentiste de l’Union européenne, qui ne joue pas le jeu du leader dans lequel on l’attendait. Elisabeth May (Canada) a également appelé à un peu de lucidité : <em>« Obama n’est pas Bush mais les États-Unis restent les États-Unis »</em>.</p>
<p>Quant à José Bové, il a évoqué le passé pour construire le futur. <em>« Il y a 10 ans, on a martelé que le monde n’était pas une marchandise. On est ici à Copenhague pour dire que la Terre appartient à l’humanité. Et qu’elle est aujourd’hui menacée par un mode de production industrielle, un mode de transports dangereux et un mode de consommation absurde. On est dans un monde fini ! C’est pour cela que les règles sont en train de changer. On ne peut plus penser le monde avec les vieilles idéologiques productivistes. Il faut changer de logiciel politique et c’est l’écologie politique qui le permet. »</em> Le député européen en a aussi profité pour dénoncer les résistances des pays industriels, derrière qui on retrouve de nombreuses multinationales, qui <em>« tel Monsanto »</em>, ne cherchent pas à encourager une évolution des modes de production<sup>[3]</sup>. José Bové a aussi insisté sur la nécessité que les Nations Unies saisissent leur chance pour faire évoluer la diplomatie internationale, qui <em>« donnerait toute sa place aux pays du Sud ».</em></p>
<p>Enfin, ce meeting s’est terminé par une intervention, digne de celle d’une rock star de Marina Silva, candidate à l’élection présidentielle brésilienne, ancienne ministre de l’environnement de Lula, membre du Parti des Travailleurs avant de rejoindre les Verts Brésiliens. <em>« Il est temps de sortir de l’économie prédatrice, <em>a-t-elle proclamée.</em> Les gouvernements ne doivent pas oublier qu’en dehors des réunions protocolaires, il y a des problèmes des gens à régler ! »</em>.</p>
<p>Voilà de quoi se remettre d’aplomb avant de débuter la seconde et décisive semaine de négociations.</p>
<p class="meta2">Article <a href="http://www.regards.fr/article/?id=4448">publié dans Regards</a>.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1342" class="footnote">À lire <a href="http://www.mouvements.info/Mouvements-a-Copenhague.html">un compte rendu un peu plus exhaustif sur le live bloging</a>.</li>
<li id="footnote_1_1342" class="footnote">lire notamment le rapport « <a href="http://www.france.attac.org/spip.php?article10514">Le climat dans la tourmente des marchés</a> ».</li>
<li id="footnote_2_1342" class="footnote">D’ici la fin de la semaine, un billet sur leurs communications en salle de presse qui méritent un peu d’attention…</li>
</ol>
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		<title>Démonstration de force de la société civile</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1339-demonstration-de-force-de-la-societe-civile/</link>
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		<pubDate>Sun, 13 Dec 2009 15:01:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans cette chronique, Denis Baupin, présent à Copenhague, revient sur la manifestation de samedi, puis évoque la rencontre organisée par les Verts mondiaux la veille au soir, avant de conclure sur les questions auxquelles les négociations de cette semaine décisive devront répondre.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Dans cette chronique, Denis Baupin, présent à Copenhague, revient sur la manifestation de samedi, puis évoque la rencontre organisée par les Verts mondiaux la veille au soir, avant de conclure sur les questions auxquelles les négociations de cette semaine décisive devront répondre.</div><p>Près de 100 000 manifestants dans les rues de Copenhague ce samedi 12 décembre, dans un froid de canard ! Une marée humaine ! La plus grosse manifestation jamais organisée pour une cause « environnementale » (même si le dérèglement climatique peut légitimement déroger à cette seule catégorie). Le moins qu’on puisse dire est que la société civile (associations, syndicats, partis politiques écologistes et au-delà, citoyens) n’a pas raté son rendez-vous avec l’histoire.</p>
<div id="attachment_1341" class="figure alignnone" style="width: 500px"><a href="http://climatjustice.org/2009/12/11/manifestation-internationale-du-12-decembre/"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/copenhague-manif-12-dec.jpg" alt="Manifestation Internationale du 12 décembre à Copenhague" title="Manifestation Internationale du 12 décembre à Copenhague" width="500" height="283" class="size-full wp-image-1341" /></a><div class="caption"><p class="legende">Manifestation Internationale du 12 décembre à Copenhague</p></div></div>
<p>Dans le cortège bon enfant, festif, plein d’humour, des marées de drapeaux verts (associatifs et politiques) : le monde de l’écologie est présent en masse. Les partis verts européens et du reste du monde (voir ci-dessous) sont bel et bien là : beaucoup de Danois, bien sûr, d’Allemands, de Belges, et une forte délégation française parmi lesquels (excusez-moi par avance pour les oublis) Cécile Duflot, Yves Cochet, de nombreux députés européens (José Bové, Karima Delli, Yannick Jadot, Pascal Canfin, Nicole Kill Nielsen, Catherine Grèze) mais aussi Emmanuelle Cosse, Julien Bayou, Eva Sas, Francine Bavay, Andrée Buchmann, Dan Lert, Frédérique Tarride, Stéphane Sitbon, Alexis Prokoviev et de nombreux jeunes Verts, etc.</p>
<p>La veille au soir, une rencontre organisée par la <em>Global Greens Coordination</em> (les Verts mondiaux) et la Heinrich Böll Fondation avait permis de montrer que le mouvement Vert planétaire était bien présent au rendez-vous. Outre les pays européens voisins, mais aussi l’Estonie, des représentants d’Amérique du Sud (Brésil, Pérou, Argentine), d’Afrique (Sénégal, Rwanda, Maroc), d’Asie (Chine, Népal), d’Australie, du Canada, etc. Particulièrement marquante fut l’intervention d’Alfredo Sirkis, ancien Président des Verts brésiliens et ancien candidat à l’élection présidentielle brésilienne. Au nom des Verts brésiliens, il a déclaré, que les pays émergents (notamment la Chine, l’Inde, le Brésil, etc.) doivent eux aussi prendre leur part de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, certes à un niveau moindre que celui des pays industrialisés mais significatif et quantifiable. Et que c’est surtout sur le financement de l’aide aux pays les plus pauvres que le traitement doit être clairement différencié entre pays historiquement responsables des émissions et les autres pays. J’insistais pour ma part pour que cette rencontre débouche sur une déclaration commune des partis Verts, qui préciserait ce que serait un « bon accord de Copenhague » permettant de déterminer la toise au regard de laquelle nous jugerions de la pertinence du texte final. Cette déclaration devrait être rendue publique ce dimanche.</p>
<p>Militants associatifs et politiques, nous sommes bien décidés, non seulement à participer aux manifestations, notamment celle d’hier mais aussi à peser dans les ultimes négociations qui ont lieu au Bella Center, tout au long de la semaine à venir.</p>
<p>Car l’enjeu reste bien celui-là : peser le maximum, à l’intérieur comme à l’extérieur pour un accord le plus ambitieux possible. À l’intérieur, par le lobbying, les discussions, l’interpellation publique systématique des délégations nationales, à commencer par les plus puissantes. À l’extérieur, en multipliant les initiatives visibles, massives, capables de faire comprendre aux chefs d’État que l’échec leur est interdit, non seulement au regard de leur responsabilité historique mais aussi plus pragmatiquement de leur crédibilité politique, une fois revenus dans leur pays.</p>
<p>Après le round d’observation qu’a constitué cette première semaine, celle à venir s’avère décisive. Un texte de base est certes sur la table, mais il laisse ouvertes de nombreuses questions :</p>
<ul>
<li>le degré de réchauffement « acceptable » à 2 degrés, voire 1,5 degrés, nouveauté dans les discussions probablement due au coup d’éclat de Tuvalu et dont on verra si elle résistera aux inévitables pressions ;</li>
<li>les objectifs de réduction des émissions actuellement ciblés dans la fourchette haute (-30 à -40 % à l’horizon 2020 pour les pays industrialisés) qui pourraient forcer l’Union Européenne (aujourd’hui figée à &#8211; 20 %) à bouger, mais qui font surtout hurler les États-Unis (pourtant mauvais élèves de la classe) estimant que les pays dits émergents (Chine, Inde, Brésil) devraient se voir attribuer eux aussi des objectifs obligatoires ;</li>
<li>le caractère non contraignant en l’état de l’accord qui fait craindre que le document adopté ne soit finalement que de la poudre aux yeux ;</li>
<li>le niveau des premières aides financières (d’ici à 2012) pour l’instant non encore garanti : sur la vingtaine de milliards attendus, l’Union Européenne s’est certes engagée à en apporter sept, mais rien ne garantit qu’il s’agisse de financements additionnels et non des financements prélevés sur l’aide traditionnelle aux pays pauvres, ainsi sommés de choisir entre la lutte contre les maladies, l’aide au développement, etc. ou la lutte contre le dérèglement climatique !</li>
<li>l’absence de mécanisme de financement pérenne au-delà de 2012 permettant d’atteindre les plus de 100 milliards d’euros annuels nécessaires à terme, pour lesquels les « engagements volontaires » actuels ne constituent évidemment en aucun cas un cadre satisfaisant.</li>
</ul>
<p>Sans oublier de nombreux autres sujets plus techniques mais dont l’encadrement est indispensable, afin que les engagements pris ne soient pas vidés de leur contenu : déforestation, puits de carbone, traitement des terres, mécanismes de flexibilité (marché du carbone, mécanisme dit de développement propre), technologies reconnues comme « propres » (la question du nucléaire étant la plus emblématique) sans oublier la reconnaissance du rôle des gouvernements locaux dans la mise en œuvre de l’accord.</p>
<p>Beaucoup de points restent donc à clarifier, même si certains sont plus stratégiques que d’autres. Pour Pierre Radanne avec qui j’en discutais vendredi soir, sans caractère contraignant de l’accord et sans mécanisme de financement pérenne, il n’y aura pas d’accord possible. Pour lui, qui défend les intérêts des pays africains, pour la première fois unis dans une telle négociation, les États les plus menacés — l’Afrique et les États insulaires — sont bien décidés à peser jusqu’au bout et à ne pas valider un accord insuffisamment ambitieux. Et on les comprend : il s’agit ni plus ni moins que de leur survie. Espérons que les pressions des grandes puissances n’auront pas raison de cette détermination.</p>
<p>C’est donc une semaine passionnante qui s’annonce, pleine de dangers mais aussi d’espoirs, qui se déroulera dans les salons fermés du Bella Center, mais aussi sous les yeux du monde entier. Nous avons tous intérêts à les garder bien ouverts, et à faire entendre si nécessaire aux dirigeants du monde entier qu’ils n’ont ni le droit d’échouer, ni celui de maquiller un accord non satisfaisant en un texte acceptable.</p>
<p>C’est maintenant, pas demain, qu’il faut prendre les bonnes décisions.</p>
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		<title>2030, l’autre échéance de la négociation</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Dec 2009 18:12:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ronan Dantec</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse Actu]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[Après les « fuites » des textes « danois » et « chinois », la publication ce matin du nouveau texte du groupe de travail « LCA », qui prépare le principal texte de décision de la Conférence des Parties, permet de dessiner un des cadres de l’accord final.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Après les « fuites » des textes « danois » et « chinois », la publication ce matin du nouveau texte du groupe de travail « LCA », qui prépare le principal texte de décision de la Conférence des Parties, permet de dessiner un des cadres de l’accord final.</div><p class="meta2">Ronan Dantec est vice-président de Nantes-Métropole et porte-parole des réseaux mondiaux de collectivités locales dans la négociation internationale sur le climat.</p>
<p>Ici, à Copenhague, l’exercice prédictif est toujours difficile, et bien des points restent encore en suspend, mais nous pouvons commencer à dégager quelques enseignements.</p>
<p>Le maintien du « protocole de Kyoto » pour une deuxième période d’engagement se précise. Fortement exigé lors des précédentes conférences intermédiaires, à Bangkok et à Barcelone, par le G77 + la Chine (les pays en développement), le maintien de ce protocole contraignant pour les pays de l’annexe I (les pays développés de l’OCDE mais sans les États-Unis, non signataire de Kyoto) est clairement prévu dans le texte publié ce matin par M.Cutajar, président du groupe de travail. C’est un pas vers les pays du Sud : ce maintien étant prévu dans le texte dit BASIC, préparé fin novembre par 5 pays (Brésil, Afrique du Sud, Soudan, Inde et Chine) et divulgué (sans l’autorisation de ces auteurs) hier. Ce texte « Sud », qui se veut une approche « raisonnable » de ce qui pourrait être le cadre de l’accord, évoque le problème des États-Unis, en estimant que l’engagement américain devrait être comparable à celui des pays signataires du protocole de Kyoto. Cela conforte, ce que nous redoutons ici, c&#8217;est-à-dire un engagement des pays développés sur la réduction de leurs émissions insuffisant par rapport à l’objectif, c&#8217;est-à-dire de seulement environ 15 % et non des 25–40 %, par rapport à 2020, comme souhaité par les scientifiques.</p>
<p>Sur ce point, les pressions des ONG, et de tous les acteurs de la « société civile » dont les autorités locales peuvent encore permettre de gagner quelques pour cent, mais c’est surtout  sur les engagements de la période suivante que les choses semblent un peu bouger. L’idée d’un engagement des pays en voie de développement sur leurs pic d’émissions globales (et plus seulement sur la réduction de leurs émissions par point de PIB) est sur la table. La Chine a toujours refusé ce point, mais l’Afrique du Sud s’engage d’ores et déjà pour un pic en 2025. C’est probablement pour faire pression sur ce point que Tuvalu a provoqué hier un incident, en s’en prenant à la Chine et à l’Inde, accusés de ne pas en faire assez et lézardant ainsi l’unanimité historique entre pays en développement.</p>
<p>Cet horizon 2030 intéresse tout le monde. Les États-Unis qui annoncent déjà être prêt à faire plus pour la décennie suivante et l’Europe, qui semble faire du pic des pays émergents (vers 2025-2030), évoqué dans le premier texte danois, une priorité de leur action. Ainsi devant les élus français, présents en nombre ce mercredi, Brice Lalonde a clairement fait un lien entre l’engagement européen de 30 % en 2020 et cet engagement « de pic » des grands pays émergents. Cette position est en cohérence avec la décision prise jeudi en Conseil européen de ne pas s’engager plus en avant pour l’instant sur un objectif de 30 %, au lieu des 20 % du paquet énergie climat. Bien des cartes restent donc encore dans les manches des négociateurs.</p>
