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	<title>ecolosphere.net &#187; Articles</title>
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	<description>Ecolosphere.net est un lieu d’information, d’analyse et de débats, où sont abordées toutes les thématiques de l’actualité au sens large, mais analysées selon les critères de l’écologie politique, avec une visée prospective.</description>
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		<title>Les 13 leçons d’un défilé du 14 Juillet</title>
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		<pubDate>Sat, 06 Aug 2011 15:47:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ben Cramer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse Actu]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[Le rêve d’Eva Joly et la polémique qui s’ensuivit peuvent faire en sorte que les questions de défense soient au cœur des débats de la Présidentielle&#160;; que les citoyens se déterminent en fonction de cet enjeu.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Le rêve d’Eva Joly et la polémique qui s’ensuivit peuvent faire en sorte que les questions de défense soient au cœur des débats de la Présidentielle&#160;; que les citoyens se déterminent en fonction de cet enjeu.</div><h3>1. Refuser de jouer à cache-cache</h3>
<p>Le <em>«&#160;Cachez cet armement que je ne saurais voir&#160;!&#160;»</em> peut faire sourire et les âmes les plus prudes pourront s’en contenter. Mais décréter demain que le ministère de la défense devrait s’appeler le ministère de la paix est trompeur. Pareil pour une dénomination comme Ministère du Désarmement. La dissimulation n’apporte rien. Pour les salons de l’Armement, Eurosatory, Euronaval, même Le Bourget, des voix se font entendre pour les condamner. Pourtant, ces salons un peu pornos, où se fraie une clientèle très éloignée de la haute couture, faut-il les interdire&#160;? Leur bannissement aurait pour effet d’accroître les circuits parallèles, avec sa mafia et son argent sale. La transparence est un combat. Il le fut naguère pour connaître le nombre exact des essais nucléaires (un aveu qui n’intervint qu’en 2005). Il l’est pour les archives, il le sera pour les vétérans, les rétro-commissions de Taipeh à Karachi, ou le sort des bateaux de pêche coulés par erreur par des sous-marins en exercice. </p>
<h3>2. Tous les chemins mènent aux Champs Elysées</h3>
<p>Conformément au rêve d’Eva Joly, un défilé peut être très hétéroclite et inclure toutes sortes de publics. En Inde par exemple — oui, des défilés, il en existe ailleurs qu’en Corée du Nord — les éléphants, couverts de bijoux et de tissus aux couleurs flamboyantes, sont les vedettes du <em>Republic Day</em> le 26 janvier. Ils sont montés par des enfants récompensés dans leurs écoles pour leur courage. Sarkozy en a été le témoin en 2008. Depuis, les éléphants peu disciplinés, ont été écartés et les jeunes lauréats sont juchés sur des véhicules militaires. </p>
<h3>3. L’exception française, un atout à valoriser</h3>
<p>Si tous les militaires du monde ne défilent pas au pas le jour de leur fête nationale, il y a eu des variantes qui nous éloignent de la simple démonstration de force. Pour varier le ton, on aurait pu dire comme l’a fait Giscard d’Estaing en 1994, en voyant défiler des militaires allemands&#160;: <em>«&#160;Il y a des lieux pour la réconciliation&#160;»</em>&#160;! Et pour réconcilier les citoyens&#160;? Il existe des initiatives locales, au sein de l’Hexagone, qui pourraient <em>‘en rajouter’</em> toute l’année. Un exemple&#160;? L’association des Villes marraines. Créée en 1986, cette association réunit en 2011 l’ensemble des 150 collectivités territoriales, communes et départements. Chacune parraine l’une des huit unités opérationnelles de l’armée de terre. Et pas de jaloux chez nos amis de La Royale&#160;: la Frégate Latouche-Tréville est filleule de Saumur&#160;; la frégate la Motte-Picquet est marraine de Rennes. Depuis octobre 2001, Paris est la ville marraine du porte-avions Charles de Gaulle. Ceci démontre, s’il en était besoin que des efforts sont entrepris pour <em>‘souder’</em> les armées et le peuple et la nouvelle appellation du ministère de la défense — qui est aussi celui ides anciens combattants — va dans le même sens. L’armée ne veut pas se couper de la nation, même si le rapport à la mort des soldats fait que ce métier n’est pas un métier comme les autres. Via l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale, (IHEDN), notre chère patrie dispose de plus de 30 associations régionales qui soutiennent le développement des <em>«&#160;correspondants défense&#160;»</em> dans les communes et qui participent aux réserves opérationnelles et citoyennes. On pourrait donc proposer, à défaut de voir des enfants sur des chars (ou des éléphants), nationaliser l’événement avec des représentants des différentes communes.</p>
<h3>4. Ce qui est <em>‘pro’</em> n’est pas forcément mieux</h3>
<p>On a coutume de dire que les mauvaises herbes poussent toujours et bien oui, 15 ans après la <em>‘suspension’</em> du service national, les mauvaises herbes n’ont pas été arrachées. Ou pas correctement. Et voilà que le malaise éclate un 14 juillet…Joly clin d’œil&#160;! Oui, malaise il y a depuis que l’ <em>«&#160;armée de la nation&#160;»</em> qui défile sur les Champs (Elysées) est une armée de professionnels. D’ailleurs, en mai 1989, le 29 mai 89 très exactement, lorsque Giscard se prononce en faveur d’une armée de professionnels, Antoine Waechter (et la gauche) répliquent en affirmant leur attachement au service national. Et il serait faux de croire que les militaires se réjouissent tous d’être passés à une armée de volontaires.<br />
Maintenant, la voie est ouverte pour proposer, comme le fait Ségolène Royal, un moratoire sur la fermeture des régiments&#160;; ou introduire une loi qui empêcherait aux enfants de militaires de devenir militaire à leur tour, histoire de s’assurer que ce monde ne fonctionne pas en circuit fermé.</p>
<h3>5. S’exhiber oui, mais en sachant pour quoi</h3>
<p>L’exhibitionnisme militaire n’est pas un péché, ni même un abus de pouvoir. Quand on est le premier propriétaire foncier de France, (0,5&#160;% du territoire), on peut s’arroger le droit d’occuper du terrain. Et pourquoi ne pas en profiter pour frimer un peu&#160;? Il y a dans l’imaginaire collectif un peu de cocorico. La France et ses élites se vivent comme une grande puissance, avec des capacités de projection. C’est l’un des rares pays à posséder des sous-marins, l’un des rares à avoir un porte-avions à propulsion nucléaire, même s’il n’est opérationnel que deux jours sur trois. La France est l’un des neuf Etats à avoir des têtes atomiques qui en imposent. Dans la compétition mondiale des dépenses d’armement par habitant, nous sommes devancés par les États-Unis, l’Arabie Saoudite et le Royaume-Uni. Pour ce qui est des dépenses d’armement nucléaire par tête de pipe, nous figurons au 3<sup>e</sup> rang sur le podium, juste derrière Israël et les États-Unis. On peut ricaner sur ce besoin de montrer ses muscles, en faisant le pari que cela n’impressionne personne, pas même les attachés militaires étrangers flanqués à la tribune officielle. Mais il serait tout aussi réaliste de se dire que les nantis éprouvent le besoin de s’armer – et de le faire savoir. Ce qui peut passer pour de l’arrogance de l’homme blanc n’est souvent que mauvaise conscience. Les nantis savent bien que les crève-la-faim, les exclus qui sont privés de 80&#160;% des ressources naturelles de la planète, seront de plus en plus tentés de réclamer leur dû, et contester la répartition des richesses telle qu’elle est pratiquée. Que les voyeurs d’un 14 juillet méditent ces propos..</p>
<h3>6. Assurer la sécurité et les sécurités</h3>
<p>Vouloir <em>‘civiliser’</em> ou démilitariser les célébrations du 14 juillet est à la fois complexe et évident dans la mesure où les menaces militaires n’apparaissent plus comme le seul facteur d’insécurité dans le monde. Pas besoin d’avoir fait Polytechnique pour repérer l’avènement de la sécurité écologique, les débats sur la sécurité alimentaire, énergétique, la sécurité humaine. La France ne veut pas forcément se retrouver dans la situation d’Israël qui, à force de se bunkeriser, a omis de consacrer le moindre shekel pour affronter les flammes d’un incendie de forêt et à dû emprunter des Canadairs à des voisins ou alliés compatissants&#160;! Reste à savoir comment, sans être un <em>«&#160;naïf inconséquent&#160;»</em> ou encore un <em>«&#160;pacifiste bêlant&#160;»</em> (<em>dixit</em> Hernu), comment transmettre ces images, faire défiler les pompiers, OK, mais aussi les garants d’une sécurité énergétique, les agents du SAMU Social. Les casques bleus aussi. En ouvrant dès 2012 un centre de formation comme cela se fait en Finlande. Un défilé pourrait aussi un jour inclure un détachement de <em>«&#160;casques verts&#160;»</em>, unités réclamées par les écologistes il y a vingt ans, déjà. Ces casques verts seraient sûrement plus utiles que les incantations en faveur d’une autorité mondiale de l’environnement, nouvelle usine à gaz onusienne dont les États pauvres se méfient, à tort ou à raison. </p>
<h3>7. Attention au <em>«&#160;dépenser moins pour mourir moins&#160;»</em></h3>
<p>Quelle que soit notre attirance pour la pensée au garde-à-vous, la baisse de budgets militaires ne va pas tout régler, loin de là. La décroissance a des limites, n’en déplaise à l’écologiquement correct. Comme pour le développement durable que les forces armées tentent d’intégrer, les généralités masquent les ignorances. Les Verts ont prôné durant longtemps, trop longtemps, qu’il suffirait par exemple d’affecter 1&#160;% du budget de la Défense <em>«&#160;à la paix et à la résolution des conflits&#160;»</em> avec un Corps Civil Européen de Paix (CCEP). Espérons qu’ils ont dépassé le stade du pays de Bisounours. Car d’autres exigences s’imposent. </p>
<p>Les Chinois dépensant aujourd’hui 23 fois moins que les Français, nous disposons de quelque marge. On pourrait considérer une réduction de nombre de kilomètres carrés des terres affectées/sacrifiées aux manœuvres et les tirs &#8211; sans oublier que les militaires n’ont pas été à l’origine de l’affaire de l’extension du camp du Larzac<sup>[1]</sup>. Cela aurait pour inconvénient de mettre les sites Natura 2000 entre les brigands de l’immobilier, mais pour avantage écologique d’accélérer l’apprentissage par simulation. Si l’indépendance n’a pas de prix, le carburant englouti dans toutes les activités et incursions militaires assure sans doute une grande partie de notre dépendance à l’égard des ressources pétrolières étrangères. Aussi nous faudra-t-il cogiter pour doser la fermeture de telle ou telle base, dans telle ou telle ex-colonie, l’élimination de tel ou tel système d’armes et selon quel critère. Cet exercice est subtil car celui ou celle qui croit que les mêmes règles peuvent s’appliquer à tous se plante. Tout comme l’interdiction de ne pas dépasser les 20 km/h pour la tortue, le guépard et le pingouin. Ce qui semble évident pour la conduite automobile, l’est encore davantage pour l’éducation des enfants ou la gestion des armées.</p>
<p>Pour revenir à l’argent qui n’est pas seulement le nerf de la guerre mais de la paix, la France pourrait plafonner ses dépenses d’équipement et de fonctionnement à 1&#160;% du PNB. Le chiffre n’a pas été pris au hasard&#160;: le Japon s’impose cette restriction depuis 1976. Mais pas de démagogie&#160;: le désarmement n’est pas un long fleuve tranquille. Il coûte cher. Un État comme le nôtre ne peut se défiler pour le déminage ou dépollution des sols, la décontamination des bases, le désamiantage des bâtiments de la Marine, etc. Assurer le démantèlement des sous-marins, surveiller le cœur des réacteurs, c’est aussi du savoir faire, de la volonté politique et …de l’argent. </p>
<p>Même si le défilé le cache bien, la crise frappe aussi les forces armées. Il y a crise dans les effectifs. En perdant 6000 marins d’ici 2014, la marine va se serrer la ceinture, les marins feront à deux ce qu’ils faisaient à trois. Les restrictions budgétaires dramatisent la crise de recrutement, et la défense <em>«&#160;au rabais&#160;»</em> implique le recours systématique au système D et au privé. Enfin, la façon dont sont traités les vétérans mérite un coup de gueule dans un pays qui pavoise en raison de ses traditions militaires et salue ses morts en laissant dans l’ombre ou le désespoir ceux et celles qui sont paumés et traumatisés à vie. </p>
<h3>8. Penser la défense d’un point de vue écologique</h3>
<p>Que les centres du CEA soient labellisés ISO 14001 n’est pas la panacée. Pour assurer la sécurité du citoyen, il vaut mieux comptabiliser les dégâts et évaluer la dépollution. Concernant les munitions chimiques, des lacs comme Arillé et Gérardmer méritent des soins attentifs. Dans l’outre-mer, de nombreuses munitions de la 2<sup>e</sup> Guerre Mondiale reposent encore, dont des mines dans le lagon de Nouméa. Si la France peut se prévaloir d’être le premier État membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU à avoir ratifié (en mai 1995) cette Convention sur l’interdiction des armes chimiques, l’usine de destruction des munitions chimiques anciennes ne sera opérationnelle qu’à partir de 2012 et plutôt 2015. Motif&#160;: le manque d’argent&#160;! </p>
<p>Tandis que des efforts sont entrepris à Brest pour tenter la reconversion des arsenaux et concevoir un pôle d’excellence dans le démantèlement des sous-marins, d’autres réflexions et propositions sont à mettre sur la table. Parmi elles, la mise en place d’un programme <em>«&#160;Des mégatonnes à mégawatts&#160;»</em> — afin de fournir un débouché énergétique au démantèlement des têtes nucléaires, comme le font les Russes en vendant leur électricité aux Etats-Unis, et ce depuis février 1993, à partir de la conversion de 500 tonnes d’uranium hautement enrichi.</p>
<p>Œuvrer pour la sécurité écologique, c’est réclamer de la France, signataire du Protocole de Kyoto, d’arrêter d’exempter les activités militaires. Sachant que 70&#160;% de toutes les émissions de dioxine de carbone émises par l’Etat sont à mettre sur le compte du ministère britannique de la défense (MOD), l’empreinte écologique de notre ministère mériterait quelque attention. Enfin, si l’on dresse la liste des pays qui se sont engagés pour la <em>‘neutralité carbone’</em> — le Costa Rica, l’Islande, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et Monaco ¬— on s’aperçoit aisément que ce sont des États qui dépensent un pourcentage infime de leur PNB pour leur armement, voire zéro.</p>
<p>Dans le cadre d’un programme à présenter aux électeurs, dressons l’aperçu de quelques priorités. Adhérer à la convention sur l’interdiction d’utiliser des techniques de modification de l’environnement à des fins militaires, dite ENMOD. Un passage obligé. La France aurait pu le faire depuis 35 ans<sup>[2]</sup>, et d’autant plus que c’est le premier traité, signé par tous nos voisins et amis, qui évoque la guerre environnementale. Parmi les autres options qui ne coûtent pas cher, un ministère chargé de notre sécurité peut débloquer des fonds pour les lanceurs d’alerte qui méritent une protection juridique, et trouver de nouvelles orientations pour démilitariser la recherche scientifique. À défaut de <em>‘zéro mort’</em> qui ne leurre personne, l’objectif de <em>‘zéro armes à uranium appauvri’</em> est concret, réaliste, et vise la fermeture du centre de Bourges. </p>
<h3>9. Revisiter nos alliances et nos chaînes</h3>
<p>Sans faire allusion aux propos d’Eva Joly, Gérard Longuet a mis <em>«&#160;les choses&#160;»</em> au point&#160;: <em>«&#160;nos moyens militaires n’ont pas vocation à animer des parades&#160;»</em> (JDD le 31 juillet 2011). Une façon diplomatique de dire « nous ne sommes pas là (en Libye par exemple) pour rigoler». Espérons-le&#160;! Mais l’interventionnisme ne nous évitera pas la question délicate des relations franco-américaines. Le complexe militaire surdimensionné des Etats-Unis pourrait connaître des lendemains aussi pénibles que ceux qu’a connus l’URSS au moment de sa chute. Et si certains sont allergiques à ’La Grande Muette’, c’est tout de même dans ses rangs (à elle) que la question qui fâche a été posée&#160;: peut-on encore être anti-américain depuis que la France a rejoint le commandement militaire de l’OTAN&#160;? (général Vincent Desportes). D’ailleurs, alors que l’OTAN n’est plus indispensable à l’Empire, il y a beaucoup à cogiter pour trouver la sortie. Pour l’instant, une répartition des tâches se précise&#160;: les Etats-Unis s’occupent de l’espace, et de sa militarisation&#160;; ils se focalisent sur l’Asie en ayant à l’esprit leur bras de fer avec la Chine. Quant aux Européens qui gesticulent, ils sont chargés de neutraliser les <em>«&#160;voyous&#160;»</em>, ce qui est tout de même beaucoup moins valorisant. De plus, l’intervention en Libye a fait exploser l’Europe de la défense. Tout comme l’accord nucléaire franco-britannique. </p>
<h3>10. Nucléariser le débat</h3>