<p>Reste aussi à vérifier que le transfert d’une partie des engagements vers 2030 ne ressemble pas à un dangereux « demain, je rase gratis ». Les mécanismes de vérification, voire de sanction, qui vont être décidés dans l’accord final ont donc une grande importance et sur ce point, la négociation est particulièrement difficile aujourd’hui, avec de nombreuses obstructions chinoises et américaines notamment. Nous aurons l’occasion d’en reparler. Nous n’avons pas non plus beaucoup de progrès sur les fonds pour accompagner adaptation et atténuation dans les pays du Sud. Les dernières nuits de négociations se joueront en partie sur les engagements financiers du Nord… Nous sommes encore très loin du compte.</p>
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		<title>L’agriculture paysanne pour répondre au réchauffement climatique</title>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 16:25:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Cosse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
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		<description><![CDATA[Seconde chronique d’Emmanuelle Cosse en direct de Copenhague. Visite au <em>Klimaforum</em>, le lieu alternatif de la COP15, organisé par et pour les ONG.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Seconde chronique d’Emmanuelle Cosse en direct de Copenhague. Visite au <em>Klimaforum</em>, le lieu alternatif de la COP15, organisé par et pour les ONG.</div><p class="meta2">Article <a href="http://www.regards.fr/article/?id=4447">publié dans <em>Regards</em></a>.</p>
<p>Changement de décor aujourd’hui, avec une visite au <a href="http://www.klimaforum09.org"><em>Klimaforum</em></a>, le lieu alternatif de la COP15, organisé par et pour les ONG. C’est le lieu de ralliement des militants de tous bords, encore un peu plus nombreux aujourd’hui, et de la presse alternative. C’est aussi là qu’ont lieu des conférences de très haut niveau où s’expriment la multitude des mouvements venus à Copenhague porter la voix de la société civile. Réfugiés climatiques, droits des peuples indigènes, rôle majeure des femmes dans la lutte contre le réchauffement climatique, souveraineté alimentaire, modèles agricoles, méfaits du capitalisme, autant de questions majeures discutées chaque jour, et qui donne toujours un peu plus de relief à la réalité du dérèglement climatique. Et de la situation dramatique dans laquelle se trouvent piégées de nombreuses populations.</p>
<p>La question des réfugiés climatiques se pose évidemment d’ores et déjà, comme l’a souligné les membres de l’International Campaign on Climate Refugees’ Rights (ICCR) dont on peut <a href="http://www.voicebd.org/node/250">lire l’appel en ligne</a>. Rien d’étonnant à ce que ce soit des militants du Bangladesh, qui sont déjà soumis à des déplacements forcés, qui en assurent le secrétariat. J’y reviendrai plus longuement la semaine prochaine.</p>
<p>Mais c’est une question autant cruciale qu’ont mis en avant ce matin en conférence de presse les paysans du mouvement Via Campesina : la souveraineté alimentaire et leur survie. Trois membres du réseau, venus du Mali, d’Haïti et du Chili ont rappelé dans quelle vulnérabilité ils se trouvent aujourd’hui. Ibrahim Coulibaly, agriculture au Mali, rappelle que <em>« cela fait 30 ans que cela a commencé dans le Sahel. Le dérèglement climatique, on sait ce que c’est. Et pour nous, c’est devenu une question de vie ou de mort, mais çà, ce n’est pas sur la table des négociations »</em>. <em>« L’agrobusiness est en train de nous tuer »,</em> poursuit Jean-Baptiste Chavannes, d’Haïti, qui dénonce la situation de dumping crée par les agricultures financées du Nord. D’où cette proposition d’une réforme agraire intégrale, avec notamment une redistribution des terres aux familles paysannes. Jean-Baptiste Chavannes insiste notamment sur la nécessité d’avoir <em>« des moyens pour produire des aliments sains selon des méthodes agro-écologiques et pour favoriser le développement des marchés locaux afin de réduire les frais de transports. Et nous, dans les pays du Sud, avons aussi besoin d’être aidés financièrement et technologiquement pour produire de l’énergie renouvelable, nécessaire à cette évolution. »</em></p>
<p>Si on peut se réjouir qu’au sein de la COP15, l’Afrique parle d’une seule voix dans une conférence climatique avec le G77, cela ne suffit pas à Ibrahim Coulibaly, agriculteur malien. Sa peur, c’est qu’on réduise les revendications africaines à l’unique compensation financière demandée aux pays du Nord. <em>« Ce n ’est pas une position responsable. On ne peut pas réduire tous les problèmes à un transfert d’argent entre le Nord et le Sud. On est en train de tromper le monde entier. Ce qui doit changer dès maintenant, ce sont tous ces modèles productivistes, que ce soit dans l’agriculture ou dans l’industrie. On pousse les pays du Sud à produire des agro-carburants, pour que le Nord puisse continuer à consommer, au détriment de notre autonomie alimentaire. On nous pousse à produire de la monoculture et à utiliser des OGM, au détriment de la biodiversité »</em>. Ce qui est au cœur des inquiétudes de Via Campesina, c’est le mépris des pays du Nord sur les conséquences, pour les pays du Sud, de leurs modes de vie. <em>« Les pays du Nord ne peuvent pas continuer leurs modes de production et consommation prédatrices. Ils sont en train de se détruire et nous détruire en Afrique, poursuit Ibrahim. La vérité, c’est qu’en continuant au détriment des autres, ils sont en train de nous tuer, de tuer les populations les plus fragiles. Je crois vraiment qu’on peut parler de crimes climatiques. C’est cela que devrait porter la délégation africaine au COP 15 et ne pas simplement exiger une compensation financière. »</em></p>
<p>Évidemment, il y a peu de monde pour écouter la parole de l’agriculture paysanne portée Via Campesina. Leurs représentants le savent bien et annoncent pour la semaine prochaine une série d’actions pour tenter de peser sur les négociations. </p>
<p>Une autre idée est en train de faire son chemin parmi les ONG : celles d’une justice internationale pour juger des crimes écologiques, climatiques. Hier Naomi Klein participait à une session consacrée au sujet au KlimaForum. C’est une question complexe, quand on connaît la difficulté de la justice internationale à s’imposer, tant elle dépend du bon vouloir des États signataires. Mais certains exemples, comme celui de la Cour pénale internationale crée en 2000 (et malgré la position attentiste des États-Unis), montre que parfois, des progrès sont possibles du côté de la justice. </p>
<p>Envisager une justice climatique, pour défendre le sort des populations indigènes ou autochtones et pour contraindre les États à agir, peut paraître un faible symbole face aux désastres déjà en cours et ceux à venir. Mais ce peut être aussi une pierre fondamentale à l’édifice qui est en train de se construire.</p>
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		<title>Africa is dying ! Et l’Europe continue de discuter avec elle-même ! Plutôt que de parler avec le reste du monde</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1333-africa-is-dying-et-l-europe-continue-de-discuter-avec-elle-meme/</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 13:24:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[<em>Chronique en direct de Copenhague</em>. Il paraît qu’il existe encore des « climato-sceptiques »… Ceux-là devraient venir à Copenhague discuter avec les représentants africains, latino-américains, sud-asiatiques. Pas un qui n’évoque les effets du dérèglement climatique, non pas dans 10, 20 ou 30 ans mais aujourd’hui même.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>Chronique en direct de Copenhague</em>. Il paraît qu’il existe encore des « climato-sceptiques »… Ceux-là devraient venir à Copenhague discuter avec les représentants africains, latino-américains, sud-asiatiques. Pas un qui n’évoque les effets du dérèglement climatique, non pas dans 10, 20 ou 30 ans mais aujourd’hui même.</div><p class="meta2">Article <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/111209/africa-dying-et-leurope-continue-de-discuter-avec-">publié dans Médiapart</a>.</p>
<p>Partout les signaux d’une profonde perturbation des cycles climatiques sont ressentis profondément par les populations, en commençant par les populations rurales, les agriculteurs, les plus vulnérables aux modifications de température, de pluviométrie, de cycle des saisons.</p>
<p>Lors de la rencontre organisée mercredi 9 décembre, par <abbr title="Cités et Gouvernements Locaux Unis">CGLU</abbr> et <abbr title="Conseil international pour les initiatives écologiques locales">ICLEI</abbr> entre élus français et représentants africains, c’est un paysan malien qui interpellait fortement les dirigeants du monde en demandant « justice » face aux responsables. Et l’élu burkinabé présent n’hésitait pas à rappeler que les effets du dérèglement climatique s’inscrivent sur une longue durée, les premières manifestations remontant aux sécheresses sahéliennes des années 70.</p>
<p>Dès lundi, lors de la rencontre du bureau d’<abbr title="Conseil international pour les initiatives écologiques locales">ICLEI</abbr> avec la délégation nigériane, le délégué n’hésitait pas à déclarer « <em>Africa is dying !</em> », alertant sur les effets déjà visibles dans son pays, et soulignant à quel point son pays est vulnérable au dérèglement climatique puisque 90 % de son activité économique se trouve en bord de mer. Le moindre des paradoxes, dont le délégué était parfaitement conscient, n’est pas que cette économie repose totalement sur le pétrole, celui-là même dont la consommation génère les gaz à effet de serre ! Cercle vicieux dont le Nigéria ne peut évidemment sortir seul.</p>
<p>Le sentiment général de celles et ceux qui suivent année après année les COP sur le climat est bien que la situation a changé. Dorénavant, les représentants de nombreux États ont peur, peur des conséquences du dérèglement climatique, notamment pour leur agriculture et l’alimentation de la population. Certes, dans le stupide jeu de poker menteur auxquels se livreront les États jusqu’à l’accord final, pas question pour la Chine, l’Inde, etc. d’afficher cette « faiblesse » qui devrait les inciter à prendre dès maintenant des engagements plus fort de réduction de leurs émissions de gaz, mais la crainte est perceptible une fois les micros éteints. Ils n’ignorent pas qu’un peuple qui a faim est de loin le plus sûr déclencheur de révoltes qui ont mis à bas des régimes qui semblaient bâtis pour l’éternité.</p>
<p>Les émeutes de la faim, l’an passé, n’avaient certes pas pour seule cause la baisse des récoltes due aux changements climatiques. L’accroissement du prix du pétrole et la part des terres prise par les agro-carburants étaient aussi passés par là. Mais ce n’était qu’une première semonce.</p>
<p>Difficile d’oublier ces visages, dans le dernier film de Yann Arthus Bertrand (dont des extraits furent projetés lors des <em>Journées Parisiennes de l’Énergie et du Climat</em> en octobre dernier), de paysans du sud de la planète racontant avec l’émotion de la détresse leur impuissance face à la disparition des équilibres qui fondent leurs systèmes agricoles et la production alimentaire.</p>
<p>Aujourd’hui, lors d’une conférence du mouvement <em>Via Campesina</em>, au <em>KlimaForum</em> (village alternatif où se réunissent les ONG), le mot d’ordre est à la souveraineté alimentaire. Objectif encore plus indispensable aujourd’hui, non seulement pour permettre le développement des agricultures locales, mais aussi pour la survie des peuples.</p>
<p>Pas étonnant dans ces conditions que la question de « l’adaptation » (aux conséquences du dérèglement climatique) soit devenue au moins aussi importante dans la négociation en cours que celle de la « <em>mitigation</em> » (en français l’atténuation du dérèglement climatique par la réduction des émissions). Et ce d’autant plus quand les principales victimes sont les moins responsables des émissions !</p>
<p>Pour autant, les deux sujets sont profondément liés. Comme le déclarait mardi le chef de la délégation suédoise, qui préside l’Union Européenne, face aux ONG, « plus on fera de <em>“mitigation”</em>, moins il faudra d’adaptation ». Une traduction à l’ère climatique du « mieux vaut prévenir que guérir » !</p>
<p>Mais qu’attend donc l’Union Européenne pour en tirer les conséquences ? À chaque rencontre avec des représentants de l’UE — j’ai moi-même posé la question à Brice Lalonde, ambassadeur de la France pour le climat, mercredi lors de la rencontre avec les élus français —, la pression monte pour que cette dernière reprenne l’initiative et contribue à sauver le Sommet en annonçant unilatéralement qu’elle passe d’un objectif de réduction de 20 % de ses émissions à l’horizon 2020 à un objectif de 30 %, voire 40 % comme le demandent certaines ONG.</p>
<p>Las ! Borloo a eu beau déclarer, lundi dernier, qu’il y était favorable. Sarkozy a eu beau le confirmer, mercredi, aux responsables des ONG françaises. Force est de constater que soit les actes ne suivent pas les paroles, soit les le poids de la France dans l’Union est bien moins important que certaines rodomontades voudraient le laisser croire. En tous cas, le conseil européen réuni depuis hier à Bruxelles a échoué à afficher cette ambition et à jouer donc un rôle actif dans la négociation en cours.</p>
<p>Le conseil peut bien annoncer comme une grande avancée l’engagement de 2 milliards par an (jusqu’en 2012) pour financer « l’adaptation », personne ici à Copenhague n’est dupe, surtout quand on compare la somme aux 120 milliards d’euros annuels qui seront nécessaires à terme. Encore une occasion ratée pour l’Union Européenne, trop occupée à discuter avec elle-même, d’être à la hauteur de son ambition déclarée de leadership sur le climat.</p>
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		<title>Ne pas oublier le méthane</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1332-ne-pas-oublier-le-methane/</link>
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		<pubDate>Fri, 11 Dec 2009 12:38:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Dessus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>

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		<description><![CDATA[Une brève tribune pour mettre en relief l’intérêt majeur d’une action vigoureuse de réduction du méthane mondial. Systématiquement négligé par l’ensemble des acteurs, ce gaz à effet de serre, au deuxième rang en terme d’émission, a pourtant un « potentiel de réchauffement global » 21 fois supérieur au CO<sub>2</sub>.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Une brève tribune pour mettre en relief l’intérêt majeur d’une action vigoureuse de réduction du méthane mondial. Systématiquement négligé par l’ensemble des acteurs, ce gaz à effet de serre, au deuxième rang en terme d’émission, a pourtant un « potentiel de réchauffement global » 21 fois supérieur au CO<sub>2</sub>.</div><p class="meta2">Hervé le Treut, climatologue, est directeur de l’institut Simon Laplace ; Benjamain Dessus, ingénieur et économiste, est président de <a href="http://www.global-chance.org/">Global Chance</a>. Tribune <a href="http://www.lesechos.fr/info/analyses/020263002704-ne-pas-oublier-le-methane.htm">publiée dans <em>Les Échos</em></a> (11/12/09).</p>
<p>Chacun a bien conscience que la somme potentielle des efforts affichés par les uns et les autres à Copenhague reste loin d’être à la hauteur des enjeux à l’horizon de 2020.</p>
<p>Pour les négociateurs qui depuis plus de dix ans n’entendent parler pratiquement que du gaz carbonique, parvenir rapidement à un accord très ambitieux de réduction ou de constitution de puits de CO<sub>2</sub> relève d’un exploit que tout le monde souhaite mais dont chacun reconnaît la difficulté. Le sentiment d’urgence que provoque la proximité de l’échéance (2020–2030) dramatise encore la situation.</p>
<p>Mais c’est justement la proximité de cette échéance qui permet de mettre en évidence une marge de manœuvre supplémentaire, jusqu’ici largement négligée : il s’agit du méthane (CH<sub>4</sub>), le second gaz émis par les activités humaines, loin derrière le CO<sub>2</sub>, au niveau de 350 millions de tonnes par an. Ce gaz est beaucoup plus puissant que le CO<sub>2</sub> en termes d’effet de serre, mais, après son émission, sa durée de présence dans l’atmosphère est beaucoup plus brève que celle du CO<sub>2</sub>.</p>
<p>Depuis Kyoto, les émissions de méthane sont comptabilisées à travers son « potentiel de réchauffement global » (PRG) par rapport au CO<sub>2</sub> sur une durée de cent ans, avec une valeur de 21. Ce coefficient traduit le fait que l’émission de 1 kg de méthane en 2009 est équivalente en termes d’effet sur le climat à l’horizon de 2109 à celle de 21 kg de CO<sub>2</sub> émis en 2009. On dit que 1 kg de méthane « vaut » 21 kg équivalent CO<sub>2</sub> (kgeq CO<sub>2</sub>).</p>
<p>Mais si l’on s’intéresse à l’horizon de 2035 par exemple, une réduction pérenne des émissions de 1 kg de CH<sub>4</sub> « vaut » celle d’environ 80 kg de CO<sub>2</sub>. S’il y a urgence à agir, il devient donc fondamental d’engager des politiques ambitieuses de réduction des émissions de méthane, en plus de celles du CO<sub>2</sub>. Ce n’est manifestement pas le cas aujourd’hui.</p>
<p>Serait-ce qu’il n’y a pas de grain à moudre ? C’est l’opinion la plus répandue : les émissions de méthane seraient essentiellement dues, entend-on souvent, aux « pets des vaches » et à la culture du riz. Pas possible dans ces conditions de faire grand-chose sans affamer les pays du Sud ou imposer à toute la planète un régime végétarien. C’est grossièrement inexact.</p>
<p>En fait, la plus grosse part des émissions de méthane provient du secteur de l’énergie et du traitement des déchets : grisou des mines, fuites de gaz des systèmes pétroliers et gaziers, décharges d’ordures ménagères ou industrielles, boues d’épuration de l’eau, lisiers et fumiers. Et là, les potentiels de réduction à bon marché des émissions sont importants. Dans une récente publication qui confirme un rapport à l’Agence française de développement de 2008, le Consensus Center sur le climat de Copenhague montre que 100 millions de tonnes de CH<sub>4</sub>, soit 2 milliards de tonnes d’équivalent CO<sub>2</sub> pourraient être récupérées à court terme et le plus souvent valorisées, dans ces derniers secteurs pour un coût moyen de 19 euros/teq CO<sub>2</sub>. Bien plus, à l’horizon de 2020, une telle suppression serait équivalente à celle de 10 milliards de tonnes d’émissions de CO<sub>2</sub>, près de 20 % des émissions totales.</p>
<p>Toutes les parties y ont intérêt : les pays industrialisés, dont les résultats à court terme sur le CO<sub>2</sub> sont entravés par l’inertie de leur économie et de leurs modes de vie, les pays émergents, puisqu’il n’y a aucune antinomie, bien au contraire, entre réduction des émissions de méthane et développement, les pays les plus pauvres enfin, pour lesquels la valorisation énergétique des déchets pourrait constituer une source locale d’énergie à coût raisonnable.</p>
<p>Alors, pourquoi, en plus des efforts absolument indispensables à confirmer et amplifier sur le CO<sub>2</sub>, ne pas jeter dès Copenhague les bases d’un vaste programme international et coopératif de réduction des émissions de ce gaz et combiner ainsi médecine préventive et médecine d’urgence ?</p>
<p class="meta2">Pour aller plus loin, vous pouvez lire « <a href="http://ecolosphere.net/archives/1024-urgence-pour-la-reduction-des-emissions-de-methane-un-gaz-ne-doit-pas-en-cacher-un-autre/">Urgence pour la réduction des émissions de méthane (Un gaz ne doit pas en cacher un autre)</a> », une analyse de cet enjeu concernant les GES par Benjamin Dessus, sur <a href="http://ecolosphere.net/">ecolosphere.net</a>.</p>
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		<title>Round d’observation à Copenhague</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1329-round-d-observation-a-copenhague/</link>
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		<pubDate>Thu, 10 Dec 2009 17:22:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Cosse</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
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		<description><![CDATA[Première chronique d’Emmanuelle Cosse, sous le signe des mobilisations.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Première chronique d’Emmanuelle Cosse, sous le signe des mobilisations.</div><p class="meta2">Par Emmanuelle Cosse, rédactrice en chef de Regards. Article <a href="http://www.regards.fr/article/?id=4445">publié sur <em>Regards</em></a>.</p>
<p>Me voici donc à Copenhague dans la grande messe du climat, une nouveauté pour moi. C’est mon premier sommet sur les enjeux climatiques, mais je ne suis pas vraiment dépaysée. Cela m’évoque toutes ces conférences mondiales sur le sida organisées tous les deux ans, auxquelles j’ai participé depuis 1998 en tant qu’activiste pour Act Up puis en tant que journaliste. La dernière avait réuni en 2008 à Mexico plus de 25 000 personnes, toutes mobilisées pour répondre à l’urgence de l’épidémie, qui touche aujourd’hui près de 36 millions de personnes.</p>
<p>Je retrouve donc le fonctionnement bien huilé des conventions internationales sous l’égide de l’ONU, où chacun doit être à sa place et doit agir dans le respect des règles diplomatiques. Les ONG dans leur coin, à qui on laisse le soin de faire de l’agit-prop tant que cela reste bien policé, les délégations et les négociateurs d’un autre, et les lobbys un peu partout présents. Quant aux médias, très nombreux, nous pouvons quasiment circuler partout ou presque, ce qui nous donne la possibilité d’avoir une approche globale du sommet, mais d’être aussi complètement perdus, dans le flot d’informations et d’évènements.</p>
<p>Mais ce qui change ici par rapport à ce que j’ai connu dans le domaine du sida, c’est que nous sommes dans le cadre d’un sommet de négociations : les politiques sont donc là. Et chacun joue d’astuce pour communiquer au bon moment, provoquer les incidents de séance quand il le faut, voir médiatiser les rapports de force quand cela est nécessaire. Reste à savoir si l’humanité convoquée à Copenhague arrivera à conclure un accord acceptable, à la hauteur des enjeux.</p>
<p>Le déséquilibre Nord–Sud est en tout cas bien visible : en salle de presse, on est inondé des communications officielles des pays riches (États-Unis, Union européenne dont l’Allemagne ou la France) ainsi que de nombreux groupes industriels sur leurs efforts pour la réduction des gaz à effets de serre (DHL, Scandinavian AirLines, plusieurs constructeurs automobiles). Par contre, il est un peu plus difficile de trouver les communications des États du G77 (qui réunit à peu près les pays non-alignés), dont les délégations, bien présentes, sont loin de disposer des mêmes moyens pour diffuser leurs points de vue.</p>
<div id="attachment_1331" class="figure alignnone" style="width: 500px"><a href="http://www.dont-nuke-the-climate.org"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/petite-sirene-dont-nuke-the-climate-cop15.jpg" alt="Don’t Nuke the Climate !" title="Don’t Nuke the Climate !" width="500" height="335" class="size-full wp-image-1331" /></a><div class="caption"><p class="legende">Don’t Nuke the Climate !</p><div class="figure-description"><p><strong>Copenhague, le 10 décembre 2009</strong> — Le Réseau « Sortir du nucléaire » et ses partenaires internationaux (italien, russe, américain, allemand, danois, hollandais…) de la campagne « Don’t Nuke the Climate ! » ont mené une action symbolique ce midi pour dénoncer la tentative du nucléaire d’utiliser la crise climatique pour assurer sa survie. <strong>Les représentants des associations ont « masqué » la Petite Sirène, monument national danois, pour dénoncer le danger de cette industrie, mais aussi pour rappeler qu’en réalité le nucléaire entrave la lutte contre le changement climatique en masquant les vraies solutions</strong>. Recourir à l’atome dans cette lutte serait donc parfaitement contreproductif en plus d’être dangereux. Plus d’infos : <a href="http://www.dont-nuke-the-climate.org">www.dont-nuke-the-climate.org</a>.</p>
</div></div></div>
<h3>LE CALME AVANT LA TEMPÊTE</h3>
<p>Après l’agitation des premiers jours que l’on m’a relaté, aujourd’hui est une journée un peu plus tranquille au Bella Center (où se tient le sommet). Le Réseau « Sortir du nucléaire » et ses partenaires internationaux de la campagne « <a href="http://www.dont-nuke-the-climate.org">Don’t Nuke the Climate !</a> », ont rompu ce calme apparent, en affublant ce midi la Petite Sirène d’un masque, afin de dénoncer l’instrumentalisation de la crise climatique pour favoriser l’industrie nucléaire. Un avant-goût des mobilisations, avant <a href="http://12dec09.dk/content/english">la manifestation organisée le 12 décembre dans les rues de Copenhague</a>.</p>
<p>Hormis les nombreux militants qui sont en train pour rallier le Danemark (<em>les Amis de la terre</em> partent demain de Paris avec 400 personnes), nombreuses sont les personnalités politiques françaises annoncées. Évidemment une importante délégation des Verts/Europe Écologie est en route avec Cécile Duflot et José Bové, mais on attend aussi Olivier Besancenot (NPA) et Pierre Laurent (PCF). Martine Aubry est aussi annoncée la semaine prochaine, tout comme un certain nombre de parlementaires français, venus dans les bagages de Jean-Louis Borloo. Ne gâchons pas ce plaisir : on doit se réjouir que la question climatique ne soit pas seulement portée par les ONG et les activistes, mais qu’elle figure aussi à l’agenda des politiques. Pour autant, leur présence ne doit pas les exonérer d’être militant sur ces enjeux, et notamment d’arrêter de tergiverser sur la nécessité d’une fiscalité écologique et équitable ou la nécessaire reconversion de l’industrie automobile.</p>
<p>Nous voici donc dans un Round d’observation avant les réelles négociations attendues la semaine prochaine. D’où tout l’intérêt des mobilisations du 12 décembre, ici et partout dans le monde, pour rappeler à tous ces chefs d’État qu’ils sont observés et surveillés quant aux engagements qu’ils sont prêts à conclure. </p>
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		<title>David contre Goliath</title>
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		<pubDate>Thu, 10 Dec 2009 15:54:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
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		<description><![CDATA[Coup de tonnerre à Copenhague hier mercredi quand le petit archipel de Tuvalu s’est dressé face aux grandes puissances (Chine et Inde compris) pour exiger un accord contraignant et non une simple décision à l’issue de ce sommet. <em>Chronique en direct de Copenhague</em>.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Coup de tonnerre à Copenhague hier mercredi quand le petit archipel de Tuvalu s’est dressé face aux grandes puissances (Chine et Inde compris) pour exiger un accord contraignant et non une simple décision à l’issue de ce sommet. <em>Chronique en direct de Copenhague</em>.</div><p class="meta2">Article <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/101209/david-contre-goliath">publié sur Mediapart</a>.</p>
<p>D’un point de vue géopolitique, Tuvalu n’est qu’un minuscule microbe comparé aux poids lourds planétaires. Mais parfois ce sont les microbes qui terrassent même les plus costauds. Et celui-ci, en l’occurrence, dispose d’un argument de taille : Tuvalu n’a rien à perdre. Le dérèglement climatique n’est pas pour lui un sujet parmi d’autres dans son agenda diplomatique. C’est purement et simplement une question de vie et de mort.</p>
<p>Tuvalu, comme la plupart des États insulaires, est menacé, à l’horizon de 20 à 30 ans, de disparition par la montée des eaux, résultat de la fonte des glaces combinées à la dilatation des océans, deux phénomènes directement reliés au dérèglement climatique.</p>
<p>Comme l’a montré l’excellent documentaire d’Agnès Sinaï, Frédéric Castaignède et Yves Billy « Les derniers jours de Tuvalu », que nous avions eu la chance de projeter en 2008 à l’Hôtel de ville de Paris, il ne s’agit pas seulement d’une tragédie à venir. D’ores et déjà, les conséquences sont dramatiques : non seulement les inondations et les raz-de-marée se multiplient, mais, plus grave, c’est la nappe phréatique de l’île qui est déjà progressivement salinisée, compromettant toute capacité agricole et donc toute autonomie alimentaire de l’île.</p>
<p>À court ou moyen terme, c’est la question d’un transfert massif de population qui risque de s’imposer, rompant avec les racines même de ce peuple, ses traditions et ses modes de vie insulaires. </p>
<p>Je ne peux manquer de faire le lien avec l’égoïsme forcené de pays comme la France qui aujourd’hui font la chasse aux sans papiers, veulent construire des lignes Maginot aux frontières et renvoient des réfugiés afghans dans un pays en guerre ! Là où il faudrait une politique solidaire, à la hauteur des responsabilités d’un pays émetteur de millions de tonnes de gaz à effet de serre depuis le début de l’ère industrielle — et qui, en conséquence, devra prendre sa part dans l’accueil des réfugiés climatiques — on nous bassine d’un débat moisi sur l’identité nationale ! S’il y a bien des peuples qui ont légitimité à s’interroger sur leur identité future, ce sont bien ceux des îles dont le destin semble dramatiquement tracé, et non ceux qui tiennent des grands discours sur la solidarité mondiale, à condition qu’elle ne franchisse pas ses frontières.</p>
<p>Tuvalu, comme les Maldives (dont le gouvernement avait tenu son conseil des ministres en formation de plongée sous-marine, il y a un mois) ou les îles Salomon (dont l’intervention fut passionnée et poignante ce lundi à Copenhague) ont bien raison de ne pas attendre leur salut de la bonne volonté des pays riches. Et de saisir ici toute occasion de mettre ces derniers face à leur responsabilité.</p>