<p>Peut-on imaginer un lien entre les forces nucléaires et le peuple&#160;? Même s’il n’y a plus d’appelé parmi les équipages de sous-marins&#160;? Si oui, tentons de faire passer le message, quitte à exiger que les sous-mariniers et sous-marinières (parité oblige) défilent le 14 Juillet, eux et elles aussi. Ce qui ne nous empêcherait pas d’épouser le rêve de voir défiler des représentants de collectivités locales qui, à l’instar de ce qui se fit au Royaume-Uni durant l’époque Thatcher, s’étaient déclarées zones dénucléarisées, y compris le Pays de Galles et Manchester.<br />
L’idée d’un référendum est-elle si hérétique.&#160;? Faisons appel à notre mémoire&#160;: lors d’un entretien à la télévision le 10 mai 1994, Mitterrand n’exclut pas un referendum en cas de conflit entre le gouvernement et le parlement sur la doctrine nucléaire.<br />
De toute façon, la dénucléarisation du continent constitue un casse-tête dont l’issue nous dépasse. Que Paris ait évité l’inscription, dans le concept stratégique de l’OTAN à Lisbonne en novembre 2010, <em>«&#160;de l’engagement de désarmement nucléaire&#160;»</em> ne doit pas étonner. Mitterrand s’y opposait déjà dans les années 90. Et les plus <em>‘accrocs’</em> au dogme nucléaire rappelleront que notre arsenal constitue au bas mot 1&#160;% du potentiel nucléaire mondial et qu’il n’y a pas lieu de s’en émouvoir. </p>
<h3>11. Le nucléaire n’est pas affaire d’interdiction</h3>
<p>Se prononcer contre les munitions nucléaires est louable, qu’elles soient emportées sur des Rafale ou embarquées sur sous-marins (à 95&#160;% chez nous). Le bon sens aidant, ces armes sont incapables de dissuader le moindre terroriste ou terrorisme. Le <em>«&#160;Global Zero&#160;»</em> nucléaire, très ’people’, fait recette. Il rassemble des partisans et surtout ceux parmi les convertis-repentis de la dernière heure, des anciens va-t-en guerre nucléaire, surnommés avec ironie les chevaliers de l’Apocalypse. Tous prônent l’abolition. Pour référence dans la croisade, la Cour Internationale de Justice de La Haye. Pourquoi&#160;? Parce qu’elle s’est exprimée en 1996 sur l’illégalité de l’usage ou de la menace par des armes nucléaires. Sauf que. Par sept voix contre sept, la Cour <em>«&#160;ne peut cependant pas conclure de façon définitive que la menace ou l’emploi d’armes nucléaires serait licite ou illicite dans une circonstance extrême de légitime défense dans laquelle la survie même d’un Etat serait en cause&#160;»</em>. La Cour a donc implicitement reconnu que le droit international ne peut pas priver un État du droit de recourir à l’arme nucléaire si cela constitue l’ultime moyen par lequel il compte assurer sa survie. Bref, le jugement ne fait pas avancer la cause, sème le doute et flingue toute solution qui passerait par le recours à la loi. Tant mieux peut-être et tant pis pour les juristes&#160;: après tout, l’arme nucléaire — baromètre du pouvoir des États dans le monde — n’est pas un simple poison qu’il faudrait bannir des théâtres d’opération comme on interdit la cigarette dans les lieux publics, les trottoirs et les plages. </p>
<h3>12. Sortir des clichés sur l’unilatéralisme</h3>
<p>Eva Joly déclare le 30 juin 2011 sur les ondes de France Inter <em>«&#160;Pas de sortie unilatérale de la dissuasion nucléaire.&#160;»</em> Mais pourquoi ce braquage à contretemps&#160;? Pour ne pas paraître trop naïve&#160;? Pour s’immuniser contre quelle école du pacifisme&#160;? D’un point de vue politique, la remarque est regrettable&#160;: c’est laisser entendre qu’on préfère les magouilles inter-gouvernementales (sur les armes dites <em>«&#160;tactiques&#160;»</em>, par exemple, qui n’ont <em>‘que’</em> 500 km de portée<sup>[3]</sup>, favorisant ainsi le statu quo plutôt que les mobilisations populaires, et les actions de masse. Secundo, la remarque pêche par manque de réalisme politique. Observons la diplomatie atomique française. C’est aujourd’hui le seul État doté d’armes nucléaires qui a déployé des systèmes d’armes nucléaires sol-sol (au plateau d’Albion) et, de façon unilatérale, les a éliminées. Est-ce condamnable&#160;? En mai 1989, Gorbatchev annonça le retrait unilatéral de 500 ogives nucléaires dispersées sur la partie européenne de l’URSS. Une erreur&#160;? Heureusement que le Cambodge n’ait pas attendu un geste <em>«&#160;multilatéral&#160;»</em> pour inclure dans sa Constitution l’interdiction de présence de bases étrangères&#160;; heureusement que la Mongolie n’a pas raillé l’unilatéralisme quand son gouvernement a décidé, avec vote au Parlement, de garantir la dénucléarisation du territoire national&#160;! Etonnement, les précautions oratoires d’Eva Joly semblent contredire d’autres voix parmi les vertes. Parmi elles, celle de Dominique Voynet qui déclarait tantôt&#160;: « Je considère que la France aurait tout intérêt à montrer le chemin en prenant des initiatives fortes vers un désarmement unilatéral à l’instar de la Suède ou de l’Afrique du Sud»<sup>[4]</sup>.</p>
<h3>13. La réintroduction du politique</h3>
<p>Rien ne sert de résumer. On pourra sûrement philosopher sur l’insoutenable pesanteur d’un armement, &#8211; qui est aussi une manière de penser &#8211; songer au statut qu’il confère, et épiloguer sur la dimension politique des aventures nucléaires de par le monde. Mais à défaut d’enclencher une dynamique qui réconcilie la défense de l’écologie et une défense écologique, braquons nos projecteurs sur un passé pas si lointain, du temps du mouvement pacifiste trans-européen. Sans nostalgie. Mais pour montrer que les enjeux relatifs aux armes sont déterminants. Ce mouvement a eu pour acteurs et interlocuteurs des intellectuels d’END de Dublin à Athènes, des démocrates soviétiques comme Pliouchtcht, les membres de la Charte 77 à Prague, des &laquo;&nbsp;dissidents&nbsp;&raquo; comme Wolf Bierman en Allemagne de l’Est. Il a eu pour complices des mouvements de femmes et des syndicats d’appelés. Il s’était fixé pour objectif de ne pas accueillir de SS 20 et des GLCM, (acronymes yankee pour missiles de croisière basés au sol). Ce faisant, il fut contraint d’élargir son champ d’intervention, avec des associations religieuses et des militaires. Il a été le déclencheur de tout le mouvement pour les droits civils à l’Est (européen). Quand bien même l’OTAN tente de revendiquer <em>«&#160;sa&#160;»</em> victoire dans la guerre froide, ce mouvement a joué un rôle indéniable dans le processus qui a conduit à l’effondrement du Mur de Berlin.</p>
<p><strong>Voici quelques <em>‘leçons’</em> et/ou quelques rappels pour considérer que le débat — concernant tout citoyen y compris sous l’uniforme — ne devrait exclure personne, ni le 14 juillet, ni un autre jour.</strong><br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1515" class="footnote">contrairement à la légende cf. J. Toulat, <em>Combattant de la non-violence</em>, ed Cerf, Paris 1983</li>
<li id="footnote_1_1515" class="footnote">la France a pris 22 ans pour signer le Traité de Non Prolifération nucléaire ou TNP</li>
<li id="footnote_2_1515" class="footnote"><em>«&#160;tactique&#160;»</em> par rapport à quoi&#160;? <em>sic&#160;!</em></li>
<li id="footnote_3_1515" class="footnote">Alternatives non-violentes n<sup>o</sup> 157, 4<sup>e</sup> trimestre 2010</li>
</ol>
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		<item>
		<title>Vous avez dit «&#160;naïveté inconséquente&#160;»&#160;?</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1514-vous-avez-dit-naivete-inconsequente/</link>
		<comments>http://ecolosphere.net/archives/1514-vous-avez-dit-naivete-inconsequente/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 19 Jul 2011 22:49:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[Du fait des déclarations scandaleuses du Premier ministre français — estimant que <em>«&#160;cette Dame&#160;»</em>, Eva Joly, n’avait pas une culture ancienne des valeurs françaises — ne risque de subsister à la polémique née autour du défilé du 14 juillet que l’interrogation sur les droits des binationaux à s’exprimer sur les questions de Défense nationale.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Du fait des déclarations scandaleuses du Premier ministre français — estimant que <em>«&#160;cette Dame&#160;»</em>, Eva Joly, n’avait pas une culture ancienne des valeurs françaises — ne risque de subsister à la polémique née autour du défilé du 14 juillet que l’interrogation sur les droits des binationaux à s’exprimer sur les questions de Défense nationale.</div><p>C’est certes une question importante. Et ce d’autant plus qu’elle montre qu’il n’y a pas loin du militarisme au nationalisme, et jamais loin du nationalisme à l’intolérance, voire à une xénophobie de moins en moins cachée, y compris de la part d’une droite qui, il n’y a pas si longtemps encore, se prétendait la plus distante de ses extrêmes. Parce qu’ils n’ont pas hésité à sortir la grosse armada des arguments les plus agressifs et sectaires, dès que le tabou du soit-disant consensus autour de la politique militariste de la France est apparu menacé, cette polémique aura aussi montré la fébrilité des défenseurs du militarisme.</p>
<p>Ceci étant cette polémique dans la polémique risque bien d’avoir atteint son but, détourner le débat de la question essentielle&#160;: y a-t-il une quelconque pertinence, en ce début de 21<sup>e</sup> siècle, à entretenir et exhiber à chaque occasion (14 juillet, 11 novembre, 8 mai, <em>etc.</em>) une organisation militaire structurée autour de ses engins de mort, et supposée entretenir la nostalgie d’une France superpuissance&#160;?</p>
<p>Alors revenons-y. Et en nous appuyant sur l’éditorial plein de mépris publié par Laurent Joffrin dès le 15 juillet intitulé <em>«&#160;Eva Joly, la naïve inconséquente&#160;»</em>, dans lequel ce dernier estime tout en finesse que celle-ci ferait mieux de <em>«&#160;s’occuper de son jardin bio&#160;»</em>&#160;! Le militarisme est sans doute une question trop sérieuse, selon M. Joffrin, pour que les politiques, et notamment les candidats à l’élection présidentielle, s’en emparent. Il devrait rester l’apanage des militaires, des gens <em>«&#160;sérieux&#160;»</em>, et visiblement de quelques éditorialistes sans imagination, pour lesquels ressasser des lieux communs et dénigrer qui pense différemment semblent suffire à faire parler de soi.</p>
<p>Dans le <em>tweet</em> qu’il adresse pour accompagner la publication de son édito, Laurent Joffrin indique  d’ailleurs tout aussi subtilement <em>«&#160;Eva Joly veut supprimer le défilé du 14 juillet. La guerre aurait donc disparu de la terre&#160;?&#160;»</em>. Que peut donc signifier cette phrase consternante&#160;?</p>
<p>Peut-on imaginer que Laurent Joffrin estime qu’organiser des défilés militaires serait la meilleure façon d’éviter les guerres&#160;? Sans doute, dans ce cas, serait-ce une nouvelle déclinaison maladroite du proverbe latin <em>«&#160;Si vis pacem, para bellum&#160;»</em><sup>[1]</sup> au nom duquel tant de crimes et d’aberrations ont déjà été commis&#160;! À en juger par le nombre de défilés militaires organisés par la France depuis des décennies, et le nombre de guerres auxquelles elle a malgré tout participé — et qu’elle a toutes perdues, de la débâcle de 1870, aux défaites de 1914 et 1940, sans compter les guerres de décolonisation où la force armée française brutale pourtant militairement dominante ne sut heureusement compenser l’injustice de la guerre sale menée — le moins qu’on puisse dire est que le militarisme français est loin d’avoir démontré sa pertinence tant en efficacité défensive qu’en potentiel facteur de paix&#160;!</p>
<p>Peut-on, au risque d’apparaître aux yeux de M. Joffrin comme d’incurables naïfs, s’interroger si ce n’est pas au contraire la surenchère guerrière, la course aux armements, la volonté dominatrice de quelques puissances militaires — et le système international injuste qu’elles tentent ainsi de faire perdurer — qui constitue l’un des principaux facteurs d’instabilité géopolitique et donc de guerre&#160;?</p>
<p>Chaque année, la communauté internationale dépense bon an mal an environ 1500 milliards de dollars en dépenses militaires. Une somme considérable, qui échappe globalement à toutes récessions, programmes d’économies budgétaires, etc. — la situation de la Grèce est de ce point de vue emblématique — malgré son inutilité sociale évidente.</p>
<p>Il n’est pas inutile de mettre cette somme en regard de celles que la communauté internationale estimerait nécessaire pour lutter contre les principaux fléaux qui menacent l’humanité, mais qu’elle ne trouve jamais&#160;! Le coût annuel de la lutte contre le dérèglement climatique, et pour anticiper ses effets, a été évalué lors des conférences internationales à environ 100 milliards de dollars par an. Les besoins financiers nécessaires pour mettre en œuvre les objectifs du Millénaire fixés par l’ONU — pour lutter contre la pauvreté, la malnutrition, l’analphabétisme, <em>etc.</em> — ont, eux, été évalués de l’ordre de 50 milliards de dollars par an. On peut donc estimer que le coût de la résolution de ces deux fléaux majeurs pour l’humanité correspond à environ 1/10<sup>e</sup> des dépenses militaires mondiales.</p>
<p>Sans doute certaines bonnes âmes feront-elles remarquer qu’aligner ces chiffres a peu de sens, et que ce qu’on économiserait d’un côté n’irait pas forcément de l’autre. À voir. En effet, les principaux contributeurs aux dépenses militaires sont aussi ceux qui émettent le plus de gaz à effet de serre, qui font perdurer un système d’échange international profondément inégal, et surtout qui rechignent le plus au financement des mécanismes destinés à enrayer misère et crise écologique. </p>
<p>Et surtout, force est de constater que ce sont dorénavant les <em>think tank</em> militaires, américains et allemands notamment, qui s’intéressent le plus aux dégâts prévisibles du dérèglement climatique et de l’épuisement des ressources pétrolières. Au regard des enseignements qu’ils en tirent, les plus catastrophistes des écologistes apparaissent d’ailleurs comme d’aimables <em>Bisounours</em>. Pour eux, pas de doute&#160;: ces catastrophes écologiques constituent dorénavant un risque majeur de déstabilisation sociale, économique et géopolitique au niveau planétaire.</p>
<p>Comme chacun peut l’imaginer, les réponses qu’ils y apportent, en terme de contrôle militaire des ressources, de limitation des migrations internationales, de maintien des intérêts économiques des pays riches, <em>etc.</em> ne correspondent pas exactement à la vision angélique d’un L. Joffrin nous décrivant les militaires comme des <em>«&#160;citoyens désintéressés&#160;»</em> prêts à secourir les <em>«&#160;révolutions démocratiques&#160;»</em>.</p>
<p>Si, à l’image de ces <em>think tanks</em>, on peut s’accorder à penser que les risques planétaires constituées par les crises écologiques et l’injustice des rapports nord–sud font bien partie des principales menaces à la paix et la démocratie dans le monde, peut-être les naïfs que nous sommes peuvent-ils s’interroger si consacrer à leur prévention l’équivalent de 10&#160;% de ce qu’on consacre aujourd’hui aux engins de mort ne constituerait pas un investissement pertinent.</p>
<p>À l’inverse, ne peut-on penser que les plus naïfs ne sont pas ceux qui se revendiquent anti-militaristes (non pas contre des personnes, mais contre un système&#160;: le militarisme) et proposent de réduire massivement les dépenses d’armement&#160;? Mais bien plutôt ceux qui, bien que se revendiquant de gauche, pensent que la force militaire, en dressant barbelés et chars à nos frontières, pourra nous protéger éternellement des hordes barbares supposées fanatiques qui réclament simplement justice et droits identiques pour tous… quelque chose qui a un vague rapport une tradition de <em>«&#160;patrie des Droits de l’Homme&#160;»</em> qu’on est censé célébrer le 14 juillet. </p>
<p>Croire qu’on peut durablement s’exonérer de repenser les questions de Défense, qu’on peut se contenter de faire défiler prétentieusement des armes de mort lors des fêtes nationales, et de dénigrer ceux qui pensent que construire des logiques de paix et de partage constituerait une bien meilleure façon non seulement de préparer l’avenir, mais aussi d’être fidèle aux meilleures valeurs de nos traditions, n’est-ce pas là faire preuve d’une naïveté inconséquente&#160;?</p>
<p>Loin d’être une question secondaire, oubliée dès qu’une nouvelle polémique médiatique a surgi, qu’il nous soit permis de penser que ces questions devraient au contraire être au cœur des débats des élections nationales de 2012.<br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1514" class="footnote">Si tu veux la paix, prépare la guerre</li>
</ol>
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		<title>Sortir des nucléaires, OK, mais …où est la sortie&#160;?</title>
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		<pubDate>Tue, 26 Apr 2011 12:55:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ben Cramer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse Actu]]></category>