<p>Ce n’est pas non plus par hasard que Tuvalu a demandé hier que l’accroissement de température moyenne mondiale acceptable soit ramené de 2 degrés<sup>[1]</sup> à 1,5 degrés. Eux savent bien que cette différence peut tout changer pour eux. Non seulement, il semble que la survie du corail s’y joue, mais plus globalement, on s’accorde à dire que c’est à partir de ce niveau que les dérèglements climatiques pourraient s’emballer. C’est en tout cas ce qu’indiquait le Vice-Président du GIEC, Jean-Pascal van Ypersele, à Paris fin octobre, lors de la table ronde du congrès mondial des météorologues où j’intervenais. Il affirmait que si les dirigeants qui ont fixé l’objectif de 2 degrés il y a quelques années, avaient disposé des informations dont les scientifiques disposent aujourd’hui, ils auraient probablement réduit à 1,5 degré voire 1 degré l’accroissement jugé « acceptable ».</p>
<p>Difficile de dire aujourd’hui si le coup d’éclat de Tuvalu aura constitué un salutaire tournant dans le déroulement de la conférence. Mais que les premières victimes osent ainsi casser le  train-train des négociations entre grands États — pour rappeler qu’elle doit être tout sauf une négociation internationale classique —, constitue indéniablement une bonne nouvelle.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1326" class="footnote">Objectif qui fait actuellement consensus dans les négociations.</li>
</ol>
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		<title>L’incessant lobbying des collectivités locales à Copenhague</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1323-l-incessant-lobbying-des-collectivites-locales-a-copenhague/</link>
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		<pubDate>Wed, 09 Dec 2009 19:24:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
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		<description><![CDATA[Lentement mais sûrement, de façon isolée depuis 10 ans, mais bien plus organisée depuis la conférence de Bali (2007), la pression des collectivités locales sur les États ne cesse de s’accentuer et sont dorénavant reconnues comme un acteur à part entière de la lutte contre le dérèglement climatique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Lentement mais sûrement, de façon isolée depuis 10 ans, mais bien plus organisée depuis la conférence de Bali (2007), la pression des collectivités locales sur les États ne cesse de s’accentuer et sont dorénavant reconnues comme un acteur à part entière de la lutte contre le dérèglement climatique.</div><p class="meta2">Article <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/091209/lincessant-lobbying-des-collectivites-locales-cope">publié sur Mediapart</a>.</p>
<p>Elles partent d’un constat simple : regroupant la moitié de la population mondiale (les trois quarts en Europe), les villes émettent 70 à 80 % des gaz à effet de serre. Sans les villes, les États seront impuissants à atteindre les objectifs d’un éventuel — et indispensable — accord de Copenhague. Mais, de même, sans les États, l’action des villes, même les plus engagées, ne suffira pas à enrayer le désastre climatique annoncé par les scientifiques. Nos destins sont liés, nos intérêts convergents.</p>
<p>Avant d’en venir aux discussions et nombreuses rencontres en cours à Copenhague sur la place des villes, quelques rappels sur les épisodes précédents (ceux qui connaissent déjà peuvent passer directement à la partie &laquo;&nbsp;Les villes s’organisent pour peser&nbsp;&raquo;).</p>
<h3>Les villes agissent</h3>
<p>Les villes n’ont cependant pas attendu la conférence de Copenhague pour commencer à agir. On ne compte plus les villes qui mettent en oeuvre des politiques climatiques ambitieuses : transports collectifs, éco-quartiers, énergies renouvelables, réduction des déchets, isolation thermique des bâtiments, économie d’énergie dans l’éclairage public, alimentation bio, aménagement du territoire, etc. les domaines dans lesquels les villes agissent d’ores et déjà ne cessent de s’étendre.</p>
<p>Et cette action se traduit d’ores et déjà par des résultats mesurables. Ainsi, à Paris, la politique des déplacements mise en oeuvre pendant 7 ans a permis de réduire de 9 % les émissions de gaz à effet de serre de ce secteur (et Airparif a montré que, sans la multiplication des 4&#215;4 et autres gros véhicules, cette réduction aurait même dû être de 11 %). Chaque ville est aujourd’hui à l’affût de toute expérience réussie facilement reproductible, sur lesquelles les échanges sont nombreux entre villes pendant les conférences et entre elles.</p>
<p>Parmi celles-ci, vélib reste toujours un « must », la démonstration concrète que la sobriété énergétique est compatible avec plus de qualité de vie, de plaisir urbain, de convivialité. C’est chaque fois un enrichissement d’échanger sur ce projet et ses déclinaisons locales, comme hier encore avec nos amis brésiliens (Alfredo Sirkis, Gilberto Gil, etc.) présents en nombre à Copenhague.</p>
<h3>Mais elles veulent faire plus encore</h3>
<p>Pour autant, chacun est bien conscient que la multiplication des projets locaux (dont l’efficacité reste souvent difficilement mesurable) permet certes de manifester une volonté, de mobiliser nos concitoyens et de rendre concrète la lutte contre le dérèglement climatique, mais ne saurait suffire.</p>
<p>C’est la raison pour laquelle les villes font aujourd’hui pression sur les États, non seulement pour que l’accord de Copenhague soit le plus ambitieux possible, mais aussi pour qu’il permette aux villes d’être encore plus efficaces.</p>
<p>Deux moyens permettraient d’accroître cette capacité d’action : un renforcement des compétences et des moyens financiers.</p>
<p>En ce qui concerne les compétences, la situation varie évidemment d’un pays à l’autre, selon les organisations territoriales, le degré de décentralisation et de fédéralisme. Mais partout les collectivités se heurtent à des obstacles juridiques pour mettre en oeuvre de nouvelles politiques, obstacles juridiques hérités des politiques productivistes jusque là en vigueur.</p>
<p>Prenons un exemple en France. Les municipalités peuvent aujourd’hui organiser un ravalement obligatoire des façades par les propriétaires privés. Mais elles ne peuvent faire de même pour la rénovation thermique des bâtiments. Il s’agit pourtant d’un secteur extrêmement énergivore (rien qu’à Paris, la consommation énergétique des bâtiments équivaut à la production de 4 réacteurs nucléaires !). En conséquence, si l’État n’est pas prêt à édicter une réglementation commune sur l’ensemble du territoire national, qu’au moins ils permettent aux villes volontaires de le faire, en commençant par les bâtiments les plus énergivores (les bâtiments &laquo;&nbsp;passoires&nbsp;&raquo;), en l’assortissant par exemple d’aides spécifiques.</p>
<p>Autre exemple : aujourd’hui une ville ne peut interdire la circulation des 4&#215;4 et autres gros véhicules en créant des &laquo;&nbsp;zones de basse émission&nbsp;&raquo;. Là encore, l’État pourrait autoriser les villes les plus volontaires à agir. Et on pourrait ainsi multiplier les exemples (sur le prix du foncier, les politiques locales de l’énergie, etc.).</p>
<p>L’autre axe de renforcement de l’action locale concerne le financement. Car les politiques publiques à mettre en oeuvre coûtent cher. Chacun sait aujourd’hui que, notamment par la vente de quotas d’émissions aux industries les plus polluantes, la lutte contre le dérèglement climatique génèrera des sommes considérables. D’ores et déjà, par souci d’efficacité climatique de l’utilisation des fonds collectés, les villes revendiquent qu’une part significative soit allouée à l’action locale. Sans attendre, les États pourraient déjà rendre plus conditionnels les financements existant (par exemple la DGF en France) en instaurant une sorte de bonus / malus climatique (un bonus pour les villes qui créent des tramways et des bus en site propre, et un malus pour celles qui font des rocades).</p>
<h3>Les villes s’organisent pour peser</h3>
<p>Ces engagements déjà pris, et cette volonté d’action plus efficace, les villes ont commencé à les inscrire non seulement dans leurs Plan Climat locaux, mais aussi dans des appels qui fédèrent aujourd’hui des milliers de villes.</p>
<p>Ainsi, au seul niveau européen près de 1 000 villes sont déjà signataires du Convenant of Mayors, une convention dans laquelle les villes s’engagent à une réduction de leurs émissions au moins aussi forte que celle de l’Union Européenne (-20 % d’ici 2020), et qui est impulsée et coordonnée par le réseau Energie Cités, dont j’assure la Vice Présidence.</p>
<p>Plus globalement, au niveau mondial, les villes du monde se sont organisées au sein de la Local Government Climate Roadmap, qui coordonne l’ensemble des organisations de collectivités au monde et mène depuis la conférence de Bali (Cop 13) un intense travail de lobbying pour que les collectivités soient reconnues lors de l’éventuel accord de Copenhague.</p>
<p>Cette plate-forme est pilotée par l’association ICLEI avec le réseau CGLU (Cités et Gouvernements Locaux Unis), qui s’est dotée d’un porte-parole, Ronan Dantec, élu Vert nantais, présent depuis de nombreuses années au sein des réseaux d’élus dans les conférences internationales climatiques. C’est lui qui est intervenu, après les États, lors de la conférence d’ouverture de la négociation sur le potentiel texte décisionnel à Copenhague.</p>
<p>Et ce sont ces organisations qui rencontrent chaque jour les différentes délégations afin de faire le point sur les négociations officielles et rappeler l’attente des collectivités. J’ai la chance de participer à ces rencontres depuis lundi, avec l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Australie, le Mexique, l’Union Européenne, la Suisse, le Sénégal, etc. Ce mercredi, un accent tout particulier est mis sur la France, cette journée ayant été retenue pour réunir de nombreux élus locaux (65 ont répondu à l’appel) afin de maintenir la pression sur la délégation française.</p>
<p>Au coeur de négociations extrêmement tendues, surdéterminées par un profond clivage Nord–Sud, l’unité incarnée par les collectivités constitue un point fort, un point de stabilité, à la fois un exemple et une menace pour les États (le risque pour ces derniers d’apparaître comme les seuls incapables de se mettre à la hauteur des enjeux), nous mettant dans une position de force qui se traduit pas un consensus croissant sur la reconnaissance de notre rôle, essentiel pour les villes du Nord mais plus encore du Sud.</p>
<p>Cette « diplomatie des villes » prend d’autant plus d’ampleur qu’elle s’exerce y compris directement, via la coopération décentralisée, entre villes du Nord et du Sud. Ainsi, la moitié de cette journée des villes françaises a été consacrée au dialogue avec les villes et pays africains. Un enjeu majeur d’échange de technologies, de savoir-faire, tout autant dans le domaine de la réduction des émissions de gaz à effet de serre que de réduction de la vulnérabilité des villes.</p>
<p>Les villes ouvrent la voie. Elles ne pourront tout résoudre. Mais la présence à Copenhague de plus de 1 200 délégués des villes montre que dorénavant il faudra faire plus encore avec elles.</p>
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		<title>Copenhague : premières escarmouches</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1312-copenhague-premieres-escarmouches/</link>
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		<pubDate>Tue, 08 Dec 2009 19:31:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[Impressions d’un premier jour en Cop15.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Impressions d’un premier jour en Cop15.</div><p>Ce qui frappe immédiatement, en arrivant dans les environs du Bella Center, c’est tout d’abord que la diversité des peuples du monde est là. Certes, ce ne sont pas toutes les catégories sociales de tous ces peuples, mais la présence massive des ONG du Nord et du Sud, la diversité des tenues, des visages, des langues donne immédiatement le sentiment que, oui, c’est bien une forme de représentation du monde entier qui est ici rassemblée.</p>
<p>La seconde impression, et c’est pour moi une véritable surprise, c’est l’ambiance sereine et bon enfant qui y règne. On est loin des « salons guindés de la République », des protocoles officiels, de cet apparat si cher à une catégorie de dirigeants pour lesquels l’apparence du pouvoir compte autant que sa réalité.</p>
<p>Certes, pas de naïveté excessive de ma part : la police danoise est très présente (mais encore assez discrète, les hauts dirigeants de ce monde ne sont attendus que dans 10 jours), les portiques de sécurité, badges, etc. filtrent les participants, et on se doute qu’il y aura une toute autre sélection dans les derniers jours de la conférence. Mais il n’empêche : la présence de nombreux représentants des ONG, mêlés aux politiques, aux négociateurs, à la presse, etc. donne le sentiment d’une ruche hyperactive mais au dialogue constant, laissant une large place aux rencontres informelles.</p>
<h3>De quoi débat-on ?</h3>
<p>Venons-en au plus formel. Il est connu depuis plusieurs semaines maintenant que la Conférence de Copenhague (Cop15) ne débouchera pas sur un protocole juridique du même type que celui de Kyoto (Cop3). La forme du débouché reste certes incertaine, mais est plus complexe qu’on ne le lit ici ou là.</p>
<p>Il semble qu’on se dirige vers une déclaration politique de quelques pages (4 ou 5, dit-on) des chefs d’État (à laquelle seraient peut-être raccrochés les engagements pris par chacun d’eux) mais auquel s’ajouterait un document décisionnel des membres de la COP d’une cinquantaine de pages<sup>[1]</sup>. Ce dernier document n’a certes pas la valeur d’un protocole, mais il est essentiel dans l’élaboration d’un éventuel protocole à venir.</p>
<h3>La grande plénière des États du monde</h3>
<p>Hier après-midi s’ouvrait donc la plénière d’examen du texte, dans cette phase finale de négociation à Copenhague. Première surprise, l’accès à la grande salle où se tient la réunion est relativement libre pour les personnes accréditées. Et il y a foule, notamment du côté des ONG. Dans les rangs qui leurs sont réservés, on manque donc de chaises, tant l’affluence est grande. Beaucoup de gens sont assis par terre. Habitué aux AG et meetings des Verts, je ne suis pas trop dépaysé !</p>
<p>Les cinquante premiers rangs sont bien sûr réservés aux délégations nationales, représentées par des hauts fonctionnaires. Après que le Président de séance, Michael Cuttajar — qui coordonne depuis de longs mois l’élaboration de ce texte — a expédié un certain nombre de points formels (et a expliqué, point essentiel, qu’à partir de ce mardi matin se tiendront des réunions bien plus resserrées entre les différents groupes d’ici à la prochaine plénière prévue le 16), prend place une longue série d’interventions qui permettent de sentir l’ambiance générale au moment où commence Copenhague.</p>
<p>Première à intervenir, la représentante soudanaise du « G77 et la Chine » (grosso modo l’essentiel des ex-pays colonisés, dans lesquels on retrouve les poids lourds que sont la Chine et l’Inde) donne le ton de l’après-midi : l’impérieuse nécessité d’aboutir à Copenhague tout en imposant des objectifs ambitieux, le tout dans un clivage Nord – Sud qui prédomine toutes les discussions.</p>
<p>Suivront de nombreuses interventions, à commencer celles des petites îles, puis l’alliance « composite » composée de nombreux gros émetteurs (Australie, Canada, USA, Russie, etc.), l’Union Européenne, auxquels succéderont des regroupements plus territoriaux (pays africains, d’Amérique Centrale, etc.). Et enfin celles, individuelles, de pays membres de ces différents groupes.</p>
<p>La tonalité est claire. Tous les pays réaffirment leur volonté d’ « aboutir »… ce qui ne mange pas de pain. Un progrès malgré tout car ce n’était pas le cas à l’époque où certaines grandes puissances niaient encore le dérèglement climatique. C’est en fait sur la question de l’aide du Nord au Sud que la différence d’implication est notable : rarement mentionnée par les pays du Nord, elle est au cœur des revendications de tous les pays du Sud, qui tous se réfèrent à l’intervention du G77 et de la Chine.</p>
<p>D’ailleurs la question n’est pas que financière. On le sent à la vigueur des interventions, à leur caractère parfois passionné (les plus applaudis seront le représentant Bolivien, parlant de la mère Terre et demandant qu’on mette autant sur la table que pour sauver les banques de Washington, et celui des îles Salomon exprimant l’angoisse de la disparition). Pour une partie du monde, la question du climat n’est pas une question théorique d’avenir, un sujet parmi des dizaines d’autres, c’est devenu la question cruciale, vitale, prioritaire : ce qui se joue à Copenhague est bien autre chose qu’une négociation habituelle.</p>
<h3>Le flop de Borloo</h3>
<p>Dans cette longue série d’interventions, l’Europe n’aurait du parler que d’une seule voix, par celle du représentant de la présidence suédoise, très décevant en terme d’ambition mais illustrant bien l’état de l’équilibrisme constant de l’UE.</p>
<p>Quand, tout à coup, la présidence de séance donne la parole à la France. Je tends évidemment l’oreille. Et ce d’autant plus que la caméra qui projette sur grand écran les visages des orateurs tarde à trouver les rangs français.</p>
<p>Le timbre de voix m’est familier… C’est Jean-Louis Borloo, dont l’image apparaît finalement à l’écran. Que fait un ministre ici, dans cette enceinte peuplée de hauts fonctionnaires et d’ONG ? Quelle est l’opération politique tentée (car il ne fait pas de doute qu’il s’agit d’une opération politique) ? Est-elle uniquement à vocation de politique politicienne franco-francaise (mettre en scène la France comme impliquée à fond dans le combat pour le climat) ? Où vise-t-elle aussi à secouer un peu le train-train habituel de ces conférences ? Un peu des deux sans doute.</p>
<p>L’intervention, en 1mn30, n’est pas mauvaise. Elle reprend la thématique dorénavant officielle de la France sur « justice et climat », « aide aux pays les plus pauvres ». Mais à en juger par les faibles applaudissements, la prestation tourne au flop.</p>
<p>Difficile d’en apprécier les raisons réelles : exaspération de voir la France chercher à tirer la couverture à soi ? Incompréhension de voir un ministre venir dès maintenant dans la mêlée ? Surprise d’entendre un intervenant parler autant à la première personne (« je ») quand tous les autres parlent au nom de leur pays, voire du monde ? Manque de crédibilité de la France largement suspectée de double discours et de fanfaronnade ?</p>
<p>En tous cas, l’opération politique est loin d’être un franc succès. Et Borloo a pris le risque d’affaiblir la cohésion européenne. La suite dira quelle en sera l’ampleur.</p>
<h3>La parole des villes et des ONG</h3>
<p>Une fois achevée cette longue série d’interventions nationales, prennent place, dans une salle déjà beaucoup moins remplie, des interventions non-gouvernementales qui tentent de faire prévaloir des points de vue à intégrer dans la décision.</p>
<p>Interviennent ainsi les organisations internationales du transport maritime et aérien (à les en croire, ils font le maximum pour le climat… sous-entendu pas la peine de leur imposer des contraintes !), la Croix Rouge qui souligne les dégâts humains déjà constatés, le patronat (qui ferait déjà beaucoup pour développer des économies émettant peu de carbone !), les ONG du <em>climate action network</em> et de <em>Friends of the Earth</em> qui soulignent l’urgence et l’impératif d’action liant climat et justice, les villes, les peuples indigènes qui rappellent que c’est de leur survie dont il s’agit. Et enfin les syndicats, les organisations féministes et les associations de jeunesse qui renforcent encore la pression de la société civile.</p>
<p>Une mention toute particulière — on ne s’en étonnera pas de ma part —, en tant qu’adjoint en charge du climat dans une grande ville française, pour la forte intervention de mon ami Ronan Dantec, porte-parole des villes dans cette enceinte. Il a non seulement souligné l’importance à agir, mais aussi la capacité d’unité des villes autour de positions et engagements communs malgré leurs différences (un exemple pour les États) et surtout leur volonté d’en faire plus. Sans l’action des villes, l’accord de Copenhague restera inapplicable. Raison de plus pour inscrire dès maintenant les conditions de cette coopération dans le texte.</p>
<p>La plénière s’achève ainsi. Tous les acteurs se sont présentés et ont exprimé leurs attentes. Reste 12 jours pour jouer la pièce et surtout pour aboutir.<br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1312" class="footnote">Le document sur lequel travaillent les délégations nationales depuis de nombreux mois et qui, passé par une phase à 200 pages, a été considérablement amaigri.</li>
</ol>
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		<title>Climat et pauvreté — des chiffres qui tuent</title>
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		<pubDate>Tue, 08 Dec 2009 19:31:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ben Cramer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse Actu]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[On ne peut pas résoudre le problème du climat sans résoudre le problème de la pauvreté qui lui même est source de conflits, des conflits qui vont impacter l'environnement, donc le climat. Une idée : et si on piochait dans les budgets de défense pour constituer l’aide financière au Sud qui sera discutée à Copenhague ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">On ne peut pas résoudre le problème du climat sans résoudre le problème de la pauvreté qui lui même est source de conflits, des conflits qui vont impacter l'environnement, donc le climat. Une idée : et si on piochait dans les budgets de défense pour constituer l’aide financière au Sud qui sera discutée à Copenhague ?</div><p>Alors qu&#8217;on évoque aujourd&#8217;hui un nouveau fond provenant d&#8217;une taxation — taxe de 0,01 % des transactions financières ! — le moment serait bien choisi d&#8217;aller trouver d&#8217;autres sources de financements. Mais où ? Si la pauvreté est la cause majeure de l&#8217;insécurité dans le monde, et que la militarisation qui s&#8217;ensuit n&#8217;est pas compatible avec une économie à faible émission de carbone<sup>[1]</sup>, pourquoi ne va-t-on pas puiser dans les caisses des budgets de défense — alors même que les activités militaires ont leur part de responsabilité dans la détérioration du climat ?</p>
<h3>Des maux et des chiffres</h3>
<p>Investir, le plus tôt possible, dans l&#8217;atténuation et l&#8217;adaptation au changement climatique, çà coûte combien ? On pourrait aisément se perdre dans la comptabilité. Mais — crise financière oblige ! — ne nous laissons pas impressionner par les chiffres ! Selon le Forum humanitaire mondial (rapport du 29 mai 2009), le réchauffement climatique, responsable de 300 000 morts par an, coûterait 90 milliards d&#8217;euros, soit 125 milliards de dollars chaque année. Si l&#8217;on s&#8217;évertuait à calculer, non seulement la dimension sanitaire, mais le nombre de conflits et leurs dégâts (humains) déclenchés et alimentés par ces dérèglements climatiques, les chiffres grimperaient très vite. Martin Parry du <em>Grantham Institute for Climate Change</em> à l&#8217;<em>Imperial College</em> de Londres expliquait récemment que les montants qui seront mis sur la table à Copenhague représentent l&#8217;un des facteurs clefs de la réussite d&#8217;un accord. En attendant, tout le monde (ou presque) s&#8217;accorde à dire que le montant de l&#8217;aide financière apportée par les pays industrialisés aux pays du Sud risque d&#8217;être le sujet qui fâche.</p>
<h3>Somme toute, à titre de comparaison</h3>
<p>Mettre à niveau les services météorologiques des pays africains afin de leur permettre d&#8217;anticiper les effets du changement climatique, est possible. Il suffirait, si l&#8217;on en croit l&#8217;Organisation Météorologique mondiale (OMM), d&#8217;y consacrer un milliard de dollars soit 700 millions d&#8217;euros. Pour ceux qui vivent avec moins d&#8217;un dollar par jour, c&#8217;est beaucoup. Certes. Mais enfin, c&#8217;est ¼ du prix d&#8217;un sous-marin nucléaire lanceur d&#8217;engins de la génération du « Terrible ». C&#8217;est moins que les économies réalisées dans le budget de la défense lorsque Paris décida en 1996 d&#8217;abandonner son programme de M5 pour adopter en 1998 le programme de missile nucléaire M51. Cette dépense, donc à la portée de certaines bourses, permettrait aux Africains de mettre en place les systèmes d&#8217;alerte précoce et faciliterait le recueil des données.</p>
<p>Prenons d&#8217;autres chiffres. À l&#8217;heure de Copenhague, le total de l&#8217;assistance au développement consacrée au changement climatique est de l&#8217;ordre de 21 milliards de dollars, 28 milliards prédit ou propose l&#8217;Union Européenne. Mais quelle que soit la générosité des uns et des autres, nous sommes loin du compte. Selon un rapport de l&#8217;ONU publié à New York en septembre, un « New Deal » de plus de 500 milliards de dollars par an serait nécessaire pour aider les pays en développement à atténuer l&#8217;impact des changements climatiques <em>« tout en poursuivant leur chemin vers la croissance économique »</em> selon Ban Ki Moon. Ce chiffre est intéressant à plus d&#8217;un titre. Il représente grosso modo le budget de la défense des États-Unis, Pentagone et DOE réunis. Cette référence à Washington n&#8217;est pas anodine. Après tout, il ne serait pas anormal que chacun paie en proportion du degré de surarmement qui est le sien. Qui plus est, dans la mesure où le Protocole de Kyoto aime les quotas, il convient de rappeler que les États-Unis, responsables de 23 % des émissions de CO<sub>2</sub> produits, portent à eux seuls 50 % du fardeau mondial de l&#8217;armement, occupent 95 % des bases militaires dans le monde, détiennent 50 à 60 % de l&#8217;arsenal nucléaire sur le continent européen et sont responsables de plus de 23 % des dégâts militaires occasionnés de par le monde.</p>
<h3>Un fonds provenant des budgets militaires ?</h3>
<p>Quelles que soient les courbes de CO<sub>2</sub>, l&#8217;histoire pourrait se répéter. En 1980, le patron du Programme des Nations Unies pour l&#8217;Environnement (PNUE) Mostafa Kamal Tolba déclarait : <em>« le seul moyen politiquement réaliste dont disposent les pays riches désireux d&#8217;apporter une assistance accrue aux pays pauvres consiste en une réduction des dépenses militaires car les ressources nécessaires ne peuvent être prélevées sur d&#8217;autres éléments des budgets nationaux »</em><sup>[2]</sup>. Déjà ! On pourrait ajouter que si les industrialisés ne peuvent pas se permettre de vivre au-dessus de leur moyens, si riches et puissants se doivent de limiter leur empreinte écologique pour limiter la casse pour tous, soyons vigilants à l&#8217;égard de tous les gaspillages ! Notre survie n&#8217;est-elle pas en sursis lorsque certains comme en France dépensent plus de 140 dollars par seconde pour maintenir et actualiser leur armement nucléaire ?</p>
<p>Les 500 ou 600 milliards de dollars de ce New Deal virtuel, aujourd’hui indisponibles, représentent peu ou prou le montant annuel que les puissances nucléaires (exceptée la Corée du Nord) pourraient dégager si elles limitaient leur défense à 1% de leur PNB ( à l&#8217;instar du Japon). En se rappelant que les pays membres des Nations Unies sont tenus de ne détourner vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde (article 26 de la Charte de l&#8217;ONU).</p>
<p>Dans la mesure où la pauvreté est la cause majeure de l&#8217;insécurité dans le monde, et que cette insécurité — et les conflits qu&#8217;elle va engendrer — ne peut qu&#8217;aggraver les dérèglements climatiques (l&#8217;aviation militaire consomme un quart de la consommation mondiale de kérosène), il y a de bonnes raisons de penser que le combat contre le réchauffement climatique passe par un programme de réduction des inégalités. Une réduction des investissements dans les équipements militaires y compris nucléaires aurait le terrible avantage de dégager des fonds tout en limitant les dégâts climatiques que les armées ne pourront pas ou plus occasionner.</p>
<p><em>« La pauvreté et l&#8217;absence de réponse aux besoins humains sont la pire forme de pollution »</em> avait déclaré Indira Gandhi. C&#8217;était en 1972, à Stockholm, lors de la première conférence des Nations Unies sur l&#8217;environnement.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1307" class="footnote">cf. Ben Cramer, « <a href="http://ecolosphere.net/archives/864-et-si-l-arbre-climatique-cachait-la-foret-des-conflits-armes/">Et si l’arbre climatique cachait la forêt des conﬂits armés ?</a> », <a href="http://ecolosphere.net/">ecolosphere.net</a>.</li>
<li id="footnote_1_1307" class="footnote">Cf. <em>Le Monde</em>, 8/9/1980</li>
</ol>
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		<title>Copenhague Top Départ</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Dec 2009 15:17:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Chronique]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[Premier billet de Denis Baupin, en direct de Copenhague.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Premier billet de Denis Baupin, en direct de Copenhague.</div><p class="meta2">Article également <a href="http://www.mediapart.fr/club/edition/quel-temps-copenhague/article/071209/copenhague-top-depart">publié sur Mediapart</a>.</p>
<p>Et voilà, on y est. Après des mois, voire des années, d’attente, le grand rendez-vous planétaire sur le climat a commencé. « L’humanité a rendez-vous avec elle-même », « Sommet de la dernière chance », etc. les superlatifs n’ont pas manqué pour qualifier ce sommet qu’on espère encore historique.</p>
<p>Sans doute ces qualificatifs sont-ils exagérés, tant il apparaît parfois difficile de retrouver le sens profond de la démarche dans la lourde mécanique bureaucratique onusienne. Pour autant, jamais sans doute un sommet international n’aura suscité une telle effervescence, une telle frénésie médiatique et une telle attente de la population.</p>
<p>Et ne boudons pas notre plaisir. Certes, ce sommet arrive bien tard, mais pour tous ceux qui, écologistes, alertent depuis des décennies sur les risques d’un mode de développement injuste, prédateur, gaspilleur, sur les risques que cela fait courir à l’humanité elle-même, il apparaît comme la reconnaissance qu’il est dorénavant impossible de penser l’avenir sur le modèle du passé.</p>