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		<description><![CDATA[<strong>Le monde bouge. On a envie de s’adresser au monde nucléaire et scander «&#160;dégage&#160;!». Mais suffit-il de dire «&#160;Le Nucléaire&#160;? Non Merci&#160;?&#160;»</strong> Admettons qu’il faille en sortir, sans fausse sortie, avant que les mesures de radioactivité nous sortent par les oreilles, afin que les peuples s’en sortent, sans avoir besoin de se balader avec des compteurs Geiger et sans qu’on nous ressorte des histoires selon lesquelles le pire est derrière nous et ne se reproduira pas. Sortir du nucléaire, comme se sortir du pétrin, de la galère, d’accord&#160;; mais, à propos, elle est où, la sortie&#160;?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><strong>Le monde bouge. On a envie de s’adresser au monde nucléaire et scander «&#160;dégage&#160;!». Mais suffit-il de dire «&#160;Le Nucléaire&#160;? Non Merci&#160;?&#160;»</strong> Admettons qu’il faille en sortir, sans fausse sortie, avant que les mesures de radioactivité nous sortent par les oreilles, afin que les peuples s’en sortent, sans avoir besoin de se balader avec des compteurs Geiger et sans qu’on nous ressorte des histoires selon lesquelles le pire est derrière nous et ne se reproduira pas. Sortir du nucléaire, comme se sortir du pétrin, de la galère, d’accord&#160;; mais, à propos, elle est où, la sortie&#160;?</div><h3>Dire le nucléaire ou les nucléaires&#160;?</h3>
<p>Avant d’avoir un aperçu des différents scenarii de sortie, nos dirigeants affirment que l’option nucléaire ne peut être soumise à une validation démocratique au travers d’un référendum. Le référendum n’a pas lieu d’être, en quelque sorte. L’argument est intéressant car c’est celui qui serait et sera avancé si l’on proposait un beau matin un référendum sur l’armement nucléaire de la France. L’élite de la Nation considère que ce débat est trop stratégique pour être débattu et tranché par la volonté populaire. Ben voyons. Remarquons au passage que cette méthode visant à dissocier le débat sur le nucléaire civil et celui sur le nucléaire militaire est assez arbitraire, quand on connaît, par exemple, les directives «&#160;secret défense&#160;» qui planent sur les centrales<sup>[1]</sup>. Elle serait arbitraire aussi aux États-Unis où tout ce qui concerne de près ou de loin les armes nucléaires et les labos qui les entretiennent, les rénovent y compris le budget<sup>[2]</sup> relève du DOE, le <em><a href="http://www.energy.gov/nationalsecurity/wmd.htm">Departement of Energy</a></em>. Alors, avant de voir si le «&#160;sortir du nucléaire&#160;» passe par un référendum, si la sortie découlerait d’un «&#160;oui&#160;» ou d’un «&#160;non&#160;», regardons d’un peu plus près ce qu’il y a à débrancher et comment, quelle seraient les technologies auxquelles il faudra renoncer, <em>etc.</em> Une réflexion stratégique s’impose et c’est à cette réflexion que j’invite le lecteur. En paraphrasant la sympathique formule de Jacques Attali sur l’avion et la cabine de pilotage, j’ai envie de dire que les passagers ont certainement le droit de définir un plan de vol, à défaut de se mettre d’accord sur le mode d’atterrissage. </p>
<h3>Détecter les analogies</h3>
<p>Parler du nucléaire militaire ne vise pas à noyer le poisson du civil. Aucunement. Quoi que pense notre géophysicien de service Claude Allègre sur Fukushima, les retombées sécuritaires des failles du nucléaire civil nous renvoient à l’enfer d’un monde inauguré par les bombes A et H. D’ailleurs, 25 ans après Tchernobyl, le gouvernement a supprimé les allocations de santé aux hommes qui se sont battus héroïquement pour tenter de contenir le désastre<sup>[3]</sup>. Les victimes ne sont pas prioritaires. C’était vrai aussi avant Tchernobyl&#160;: une législation destinée aux survivants d’Hiroshima, les Hibakusha, ne fut adoptée qu&#8217;à partir de 1954, à la suite de l&#8217;accident survenu sur l&#8217;atoll de Bikini (dont les habitants ont été chassés depuis). Dans le même esprit, conformément à une même logique, le gouvernement français du temps d’Hervé Morin, ou de Longuet ne se pressent pas pour dédommager les cobayes des essais nucléaires, en sélectionnant les appelés, en écartant les populations avoisinantes, dont les enfants recrutés sur le <a href="http://moruroaetatou.com/index.php?start=69">site de Mururoa</a> et les nomades autour d’Inn Ekker. Ni pour verser des indemnités aux trimardeurs du nucléaire, ces accidentés du travail. On ne s’étonnera donc pas que Mr <a href="http://www.delegfrance-onu-vienne.org/?Surete-nucleaire-le-directeur">Repussard, le directeur Général de l&#8217;Institut de Radioprotection</a>, fasse lui-même quelques rapprochements en déclarant à propos des risques de contamination de Fukushima <em>«&#160;Il n&#8217;y a pas plus de risques que durant la période des Éssais Nucléaires&#160;»</em><sup>[4]</sup>. Nous allons dresser quelques parallèles, non pas parce que Fukushima rime avec Hiroshima. Sans nous égarer dans la compta, en répertoriant le nombre de victimes causés par la «&#160;gentille&#160;» filière civile et comparer avec le nombre des victimes des explosions atomiques, essais nucléaires atmosphériques compris. D’autres arguments plus sérieux méritent d’être avancés, et nous allons nous y atteler ci-dessous. </p>
<h3>Paralyser les recherches</h3>
<p>Il est de notoriété publique que la focalisation sur l’énergie nucléaire a bouché toute réflexion sur les alternatives dans le domaine du renouvelable&#160;; l’argent investi pour renouveler le parc nucléaire depuis 73, en nous promettant l’apparition prochaine de la fusion, a plombé les chances de la France de rayonner dans le solaire ou la géothermie. Une situation analogue pèse lourdement sur les armées. Au sein de l’appareil militaire, nombreuses sont les voix qui désapprouvent l’accent, et l’argent mis sur la bombe car cet armement plutôt bling-bling, anachronique et peu pertinent en 2011 — qu’il soit ou non pris en compte par cette usine à gaz qu’est l’OTAN — empêche le peuple de France d’avoir une politique et une diplomatie qui puissent défendre ce qu’il y a à défendre par des moyens autres que suicidaires. </p>
<h3>Ne pas occulter l’histoire</h3>
<p>À partir de cette association d’idées, un petit rappel historique n’est pas forcément superflu. Le nucléaire civil est historiquement une retombée du nucléaire militaire — et pas l’inverse, comme le laisse croire Allègre<sup>[5]</sup>. Le militaire l’a couvé, l’entretient et, d’une certaine façon, le justifie. Il suffit d’un minimum (syndical) d’honnêteté intellectuelle pour affirmer que l&#8217;atome «&#160;pacifique&#160;» a bénéficié du formidable développement de l&#8217;atome «&#160;militaire&#160;». Sans l’aval des militaires, les moyens accordés n’auraient pas été les mêmes. Peu avant 1960, les premières centrales nucléaires «&#160;dignes&#160;» de ce nom commencent à débiter du courant (Calder, Obninsk, Shippinport, Marcoule), celle de Shippingport aux États-Unis grâce aux prouesses d’un amiral génial comme Hyman Rickover<sup>[6]</sup>. Bien que certaines centrales soient également à usage militaire (fabrication du plutonium), l&#8217;image pacifique de l&#8217;atome commence à se répandre. D&#8217;autres centrales, pour la plupart exclusivement civiles, sont mises en service au cours des années 60, et cette image pacifique ou pacifiée se fortifie, malgré l&#8217;explosion chinoise de 1964. Enfin le mythe de l&#8217;atome pacifique va triompher, accéléré par la crise pétrolière de novembre 1973&#160;; certains vont déchanter à partir du 18 mai 1974, date de la première bombe atomique indienne, une bombe obtenue grâce… à la filière civile des réacteurs Candu, (acronyme pour CANada Deuterium Uranium) <em>made in Canada</em>. D’où la question qui n’est pas du tout polémique&#160;: peut-on opter pour une (seule) sortie du nucléaire ou faut-il miser sur la sortie des nucléaires avec un «&#160;s&#160;»&#160;? Peut-on prôner une sortie du nucléaire civil en faisant l’impasse sur le nucléaire militaire qui l’a fait naître&#160;? </p>
<h3>Renoncer ailleurs</h3>
<p>Prenons la peine de sortir des ornières de l’Hexagone, cette France dans laquelle une énergie qui ne fait pas «&#160;boum&#160;» n’est pas une «&#160;vraie&#160;» énergie&#160;; où l’équation <em>bombe atomique = indépendance</em> a été transférée dans l’imaginaire sur <em>nucléaire civil = indépendance</em>. Relativisons l’exception française. Contentons-nous dans un premier temps pour dire que «&#160;Sortir du nucléaire&#160;» ne résonne pas partout de la même manière. Le mot d’ordre ne peut pas avoir la même réception en Allemagne, une nation qui s’est reconstruite sur les ruines du III<sup>e</sup> Reich avec le souvenir de «&#160;<em>Nie Wieder Krieg</em>&#160;». Allons voir plus loin. En Irak, nombreux furent ceux qui ont pleuré la mort du programme nucléaire de Saddam Hussein et d’autres ont soupiré en disant «&#160;nucléaire, bon débarras&#160;»&#160; — en dépit des dégâts et des suspicions sur la réalité d’une infrastructure plus idéologique qu’économique. En Suède, bien avant de songer à fermer les centrales, le gouvernement a discrètement mis en sommeil, dès 1974, le réacteur d’Agesta, un réacteur qui n’avait pas pour objectif premier d’éclairer les chaumières de Stockholm ou Göteborg. <a href="http://www.hls-dhs-dss.ch/textes/f/F16516.php?PHPSESSID=65b1c3ae0ea6e0c08e7b0fca13b98084">En Suisse,</a> dans les années 70, des militants furent enfermés dans des hôpitaux psychiatriques pour avoir manifesté contre la centrale nucléaire de Kaizeraugst, abandonnée depuis&#160;; la dissolution de la Commission de Travail pour les questions atomiques (AAA) fut rendue public en novembre 1985. En mai 1963, le PS lance une initiative visant à ce que l&#8217;arrêté sur l&#8217;armement atomique du pays soit soumis à référendum&#160;; elle va être rejetée. Ironie de l’histoire, un an auparavant, 65% des votants se prononcent contre une initiative pour l&#8217;interdiction des armes<sup>[7]</sup>. En Israël, la sortie du nucléaire civil n’est pas au programme — pas plus qu’une sortie du nucléaire militaire — pour la simple raison que Dimona (dans un état critique car mis en service en 1964) épaule plutôt les ambitions militaires que le feuilleton énergétique romanesque de dessaler l’eau de mer. À l’inverse, l’Argentine, le Brésil ou la Corée du Sud et j’en passe ont abandonné leurs programmes militaires respectifs pour se donner les coudées franches dans l’aventure nucléaire civile. Les Russes quant à eux, ont joué dans ce concert une partition particulière&#160;: en démantelant certaines ogives nucléaires de leur arsenal démesuré, ils ont vendu l’uranium hautement enrichi, l’ont appauvri pour entretenir une partie des centrales (civiles) des États-Unis dans le cadre du <a href="http://www.usec.com/megatonstomegawatts.htm">programme «&#160;Megatons for Megawatts&#160;</a>»<sup>[8]</sup>. </p>
<h3>Reformuler </h3>
<p>Ce panorama de dénucléarisation sur la mappemonde n’est pas anecdotique. Cela vise à montrer que «&#160;sortir du nucléaire&#160;» n’est pas réservé aux centrales. Ce tour de passe-passe entre le civil et le militaire peut exaspérer certains, surtout parmi ceux et celles qui considèrent qu’un cœur de réacteur de sous-marin à Cherbourg est plus rassurant qu’une centrale en activité. Il peut a contrario ravir tous ceux et celles qui à Soulaines, à <a href="http://www.lexpress.fr/informations/silence-atomique-a-tcheliabinsk_595162.html">Tcheliabinsk</a> ou demain à Bure<sup>[9]</sup> ont pu se rendre compte que les déchets nucléaires civils et militaires finissent sans tri sélectif dans les mêmes hangars et poubelles. </p>
<p>Même Allègre confirme à sa manière la non-étanchéité entre civil et militaire. Au risque de se planter et de tromper son monde, Allègre propose sans rire qu’EDF ou la <a href="http://www.enerzine.com/2/11193+dcns-developpe-un-petit-reacteur-nucleaire-sous-marin+.html">DCN</a> (ou les deux) se lancent dans la mise au point de petits réacteurs, ceux qui propulsent les sous-marins, les sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE). Pour nous chauffer et nous éclairer, des EPR en miniature&#160;? Il ignore que l’uranium enrichi des réacteurs conçus avec la technologie PWR (à eau pressurisée) est plus enrichi non qu’on veut le dire — plus de 3&#160;%. D’ailleurs, certains candidats à la bombe le savent fort bien et se félicitent de cette faille dans le dispositif, le régime du Traité de Non Prolifération (TNP). Allègre ignore probablement aussi que le transport maritime — civil — a définitivement abandonné la propulsion nucléaire.</p>
<p>En me référant à la dimension militaire du problème, je pose la question&#160;: s’il y a des États qui ont renoncé au nucléaire militaire, quels sont ceux qui ont fait l’inverse&#160;? A défaut d’avoir trouvé un seul échantillon, on est en droit de s’interroger ici, en France, sur la portée qu’auraient une fermeture,  un abandon des installations nucléaires civiles avec le maintien de la force de frappe, y compris les usines d’enrichissement. Une posture nucléaire disons «&#160;à l’israélienne&#160;» a-t-elle un sens en 2011&#160;?</p>
<p>C’est là qu’on s’aperçoit que la le slogan «&#160;sortir du nucléaire&#160;» est court, voire réducteur. Avec tout le respect que j’ai pour ceux et celles qui militent en ce sens. S’il y a lieu de tourner la page, de renoncer, cette décision éminemment politique, implique démonter, démanteler, déconstruire, restructurer, convertir. C’est concevoir une transition stratégique qui pourrait précéder (plutôt qu’accompagner) la transition énergétique, laquelle transition exige aussi et surtout une autre stratégie économique. </p>
<h3>Refuser le report de la retraite </h3>
<p>Pousser les deux nucléaires vers la sortie peut-il accélérer les choses plutôt que les retarder&#160;? Au risque de jongler avec quelque paradoxe, il se pourrait que oui car les deux systèmes sont en crise de légitimité. L’EPR ne va pas régler nos problèmes énergétiques, pas plus que la future <a href="http://resosol.org/Gazette/2010/257p03.html">Tête Nucléaire Océanique (TNO) embarquée sur le missile M51-2</a>, opérationnel en 2015, va contrer la menace Al Qaïda ou terroriser les «&#160;pirates&#160;» au large de la Somalie. En matière de marketing, les deux filières se valent&#160;: le ministère de la défense s’enorgueillit d’une démarche développement durable tout comme les mordus d’EDF et les fanatiques d’Areva. En matière d’obstacle, des passerelles existent. En effet, dans les deux cas de figure, le savoir-faire bute non seulement sur la gestion des déchets, mais sur le démantèlement. La centrale de Brennilis ne verra pas venir le fameux «&#160;retour à l’herbe&#160;». Les sous-marins, comme à Mourmansk ou Davenport pourrissent dans les ports tandis qu’on attend, façon Fukushima, le refroidissement des cœurs.</p>
<p>Il existe en revanche un domaine où les militaires sont plus réglos que les civils pour faire face à la vétusté de leur matériel. Ils ne transigent pas sur les dates de péremption, la sortie du service actif, avec ou sans démontage. La «&#160;durée de vie&#160;» d’un sous-marin, on ne la prolonge pas au bon gré du fabricant ou du personnel navigant. Après une trentaine d’années de service, on ne rechigne pas à remplacer, ni prétendre que les plus vieux submersibles sont les plus sûrs. C’est pourquoi tous les SNA sont retirés du service actif à l’approche d’une trentaine d’année<u>s</u> de service. Ainsi, le SNA Rubis pourra être remplacé dès 2012 par le premier <a href="http://www.cea.fr/defense/propulsion_nucleaire/barracuda_sous-marin_du_futur">«&#160;Barracuda&#160;», la nouvelle génération de SNA</a>, un programme lancé en octobre 1998. Aucune institution militaire, aucun galonné de la Royale ne se permettrait de proposer des rallonges à la <a href="http://vorort.bund.net/suedlicher-oberrhein/fessenheim-centrale-nucleaire-information-cnpe.html">Fessenheim</a>.</p>
<p>Ca ne veut pas dire qu’un referendum, voire même un débat sera plus facile&#160;; mais çà permet de se dire qu’en avançant sur deux tableaux, on affute son argumentaire. </p>
<h3>Redouter certaines «&#160;consultations&#160;»</h3>
<p>Le débat sur le nucléaire militaire a été biaisé depuis un certain temps. Les huit Commissions locales d’information <a href="http://www.transfert.net/La-Defense-cree-des-commissions">(CLI) sur des sites nucléaires militaires</a> — Brest, Cherbourg et Toulon pour les ports, Istres, Avord, Saint-Dizier, Luxeuil-Saint-Sauveur et Mont-de-Marsan pour les bases aériennes — rassurent-elles&#160;? Elles sont tenues de transmettre, «&#160;de manière régulière&#160;» (<em>sic</em>) des informations sur l’impact de leurs activités nucléaires sur la santé et l’environnement. Donc, après coup.Ceci est censé consoler le citoyen de n’avoir pas été sondé et écouté lors du démarrage des aventures nucléaires, que ce soit dans leur version civile ou militaire. D’ailleurs — et ceci ne plaide pas forcément en faveur d’un référendum — les Français se sentent majoritairement mal informés. A tort et à raison. On peut parier que le citoyen, contrairement aux candidats à l’élection présidentielle, fasse la différence entre un réacteur de 3<sup>e</sup> et 4<sup>e</sup> génération, même s’il peut se tromper sur le nombre de SNLE et de SNA. Mais encore&#160;? Selon un récent baromètre BVA-BFM, 80&#160;% sont persuadés qu’une telle sortie à court ou moyen terme se traduirait par une hausse des prix de l’électricité. Selon un sondage BVA de 2003 pour le compte de la <a href="http://www.defense.gouv.fr/dicod">Délégation à l&#8217;Information et à la Communication de la Défense ou DICOD</a> — 62&#160;% des personnes interrogées considéraient que la force nucléaire en temps de paix présente des dangers pour l&#8217;environnement. Aussi étonnant que cela puisse paraître, un débat sur l’armement nucléaire a été préconisé il y a deux ans, au motif que la non-transparence pourrait représenter un handicap pour promouvoir la force de frappe en tant qu’&#160;«&#160;outil au service de la démocratie&#160;». Ce grand débat, préconisé aussi par des membres de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée Nationale, a été enterré. Dans le civil, les choses ne se présentent pas mieux. Les CLI existent. La Commission du débat public s’est penchée en 2005 sur la gestion des déchets nucléaires. Mais les limites sont là. Le <a href="http://www.usinenouvelle.com/article/le-ps-demande-un-libre-acces-au-rapport-roussely.N148717">rapport Roussely</a> n’a pas été rendu public. L’étude sur les voies d’approvisionnement, les oléoducs, les gazoducs, les voies maritimes, menée en 2008 par le secrétariat général à la défense nationale (SGDN) est classifiée&#160;; même le député Jacques Blanc, auteur du rapport sur «&#160;la sécurité des approvisionnements stratégiques de la France&#160;»<sup>[10]</sup> n’a pas pu y avoir accès. </p>