<p>Les questions mises sur la table n’en sont que plus nombreuses et plus cruciales : quels objectifs de réduction des gaz à effet de serre ? Quel partage de ces réductions entre pays industrialisés, pays émergents et pays pauvres ? Quel partage du fardeau financier des évolutions nécessaires des modes de développement, et de l’adaptation des territoires à la part inéluctable du dérèglement climatique ? Et donc, question sous-jacente, quelle reconnaissance de la dette climatique, d’une nécessaire redistribution nord–sud, de la responsabilité d’accueil des déplacés climatiques, etc. ? Quels mécanismes doivent être mis en œuvre pour réduire et contrôler les émissions, et notamment quelle part pour les mécanismes dits de flexibilité (marché du carbone, compensation, mécanisme dit du développement propre) qui sont loin d’avoir fait la preuve de leur pertinence depuis le protocole de Kyoto et doivent donc être sérieusement limités et encadrés ? Quelles technologies reconnues comme « propres », c’est-à-dire à soutenir dans les transferts de technologie à venir, et notamment comment en bannir définitivement les fausses solutions comme le nucléaire ? Quelle sera la participation demain des différents acteurs dans la mise en œuvre des politiques de réduction et d’adaptation, à commencer par les collectivités locales, aujourd’hui premier acteur réel de la lutte contre le dérèglement climatique ? Etc.</p>
<p>Cette liste longue et non exhaustive (on pourrait y ajouter les questions liées à la déforestation, la propriété intellectuelle, la souveraineté alimentaire des peuples, l’existence d’une future organisation mondiale de l’environnement et la conflictualité avec l’OMC, etc.) montre à quel point la négociation est ardue. Mais le fait qu’elle suscite rapports de force et tensions entre États est plutôt une bonne nouvelle : on touche au « dur ». Rien ne serait pire qu’un consensus mou où les problèmes seraient niés ou reportés à demain.</p>
<p>Pour autant, rien n’est gagné. Après des mois d’apathie voire de déprime ces dernières semaines, un semblant d’optimisme voire d’euphorie, semble régner dorénavant, que reflètent l’annonce de la venue des principaux chefs d’État et leurs déclarations y compris celle de Ban Ki Moon, etc.</p>
<p>Entre cet incessant chaud et froid, rythmé par les ballets diplomatiques, dont on peut gager qu’il durera tout au long des quinze jours à venir, difficile de discerner ce qui est le plus dangereux, entre l’euphorie rassurante et anesthésiante et le pessimisme qui pourrait conduire au fatalisme et à l’abattement. Comme dans tout bon thriller, où toute bonne partie de cartes, c’est quand la dernière levée s’achève, quand le dernier acte est joué, qu’on sait enfin si la partie est gagnée, si la victoire (ici collective) est atteinte.</p>
<p>Au cours de ces quinze jours, conservons donc deux boussoles. La première, c’est ce que nous disent les scientifiques : nous n’avons pas le droit d’échouer. Nous n’avons même pas le droit de tergiverser et de retarder les décisions à plus tard. Cela se paierait de millions de tonnes de carbone supplémentaires dans l’atmosphère et des dizaines de générations paieraient un prix insensé notre inconséquence. Il est déjà extrêmement tard, peut être bien plus tard que nous le pensons, n’aggravons pas encore les risques.</p>
<p>Le succès éventuel, nous le jugerons donc non pas aux communiqués plus ou moins grandiloquents mais aux engagements concrets et contraignants pris pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour financer l’aide aux pays du Sud. Des engagements pour maintenant, pas pour dans 50 ans !</p>
<p>Notre deuxième boussole est que rien n’est jamais joué tant que la cloche finale n’a pas retenti. Entre le fatalisme de l’échec et le faux succès de la douce euphorie, il y a une troisième voie pour l’accord responsable. C’est la voie de la volonté politique. Même dans les négociations les plus fermées, l’ambiance médiatique, la pression organisée de l’opinion publique peuvent être le petit « plus » qui peut changer le cours de l’Histoire.</p>
<p>Raison de plus pour rester mobilisés tout au long de ces quinze jours, partout, sur toute la planète. Copenhague nous concerne tous, aux quatre coins de la planète, du sommet de l’Himalaya aux îles Tuvalu, en passant par chacune de nos villes, chacun de nos territoires. Cette conférence se joue dans la plus grande salle de négociation jamais imaginée : la Terre. Chacun doit y prendre sa part.</p>
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		<title>Rente carbone contre rente pétrole ?</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1262-rente-carbone-contre-rente-petrole/</link>
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		<pubDate>Sat, 05 Dec 2009 21:05:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christian de Perthuis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[La préparation de « l’après pétrole » est un enjeu majeur de la négociation sur le climat. Elle ne peut pas se faire en l’absence des producteurs et exportateurs d’hydrocarbures. Encore moins contre eux. Il faut donc tenter de faire coopérer la rente pétrolière et la rente carbone.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">La préparation de « l’après pétrole » est un enjeu majeur de la négociation sur le climat. Elle ne peut pas se faire en l’absence des producteurs et exportateurs d’hydrocarbures. Encore moins contre eux. Il faut donc tenter de faire coopérer la rente pétrolière et la rente carbone.</div><p class="meta2">Un système de type <em>cap &amp; trade</em> qui plafonne les émissions de gaz à effet de serre puis autorise l’échange des permis crée <em>ex nihilo</em> une nouvelle rente de rareté : la rente carbone. Un couplage judicieux entre rente carbone et rente pétrolière pourrait rémunérer le maintien des stocks de carbone dans les gisements de pétrole et ainsi favoriser l’inclusion des pays exportateurs d’hydrocarbures dans les accords climatiques internationaux.</p>
<p class="meta2">Par Christian de Perthuis professeur associé à l’université Paris-Dauphine. Article publié dans la revue <a href="http://www.ismea.org/ismea/ecosoc.html"><em>Économies et Sociétés</em></a> (série <a href="http://www.ismea.org/ismea/energie.html"><em>Économie de l’Énergie</em></a>, <a href="http://www.ismea.org/ismea/energie.11.html">n<sup>o</sup> 11</a>, octobre 2009).</p>
<p>L’objet de la conférence de Copenhague est de poser les bases de ce que pourrait être un accord climatique post-Kyoto entrant en vigueur à partir de janvier 2013. La grande faiblesse du protocole de Kyoto a été l’insuffisance des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En raison de l’absence de ratification de l’accord par les États-Unis et de la montée en régime des grands pays émergents non concernés par les engagements, moins du tiers des émissions mondiales est soumis à une limitation durant la période d’application du protocole (2008–2012).</p>
<p>L’enjeu principal de Copenhague est par conséquent de trouver les voies d’un élargissement des engagements pour intégrer rapidement les États-Unis, les grands pays émergents comme la Chine, l’Inde, et les pays forestiers tels le Brésil ou l’Indonésie. C’est sur eux que se focalise l’attention des commentateurs. Curieusement, la question de l’intégration des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures dans un accord climatique post-Kyoto ne retient guère l’attention. Le précédent de la Russie qui a profité d’un formidable effet d’aubaine en signant le protocole de Kyoto devrait pourtant inciter à la vigilance. </p>
<p>Cet article se penche sur les conditions d’insertion du groupe des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures dans un accord climatique international. Après avoir rappelé les effets indésirables de la hausse du prix du pétrole, il introduit le concept de « rente carbone » qui résulte de l’instauration d’un prix du carbone. Il examine ensuite les oppositions d’intérêt entre rente pétrolière et rente carbone et trace des pistes de recherche d’une logique plus collaborative.</p>
<h3>Le renchérissement du pétrole repousse l’après pétrole</h3>
<p>L’idée qu’un pétrole cher est de nature à faciliter le virage vers une économie non émettrice de carbone est solidement ancrée dans les esprits. Le renchérissement de « l’or noir » contraint en effet les consommateurs à des efforts d’économie ce qui limite les gaspillages et accroît l’efficacité de son utilisation. Il tend à se transmettre aux autres énergies ce qui permet d’élargir les gains d’efficacité énergétique, de loin le premier levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre à court terme. Le renchérissement du pétrole incite au développement des énergies renouvelables qui deviennent plus rentables. </p>
<p>Pour autant, le renchérissement du pétrole n’a pas que des avantages pour le climat. Il a aussi des impacts potentiellement très dangereux à long terme si on compte uniquement sur lui pour réduire drastiquement les émissions mondiales de gaz à effet de serre.</p>
<p>Son premier effet pervers est d’inciter à accroître l’usage du charbon moins cher, plus émetteur et très abondant : les réserves prouvées de charbon sont estimées à près de 200 années de consommation actuelle, soit cinq fois la durée de celles de pétrole. Le charbon est généralement très peu coûteux à produire, notamment dans les mines à ciel ouvert comme celles d’Australie ou du Wyoming où il suffit de gratter le sol pour l’extraire. Jusqu’à présent, le renchérissement du pétrole a surtout conduit à utiliser plus de charbon dans la production électrique et dans certaines industries de base, le plus souvent localisées en Asie. Mais une remontée durable du prix du pétrole rendrait rentable la liquéfaction du charbon pour la fabrication de carburants. De nombreux projets sont dans les cartons pour développer cette filière de « charbon liquide » avec des risques redoutables pour les émissions : un carburant dérivé du charbon émet nettement plus de gaz à effet de serre que le super ou le diesel conventionnels.</p>
<p>Le second effet pervers du renchérissement du pétrole est d’allonger sa durée prévisible d’utilisation dans le monde. Les 40 années de réserves prouvées chiffrées par l’Agence Internationale de l’Énergie ne signifient nullement que dans 40 ans le pétrole aura disparu. Les progrès des techniques d’exploration feront découvrir de nouveaux gisements. Seule une petite partie du globe a fait l’objet d’une prospection systématique. Il est probable que de nouveaux gisements seront exploitables demain : tout dépendra du prix ! Le renchérissement du pétrole risque donc d’immobiliser des milliards pour vider le sous-sol de toutes sortes de pétroles aujourd’hui inconnus en retardant l’avènement de l’après pétrole.</p>
<p>Dernier inconvénient : une remontée durable du prix du pétrole accroît les ressources financières des acteurs qui sont économiquement et politiquement les plus intéressés à prolonger « l’aventure pétrolière ». La remontée du prix du pétrole accroît la rente pétrolière à l’origine de la richesse des grandes compagnies et des États producteurs. Elle augmente les moyens financiers pouvant être affectés aux investissements de recherche et d’exploration. Au plan géopolitique, elle renforce la posture des États pétroliers en rendant problématique leur adhésion aux objectifs de la diplomatie climatique internationale. Cette diplomatie s’efforce de mettre en place un système d’engagements qui fasse émerger au plan international un prix du carbone susceptible d’élargir une rente d’un nouveau type : la rente carbone.</p>
<h3>L’apparition de la rente carbone</h3>
<p>La rente s’associe à la rareté. C’est bien connu pour la rente pétrolière : le pétrole est une denrée non renouvelable, marquée par une rareté qui s’accroît à mesure que les gisements s’épuisent. Cette rareté s’exprime par une rente qui vient s’ajouter aux autres éléments du coût de production (y compris la rémunération du capital) lors de la formation du prix. La rente de rareté peut être accrue à court terme s’il y a une entente entre les principaux producteurs pour restreindre l’offre. À long terme, elle augmente au rythme de la raréfaction des réserves de pétrole dans le sous-sol<sup>[1]</sup>. </p>
<p>Un système de type <em>cap&amp;trade</em> qui plafonne les émissions de gaz à effet de serre puis autorise l’échange des permis crée <em>ex nihilo</em> une nouvelle rente de rareté : la rente carbone. Prenons l’exemple du système européen des quotas de CO<sub>2</sub>, le plus achevé en la matière. Deux milliards de tonnes de CO<sub>2</sub> émis par les industriels ne valaient rien avant l’introduction du système. Depuis le lancement du marché du carbone, ils valent entre 20 à 50 milliards d’euros suivant les cours du carbone. Cette valeur économique nouvelle est une rente qui vient s’ajouter aux coûts de production des émetteurs de CO<sub>2</sub>. Le prix du CO<sub>2</sub> est le prix de cette rente et dépend de la plus ou  moins grande rareté des quotas. Si l’Europe décide d’accroître ses engagements en resserrant la contrainte sur les industriels, la quantité de quotas diminue et le prix de la rente augmente. La valeur globale de la rente a tendance à s’élargir si l’impact du prix est plus marqué que celui des quantités, ce qui est généralement le cas du fait de la convexité de la courbe du coût marginal d’abattement. </p>
<p>Un deuxième mécanisme important de la rente se rattache à la différence dans les coûts de production. C’est la rente différentielle mise à jour par Ricardo à partir des différences de fertilité des terres. La rente différentielle permet de comprendre la distribution de la rente entre les différents producteurs. À la sortie du champ de Ghawar, le plus grand champ de pétrole du monde situé en Arabie Saoudite, le coût d’extraction d’un baril est de l’ordre de 2 dollars. Si le prix du pétrole se fixe à 100 dollars, la rente atteint 98 dollars par tonne extraite. En mer du Nord, ce coût avoisine 20 dollars. La rente revient à 80 dollars. Dans les forages en eau plus profonde ou pour extraire des pétroles non conventionnels, il faut dépenser nettement plus. La rente se rétracte puis disparaît dans les conditions d’extraction les moins favorables.</p>
<p>On retrouve ce jeu de la rente différentielle dans le partage de la rente carbone entre les industriels en Europe. Pour produire 5 000 kWh de courant, la consommation moyenne d’un ménage européen, on émet 5 tonnes de CO<sub>2</sub> avec une centrale à charbon, 2,5 tonnes avec une centrale à gaz ou zéro tonne depuis un barrage hydroélectrique ou une centrale nucléaire. Pour un prix du CO<sub>2</sub> de 20 euros la tonne, un électricien qui passe d’une production au charbon à une production au gaz obtient une rente différentielle de 50 euros pour produire ces 5 000 kWh. S’il bascule vers une source non émettrice, la rente différentielle atteint 100 euros. La recherche de rentes différentielles est la motivation qui pousse les firmes à réduire les émissions une fois que le carbone a un prix. Elle est écologiquement vertueuse.</p>
<p>Le concept de rente carbone est utile pour la compréhension du fonctionnement du système européen des quotas, et en particulier les enjeux du passage aux enchères<sup>[2]</sup>. Son application au protocole de Kyoto révèle combien la règle de l’allocation gratuite des permis aux pays fondée sur leurs droits historiques rend problématique l’extension des engagements : elle alloue une part inconsidérée de la rente carbone aux vieux pays industrialisés<sup>[3]</sup>. Dans le cas des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures, le problème est encore plus épineux car si la tarification des émissions de carbone se généralise à la suite d’un accord climatique ambitieux, la rente carbone va s’élargir en  grignotant graduellement la rente pétrolière.</p>
<h3>Rente carbone contre rente pétrole</h3>
<p>Sous l’angle de la demande, les perspectives de développement du pétrole sont très dépendantes de l’évolution du système de transport, de loin son principal débouché. Sous l’angle de l’offre, elles sont tributaires de contraintes physiques et de la mobilisation de la rente. Les réserves prouvées de pétrole sont estimées à environ 40 années d’extraction, au rythme actuel. Les trois quarts sont situées au Proche Orient. Depuis le début de l’aventure pétrolière, les hommes ont déjà extrait la moitié du pétrole gisant dans les puits connus. Cette situation correspond au fameux <em>peak oil</em> à partir duquel les rendements des puits commencent à décliner. Est-ce à dire que la planète va manquer de pétrole ? Probablement pas. Il existe des gisements de pétrole mal connus qui peuvent être découverts et exploités, même si leur accès est plus difficile et parfois dangereux pour l’environnement, comme en Amazonie ou en Arctique. Par ailleurs, de grande quantité de pétroles non conventionnels sont présents dans les sables ou roches bitumineux.</p>
<p>Ces nouveaux gisements sont plus coûteux à exploiter. Leur exploitation est par ailleurs nettement plus émettrice de gaz à effet de serre. Dans un monde sans contrainte carbone, la raréfaction du pétrole par tarissement progressif des gisements existants conduit à une hausse de la rente pétrolière. Cette rente s’incorpore au prix du baril qui s’élève et rentabilise la mise en exploitation de ressources non conventionnelles. Le processus se poursuit tant que le pétrole est plus rentable à utiliser que ses substituts. Il s’arrête sitôt qu’il devient plus rentable de faire tourner les voitures et autres moyens de transport à l’électricité, au biocarburant ou à l’hydrogène plutôt qu’avec du pétrole qu’on va récupérer sous la calotte glacière ou dans des sables canadiens ou vénézuéliens. Mais comme les alternatives sont limitées dans le secteur des transports, le prix du pétrole a de beaux jours devant lui en l’absence de contrainte carbone.</p>
<p>Le prix du carbone vient perturber la mécanique de la rente pétrolière. S’il se généralise à la suite d’un accord climatique mondial ambitieux, il conduit à un renchérissement des carburants utilisés pour le transport sans retour sur le prix versé au producteur : la rente créée par la politique climatique se partage entre les États consommateurs et les opérateurs sous quotas suivant le système d’allocation retenu. Le relèvement du prix du carbone finit par peser sur la demande de produits pétroliers. Cet affaiblissement de la demande finale se répercute sur le marché du pétrole brut où le prix baisse (sauf cartel du côté de l’offre). La baisse du pétrole réduit l’incitation à exploiter de nouveaux gisements. Au total, la hausse du prix du carbone fait baisser celui du pétrole brut. La rente carbone grignote progressivement la rente pétrolière en incitant les producteurs à ne pas mettre en exploitation les pétroles les plus chers qui sont aussi les plus sales. C’est écologiquement vertueux, mais frontalement opposé aux intérêts des producteurs.</p>
<p>L’intérêt des producteurs et exportateurs d’hydrocarbures n’est pas seulement de s’opposer à un accord climatique international susceptible de faire émerger un prix du carbone. Il est aussi de s’allier avec les grands pays émergents pour maintenir le monde dualiste hérité du protocole de Kyoto. Au plan environnemental, une telle coalition laisse le champ à une énorme fuite de carbone : les flottes de transport des pays émergents s’accroissent très rapidement et sont très loin des seuils de saturation. Au plan économique, le bénéfice est partagé entre les deux parties : les pays émergents profitent d’un prix du pétrole plus faible grâce à la contrainte carbone pesant sur les pays riches qui freine la demande ; les exportateurs d’hydrocarbures évitent une baisse plus forte du prix du pétrole qui résulterait de l’extension de la contrainte carbone à la partie de l’économie mondiale où la demande de carburants est la plus vigoureuse.</p>
<p>Face à cette situation complexe, les négociateurs du climat ont jusqu’à présent joué à l’autruche. Les concessions faites à la Russie, deuxième exportateur mondial d’hydrocarbures, ont permis de faire entrer en vigueur un protocole de Kyoto vidé de sa substance. La Russie est-elle pour autant devenue motrice dans l’action face au changement climatique ? Si on veut construire un accord climatique post-2012 ambitieux, il est temps de sortir la tête du sable. La préparation de « l’après pétrole » est un enjeu majeur de la négociation sur le climat. Elle ne peut pas se faire en l’absence des producteurs et exportateurs d’hydrocarbure. Encore moins contre eux. Il faut donc tenter de faire coopérer la rente pétrolière et la rente carbone.</p>
<h3>La recherche de voies coopératives</h3>
<p>Une condition préalable pour construire une approche coopérative est de reconnaître les oppositions d’intérêts économiques de moyen terme. Une approche coopérative ne peut en effet se construire que sur la base d’une appréhension non tronquée de la réalité. Deuxième préalable : Il est indispensable que les pays rentiers prennent pleine conscience de leur propre intérêt à sortir à long terme de la « malédiction des matières premières » en hâtant la reconversion de leurs structures économiques<sup>[4]</sup>. On peut ensuite mettre plusieurs types d’ingrédients dans la corbeille de négociation pour avancer vers des compromis sur un partage non conflictuel entre rente pétrole et rente carbone dans lequel les pays exportateurs d’hydrocarbures rejoignent un accord limitant les droits à émettre en échange du captage d’une partie de la rente carbone. L’une de pistes les plus prometteuses en la matière serait d’utiliser une partie de la rente carbone pour protéger les puits de carbone pétroliers qu’on souhaite préserver.</p>
<p>Généralement, une rente est attachée à un actif qu’elle rémunère. La rente foncière rémunère par exemple les propriétaires terriens et leur permet d’entretenir leurs fonds. La rente carbone a jusqu’à présent été partagée entre les émetteurs de gaz à effet de serre. Sa distribution ne rémunère pas les détenteurs des stocks de carbone qui restent en terre ou dans la biosphère plutôt que de partir dans l’atmosphère.</p>
<p>Le stock de carbone présent dans les gisements de pétrole aurait une valeur considérable si on le valorisait par exemple au prix du CO<sub>2</sub> affiché sur le marché européen. Dans les mécanismes actuels, conserver ce capital en terre ne rapporte rien. Une bonne incitation serait de rémunérer ce capital en terre par le versement d’un taux d’intérêt. Appliqué à l’ensemble des gisements, un tel mécanisme n’aurait pas beaucoup de sens : il ne serait économiquement pas efficace pour les gisements à faible coût d’extraction. Il serait coûteux et politiquement non accepté par les opinions publiques occidentales. En revanche, un tel mécanisme pourrait être expérimenté sur les nouveaux gisements dont on veut éviter la mise en exploitation pour des raisons climatiques.</p>
<p>Payer les détenteurs de gisement d’hydrocarbures pour ne pas les mettre en exploitation : une utopie ? C’est pourtant ce qui pourrait se passer en Équateur où le gouvernement a décidé de ne pas exploiter trois champs pétroliers situés dans le parc de Yasuni situé sur l’une des zones les plus riches en biodiversité du massif amazonien. Il escompte en échange recevoir une rémunération sous forme de crédits carbone pour rémunérer la conservation de quelques 410 millions de tonnes de CO<sub>2</sub> (l’équivalent des émissions de la France) dans le sous-sol.</p>
<p>Utiliser la rente carbone pour protéger les puits de carbone forestier est déjà abondamment discuté à la table des négociations climatiques. Il faudra aussi à l’avenir imaginer comment cette rente pourra demain protéger les puis de carbone pétrolier que la collectivité souhaitera protéger. La rente carbone pourrait alors hâter l’avènement de « l’après pétrole ».</p>
<h3>Bibliographie</h3>
<ol>
<li>Aldy J. &amp; Stavins R. et alii, [2007] <em>Architectures for Agreements: Addressing Global Change in the Post-Kyoto World</em>, Cambridge University Press,.</li>
<li>BANQUE MONDIALE [2009], <em>State and Trends of the Carbon Market</em>, World Bank.</li>
<li>CHEVALIER JM. et alii, [2009] <em>Les nouveaux défis de l’énergie, Climat-Économie-Géopolitique</em>, Economica.</li>
<li>DELBOSC A., DE PERTHUIS C., LEGUET B., <em>La place des instruments économiques dans les accords climatiques</em>, Complément publié dans TIROLE J. [2009] <em>Politique Climatique Nouvelle Architecture climatique</em>, Rapport du CAE.</li>
<li>DE PERTHUIS C. [2009] <em>Et pour quelques degrés de plus,… Nos choix économiques face au risque climatique</em>, Pearson.</li>
<li>ELLERMAN D., CONVERY F., DE PERTHUIS C., et alii, [2009] <em>Pricing Carbon, Lessons from the European Trading Scheme</em>, Cambridge University Press.</li>
<li>TROTTIGNON R. [2009] <em>Comprendre le réchauffement climatique</em>, Pearson.</li>
</ol>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1262" class="footnote">L’économiste Hotelling a montré que pour être optimal, le taux de croissance du prix de la rente doit converger vers le taux d’intérêt de long terme de l’économie.</li>
<li id="footnote_1_1262" class="footnote">Voir dans ce numéro la contribution de Michel Cruciani et Jan Keppler.</li>
<li id="footnote_2_1262" class="footnote">Voir de Perthuis (2009), chapitre V.</li>
<li id="footnote_3_1262" class="footnote">Voir sur ce point la contribution de Marie-Claire Aoun, <em>Les ressources pétrolières et gazières du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord : Bénédiction ou malédiction ?, </em>dans Chevalier, (2009), chapitre V.</li>
</ol>
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		<item>
		<title>Prix et marchés du carbone dans la négociation climatique internationale</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Dec 2009 21:05:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Christian de Perthuis</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>

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		<description><![CDATA[La conférence de Copenhague devra poser les bases de ce que pourrait être un accord climatique post-Kyoto entrant en vigueur à partir de janvier 2013.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">La conférence de Copenhague devra poser les bases de ce que pourrait être un accord climatique post-Kyoto entrant en vigueur à partir de janvier 2013.</div><p class="meta2">Par Christian de Perthuis, de l’Université Paris-Dauphine, auteur de <em>Et pour quelques degrés de plus… Nos choix économiques face au risque climatique</em> (Pearson) et Morgan Hervé-Mignucci, de la Mission Climat de la Caisse des Dépôts ; publié dans la revue <em>Alternative internationale</em></p>
<p>La grande faiblesse du protocole de Kyoto a été l’insuffisance des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En raison de l’absence de ratification de l’accord par les États-Unis et de la montée en régime des grands pays émergents non concernés par les engagements, moins du tiers des émissions mondiales est soumis à une limitation durant la période d’application du protocole (2008–2012).</p>
<p>L’enjeu principal de Copenhague est donc de trouver les voies d’un élargissement des engagements pour intégrer rapidement les États-Unis, les grands pays émergents comme la Chine, l’Inde, et les pays forestiers tels le Brésil ou l’Indonésie. Pour y parvenir, il est tentant d’imaginer une reconstruction radicale, et si possible simplificatrice, des accords climatiques internationaux en faisant table rase des instruments existants. Mais ce n’est pas ainsi que progressent les choses dans le monde réel. L’ambition de Copenhague et des futurs accords climatiques se mesurera à leur capacité à élargir la fraction des émissions mondiales déjà soumises à une régulation contraignante. Et pour y parvenir, mieux vaut partir de l’existant pour tenter de l’améliorer.</p>
<h3>La limite de Kyoto : la non crédibilité des engagements des États</h3>
<p>Le protocole de Kyoto prévoit la création d’un marché international de permis entre pays. Celui-ci s’appuie sur l’allocation d’Unités de quantité attribuées (UQA) à chaque pays de l’Annexe B, correspondant à ses objectifs d’émissions entre 2008 et 2012. Par exemple, la France s’est engagée à ce que la moyenne de ses émissions annuelles égale ses émissions de 1990 soit 564 Mt CO<sub>2</sub>e qui correspondent à son allocation annuelle sur la période. Un pays peut acheter ou vendre des UQA aux autres pays de l’Annexe B en fonction de ses besoins. Il peut également utiliser les deux mécanismes de projet introduits par le protocole : Mécanisme pour un développement propre (MDP) ou Mise en œuvre conjointe (MOC).</p>
<p>Le marché international des unités Kyoto entre pays qui devait constituer la clef de voûte du dispositif n’a pas véritablement démarré. La raison principale en est la non-ratification du protocole par les États-Unis et la générosité des allocations aux pays de l’ex-URSS, appelées « air chaud », qui font qu’il y a pléthore de droits et donc absence de rareté suffisante pour faire émerger un réel prix du carbone. Par ailleurs, les engagements des États dans un traité international ne permettent pas d’assurer la crédibilité de la contrainte de rareté. On l’a vu en 2001 lorsqu’un grand nombre de pays se sont « statistiquement » octroyés des droits supplémentaires après le retrait des américains en recalculant leurs inventaires ou encore aujourd’hui où personne n’imagine que les pays en dehors de leurs clous en 2012 paieront la moindre amende.</p>
<h3>Les leçons du système européen des quotas</h3>
<p>Il en va très différemment du système européen d’échange de quotas qui recouvre désormais 30 États européens. Le système des quotas européens a été conçu pour faciliter l’atteinte des objectifs Kyoto par l’Europe, mais il fonctionne sur une logique différent : il reporte une partie des engagements des États sous forme de contraintes imposées aux industriels. Dès 2005, plus de 10 000 installations industrielles qui émettaient auparavant librement du  CO<sub>2</sub> se sont vue assigné des plafonds d’émissions contraignants. Ces installations sont à l’origine d’un peu plus de la moitié des émissions européennes de  CO<sub>2</sub>. Chacune reçoit un plafond d’émissions sous forme d’allocation annuelle de quotas négociables appelés EUA (<em>European Union Allowance</em>), chaque quota donnant le droit d’émettre une tonne de  CO<sub>2</sub>. Ces quotas sont cessibles sur le marché, leur plus ou moins grande rareté faisant le prix d’équilibre.</p>