<p>Bref on a un peu l’impression que les chemins des nucléaires sont brouillés, alimentés de débats squeezés. Peut-on renverser la vapeur ou se dire de façon résignée que ceci est normal. Normal&#160;? Oui, dans un pays où les bureaux de poste ne délivrent plus de timbre, où le service public Météo France renvoie ses usagers à l’IRSN pour connaître l’info des nuages depuis Fukushima&#160;; où le Parlement est boycotté en cas d’intervention militaire à l’étranger…</p>
<h3>Poursuivre le débat </h3>
<p>Sachant que la conversion d’un secteur de l’économie nucléarisée ne sera pas un long fleuve tranquille, pas plus d’ailleurs que la mutation d’une stratégie militaire surdéterminée par la bombe, sachant aussi la volonté affichée ou non de la part des acteurs nucléaires d’empêcher et contrecarrer toute perspective de transformation sociale et pacifique, le débat «&#160;Par ici, la sortie&#160;?&#160;» mérite d’être poursuivi.<br />
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1509" class="footnote">Les informations concernant le stockage, la protection et le transport des matières nucléaires sont classées &quot;secret défense&quot;, &#8211; selon un arrêté du 17 juillet 2003, publié au Journal Officiel du 24 août 2003.</li>
<li id="footnote_1_1509" class="footnote"><em>cf.</em> <a href="http://www.monde-diplomatique.fr/2010/04/JOXE/18995">Ben Cramer, Nuclear weapons, at what cost&#160;?, BIP</a>, Genève, 2009.</li>
<li id="footnote_2_1509" class="footnote">Article de l&#8217;ancien premier ministre d&#8217;Ukraine Ioulia Timochenko in <em>Le Figaro</em>, 23-24 avril.</li>
<li id="footnote_3_1509" class="footnote">Lors de son audition dans le cadre de la commission parlementaire du 16 Mars, ayant pour sujet la crise nucléaire Japonaise.</li>
<li id="footnote_4_1509" class="footnote"><em>cf.</em> Claude Allègre, Faut-il avoir peur du nucléaire&#160;? édition Plon, page 86.</li>
<li id="footnote_5_1509" class="footnote">Hyman Rickover, «&#160;<em>Je ne crois pas que l&#8217;énergie nucléaire est valable si elle crée des radiations. Alors me direz-vous pourquoi ai-je des navires à propulsion nucléaire&#160;? C&#8217;est un mal nécessaire. Je les coulerais tous</em>&#160;» dans <em>«&#160;No Holds Barrel&#160;», Final Congressional testimony</em>, 1982.</li>
<li id="footnote_6_1509" class="footnote">Les Suisses ont préféré laisser l&#8217;option nucléaire ouverte, l&#8217;adhésion au TNP en tant qu&#8217;État non nucléaire prendra du temps et des controverses</li>
<li id="footnote_7_1509" class="footnote">Programme démarré en 1992 et qui devrait s&#8217;achever sans renouvellement de prévu en 2013.</li>
<li id="footnote_8_1509" class="footnote">Obama a finalement abandonné le projet d&#8217;enfouissement des déchets à haute activité sur le site de Yucca Mountain dans le Nevada.</li>
<li id="footnote_9_1509" class="footnote"><em>cf.</em> Rapport d&#8217;information «&#160;la sécurité des approvisionnements stratégiques de la France&#160;», commission des affaires étrangères et de la défense n<sup>o</sup> 349.</li>
</ol>
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		<title>Crise de la realpolitik et du néo-libéralisme</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1506-crise-de-la-realpolitik-et-du-neo-liberalisme/</link>
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		<pubDate>Mon, 04 Apr 2011 14:15:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jérome Gleizes</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
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		<description><![CDATA[Les actuelles révolutions arabes signent l’échec de la realpolitik.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Les actuelles révolutions arabes signent l’échec de la realpolitik.</div><p class="meta2">Chronique <a href="http://www.politis.fr/Changer-d-ere-Crise-de-la,13604.html">parue dans Politis</a>.</p>
<p>Cette doctrine, la realpolitik, a dicté cyniquement durant des décennies la diplomatie occidentale. Kissinger l’a définie comme la politique étrangère fondée sur le seul rapport des forces et l’intérêt national. Lors des 30 glorieuses, elle a entravé l’émancipation des populations du Sud en formant le pendant international de l’aliénation des populations immigrées au Nord. Les droits sociaux des travailleurs nationaux et les salaires y ont progressé, contrairement à ceux des immigrés qui ont été enfermés dans ce que Yann Moulier-Boutang a appelé un salariat bridé. Le marché du travail hiérarchisé, segmenté reposant sur l’apport continuel d’une main d’œuvre étrangère, a produit une ethnisation de la division du travail, enfermant les immigrés dans les emplois les plus rejetés socialement pour des raisons économiques ou symboliques. Cette différenciation économique est allée de pair avec la constitution de minorités sur le plan civique et politique quand l’immigration a ralenti après 1975.</p>
<p><strong>À l’échelle internationale, il s’est produit une différenciation équivalente des droits démocratiques entre le Nord et le Sud</strong>. Pour faire fonctionner la machine économique occidentale, il fallait disposer de matières premières peu coûteuses, comme le pétrole, indispensable au système productiviste du Nord de consommation de masse. La démocratisation des sociétés du Sud devenait secondaire et subordonnée au maintien du rythme de croissance. La crise interne du modèle fordiste à la fin des années 60 a provoqué également celle de la diplomatie. Le modèle néo-libéral s’est alors petit à petit imposé tout comme la realpolitik s’est adaptée au nouveau contexte géopolitique&#160;; issu de la fin de la décolonisation et de la guerre froide, en acceptant une évolution autoritaire des pays, notamment ceux producteurs de pétrole, protégeant le Nord des soubresauts sociaux de gauche puis de ceux de l’islamisme après 1990. Si le néo-libéralisme nécessite intrinsèquement un modèle autoritaire, son application dans les pays du Sud a été bien plus violente. Ensuite, devant les menaces de craquements brutaux de pays clés pour le pétrole dans la foulée de la révolution iranienne, les néo-conservateurs ont théorisé l’imposition de la démocratie par la force. Mais en Irak et en Afghanistan, la guerre civile et la corruption généralisée se sont vite imposées.</p>
<p><strong>La militarisation du contrôle de l’immigration aux frontières</strong> des pays occidentaux a complété la politique néo-libérale et néo-conservatrice, généralisant les dispositifs de contrôle, les états d’exception, là-bas mais aussi chez nous. La biopolitique définie par Foucault comme la prise en compte progressive par le pouvoir de la vie de la population, s’est globalisée. Tout comme les immigrés dans les années 70 et 80 ont testé en premier le démantèlement du droit social et des Droits en général, avant l’ensemble de la population, celles du Sud ont testé les États d’exception, le contrôle des médias, d’Internet, la gestion policière des foules, la subordination du judiciaire au politique. Le système néo-libéral a produit une technologie de gouvernement, une gouvernementalité, qui ne ne se contente pas de faire l’apologie de la propriété et de la liberté du marché mais constitutionnalise les principes de la concurrence, généralise la rationalité économique à toutes les sphères sociales, transforme les sujets en individus.</p>
<p><strong>Aujourd’hui, l’Histoire reprend le cours normal de l’émancipation.</strong> L’Amérique latine a marqué le début de ce retournement historique dès les années 80. Après avoir été le laboratoire du néo-libéralisme avec le Chili de Pinochet, elle a rompu avec ce système. Petit à petit, les démocraties ont remplacé les dictatures militaires. Aujourd’hui, les révoltes arabes renforcent ce mouvement. «&#160;Chaâb yourid esqat ennidham&#160;». Pendant longtemps, les altermondialistes ont été traités de naïfs parce qu’ils n’acceptaient pas les vertus de la realpolitik. Résultat, lorsque les peuples se révoltent pour imposer la démocratie, nos diplomaties se retrouvent nues, peinent à réagir. La France, terre des Droits humains, a été particulièrement coupable. Alors qu’elle aurait pu aider ces révolutions, elle a soutenu jusqu’au dernier moment ces dictatures&#160;!</p>
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		<title>« Le nucléaire assure l’indépendance énergétique de la France » : vraiment ?</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1503-le-nucleaire-assure-lindependance-energetique-de-la-france-vraiment/</link>
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		<pubDate>Wed, 23 Mar 2011 11:15:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hélène Gassin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
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		<description><![CDATA[Le débat sur l’énergie en France est encombré de présupposés, voire quelques mythes qui confinent parfois au mensonge.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Le débat sur l’énergie en France est encombré de présupposés, voire quelques mythes qui confinent parfois au mensonge.</div><p>L’attitude de nombre de dirigeants français face au drame intolérable de Fukushima est en partie le produit de ces croyances. Devant l’ampleur de la pollution mentale qu’elles engendrent il est impératif de les déconstruire. L’indépendance énergétique fait partie de ces dogmes construits il y a quelques décennies lorsque le nucléaire français construisait sa rhétorique, inventait son «&#160;story telling&#160;» pourrait on dire.</p>
<p><strong>Ainsi, la France est supposée jouir d’une grande indépendance en matière d’énergie, grâce à l’énergie nucléaire.</strong></p>
<p>Le taux officiel d’indépendance énergétique oscille entre 50 et 51&#160;% selon les années. Une telle performance dans un pays qui importe la quasi-intégralité du pétrole, du gaz, de l’uranium et du charbon qu’il consomme a de quoi étonner. Cela mérite donc que l’on y regarde de près.</p>
<p>Le taux d’indépendance énergétique est officiellement défini et calculé comme la part des productions énergétiques «&#160;nationales&#160;» dans la consommation totale d’énergie primaire<sup>[1]</sup> et ça paraît effectivement logique.</p>
<p><strong>Mais la première limite concerne la prise en compte de l’électricité nucléaire.</strong> Pour établir des unités communes additionnables et comparables – les tonnes équivalent pétrole -, la comptabilité de l’énergie évalue la quantité de combustible fossile qui aurait été nécessaire pour produire le même résultat mais en utilisant le rendement de la technologie considérée, soit 33&#160;% pour le nucléaire. En effet, seulement 33&#160;% de la chaleur dégagée par le réacteur est convertie en électricité, le reste est dispersé.</p>
<p>Mais si l’on cherche à savoir quelle quantité de combustible importé est évitée par le recours à des moyens de production «&#160;nationaux&#160;», est-il bien utile de prendre en compte les quantités de chaleur perdues du fait du mauvais rendement des centrales nucléaires&#160;?</p>
<p>C’est comme si l’on comparait la valeur nutritionnelle d’un ration de pommes de terres et d’artichauts sur la base du produit initial et pas de ce que l’on consomme vraiment…</p>
<p><strong>Avec cette règle plus les rendements sont mauvais plus l’indépendance est forte</strong> puisqu’elle est calculée non pas à partir du service rendu (l’électricité) mais à partir de toute l’énergie dépensée, y compris celle qui va réchauffer les oiseaux ou les rivières.</p>
<p>Si le rendement du nucléaire était de 10&#160;% l’indépendance énergétique de la France atteindrait 72&#160;%&#160;!</p>
<p>Une méthode permettant d’obtenir une image plus juste est de calculer la quantité de gaz naturel qu’il serait nécessaire d’importer pour produire autant d’électricité que le parc nucléaire, avec des centrales à cycle combiné d’un rendement de 55&#160;%.</p>
<p>Les experts de l’association Global Chance ont refait les calculs sur cette base et obtiennent un taux d’indépendance énergétique de 36&#160;% seulement<sup>[2]</sup>.</p>
<div id="attachment_1505" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2011/03/Uranproduktion_2008_f.jpeg" alt="Production commerciale d’uranium naturel" title="Production commerciale d’uranium naturel" width="500" height="396" class="size-full wp-image-1505" /><div class="caption"><p class="legende">Production commerciale d’uranium naturel</p><div class="figure-description"><p>Production dans 14 pays en 2008, en tonnes d’uranium (Source OCDE/AEN, 2010).</p>
</div></div></div>
<p><strong>Mais la plus importante limite à cette méthode est sans aucun doute qu’elle considère l’électricité nucléaire comme une énergie nationale alors que la totalité du minerai d’uranium est importé.</strong> On nous explique généralement que l’essentiel de la valeur ajoutée étant dégagé ici, on considère que l’uranium est français. C’est un peu comme si l’on disait que tout le pétrole raffiné en France devenait français… Cela reste pourtant une importation physique bien réelle et dénote une conception très particulière de nos relations avec un pays comme le Niger…</p>
<p>En considérant le nucléaire comme une énergie importée dans la comptabilité officielle, le taux d’indépendance énergétique chute à moins de 10&#160;%&#160;!</p>
<p><strong>Le mythe de l’indépendance énergétique française a la peau dure.</strong> Il dénature le débat en imposant une vision totalement déformée de la réalité. La France est en fait doublement dépendante, du pétrole ET du nucléaire. Ce sentiment d’indépendance est à rattacher à l’histoire du développement du nucléaire en France. Vision gaullienne d’indépendance stratégique avec la mise au point de la bombe tout d’abord, puis lancement d’un vaste programme électro-nucléaire à la suite du choc pétrolier de 1973. Le nucléaire est donc perçu comme élément majeur pour la position de la France comme grande puissance indépendante des Etats-Unis pour sa défense via la dissuasion nucléaire, et ensuite indépendante des importations de pétrole pour sa production d’électricité. Ce deuxième point étant immédiatement extrapolé en indépendance énergétique puisque le fait d’importer massivement le pétrole utilisé comme carburant est ignoré dans un pays où l’ensemble des problèmes énergétiques est largement assimilé aux problèmes de fourniture de l’électricité.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1503" class="footnote">L&#8217;énergie «&#160;primaire&#160;» correspond à des produits énergétiques «&#160;bruts&#160;» utilisés tels qu&#8217;ils sont fournis par la nature ou à peu près&#160;: charbon, pétrole, gaz naturel, bois… Pour l&#8217;électricité, on considère comme «&#160;électricité primaire&#160;»&#160;: nucléaire, hydraulique, éolien, photovoltaïque. L&#8217;énergie finale est celle réellement disponible après transformation, hors auto-consommation, pertes etc. En France l&#8217;énergie finale représente environ 60&#160;% de l&#8217;énergie primaire.</li>
<li id="footnote_1_1503" class="footnote">Retrouver le calcul sur le <em>«&#160;<a href="http://www.global-chance.org/IMG/pdf/GCnHS1p14-15.pdf">petit mémento énergétique</a>&#160;»</em> – Global Chance, Janvier 2003. Les ordres de grandeur des différentes énergies n&#8217;ont hélas pas changé.</li>
</ol>
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		<title>De l’indécence à Fukushima et de l’indécence en général…</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1500-de-l-indecence-a-fukushima-et-de-l-indecence-en-general/</link>
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		<pubDate>Thu, 17 Mar 2011 18:07:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Dominique Voynet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[<em>«&#160;Les écolos en font-ils trop&#160;?&#160;»</em> s’interroge <em>Le Parisien</em> dans son édition du 16 février. La question n’est pas scandaleuse et il est facile d’y répondre&#160;: peut-on raisonnablement  demander à des militants, à des élus, engagés depuis 40 ans dans la dénonciation des menaces que fait peser sur l’humanité le choix du nucléaire et dans l’élaboration des politiques permettant de s’en passer, de cesser de le faire au moment même où survient une catastrophe qui bouscule toute les certitudes&#160;?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>«&#160;Les écolos en font-ils trop&#160;?&#160;»</em> s’interroge <em>Le Parisien</em> dans son édition du 16 février. La question n’est pas scandaleuse et il est facile d’y répondre&#160;: peut-on raisonnablement  demander à des militants, à des élus, engagés depuis 40 ans dans la dénonciation des menaces que fait peser sur l’humanité le choix du nucléaire et dans l’élaboration des politiques permettant de s’en passer, de cesser de le faire au moment même où survient une catastrophe qui bouscule toute les certitudes&#160;?</div><p class="meta2">Article initialement <a href="http://dominiquevoynet.net/v2/index.php/2011/03/17/260-de-l-indecence-a-fukushima-et-de-l-indecence-en-general">publié sur le blog de Dominque Voynet</a>.</p>