<p>Le système européen des quotas s’est rapidement imposé comme le principal marché du carbone au monde, sur lequel se fixe un prix qui fait référence au plan international car les industriels européens sont les premiers demandeurs de crédits Kyoto qu’ils peuvent utiliser dans certaines limites pour leur conformité. Il y a donc une forte relation entre le prix du quota européen de  CO<sub>2</sub> et le prix des crédits issus des projets Kyoto. C’est la contrainte de rareté imposée aux industriels européens qui a été à l’origine du développement du marché international des projets.</p>
<p>Dans l’optique des futurs accords sur le climat, l’élargissement des engagements des États serait bien plus crédible par extension des entités industrielles soumises au marché de <em>cap-and-trade</em>. Les nouveaux engagements pris par les États seraient ainsi gagés sur une régulation des sources domestiques d’émissions industrielles. Ce seraient ces sources qui interviendraient sur le marché et non les États qui se centreraient sur leur fonction d’autorité publique. Ceci permettrait de limiter les conflits d’intérêts des États engagés dans les négociations internationales.</p>
<p>De ce point de vue, un projet susceptible de totalement reconfigurer le paysage de la négociation internationale est en discussion au Congrès américain : le projet Waxman-Markey vise à couvrir 85 % des émissions des États-Unis soit un volume d’émission trois fois supérieur à celui des émissions plafonnées dans le système européen d’échange des quotas. S’il parvient au terme du processus législatif, la véritable négociation climatique pourra alors commencer. Il s’agira de voir à quelles conditions les grands pays émergents comme la Chine, l’Inde et les autres pourront intégrer un système crédible d’engagements reposant sur l’intégration de leurs sources d’émissions industrielles dans des systèmes de type <em>cap &amp; trade</em>.</p>
<h3>Les mécanismes de projets : un liant entre les marchés et un outil pour les émissions agricoles et forestières</h3>
<p>Les mécanismes de projet permettent à un acteur économique qui réduit ses émissions au-delà d’un scénario de référence de recevoir en contrepartie des crédits d’émissions. Ceux-ci sont ensuite utilisables sur un marché de quotas (ou pour réduire l’assiette d’une taxe carbone).</p>
<p>Les deux mécanismes de projet du Protocole de Kyoto se sont imposés comme les deux réservoirs majeurs de projets réduisant les émissions de gaz à effet de serre dans le monde. À peine huit ans après le lancement du MDP, plus de 4 600 projets sont en cours de développement, avec un potentiel de réductions d’émissions d’environ 2,8 Gt CO<sub>2</sub> d’ici à 2012. Compte tenu des délais de mise en œuvre, il est plus réaliste de miser sur un ordre de grandeur de l’ordre de 1,5 Gt CO<sub>2</sub> ce qui correspond à un transfert de l’ordre de 20 milliards d’euros depuis les pays développés vers les pays en développement d’ici 2012. Les chiffres de la MOC, démarrée plus tardivement, devraient atteindre quelques 330 Mt CO<sub>2</sub> d’ici à 2012.</p>
<p>Ces mécanismes comportent des défauts qui ont fait l’objet de critiques généralement justifiées mais parfois excessives : ils ont constitué des effets d’aubaine pour certains industriels producteurs de gaz fluorés, ont fait apparaître des coûts excessifs de gestion, ont très peu touché les pays moins avancés du fait de la part de marché dominante prise par la Chine, l’Inde, la Corée du Sud et le Brésil, ont enfin envoyé des incitations dangereuses tendant à déresponsabiliser les gouvernements des pays hors Annexe B.</p>
<p>Une grande partie de la négociation climatique actuelle vise à rechercher les voies d’une amélioration du fonctionnement de ces mécanismes de projets. Elle pourrait déboucher sur la mise au point de mécanismes adaptés aux émissions de l’agriculture et de la forêt, un ensemble à l’origine du tiers des émissions mondiales, et qui ne pourra avant longtemps entrer directement dans un système de type <em>cap &amp; trade</em>. C’est dans le domaine forestier que la discussion est la plus avancée, avec la recherche d’un mécanisme finançant la non-déforestation tropicale. Les mécanismes de projet, si les futurs accords climatiques permettent de passer à la vitesse supérieure, auront également une fonction importante de devise internationale pouvant être utilisée sur les différents marchés de permis régionaux.</p>
<p>On parle relativement peu du rôle des instruments économiques dans la négociation climatique, parfois présentés comme des accessoires, un peu compliqués, fabriqués par les experts à la demande des politiques. C’est pourtant à l’aulne de ces instruments qu’il faudra juger du degré de réussite de la conférence de Copenhague, et non à celle de l’emphase des déclarations de principes ou des ambitions affichées à la tribune.</p>
<div class="figure">
<table border="0" cellspacing="0">
<tbody>
<tr>
<td class="strong">1992</td>
<td>Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC)</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td class="strong">1997</td>
<td>Signature du Protocole de Kyoto</td>
</tr>
<tr>
<td class="strong">2003</td>
<td>Directive européenne instituant le marché de quotas de CO<sub>2</sub></td>
</tr>
<tr class="alt">
<td class="strong">2005</td>
<td>Entrée en vigueur du protocole de Kyoto</td>
</tr>
<tr>
<td class="strong">2005–2007</td>
<td>Phase de test du marché européen</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td class="strong">2008–2012</td>
<td>Période d’observance du protocole de Kyoto et deuxième période du marché européen</td>
</tr>
<tr>
<td class="strong">2009</td>
<td>Projet Waxman–Markey en discussion au Sénat américain et égociations de Copenhague</td>
</tr>
<tr class="alt">
<td>⬇</td>
<td>⬇</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<div class="caption">
<p class="legende">Négociations internationales et marchés carbone</p>
<div class="figure-description">
<p>Source : Mission Climat de la Caisse des Dépôts.</p>
</div>
</div>
</div>
<div id="attachment_1283" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2009/12/perthuis-alter-int-fig1.jpg" alt="Évolution des prix sur le marché carbone européen (EU ETS)" title="Évolution des prix sur le marché carbone européen (EU ETS)" width="500" height="256" class="size-full wp-image-1283" /><div class="caption"><p class="legende">Évolution des prix sur le marché carbone européen (EU ETS)</p><div class="figure-description"><p>Durant la phase test de lancement (2005–2007), des allocations trop généreuses ont fait baisser le prix. La contrainte a été renforcé durant la période actuelle (2008–2012) où la récession économique a déplacé le prix d’équilibre du marché vers 15–20 euros la tonne (contre environ 25–30 euros avant la crise). L’adoption du Paquet climat-énergie européen, en décembre 2008, définit pour l’Europe des objectifs ambitieux en termes de réductions jusqu’en 2020 et confirme le rôle central du marché d’échange de quotas dans leur réalisation lors de la troisième période (2013–2020). Le Paquet apporte des changements significatifs à l’EU ETS en systématisant notamment le rôle des enchères dans l’attribution des quotas aux industriels. <strong>Source : Mission Climat de la Caisse des Dépôts</strong>.</p>
</div></div></div>
<h3>Pour en savoir plus :</h3>
<ul>
<li>Christian de Perthuis, <em>Et pour quelques degrés de plus… Nos choix économiques face au risque climatique</em>, Pearson, 2008.</li>
<li>Christian de Perthuis et Anaïs Delbosc, <em>Le changement climatique – idées reçues</em>, éditions Le Cavalier Bleu, collection « idées reçues », 2009.</li>
<li>Raphael Trotignon, <em>Comprendre le réchauffement climatique</em>, Pearson, 2009.</li>
<li><a href="http://www.aprec.net/">Association pour la Promotion de la Recherche sur l’Economie du Carbone</a>.</li>
</ul>
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		</item>
		<item>
		<title>États-Unis : tout à gagner à réduire le méthane</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Dec 2009 17:58:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benjamin Dessus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Copenhague 2009]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[climat]]></category>

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		<description><![CDATA[Les États-Unis pourraient apporter une contribution importante dans la lutte contre les changements climatiques à moyen terme par une réduction de leurs émissions de méthane. Par Benjamin Dessus et Bernard Laponche, de l'association Global Chance.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Les États-Unis pourraient apporter une contribution importante dans la lutte contre les changements climatiques à moyen terme par une réduction de leurs émissions de méthane. Par Benjamin Dessus et Bernard Laponche, de l'association Global Chance.</div><p>Les récents engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines  des États-Unis annoncés par le gouvernement américain (−17 % par rapport à 2005, dont on peut supposer, en l’absence d’informations plus détaillées, qu’ils portent presque exclusivement sur les émissions de CO<sub>2</sub>) ont été accueillis en Europe avec un optimisme mitigé. Ils sont en effet à la fois indispensables pour permettre d’engager la négociation de Copenhague, mais chacun est conscient, y compris aux États-Unis, qu’ils restent très en deçà des engagements indispensables pour un pays qui concentre à lui tout seul environ 20 % des émissions de la planète.</p>
<p>Le retard pris depuis 1990 dans la lutte contre le réchauffement (+ 16 % entre 1990 et 2007 selon l’EPA, Environment Protection Agency) rend en effet très difficile pour ce pays une chute plus spectaculaire des émissions de CO<sub>2</sub> à brève échéance (2020) que celle actuellement proposée. Ces émissions, majoritairement liées à la consommation d’énergies fossiles sont en effet directement liées à un mode de vie et des infrastructures (d’urbanisme, de transport et de production d’énergie) qui présentent des inerties importantes. D’où l’importance de compléter ces premiers engagements de perspectives à plus long terme.</p>
<h3>Reste qu’à l’échéance 2020–2030 le compte n’y est pas.</h3>
<p>Il reste une marge de manœuvre à ces horizons, actuellement largement négligée, et qui mérite pourtant qu’on s’y arrête. La focalisation des efforts sur le principal gaz à effet de serre qu’est le CO<sub>2</sub> a en effet fait quelque peu oublier l’importance des autres gaz à effet de serre, en particulier du méthane.</p>
<p>En 2007 les émissions de méthane des États-Unis atteignaient 27 Mtonnes, en légère régression depuis 1990 (29 Mt) mais assez stables depuis le début des années 2000. Avec les conventions d’équivalence retenues à Kyoto de prise en compte d’un effet intégré de ces émissions à 100 ans (un « potentiel de réchauffement global » de 21 par unité de masse par rapport au CO<sub>2</sub> sur la période 2007–2107) ces émissions comptent pour 585 Mtonnes d’équivalent CO<sub>2</sub> dans le bilan d’émission des États-Unis en 2007, soit environ 8 % du total de ces émissions.</p>
<p>Mais ce coefficient 21, valable pour l’horizon 2107, ne l’est plus à plus court terme. Le méthane se caractérise en effet à la fois par une efficacité radiative beaucoup plus élevée que celle du CO<sub>2</sub> et un temps de résidence dans l’atmosphère beaucoup plus faible que celui du CO<sub>2</sub>. Son potentiel de réchauffement global à 10 ans (2020) atteint ainsi une valeur de 90 et à 20 ans (2030) de 72 (rapport 2007 de l’IPCC).</p>
<p>Toute action de réduction des émissions de méthane qui viendrait s’ajouter au programme proposé par les États-Unis, aurait donc, au delà de son rôle reconnu à long terme, une efficacité environ 4 fois plus importante aux horizons 2020–2030 qui font l’objet des préoccupations internationales.</p>
<p>L’analyse de l’origine des émissions de méthane des États-Unis montre que ce pays dispose de marges de manœuvre non négligeables pour agir à court terme dans ce domaine, avant 2020.</p>
<p>En effet, à côté des émissions liées à l’agriculture et à l’élevage qui comptent pour 33 % environ du total, la plus grosse part de ces émissions provient des secteurs miniers (gaz pétrole et surtout charbon) ou de la gestion des déchets urbains et du traitement de l’eau : 7,5 Mt pour les émissions des décharges ménagères et le traitement de l’eau, 5 Mt pour le système de production et distribution du gaz naturel, 3 Mt pour les mines de charbon, 1 Mt pour le pétrole, etc. Dans ces différents domaines les possibilités d’actions efficaces, rapides, peu onéreuses, sont nombreuses.</p>
<p>C’est tout particulièrement le cas pour les décharges d’ordures ménagères dont les émissions occupent la seconde place au États-Unis, juste derrière la fermentation entérique des animaux d’élevage. Le volume de déchets mis en décharge augmente rapidement (298 millions de tonnes en 2007 contre 209 en 1990). Une partie des 12 Mt de CH<sub>4</sub> émis est récupérée à des fins énergétiques ou torché, mais plus de 50 % (6,35 Mt) restent encore émis dans l’atmosphère. Les émissions correspondantes par habitant de ces décharges  (21 kg de méthane par habitant et par an pour 0,95 tonne/habitant/an de déchets) sont donc beaucoup plus importantes que dans un pays européen comme l’Allemagne par exemple (6,3 kg/hab/an de méthane pour 0,62 tonne/hab/an de déchets) qui a engagé depuis 20 ans une politique active dans ce domaine puisqu’elle a divisé par 3,5 les émissions de ses déchets depuis 1990.</p>
<p>Une division par deux des émissions des décharges est donc parfaitement envisageable avant 2020. Il en est de même pour le traitement de l’eau. De la même manière, une récupération plus systématique du méthane des mines en fonctionnement et des mines abandonnées, sur le modèle des opérations partielles aujourd’hui engagées aux États-Unis, permettrait de réduire les émissions de ce secteur de 1 Mt à court terme.</p>
<p>L’ensemble de ces mesures, sans même compter la méthanisation les fumiers et lisiers et la chasse systématique aux fuites des réseaux gaziers, devrait permettre une réduction supplémentaire d’émissions de CH<sub>4</sub> d’au moins 5 millions de tonnes  avant 2020 à des coûts économiques faibles du fait de la valorisation énergétique du méthane très souvent envisageable.</p>
<p>Cet effort supplémentaire sur le méthane aurait des conséquences bénéfiques sur le climat en 2020–2030 analogues à une réduction supplémentaire de l’ordre de 400 millions de tonnes de CO<sub>2</sub>. Quand on sait que la réduction de 17 % des émissions de gaz à effet de serre envisagée aujourd’hui représente à peine un milliard de tonnes d’équivalent CO<sub>2</sub>, cette contribution à la lutte contre le changement climatique serait loin d’être négligeable  et apporterait un complément de poids aux efforts indispensables des États Unis pour la réduction des émissions de CO<sub>2</sub>.</p>
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