<p><em>«&#160;Les écolos en font-ils trop&#160;?&#160;»</em> Sans polémiquer, il faut bien admettre que les journaux, eux, n’ont pas résisté à la tentation de faire ce qu’ils nous reprochent. <em>«&#160;Terreur nucléaire&#160;»</em> titre le même Parisien. <em>«&#160;Panique nucléaire&#160;»</em> affirme Libération. Quant à Günther Öttinger, le très raisonnable commissaire européen à l’Énergie, issu de la CDU allemande, il parle carrément <em>«&#160;d’apocalypse&#160;»</em>&#160;! Je le dis ici solennellement. L’indécence n’est pas du côté des écologistes&#160;! Ni de Dominique de Villepin qui a sans doute des idées derrière la tête, mais qui a raison de pointer que la France a un problème avec le nucléaire. En vérité, on n’est pas seulement dans le déni, comme il l’affirme. On est dans la connivence, et la consanguinité&#160;!</p>
<p>Comment expliquer la présence d’Anne Lauvergeon, PDG d’Areva et d’Henri Proglio, patron d’EDF, parmi les participants de la 1<sup>ère</sup> réunion de crise à Matignon, sinon par la volonté, au plus haut niveau de l’État, de préserver coûte que coûte les intérêts des champions français du nucléaire&#160;? En quelques jours, le discours officiel a changé. On est passé de <em>«&#160;aucune raison de sonner le tocsin&#160;»</em> à <em>«&#160;c’est très très grave, mais le Japon, c’est pas la France&#160;»</em>. Il faut décortiquer cette rhétorique simpliste et éculée, testée après Tchernobyl en 1986, combinant déni, désinformation et rassurance pseudo-scientifique. Soyez sérieux, ce n’est pas le nucléaire qui est en cause, c’est la déliquescence et l’impéritie de l’État russe&#160;! Sans doute… Mais la catastrophe n’aurait pas eu lieu, ou n’aurait pas eu le même impact, si la centrale avait été dotée d’enceintes de confinement&#160;! Adapté à Fukushima, ça donne&#160;: c’est quand même scandaleux de mettre en cause le nucléaire&#160;! C’est le séisme, puis le tsunami qui ont provoqué la panne, une panne électrique qui a mis hors service de façon pratiquement simultanée les circuits de refroidissement des six tranches de Fukushima Dai Ichi&#160;! Vrai bien sûr, sauf que la catastrophe met en évidence le vieillissement des installations (dont les enceintes de confinement n’ont pas tenu), le caractère dérisoire des procédures et des moyens de secours (des canons à eau…), et bien sûr les légèretés de TEPCO, dont les procédures de sûreté sont aujourd’hui critiquées (on aura noté le silence radio sur les cousinages, les coopérations entre les technocraties japonaise et française depuis… toujours).</p>
<p>À cette heure, nul ne sait si la catastrophe excédera celle de Tchernobyl ou si, cahin caha et moyennnant l’irradiation <em>«&#160;modérée&#160;»</em> (il faut n’avoir que des connaissances scientifiques ridicules et méconnaître totalement l’effet de faibles doses cumulées pour utiliser ces termes) de quelques millions de personnes et quelques dizaines de milliers de km2, on se contentera de faire une croix sur ces six tranches nucléaires. Il faudra de toute façon prendre des décisions, et pas seulement au Japon. Je veux croire qu’elles seront prises de façon plus démocratique et moins pavlovienne que celles qui le furent par le passé. Ministre de l’Environnement dans le gouvernement Jospin, je n’ai pas oublié à quel point il a fallu batailler pour obtenir la fermeture de Superphénix puis de Phénix (construit comme l’AtPU sur une faille géologique&#160;!), et comment le projet de loi sur la sûreté et la transparence sur lequel j’ai tant bossé, fut détricoté par les lobbies au point que j’ai refusé d’en assumer la paternité (maternité&#160;?). Je peux en témoigner&#160;: le consensus nucléaire est solide, à droite (on s’en doutait) et à gauche. Par intérêt (l’emploi pour le PC, les contrats pour le PS). Par ignorance aussi.</p>
<p>Ca fait mal d’entendre Pierre Moscovici, loin d’être le plus largué sur ces questions, répondre à sa collègue de parti Aurélie Filippetti, qui encourage son parti à remettre en question les exportations de centrales nucléaires <em>urbi et orbi</em>, que <em>«&#160;ça ne pourra pas se faire en quelques semaines&#160;»</em>&#160;! Ben si, justement, ça peut se faire tout de suite. Et ça tombe bien, parce que les clients, hein, ils risquent de ne pas vraiment se précipiter…</p>
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		<title>Le nucléaire ET la bougie…</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1498-le-nucleaire-et-la-bougie/</link>
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		<pubDate>Thu, 17 Mar 2011 13:10:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphen Kerckhove</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[Que de caricatures avons-nous du subir depuis des décennies&#160;? En s’opposant au nucléaire, les écologistes auraient implicitement fait le choix de la bougie, du retour à une société préindustrielle. Les écologistes, partisans d’une sortie rapide du nucléaire, auraient ainsi opté pour un conservatisme bon teint où la précaution ne serait qu’un principe d’inaction mâtiné d’une petite dose de politiquement correct.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Que de caricatures avons-nous du subir depuis des décennies&#160;? En s’opposant au nucléaire, les écologistes auraient implicitement fait le choix de la bougie, du retour à une société préindustrielle. Les écologistes, partisans d’une sortie rapide du nucléaire, auraient ainsi opté pour un conservatisme bon teint où la précaution ne serait qu’un principe d’inaction mâtiné d’une petite dose de politiquement correct.</div><p class="meta2">Par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement</p>
<p><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2011/03/1-189x240.jpg" alt="Le nucléaire et la bougie" title="Le nucléaire et la bougie" width="189" height="240" class="alignleft size-medium wp-image-1499" /></p>
<p>Face à ces nouveaux <em>«&#160;réactionnaires&#160;»</em>, les thuriféraires de l’atome avaient beau jeu d’imposer une vérité, <em>leur</em> vérité. Après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et celle de Fukushima, cette vérité a, comme l’enceinte de confinement, volé en éclat.</p>
<p>Comme les chats, les lobbyistes du nucléaire retombent pourtant toujours sur leurs cinq pattes… La catastrophe nucléaire qui touche le Japon aujourd’hui et la Terre entière demain ne serait que le fruit du déchainement des éléments naturels&#160;; ne serait pas intrinsèque à la complexité de la technologie nucléaire.</p>
<p>Partant de là, la France ne serait pas concernée par cette catastrophe et ne serait pas exposée à l’hypothèse d’une telle catastrophe. Mieux, le réacteur développé par la France serait plus sûr, plus fiable et l’opérateur historique aurait à cœur de défendre une transparence qui serait l’identité même d’EDF.</p>
<p>Las… <strong>nos centrales vieillissantes alliées à la privatisation larvée du secteur nucléaire nous amènent à entrevoir des risques qu’il est inutile de cacher sous le tapis radioactif</strong>. La maintenance des réacteurs coûte de plus en plus cher. Parallèlement, la quête d’économie de bouts de chandelle amène les gestionnaires des centrales à recourir à des intervenants extérieurs, intérimaires et soutiers du nucléaire, exploitables et irradiables à souhait.</p>
<p>Nul n’est donc à l’abri à l’avenir d’une catastrophe nucléaire, même en France. <strong>Les raisons de ce risque ne sont pas seulement sismiques mais systémiques, inhérentes à la technologie nucléaire</strong>. Sa complexité, sa lourdeur et son coût sont inadaptés à notre monde.</p>
<p>Vieillissants, les réacteurs vont entraîner des coûts de maintenance exponentiels. Dans le même temps, il est à craindre que la libéralisation du secteur de l’énergie se traduise par une volonté de diminuer le coût de production afin de satisfaire l’avidité de l’oligarchie éco-prédatrice.</p>
<p>Cette mécanique bien huilée est intrinsèquement dangereuse. Plus une technologie est complexe, plus elle est vulnérable, moins elle est maîtrisable quel que soit les illusions techniciennes des lobbyistes du nucléaire passés en politique. Dans une société technicienne, les interactions sont nombreuses, la complexité grandissante engendrant des effondrements systémiques.</p>
<p>Or, comme nous pouvons le constater aujourd’hui au Japon, le fait d’avoir opté pour une certaine forme d’unilatéralisme énergétique nous place dans une dépendance extrême au nucléaire. En cas d’accidents majeurs que seuls des technocrates pétris d’idéologie refusent même d’envisager, la France se retrouverait placée dans une situation dramatique.</p>
<p>Dramatique sur le plan écologique et sanitaire, mais également sur le plan de la production d’électricité. En étant pieds et mains liés au nucléaire, la France prend le risque, en cas de catastrophe, d’un retour à la bougie, faute d’alternatives aptes à suppléer immédiatement à ce nucléaire.</p>
<p>Pour éviter la menace nucléaire, il nous faut préparer l’avenir. En décidant immédiatement de sortir du nucléaire, nous nous mettons en marche vers un autre avenir énergétique où  l’unilatéralisme et le dogmatisme sectaire ne serait plus la clef de voute d’une politique qui mélange, depuis 40 ans, progrès technique et progrès humain.</p>
<p>Le meilleur moyen d’éviter la bougie est de sortir du nucléaire. Une sortie programmée, assumée et gérée politiquement à court, moyen et long terme. À défaut, nous prenons le risque d’une catastrophe nucléaire et par la suite un chaos qui nous ramènerait immanquablement à la bougie.</p>
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		<title>Le gouvernement lance l’opération « il faut sauver le soldat nucléaire »</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1494-le-gouvernement-lance-l-operation-il-faut-sauver-le-soldat-nucleaire/</link>
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		<pubDate>Mon, 14 Mar 2011 12:17:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Denis Baupin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[La plus grave catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl se déroule sous nos yeux. Heure après heure, on apprend des informations nouvelles, de nouveaux réacteurs touchés, des systèmes de refroidissement toujours hors contrôle, un nuage radioactif qui traverse l’océan et dont on entend parler uniquement parce qu’un porte avion américain l’a croisé, etc. Et heure après heure, on frémit pour les salariés de ces centrales, pour les habitants de cette région, et pour tous ceux qui, même à plusieurs centaines de kilomètres de là, pourraient subir de dramatiques conséquences si, comme cela reste largement possible, la situation devenait totalement incontrôlable.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">La plus grave catastrophe nucléaire depuis Tchernobyl se déroule sous nos yeux. Heure après heure, on apprend des informations nouvelles, de nouveaux réacteurs touchés, des systèmes de refroidissement toujours hors contrôle, un nuage radioactif qui traverse l’océan et dont on entend parler uniquement parce qu’un porte avion américain l’a croisé, etc. Et heure après heure, on frémit pour les salariés de ces centrales, pour les habitants de cette région, et pour tous ceux qui, même à plusieurs centaines de kilomètres de là, pourraient subir de dramatiques conséquences si, comme cela reste largement possible, la situation devenait totalement incontrôlable.</div><p>Après les États-Unis (Three Miles Island), l’URSS (Tchernobyl), c’est dorénavant le Japon qui est donc touché par ces accidents dont on nous disait qu’ils étaient infiniment improbables.</p>
<p>Il existe un quatrième pays truffé de centrales nucléaires. Celui dont les frontières étanches ont retenu le nuage de Tchernobyl. Dans celui-là, vous pouvez dormir tranquilles. Le gouvernement veille&#160;! Il rassure&#160;: des bâtiments explosent, les cœurs de réacteurs nucléaires sont partiellement en fusion… mais ce ne sont pas des catastrophes, juste des incidents. Il est d’ailleurs soutenu en cela par le silence assourdissant du principal parti dit d’opposition.</p>
<p>Ce matin, on est même monté d’un cran, à écouter les Copé, Bertrand, etc.&#160;: le problème ne serait pas le nucléaire, mais ces foutus écologistes qui «&#160;exploiteraient&#160;» la situation.</p>
<p>Désolés&#160;! Oui, nous trouvons plus préoccupante la menace nucléaire que le fantasme islamiste agité par l’UMP, ou le feuilleton primaires-DSK qui passionne le PS&#160;!</p>
<p>Oui la catastrophe nucléaire japonaise nous interpelle. Et devrait interpeller tous les politiques français, les interroger sur notre politique énergétique et sur l’insécurité générée par le tout-nucléaire. On a beau être à des milliers de kilomètres, il y a de nombreuses similitudes entre la situation japonaise et celle de la France&#160;: le MOX du 3<sup>e</sup> réacteur de la centrale Fukushiwa vient de France (La Hague)&#160;; nombre de nos réacteurs sont construits sur des zones inondables et sismiques (notamment la centrale de Fessenheim) comme celle de Fukushiwa&#160;; comme le 1<sup>er</sup> réacteur de Fukushiwa, la centrale de Fessenheim a dépassé la durée de vie pour laquelle elle était construite&#160;; et comme au Japon, nos centrales nucléaires sont sujets à de fréquentes anomalies et nos systèmes de refroidissement sont défaillants. Ce n’est pas nous qui le disons, mais l’Autorité de Sûreté du Nucléaire qui rappelait le 7 février dernier, à propos de 34 de nos réacteurs&#160;: «&#160;En situation accidentelle, pour certaines tailles de brèche du circuit primaire principal, l’injection de sécurité à  haute pression pourrait ne pas permettre de refroidir suffisamment le cœur du réacteur.&#160;»</p>
<p>Non, l’indécence n’est pas du côté des écologistes qui n’ont pas attendu l’accident de Fukushiwa pour alerter. Elle est du côté de ceux qui, à chaque accident, nous rejoue la partition «&#160;cela ne nous concerne pas&#160;». Donnons enfin à la population tous les éléments d’information, et donnons lui ainsi l’occasion de s’exprimer enfin sur cette question simple&#160;: «&#160;Nucléaire, stop ou encore&#160;?&#160;».</p>
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		<title>Du moratoire au purgatoire : la descente aux Enfers du photovoltaïque</title>
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		<pubDate>Wed, 02 Mar 2011 10:25:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Diogène</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[L’Union Soviétique a eu ses liquidateurs de Tchernobyl, la France de Sarkozy aura-t-elle ses liquidateurs du solaire&#160;? C’est entendu&#160;: Monsieur Fillon et son directeur de cabinet passé par le Commissariat à l’Énergie Atomique s’apprêtent à liquider purement et simplement la filière solaire photovoltaïque française.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">L’Union Soviétique a eu ses liquidateurs de Tchernobyl, la France de Sarkozy aura-t-elle ses liquidateurs du solaire&#160;? C’est entendu&#160;: Monsieur Fillon et son directeur de cabinet passé par le Commissariat à l’Énergie Atomique s’apprêtent à liquider purement et simplement la filière solaire photovoltaïque française.</div><p class="meta2">Par Diogène, consultant professionnel du secteur photovoltaïque (qui a souhaité garder l’anonymat).</p>
<p>Finies les promesses du Grenelle devant les Français, finis les engagements de la France vis-à-vis de l’Europe, finis les 23&#160;% d’énergies renouvelables en 2020&#160;!</p>
<p>C’est ce qui se passera à coup sûr si le nouveau dispositif présenté au Conseil Supérieur de l’Énergie cette semaine est appliqué à l’issue du moratoire le 9 mars prochain&#160;: trop de restrictions, trop de contraintes, trop de complexité, trop d’incertitudes feront fuir les investisseurs, tel est clairement le but recherché.</p>
<p>Rassurés par des tarifs d’achat généreux — parfois au-delà du raisonnable — et confortés par la parole du Chef de l’État jurant en juin 2009 de mettre un Euro dans le solaire pour chaque Euro mis dans le nucléaire, — une myriade d’entrepreneurs enthousiastes ont pris le risque de créer en à peine 3 ans près de 25 000 emplois&#160;: n’auront-ils demain plus que leurs yeux pour pleurer&#160;?</p>
<p>Le système de soutien mis en place en 2006 comportait des défauts de conception qui le rendaient coûteux et peu efficace, avec des niches de rentabilité exorbitante pour certaines applications et un refus obstiné de permettre à d’autres de se développer.</p>
<p>Les ingrédients étaient là, il restait à Jean-Louis Borloo à faire la promotion irresponsable des « tarifs d’achat les plus élevés du monde&#160;» pour que les remugles de la spéculation envahissent l’arrière-cuisine de la filière.</p>
<p>Censées calmer le jeu, les corrections successives apportées en 2010, mal calibrées et mal préparées, n’ont fait que l’accélérer.</p>
<p>Elles ont ainsi offert sur un plateau le prétexte qu’ils attendaient aux ennemis jurés d’une forme d’énergie qui, outre son caractère éminemment écologique, a l’insupportable défaut de pouvoir être mise en œuvre par tout un chacun.</p>
<p>Pensez donc&#160;! Avec le photovoltaïque, le simple citoyen, l’agriculteur, l’artisan, la PME, la copropriété, le bailleur social, la collectivité locale, l’État lui-même peut, après la nécessaire réduction de sa consommation d’énergie par des efforts de sobriété et d’efficacité, faire un pas décisif vers l’autonomie énergétique et échapper ainsi à la mainmise des grands groupes qui ont mis le secteur en coupe réglée depuis des décennies&#160;: l’horreur absolue&#160;!</p>
<p>Les arguments les plus éculés et les plus faux ont été utilisés pour une campagne orchestrée de dénigrement de la filière énergétique préférée des Français dans tous les sondages d’opinion&#160;: bulle spéculative, augmentation de la facture d’électricité, risque de black-out sur le réseau, importation massive de panneaux chinois…</p>
<p>Chiffres bidons et mensonges éhontés savamment distillés à des politiques et des médias qui n’ont pas le temps de creuser le sujet ont préparé le terrain d’une décision déjà prise.</p>
<p>Une parodie de concertation n’a servi qu’à enfumer des participants pourtant prêts à jouer le jeu en proposant un dispositif économe de l’argent des Français fondé sur un plafonnement en Euros et non en quotas de puissance installée, bien plus efficace et bien mieux adapté à la dynamique industrielle du photovoltaïque.</p>
<p>Pourquoi tant de haine et d’acharnement&#160;? Pourquoi aujourd’hui&#160;? Il suffit d’ouvrir les journaux&#160;!</p>
<p>Déboires sans fin de l’EPR, échecs cuisants à l’exportation, guerre ouverte entre AREVA et EDF, pression à la hausse de l’électricité pour payer la facture de l’atome, tentative de contournement de la loi sur les déchets nucléaires,  tout indique que l’heure de vérité qui approche rend nerveux en haut lieu. </p>
<p>Faire du photovoltaïque aujourd’hui après l’éolien hier une victime expiatoire d’un choix historique qui nous conduit droit dans le mur ne ferait qu’aggraver le problème en mettant la France hors-jeu de l’une des plus formidables compétitions industrielles des prochaines décennies, qui draine déjà des investissements mondiaux supérieurs à ceux du nucléaire. </p>
<p>L’industrie française a encore ses chances d’y figurer en bonne place – à la condition impérative de disposer d’un marché national à la hauteur de son rang. </p>
<p>Si Monsieur Fillon persiste — contre l’avis d’un grand nombre de ses amis politiques — et signe l’arrêt de mort qui est sur son bureau, les Chinois pourront se frotter les mains en préparant les containers de panneaux qui équiperont inéluctablement demain les bâtiments devenus à « énergie positive&#160;» et les terrains pollués qui jalonnent le territoire. </p>
<p>Quant à lui, il pourra s’apprêter à répondre d’un choix aussi arbitraire que funeste devant les 25 000 salariés sacrifiés — et bientôt devant tous les Français. </p>
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		<title>Libye : « La France a vendu des armes à un fou »</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1463-libye-la-france-a-vendu-des-armes-a-un-fou/</link>
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		<pubDate>Thu, 24 Feb 2011 10:07:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Cécile Duflot</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[<em>Article <a href="http://www.rue89.com/2011/02/23/libye-la-france-a-vendu-des-armes-a-un-fou-192033">publié sur Rue89</a> le mercredi 23 février, repris avec l’autorisation de l’auteure.</em>

La répression a fait plusieurs centaines de morts en Libye. Face à cette révolution, une fois de plus, la France est restée aveugle. Le soutien sans faille aux dictateurs de la région, la collusion nous rendent maintenant muets. Notre ministre des Affaires étrangères plombée par les affaires ne s’exprime ni sur la Tunisie, ni sur l’Égypte, ni sur la Libye.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>Article <a href="http://www.rue89.com/2011/02/23/libye-la-france-a-vendu-des-armes-a-un-fou-192033">publié sur Rue89</a> le mercredi 23 février, repris avec l’autorisation de l’auteure.</em>

La répression a fait plusieurs centaines de morts en Libye. Face à cette révolution, une fois de plus, la France est restée aveugle. Le soutien sans faille aux dictateurs de la région, la collusion nous rendent maintenant muets. Notre ministre des Affaires étrangères plombée par les affaires ne s’exprime ni sur la Tunisie, ni sur l’Égypte, ni sur la Libye.</div><p>Les tentatives de réhabilitation de Kadhafi, illustrées par sa visite d’État en France en 2007, ont fait long feu. À l’époque, Nicolas Sarkozy n’hésitait pas à se réjouir des importants contrats signés avec la dictature libyenne. Le Président évoquait une dizaine de milliards d’euros de contrats.</p>
<p>Un accord nucléaire étudiant la possibilité d’installer un réacteur nucléaire en Libye pour fournir l’énergie à la désalinisation de l’eau de mer était alors sérieusement envisagé par la France. Comme à Osirak, la France était prête à nucléariser une dictature sanglante…</p>
<p>Dans le lot des contrats promis en décembre 2007, figuraient des contrats d’armements. La présidence évoquait une négociation exclusive concernant près de 4,5 milliards d’euros. À l’époque, Dassault espérait même vendre son invendable Rafale à la dictature libyenne, mais la Libye a préféré se tourner vers les Russes.</p>
<p>Cette coopération se traduisait également par une demande de l’Europe que la Libye empêche strictement le départ de migrants vers l’Europe.</p>
<h3>Des exportations interrompues en urgence</h3>
<p>Ce type d’accord a pu reprendre fin 2004 quand l’embargo de l’Union européenne sur les ventes d’armes a été levé et les relations entre la Libye, la France et la Grande-Bretagne normalisées.</p>
<p>Fin 2006, Michèle Alliot Marie avalise un contrat d’une centaine de millions d’euros pour la remise en vol de douze de ces quarante Mirage F1. Ce sont ces Mirage, achetés par la Libye dans les années 70, qui ont bombardé les manifestants cette semaine.</p>
<p>Mais, au final, les contrats promis se révéleront être des mirages, loin des 4,5 milliards évoqués. Parmi les contrats signés, des missiles antichars Milan et un réseau de communication sécurisé Tetra pour la police. 300 millions d’euros au total. La Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre a autorisé pour 30,5 millions d’exportation en 2009<sup>[1]</sup>.</p>
<p>Mais la France ne désespérait pas de vendre plus d’armes à la dictature libyenne. Selon le journaliste du Point Jean Guisnel, d’autres contrats pour plus de deux milliards d’euros, étaient en discussion&#160;: hélicoptères, radars, rénovation de vedettes, missile, chars… Les exportations ont finalement été interrompues dans l’urgence, il y a une semaine.</p>
<h3>La France, complice des massacres en cours</h3>
<p>Le gouvernement français doit s’expliquer sur ces ventes d’armes et ces négociations. Pourquoi s’est il précipité pour réhabiliter un dictateur sanguinaire, quitte à renforcer son pouvoir&#160;? Comment a-t-on agréé toutes ces livraisons d’armes&#160;? Quelle fut exactement la teneur des discussions avec la dictature libyenne&#160;?</p>
<p>En vendant aveuglément des armes à un fou, la France s’est rendue complice des massacres en cours.</p>
<p>Le 13 novembre 2007, quelques jours avant de recevoir Kadhafi, Nicolas Sarkozy déclarait&#160;:</p>
<p><em>«&#160;Tous ceux qui ont fait l’expérience de renoncer à la défense des droits de l’homme au bénéfice de contrats, n’ont pas eu les contrats, et ont perdu sur le terrain des valeurs.&#160;»</em></p>
<p>On ne saurait mieux dire.</p>
<div class="video">
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</div>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1463" class="footnote">Voir <a href="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2011/02/Rapport-du-parlement-les-exportations-d-armement-de-la-France.pdf">le rapport au Parlement sur les exportations d’armement de la France en 2009</a></li>
</ol>
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		<title>Eva Sas, Philosophie de l’écologie politique</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1461-eva-sas-philosophie-de-l-ecologie-politique/</link>
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		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 15:30:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Livres et Revues]]></category>
		<category><![CDATA[Une]]></category>

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		<description><![CDATA[«&#160;Responsabilité, autonomie, solidarité et démocratie participative&#160;»&#160;: avec beaucoup de finesse, Eva Sas présente et articule dans ce bref essai ce qu’elle considère comme les valeurs cardinales de l’écologie politique. Pour Sas, c’est de la rencontre de l’héritage libertaire de Mai 68 et de la refondation éthique et politique menée par Jonas et Habermas que née la philosophie de l’écologie politique actuelle.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">«&#160;Responsabilité, autonomie, solidarité et démocratie participative&#160;»&#160;: avec beaucoup de finesse, Eva Sas présente et articule dans ce bref essai ce qu’elle considère comme les valeurs cardinales de l’écologie politique. Pour Sas, c’est de la rencontre de l’héritage libertaire de Mai 68 et de la refondation éthique et politique menée par Jonas et Habermas que née la philosophie de l’écologie politique actuelle.</div><div id="attachment_1462" class="figure alignleft" style="width: 150px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2011/01/9782915879797-150x240.jpg" alt="Philosophie de l’écologie politique. De 68 à nos jours." title="Philosophie de l’écologie politique. De 68 à nos jours." width="150" height="240" class="size-medium wp-image-1462" /><div class="caption"><p class="legende">Philosophie de l’écologie politique. De 68 à nos jours.</p><div class="figure-description"><p>Eva Sas, préface d’Alain Lipietz, Les Petits Matins, Paris, 2010.</p>
</div></div></div>
<p>En une centaine de pages dont la clarté ne sacrifie pas la rigueur, l’auteur retrace pas à pas l’histoire de cette pensée, les tensions qui la traverse et les divergences avec les courants libéraux et marxistes qui lui ont donné sa singularité. Dans la prolifération actuelle d’ouvrages plus ou moins intéressants sur la question, on ne peut que saluer cet admirable effort pédagogique qui nous permet de disposer d’un excellent ouvrage d’introduction philosophique à l’écologie politique. </p>
<p>Cependant on peut s’interroger sur l’insistance d’Eva Sas à situer l’écologie politique dans le sillage de «&#160;la pensée 68&#160;» et notamment de Michel Foucault. Si en terme d’inspiration globale et d’état d’esprit «&#160;libertaire&#160;», cette filiation semble en effet traçable, elle nous paraît nettement plus difficile à établir à un niveau plus théorique. Car mis à part Guattari, Moscovici et, dans une moindre mesure, Derrida, l’écologie politique semble rétrospectivement la grande absente des œuvres de Deleuze, Lyotard, Bourdieu ou Lacan. Le texte d’Eva Sas ne tient d’ailleurs pas longtemps la position qu’il annonce en introduction et dévie rapidement en consacrant ses plus longs développements à Ivan Illich, penseur largement marginal par rapport à l’approche structuraliste des principaux théoriciens de la «&#160;french theory&#160;» et dont les ouvrages des années 80 montrent bien l’ancrage chrétien.  </p>
<p>En fait, et Eva Sas le pointe plusieurs fois au détour d’un paragraphe, la pensée écologiste dont on retrace ici l’histoire doit aussi beaucoup au personnalisme d’Emmanuel Mounier et aux courants du christianisme social. C’est encore une fois la capacité de l’écologie politique à assumer son héritage «&#160;conservateur&#160;» que, finalement, cette posture d’Eva Sas interroge. Sinon, pourquoi situer l’origine de la philosophie de l’écologie politique en Mai 68&#160;? </p>
<p>De même, Sas fait largement l’impasse sur le mouvement anti-totalitaire et la critique, notamment menée par Castoriadis, de l’État et de la bureaucratisation de la société. On le regrettera d’autant plus que Sas pose très justement la question du moteur émotionnel et imaginaire que l’écologie politique doit encore trouver pour devenir un projet collectif partagé.</p>
<p>En s’arrêtant au seuil de cette question, en n’abordant pas frontalement le problème que les penseurs actuels de la décroissance appellent la décolonisation de l’imaginaire, Eva Sas renonce finalement à suivre l’un des plus beaux mots d’ordre de 68 et à mettre «&#160;l’Imagination au pouvoir&#160;!&#160;» Autrement dit, cet excellent essai donne un premier cadre pour comprendre la pensée écologiste actuelle mais est loin d’épuiser toutes les pistes de cette histoire complexe et parfois paradoxale. En posant ainsi de solides jalons, Eva Sas contribue à faire pleinement entrer la philosophie de l’écologie dans l’histoire générale du débat intellectuel public et ce n’est pas la moindre des vertus de ce livre.</p>
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		<title>Kamerun !</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Jan 2011 16:35:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Co-auteur avec Thomas Deltombe et Jacob Tatsitsa de <em>« Kamerun ! , Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948–1971 »</em>, Manuel Domergue revient dans cet entretien sur la guerre secrète menée par la France au Cameroun contre le parti nationaliste UPC aux aspirations démocratiques. Une guerre violente, coloniale, puis néo-coloniale, loin de la décolonisation exemplaire et pacifique encore aujourd'hui enseignée à l’école. Une guerre contre-révolutionnaire dont l’héritage sera la dictature.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Co-auteur avec Thomas Deltombe et Jacob Tatsitsa de <em>« Kamerun ! , Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948–1971 »</em>, Manuel Domergue revient dans cet entretien sur la guerre secrète menée par la France au Cameroun contre le parti nationaliste UPC aux aspirations démocratiques. Une guerre violente, coloniale, puis néo-coloniale, loin de la décolonisation exemplaire et pacifique encore aujourd'hui enseignée à l’école. Une guerre contre-révolutionnaire dont l’héritage sera la dictature.</div><div class="video">
<object width="500" height="400"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/video/xgnlf2?width=500&#038;theme=none&#038;foreground=%23F7FFFD&#038;highlight=%23FFC300&#038;background=%23171D1B&#038;additionalInfos=1&#038;start=&#038;animatedTitle=&#038;iframe=0&#038;autoPlay=0&#038;hideInfos=0"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/xgnlf2?width=500&#038;theme=none&#038;foreground=%23F7FFFD&#038;highlight=%23FFC300&#038;background=%23171D1B&#038;additionalInfos=1&#038;start=&#038;animatedTitle=&#038;iframe=0&#038;autoPlay=0&#038;hideInfos=0" width="500" height="400" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object>
</div>
<p>Les auteurs ont également mis en place un site internet pour accompagner le livre et proposer des compléments d’informations (bibliographies, chronologies, cartographies, iconographies, entretiens filmés, <em>etc.</em>). Le site a également pour ambition d’être <em>« un point de rencontre pour tous ceux qui s’intéressent à cette guerre méconnue »</em>. <a href="http://www.kamerun-lesite.com/">Le site : <em>Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique (1948–1971)<em></a>.</p>
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		<title>Retour de Cancùn</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Dec 2010 17:37:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hélène Gassin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Édito]]></category>

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		<description><![CDATA[La 16<sup>e</sup> conférence des parties à la Convention Climat s’est donc achevée ce samedi 10 décembre à Cancùn. Les attentes étaient modérées, expliquant peut-être la forme d’allégresse qui s’est emparée des participantEs&#160;: un accord, enfin&#160;!]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">La 16<sup>e</sup> conférence des parties à la Convention Climat s’est donc achevée ce samedi 10 décembre à Cancùn. Les attentes étaient modérées, expliquant peut-être la forme d’allégresse qui s’est emparée des participantEs&#160;: un accord, enfin&#160;!</div><p>Le bilan détaillé a déjà été largement fait et commenté, les analyses reflétant presque plus l’état psychologique et le degré d’espérance des émetteurs, de leur place aussi sur l’échiquier mondial, qu’une analyse factuelle.</p>
<p>Si l’on ne peut que constater que la communauté internationale a encore raté une occasion de prendre ses responsabilités en matière de lutte contre les changements climatiques et d’adaptation (engagements, financements, <em>etc.</em>), il faut également reconnaître que Cancùn est un pas dans le bon sens.</p>
<p>Sous la présidence mexicaine, le processus multilatéral est enfin reparti sur les bons rails. </p>
<p>Nous pouvons aujourd’hui espérer que l’irresponsable jeu de la barbichette inter-étatique — <em>commence d’abord et je verrai</em> — qui avait précipité l’échec de Copenhague est derrière nous. L’Union européenne aurait pu — aurait du&#160;! — s’engager sans attendre et sans condition. Elle continue à minauder. </p>
<p>Refus de reconnaissance de la dette climatique, comparaisons erronées des émissions de la Chine avec celles des États-Unis ou de l’Europe<sup>[1]</sup> et autres faux-semblants, force est de constater que les pays en développement et émergeant font globalement preuve de beaucoup plus de responsabilité que les pays industrialisés.</p>
<p>Si l’on peut espérer que la Convention Climat permette de redistribuer les cartes sur la scène internationale, sans un sursaut majeur, elle ne sauvera pas le climat. Reconnaître l’objectif de stabilisation de 2&#160;°C est bien, mais se donner les moyens de le faire est beaucoup mieux. </p>
<p>Partout dans le monde, provinces, états fédérés, régions, villes… mettent en œuvre des politiques climatiques ambitieuses sur leurs territoires. De la convention des maires, au <em>Climate group</em> en passant par le réseau NRG4SD, la mobilisation se renforce aussi au niveau international et s’invite dans les négociations&#160;; remède efficace à la désespérance.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1457" class="footnote">cf <a href="http&#160;://ecolosphere.net/archives/1019-chine-et-ocde-comparons-ce-qui-est-comparable/">l’article de Bernard Laponche</a> de notre dossier Copenhague</li>
</ol>
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		<title>Congrès des Grünen à Fribourg&#160;: vers un nouveau tournant pour l’écologie politique</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Dec 2010 14:34:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Benoit Lechat</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse Actu]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Le week-end du 19 au 21 novembre les Verts allemands se sont réunis en conférence fédérale des délégués (Bundesdelegiertenkonferenz – BDK) à Fribourg dans le Land de Bade-Wurtemberg. 715 délégués représentant les 51&#160;400 membres du plus gros parti vert du monde y ont reconduit les mandats de leurs co-présidents dans une ambiance euphorique gonflée par des sondages qui depuis plusieurs mois les placent au-dessus de la barre des 20&#160;%, non loin des sociaux-démocrates du SPD. Dès l’an prochain, pour la première fois dans l’histoire de l’Allemagne, un Land aussi grand que le Bade-Würtemberg ou Berlin pourrait être dirigé par un écologiste. Comment expliquer une telle lune de miel avec l’opinion, est-elle durable et quelles conclusions peut-on en tirer pour les autres partis verts européens&#160;?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Le week-end du 19 au 21 novembre les Verts allemands se sont réunis en conférence fédérale des délégués (Bundesdelegiertenkonferenz – BDK) à Fribourg dans le Land de Bade-Wurtemberg. 715 délégués représentant les 51&#160;400 membres du plus gros parti vert du monde y ont reconduit les mandats de leurs co-présidents dans une ambiance euphorique gonflée par des sondages qui depuis plusieurs mois les placent au-dessus de la barre des 20&#160;%, non loin des sociaux-démocrates du SPD. Dès l’an prochain, pour la première fois dans l’histoire de l’Allemagne, un Land aussi grand que le Bade-Würtemberg ou Berlin pourrait être dirigé par un écologiste. Comment expliquer une telle lune de miel avec l’opinion, est-elle durable et quelles conclusions peut-on en tirer pour les autres partis verts européens&#160;?</div><p class="meta2">Benoit Lechat est responsable des publications <a href="http://www.etopia.be"><em>Etopia</em></a>, centre d’animation et de recherche en écologie politique (Belgique).</p>
<p>Ces sondages demandent certes à être confirmés par des scrutins en bonne et due forme. Mais ils donnent le tournis aux Grüenen qui s&#8217;efforce de rester les pieds sur terre. En hausse constante depuis un an, soit depuis le démarrage de la coalition chrétienne-démocrate/libérale au niveau fédéral, les Verts ont franchi au milieu de 2010 la barre des 20&#160;% des intentions de vote, alors qu&#8217;ils n&#8217;avaient recueilli «&#160;que&#160;» 10,7&#160;% lors de l&#8217;élection fédérale du 27 septembre 2009. En octobre et novembre, certains sondages les ont même placés tout juste devant le SPD, une première absolue dans ce pays où la social-démocratie européenne a connu quelques unes de ses plus belles heures gloires avec des chanceliers comme Willy Brandt ou Helmut Schmidt. La tendance à la hausse se confirme dans tous les Länder, y compris dans les Länder de l&#8217;Est.</p>
<p>Le 27 mars 2011, les élections dans le Bade-Wurtemberg pourraient bien envoyer Winfried Kretschmann à la ministre-présidence d&#8217;un des états les plus riches d&#8217;Allemagne (des entreprises comme Mercedes, Porsche, Bosch y sont implantées). Les sondages y annoncent les Verts au-delà de 25&#160;%. Ceux-ci y feraient une coalition avec le SPD, la CDU étant renvoyée dans l&#8217;opposition. Un scénario comparable se profile à Berlin où des élections auront lieu au mois de septembre. Les Verts y sont crédités de près de 30&#160;%, loin devant tous les autres partis. L&#8217;ancienne ministre fédérale de l&#8217;agriculture Renate Künast pourrait donc diriger la capitale allemande… ce qui serait un fameux symbole et ne resterait pas sans impact sur la politique fédérale même si les élections à ce niveau sont encore loin (2013 en principe).</p>
<h3>Jeu égal avec le SPD et la CDU</h3>
<p>Les Verts sont désormais la coqueluche des médias. Du populaire Bild Zeitung aux magazines plus sérieux comme Die Zeit ou le Spiegel, il n&#8217;y a quasiment pas un grand journal allemand qui n&#8217;ait consacré sa «&#160;une&#160;» aux Verts. D&#8217;aucuns les voient déjà se transformer en «&#160;Volkspartei&#160;» (à la fois un parti populaire et un parti de masse), faisant structurellement jeu égal avec la CDU ou le SPD. Mais les Verts veulent garder la tête froide et surtout ne pas risquer de perdre leur spécificité de «&#160;parti d&#8217;idées&#160;» à laquelle ils attribuent à raison une grande partie de leur actuel succès. «&#160;Pas question de ratisser large, de devenir un parti de clientèles, nous devons rester un «&#160;Konzeptpartei&#160;», a clamé le député Volker Beck sous les applaudissements des 700 délégués.</p>
<p>Et toutes les analyses politiques semblent lui donner raison&#160;: ce que l&#8217;électeur allemand apprécierait chez les Verts ce serait précisément le fait qu&#8217;ils assument intégralement leur programme, notamment en matière de fiscalité. Signe de cette «&#160;respectabilité&#160;», un électeur allemand sur deux considère aujourd&#8217;hui qu&#8217;il «&#160;pourrait voter&#160;» pour les Verts, un score rigoureusement égal à celui de la CDU et du SPD. Un tel succès s&#8217;explique à la fois par la situation des autres partis, l&#8217;évolution de la société et par le travail spécifiquement mené par les Verts.</p>
<h3>Le désamour de la coalition</h3>
<p>Les autres partis tout d&#8217;abord&#160;: même si la CDU reste relativement stable dans les sondages, moins d&#8217;un quart de la population se dit réellement satisfait du travail du gouvernement<sup>[1]</sup>. La première victime de ce désamour est le FDP. Le parti libéral frôle en permanence la barre des 5&#160;% alors qu&#8217;il avait recueilli 14,6&#160;% au scrutin de 2009. Ses promesses de baisse d&#8217;impôts se sont envolées avec la crise et la CDU a récupéré une partie de ses électeurs qui avaient été inquiétés par le profil social affiché par la chancelière pendant la campagne pour rogner sur l&#8217;électorat du SPD. Les Verts peuvent même se permettre d&#8217;assumer haut et fort qu&#8217;ils ne réduiront pas les impôts et en tous cas qu&#8217;ils relèveront les taux sur les revenus supérieurs, ce qui renforce leur image de «&#160;responsabilité&#160;», même s&#8217;il s&#8217;agit par là de financer des augmentations des allocations sociales.</p>
<p>La baisse de confiance du gouvernement survient pourtant alors que la croissance économique allemande est nettement plus élevée que celle de tous les autres membres de la zone euro, même s&#8217;il ne s&#8217;agit encore que de récupérer la récession de 2009. Dopée par la croissance des exportations, elle permet de réduire le chômage — du moins dans les états industriels de l&#8217;ouest — même si le consensus s&#8217;élargit dans le pays pour reconnaître que cette croissance s&#8217;explique aussi par une stagnation des revenus du travail et par une croissance des inégalités. Le SPD associé — à tort ou à raison — à la politique d&#8217;ajustement qui a mené à cette montée des inégalités, reste, lui, encore en pleine panade idéologique alors que les anciens communistes de Die Linke semblent souffrir du retrait progressif d&#8217;Oskar Lafontaine.</p>
<h3>Un pays post-matérialiste&#160;?</h3>
<p>Mais surtout, certains indices laissent penser qu&#8217;un changement de valeurs s&#8217;est opéré dans l&#8217;opinion à la faveur de la crise financière. Une enquête réalisée par l&#8217;institut Emnid<sup>[2]</sup> indique qu&#8217;une majorité des Allemands estiment que «&#160;la croissance matérielle est moins importante que la protection de l&#8217;environnement et la réduction de la dette publique&#160;». La vigueur de l&#8217;économie allemande aurait-elle pour résultat paradoxal de rendre les Allemands de plus en plus post-matérialistes&#160;? La question mérite d&#8217;être posée. Il est en tous cas établi que les Verts ne séduisent plus seulement les jeunes, ils marquent également des points chez les personnes plus âgées. Les 6&#160;000 nouveaux membres ayant adhéré au parti ces deux dernières années (il est passé de 44.585 membres au début de 2008 à 51&#160;400 en novembre 2010) ont une moyenne d&#8217;âge de 37 ans et la plupart d&#8217;entre eux ont des enfants.</p>
<p>Ils ressemblent sans doute à ces dizaines de milliers de personnes qui ont pris congé pour aller manifester à Gorleben pour tenter d&#8217;empêcher l&#8217;arrivée d&#8217;un convoi de déchets radioactifs en provenance de l&#8217;usine de la Hague, mobilisant pacifiquement pas moins de 16&#160;000 policiers pas franchement ravis de devoir sacrifier un WE. Chez les policiers il y a aussi des opposants au nucléaire&#160;! La prolongation des centrales votées par le Bundestag (et qui pourrait être attaquée par un recours à la Cour constitutionnelle) s&#8217;est faite contre l&#8217;opinion d&#8217;une majorité de la population qui y voit une collusion entre les lobbies industriels et le gouvernement. La dénonciation d&#8217;une complicité similaire a été en grande partie à la base de la lutte contre le projet de gare souterraine à Stuttgart (le projet Stuttgart 21). Les Verts s&#8217;y sont particulièrement engagés, ce qui leur vaut une partie de leur succès dans le Bade Wurtemberg<sup>[3]</sup>. Cette mobilisation qui a réuni pêle-mêle des alternatifs, des étudiants, des bourgeois souabes plutôt réputés pour leur conformisme, a forcé le gouvernement du Land à demander une médiation entre partisans et opposants qui vient de proposer une série d&#8217;aménagements du projet, mais ceux-ci risquent d&#8217;encore alourdir grandement son coût. Mais les Verts ne sont plus seulement implantés dans les grandes villes&#160;: ils gagnent aussi en audience dans les zones rurales où ils commencent à séduire un électorat traditionnellement plutôt conservateur.</p>
<h3>Sacré triptyque</h3>
<p>En parallèle à cette évolution de l&#8217;opinion allemande, les Verts doivent aussi leur croissance aux succès de leur politique. Ils bénéficient d&#8217;une sorte d&#8217;effet de source&#160;: les Allemands semblent avoir largement compris qu&#8217;il fallait accélérer la mutation énergétique en cours et que celle-ci se justifiait autant sur le plan économique qu&#8217;écologique. En 2010, 17&#160;% de l&#8217;électricité produite en Allemagne est d&#8217;origine renouvelable. Le secteur emploie 340.000 personnes et ce n&#8217;est qu&#8217;un début. Les Verts sont identifiés comme étant les principaux responsables de cette évolution. Les Allemands savent que c&#8217;est sous leur impulsion que la coalition avec le SPD (qui combat également la prolongation du nucléaire, à la triste différence de son homologue belge) a lancé entre 1998 et 2005 une politique globale en trois volets&#160;: loi sur les énergies renouvelables, sortie du nucléaire, réforme éco-fiscale. Ce triptyque est connu et reconnu&#160;! Le Congrès de Fribourg avait précisément pour objectif de rappeler ce fait et surtout d&#8217;actualiser les objectifs des Verts. La motion approuvée par la BDK<sup>[4]</sup> ambitionne en l&#8217;occurrence de parvenir à 100&#160;% d&#8217;électricité renouvelable en 2030 et à 100&#160;% de chaleur renouvelable en 2040 — évidemment sans le nucléaire. Elle ne cache pas que cela passera par une baisse importante de la consommation&#160;: -12&#160;% pour l&#8217;électricité et -20&#160;% pour la chaleur d&#8217;ici 2020. Les Verts établissent donc déjà le menu de la prochaine coalition fédérale.</p>
<p>Même si on en est encore très éloigné, tout indique à ce stade que leur scénario préférentiel est celui d&#8217;une reconduction de l&#8217;alliance rouge-verte qui avait dirigé l&#8217;Allemagne au tournant du siècle. La coalition noire-verte (CDU-Verts) ou la jamaïcaine (avec les libéraux en plus) n&#8217;ont plus vraiment la cote, notamment depuis que les Verts ont demandé à sortir de la coalition avec la CDU à Hambourg, en particulier après l&#8217;échec d&#8217;un référendum sur une réforme scolaire (dans un sens plus égalitaire) qu&#8217;ils avaient soutenu becs et ongles.</p>
<p>Mais d&#8217;ici-là, il faudra que les sondages soient confirmés lors des élections régionales et que les nouvelles participations vertes soient couronnées de succès. Certains bourgmestres verts comme Boris Palmer (Tübingen) ou Dieter Salomon (Fribourg) ont déjà mis en garde leurs compagnons de parti sur les risques de s&#8217;associer trop étroitement aux luttes de terrain comme celle contre Stuttgart 21, parce que cela revient, selon eux, à flatter une forme d&#8217;antiparlementarisme. Les Verts auront également fort à faire pour défendre les projets de lignes à haute tension rendus nécessaires par la conversion aux énergies renouvelables.</p>
<p>Enfin, comme chez d&#8217;autres Verts européens, un autre débat commence à émerger&#160;: celui sur la croissance et sur la redéfinition du bien-être. Reinhard Loske , le sénateur en charge de l&#8217;environnement dans le Land de Brême vient de publier un livre sur la critique de la croissance&#160;: <a href="http://www.basilisken-presse.de/index.php?type=det&#038;id=327&#038;kat=41&#038;main_kat=2&#038;start=&#038;nr="><em>Abschied vom Wachstumszwang&#160;: Konturen einer Politik der Mässigung</em></a> (Adieu à la pulsion de croissance&#160;: contours d&#8217;une politique de la sobriété) (Basilisken-Presse, novembre 2010) qui devrait donner lieu à de passionnants débats… et renforcer le profil post-matérialiste des Verts.</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1455" class="footnote">Deutschlandtrend, décembre 2010. Voir <a href="http://www.tagesschau.de">www.tagesschau.de</a>.</li>
<li id="footnote_1_1455" class="footnote">Die Zeit, 11 novembre 2010.</li>
<li id="footnote_2_1455" class="footnote">Voir Carsten GRABEL, La gare contre la démocratie, La Revue Nouvelle, Octobre 2010.</li>
<li id="footnote_3_1455" class="footnote"><a href="http://www.gruene.de/einzelansicht/artikel/videos-der-reden-bilder-und-beschluesse.html">www.gruene.de/einzelansicht/artikel/videos-der-reden-bilder-und-beschluesse.html</a></li>
</ol>
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		<item>
		<title>Un code-à-barres pour identifier les embryons</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1450-un-code-a-barres-pour-identifier-les-embryons/</link>
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		<pubDate>Tue, 14 Dec 2010 09:41:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hervé Le Crosnier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Des chercheurs catalans ont publié en novembre leurs travaux : comment introduire un «&#160;code-à-barres&#160;» (<em>sic</em>) dans les cellules d'un embryon.

Cette analyse cherche à débusquer ce qui crée un nouveau risque moral, éthique, déontologique, et même scientifique pour une société qui non seulement accepte, mais aussi promeut ce type de pratiques.

Irons-nous vers le règne des "bébé--design", quand les parents vont "choisir sur mesure" les caractéristiques de leur progéniture ? Ou saurons-nous résister à cette forme biopolitique de domination ?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Des chercheurs catalans ont publié en novembre leurs travaux : comment introduire un «&#160;code-à-barres&#160;» (<em>sic</em>) dans les cellules d'un embryon.

Cette analyse cherche à débusquer ce qui crée un nouveau risque moral, éthique, déontologique, et même scientifique pour une société qui non seulement accepte, mais aussi promeut ce type de pratiques.

Irons-nous vers le règne des "bébé--design", quand les parents vont "choisir sur mesure" les caractéristiques de leur progéniture ? Ou saurons-nous résister à cette forme biopolitique de domination ?</div><p class="meta2">
<p>Le Comité Consultatif National d&#8217;Éthique pour les Sciences de la Vie et de la Santé vient de publier un rapport sur les recherches portant sur les cellules souches<sup>[1]</sup>. Cela occupe largement les médias. On trouve dans ce texte des rappels importants sur les règles éthiques qui peuvent être transposées dans des Lois afin de permettre aux sociétés de conduire des politiques scientifiques en adéquation avec les conceptions partagées de ce que signifie l’être humain. Certes, des différences, voire des divergences existent, et ce débat sur les «&#160;cellules souches&#160;» est aussi, en sens inverse, une façon pour les chercheurs en bio-médecine de faire évoluer les normes éthiques, ce qui conduit aussi à une meilleure compréhension des activités humaines mettant en jeu les notions de vie et de personne. C’est un processus dialectique entre la recherche et la société qui prend du temps, mais qui permet d’éviter que des travaux en science ou ingénierie du vivant ne poussent à des transformations de notre conception même de l’humanité sans que les sociétés ne puissent dire leur mot, avec toutes les contradictions et les opinions qui forment les approches du monde. Or certaines recherches en ingénierie de la reproduction humaine me semblent imposer des changements radicaux sans que l’on prenne le temps de réfléchir aux conséquences. Ainsi en va-t-il d’une recherche publiée le 18 novembre, qui n’a, à mon sens, pas recueilli toute l’attention nécessaire&#160;: des chercheurs catalans ont implémenté des codes-à-barre à l’intérieur des cellules d’embryons de souris et s’apprêtent à reproduire l’expérience sur des embryons humains<sup>[2]</sup>.</p>
<h3>L’ordre des choses et l’ingénierie du vivant</h3>
<p>De toutes les règles qui semblent partagées par les différentes approches du débat éthique autour de l’embryon, il en est une qui semble commune&#160;: l’embryon n’est pas une «&#160;chose&#160;» comme les autres.</p>
<p>En termes éthiques, <em>«&#160;éviter toute réification de l’embryon&#160;»</em>&#160;:</p>
<blockquote class="citation"><p>«&#160;Il serait tout aussi excessif de considérer l’embryon en phase pré-implantatoire comme un simple amas de cellules d’origine humaine que de le sacraliser en tant que personne humaine en puissance. La notion de &laquo;&nbsp;processus embryonnaire en cours&nbsp;&raquo; témoignerait peut-être de l’énigme qui entoure la nature exacte de l’embryon aux premiers stades de sa vie. Quoi qu’il en soit, et en raison même de cette énigme, le Comité affirme son attachement à l’idée selon laquelle l’embryon humain doit, dès sa formation, bénéficier du respect lié à sa qualité.&#160;»</p>
<p><strong><em>Avis N<sup>o</sup>&#160;67 du 18 janvier 2001 sur l’avant-projet de révision des lois de bioéthique.</em></strong></p>
</blockquote>
<p>Cette approche interdit par exemple la marchandisation de l’embryon. Elle interdit aussi les travaux sur des embryons qui ne seraient fabriqués qu’afin de servir d’objets de laboratoire. Une interdiction confirmée par la Convention d’Oviedo<sup>[3]</sup>&#160;: <em>«&#160;La constitution d’embryons humains aux fins de recherche est interdite&#160;»</em>.</p>
<p>On peut pour autant s’interroger sur la finalité de certaines recherches en ingénierie de la fécondation&#160;: ont-elles réellement des buts thérapeutiques, et ne nécessitent-elles pas la mise à disposition d’embryons humains à simple fins de recherche&#160;? Un interrogation que soulève par exemple une recherche menée à l’Université Autonome de Barcelone (Universitat Autònoma de Barcelona). Une recherche aux conséquences dévastatrices, publiée le 18 novembre 2010 par le journal «&#160;Human reproduction&#160;»&#160;: <em>A novel embryo identification system by direct tagging of mouse embryos using silicon-based barcodes</em><sup>[4]</sup>. Il s’agit d’une recherche commune à des biologistes (Département de Biologie cellulaire, de physiologie et d’immunologie de l’UAB) et des chercheurs de l’Institut de microélectronique de Barcelone, visant à implanter dans chaque cellule d’un embryon un dispositif en silicium pouvant faire office de «&#160;code-à-barre&#160;», selon les termes mêmes employés par les chercheurs dans le titre de leur article.</p>
<p><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/12/embryon_codes_a_barre1-500x280.jpg" alt="embryon_codes_a_barre1" title="embryon_codes_a_barre1" width="500" height="280" class="alignnone size-large wp-image-1454" /></p>
<p>C’est l’Université Autonome elle-même qui assure la publicité de l’article en publiant une note sur son site web<sup>[5]</sup>. Une version grand public de la recherche qui sera très largement reprise dans les sites anglo-saxons (une recherche sur Google au 5/12/2010 permet de constater que les 5 premières pages sont occupées par des sites qui reprennent en l’état le communiqué de presse). Il y aurait beaucoup à dire sur cette nouvelle manière de valoriser les recherches par des communiqués de presse provenant des universités, mais aussi sur la servilité de ce web que l’on dit ouvert à toutes les plumes, mais qui pour l’essentiel ne prend pas le temps de l’analyse. En effet, tous ces sites ne font que reprendre le communiqué sans commenter, sans s’interroger, sans applaudir ni s’indigner… Une pauvreté de la critique scientifique<sup>[6]</sup> qui nous laisse désarmés.</p>
<p>La recherche autour de cette technique d’implantation a été menée sur des embryons de souris. L’équipe des biologistes a réalisé une micro-injection du code-à-barres en silicium mis au point par les électroniciens. Celui-ci est lisible sous microscope. Introduit dans l’espace périvitellin, qui est compris entre la zone pellucide et la membrane plasmatique de l’ovocyte, le dispositif doit disparaître une fois l’embryon implanté dans l’utérus… Ce que réussit l’expérience, à quelques exceptions près.</p>
<p><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/12/embryon_codes_a_barre2.jpg" alt="embryon_codes_a_barre2" title="embryon_codes_a_barre2" width="320" height="146" class="alignnone size-full wp-image-1452" /></p>
<p>Un nouvel exploit de la technique biologique et microélectronique… Mais l’objectif de cette recherche mérite qu’on s’arrête un instant. À l’heure actuelle, les embryons récoltés ou congelés, sont identifiés sur les éprouvettes elle-mêmes. Les vérifications, par double contrôle humain, sont donc plus longues et minutieuses, les contenus étant régulièrement changés de récipients durant l’Assistance Médicale à la Procréation. Pour les auteurs de l’article, il s’agit d’accélérer et de sécuriser le processus, ce qui d’après le site du transhumaniste Raymond Kurzveil (un des seuls à ajouter de courtes remarques au texte de l’Université<sup>[7]</sup>) devrait permettre de meilleurs taux de succès des fécondations <em>in vitro</em> (FIV)…</p>
<h3>Or nous ne pouvons être naïfs à ce point.</h3>
<p>Ces changements dans la procédure de l’Assistance Médicale à la Procréation ne sont pas seulement des «&#160;garanties&#160;» de suivi de l’embryon… Le terme même de code-à-barres utilisé par les chercheurs renvoie à la logique de «&#160;marchandise&#160;» qui menace toute la filière de la FIV. Accélérer les processus pour leur assurer une meilleure réussite serait effectivement un progrès… Mais pourquoi, au delà des embryons destinés à la réimplantation immédiate, tester la méthode sur des embryons congelés&#160;? Parce que congelés, ces derniers pourraient s’échanger entre cliniques, devenir matière première, certifiée directement dans l’embryon, et pas seulement sur l’emballage.</p>
<p>Nous n’en sommes qu’au stade de l’expérience sur les embryons de souris, mais la même équipe de chercheurs vient d’obtenir l’autorisation du Ministère de la Santé du Gouvernement de la Catalogne pour passer à l’expérimentation sur des embryons humains. Or compte-tenu du projet, une telle recherche va-t-elle devoir outrepasser la règle éthique d’un usage des seuls embryons «&#160;surnuméraires&#160;», c’est-à-dire restant après une opération de fécondation à visée reproductive&#160;? Les embryons seraient alors des «&#160;objets de laboratoire&#160;». On peut aussi contester le fait que cette recherche corresponde à un objectif thérapeutique. Ce serait trop naïf de prendre pour argent comptant les déclarations portant sur l’amélioration du processus de la FIV… Les codes-à-barres induisent une tout autre approche que l’aide aux coupes infertiles. Or ce sont justement ces dérives que cherche à éviter le CCNE&#160;:</p>
<blockquote class="citation"><p>«&#160;Traiter l’embryon humain seulement comme un moyen d’expérimentation, c’est prendre pratiquement parti sur son être en l’intégrant à l’ordre des choses.</p>
<p>Dans son Avis N<sup>o</sup>&#160;8 relatif aux recherches et utilisation des embryons humains in vitro à des fins médicales et scientifiques, le CCNE indiquait&#160;: “On ne doit pas procéder, même avec le consentement des géniteurs, à des fécondations en vue de la recherche. Elles conduiraient à faire des embryons humains de simples moyens ou de purs objets.”&#160;»</p>
<p><strong><em>Rapport CCNE N<sup>o</sup>&#160;118, p. 52.</em></strong></p>
</blockquote>
<p>Ce pas supplémentaire vers la marchandisation des embryons, codés, estampillés, reconnus, héritant de tel ou tel trait génétique… est dans la pleine logique de ce qu’est en train de devenir la fécondation <em>in vitro</em>.</p>
<h3>La dérive des cliniques de la fertilité</h3>
<p>Nous sommes en effet en train de passer d’une méthode permettant aux couples stériles d’avoir une descendance, à celle d’une FIV «&#160;choisie&#160;», destinée à éviter le hasard inhérent à la reproduction. Les cliniques spécialisées états-uniennes vantent leur approche tout azimuth&#160;:</p>
<blockquote class="citation"><p>«&#160;Davis Fertility Center, Inc. Nous sommes une clinique spécialisée dans les traitement de l’infertilité pour les hommes et pour les femmes. Nos services comprennent la fécondation <em>in vitro</em>, la gestion du don d’oeufs et d’ovocytes, le Diagnostic génétique préimplantatoire, la congélation d’embryons, la Fécondation In Vitro avec microinjection intracytoplasmique de spermatozoïde (ICSI), et le libre-choix du sexe (fille ou garçon)<sup>[8]</sup>.&#160;</p>
</blockquote>
<p><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/12/embryon_codes_a_barre3-500x138.jpg" alt="embryon_codes_a_barre3" title="embryon_codes_a_barre3" width="500" height="138" class="alignnone size-large wp-image-1453" /></p>
<p>Nous entrons dans une période où les plus riches sur la planète vont avoir recours aux cliniques pour choisir les caractéristiques de leur descendance. On commence à parler de «&#160;bébé-design&#160;» (designer babies). Le diagnostic génétique pré-implantatoire est un test réalisé sur un embryon de 3 jours, alors qu’il dispose de six cellules. Il doit permettre de repérer des maladies génétiques graves avant l’implantation. Or l’accélération des traitements techniques, l’usage de l’informatique, les connaissances statistiques des liens entre les zones de l’ADN et les traits physiques (couleurs des yeux, des cheveux, taille,…) permettent l’usage du test bien au delà, notamment pour choisir le sexe, et bientôt d’autres caractères.</p>
<p>La sélection du sexe est autorisée aux États-Unis, et nombreuses sont les cliniques qui la proposent. Ainsi, une enquête de 2006 menée par le John Hopkins Hospital montre que près de la moitié des cliniques pratiquant le diagnostic rendent possible le choix du sexe. Plus loin encore, 3&#160;% de ces cliniques accéderaient à des demandes des parents, par exemple pour que l’enfant d’un couple de sourds soit lui aussi atteint de cette infirmité, soi-disant afin de mieux partager la culture et les pratiques de ses parents. C’est tout un secteur que l’on peut difficilement appeler «&#160;médical&#160;» qui se développe autour des cliniques de la fertilité.</p>
<p>Une étude de 2007 menée par la New York University School of Medicine et publiée dans la revue <em>«&#160;Journal of Genetic Counseling&#160;»</em> voudrait distinguer les propositions commerciales des cliniques, souvent reprises par les journaux des attentes du public. Leur conclusion est plutôt optimiste&#160;: <em>«&#160;Une grande majorité des personnes ayant répondu à notre enquête sont favorables à des testgénétiques complémentaires pour dépister des maladies, mais pas pour des améliorations. Il ne semble pas que l’heure des “bébé-design” soit proche&#160;»</em><sup>[9]</sup>. Pourtant, cet optimisme pourrait être contrebalancé par les conditions même de l’étude. Il s’agit de questionnaires posés à des patients du <em>NYU Human Genetics Program for prenatal genetic counseling</em> avant leur entretien. Or seules 45&#160;% des personnes ont répondu. Ajoutons que l’on répond rarement à une enquête par des positions qui ne sont pas socialement acceptées. La moitié des 999 répondants refusent tout test génétique. Et malgré tout, s’ils ne sont pas majoritaires, 10&#160;% des répondants accepteraient de faire des tests pour augmenter les compétences athlétiques&#160;; 12,6&#160;% pour obtenir une intelligence supérieure&#160;; 10,4&#160;% pour une haute taille et 9,2&#160;% pour améliorer la longévité. Des chiffres que pour ma part je trouve non négligeables, d’autant qu’il faut les doubler pour les rapporter au nombre de répondants souhaitant des tests génétiques. On peut aussi en conclure qu’il existe bel et bien un réel «&#160;marché de niche&#160;» alimenté par les fantasmes d’une part non négligeable des personnes souhaitant des contrôles génétiques sur leur descendance. Et comme tout marché de niche, celui-ci est «&#160;poussé par la technologie&#160;». Il se développera en fonction de l’offre émanant des cliniques, ce qui en spirale renforcera l’acceptabilité sociale de ce nouvel eugénisme…</p>
<p>Le choix de mener un certain type de recherches orientées vers cette figure d’un «&#160;homme augmenté&#160;» va accélérer cette spirale. Il existe des formes de collusion entre cette marchandisation de la reproduction sélective par les cliniques et les «&#160;recherches&#160;» sur les techniques reproductives et la génétique des populations humaines. Ainsi, cet article publié en 2007 dans le journal <em>Nature genetics</em> qui décrit une méthode pour déterminer une corrélation entre le génome et la couleur des cheveux, des yeux ou la pigmentation de la peau<sup>[10]</sup>. Le chercheur se veut propre sur lui&#160;: <em>«&#160;Je m’oppose avec véhémence à ce que mes travaux soient utilisés pour produire des enfants sur mesure&#160;»</em>… Pourtant ce type de travaux inspire la clinique «&#160;<em>The Fertility Institutes</em>&#160;» qui annonce la possibilité prochaine de choisir la couleur des cheveux, des yeux… et plus encore&#160;!<sup>[11]</sup> Le Docteur Steinberg, qui dirige cette clinique déclare ainsi&#160;: «&#160;La sélection des traits est un service, et nous comptons l’offrir prochainement&#160;».<sup>[12]</sup></p>
<p>C’est aussi dans ce cadre que l’expérience des biologistes catalans prend tout son sens. Quand on aura réalisé de tels diagnostics pré-implantatoires sur des cellules embryonnaires contenant un «&#160;code-à-barres&#160;», on pourra aisément ouvrir une banque de données indiquant les traits repérés derrière cet identifiant unique… congeler l’embryon, et l’utiliser «&#160;à la demande&#160;». Pourtant, tous ces chercheurs affirmeront avoir fait cela «&#160;pour la science&#160;», en toute «&#160;indépendance scientifique&#160;». Ils auront reçu des financements et des autorisations. On peut même prévoir que les informaticiens qui écriront les algorithmes d’exploitation des banques de données à venir permettant de faire coïncider les désirs des parents, leur propre morphologie, et les caractéristiques des embryons disponibles sur le marché ne seront intéressés que par le challenge technique que cela représente.</p>
<h3>Politique du fait accompli</h3>
<p>Il est temps que les sociétés civiles s’interrogent sur les choix politiques des recherches qui sont engagées, sans laisser aux marchés, qui s’appuient sur les fantasmes morbides de quelques privilégiés, le soin de parasiter au nom de leurs intérêts immédiats, les réflexions éthiques et politiques sur les règles communes dont notre société a besoin.</p>
<p>Car une fois qu’une technique existe, qu’un marché de niche pour couples fortunés l’ancre dans la sphère économique, alors les dérives vont en s’accélérant, au point qu’il est parfois trop tard pour réfléchir. Le mythe des «&#160;bébés-design&#160;», même s’il y a encore loin de la coupe aux lèvres, en créant un nouveau marché pour le secteur des tests, mais aussi pour l’organisation d’un circuit économique de la procréation «&#160;augmentée&#160;» met en cause de nombreux considérants qui touchent au plus profond de notre conception anthropologique.</p>
<p>Un des symptômes de ce basculement en faveur d’une industrie du «&#160;bébé-design&#160;» peut se retrouver dans le choix fort peu innocent des jurés du Prix Nobel, qui ont accordé en 2010 le Prix de médecine et de physiologie à Robert G. Edwards. Celui-ci est le biologiste qui a permis la naissance de Louise Brown, première «&#160;bébé-éprouvette&#160;» née en 1978. Cet exploit de l’ingénierie biologique a permis la naissance de 4 millions d’enfants pour des couples en demande depuis cette date. Cela mérite récompense, mais s’agit-il pour autant d’une découverte relevant de la Charte des prix Nobel&#160;? Toutefois nous savons aussi que les prix Nobel ont souvent une claire dimension de politique scientifique. Et celui-ci, qui intervient au moment où toutes les sociétés débattent des questions éthiques concernant les recherches sur l’embryon et les cellules souches, vise certainement à valider les propos parfois provocateurs de Robert Edwards, son choix de mettre la «&#160;science&#160;» et notamment celle de la fécondation, en dehors du regard des sociétés et des normes juridiques et politiques. Dans un article d’orientation qu’il a publié en 1971 dans le journal Nature, il plaide pour le retrait de toute forme publique d’encadrement de la recherche, et conclut dans un grand élan scientiste&#160;: <em>«&#160;Les scientifiques doivent aller au devant de l’opinion, faire du lobbying pour obtenir des lois et des règles, dans l’espoir que les attitudes majoritaires de la société, telles qu’elles se retrouvent dans les décisions légales, vont mûrir à un rythme qui ne serait pas trop en décalage avec la transition entre une recherche et ses applications techniques&#160;»</em><sup>[13]</sup>.</p>
<p>Il existe un véritable dilemme pour le chercheur, entre suivre son propre choix et écouter les réticences sociales. La question devient de plus en plus pressante au fur et à mesure que s’estompe la frontière entre la recherche fondamentale et les applications, et plus encore dans les sciences de la vie, quand les enjeux finissent par porter sur la définition même de l’humain. Mais la religion scientiste ne saurait être une solution.</p>
<p>Si aujourd’hui le professeur Edwards est trop malade pour même se rendre compte qu’il a reçu le Prix Nobel<sup>[14]</sup>, il déclarait en 1999 au Guardian<sup>[15]</sup>&#160;: <em>«&#160;Bientôt, ce sera un péché des parents que d’avoir un enfant qui porte le lourd fardeau des maladies génétiques. Nous entrons dans un monde où nous devons prendre en compte la qualité de nos enfants&#160;»</em>. Or nous savons tous, socialement, dans quel délire collectif peut nous mener une telle conception eugénique du monde. Et c’est inquiétant que l’Académie Nobel puisse envoyer un tel message au moment même où les tenants du «&#160;bébédesign&#160;» et les marchands de la procréation non plus assistée mais clairement «&#160;contrôlée&#160;» tiennent le haut du pavé.</p>
<p>Détail intéressant, l’article des chercheurs catalans sur les codes-à-barres des embryons a été publié dans le journal <em>Human Reproduction</em>, un des journaux les plus renommés dans son domaine<sup>[16]</sup>. Un journal créé par Roberts Edwards…</p>
<p class="meta2">Caen, le 5 décembre 2010<br/>Hervé Le Crosnier.</p>
<p class="meta2">Texte diffusé sous licence Creative Commons (paternité-non-commercial).</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1450" class="footnote">Comité Consultatif National d&#8217;Éthique pour les Sciences de la Vie et de la Santé. AVIS N<sup>o</sup>&#160;112 <a href="http://www.ccne-ethique.fr/docs/AVIS112.pdf">Une réflexion éthique sur la recherche sur les cellules d&#8217;origine embryonnaire humaine, et la recherche sur l&#8217;embryon humain <em>in vitro</em></a>.</li>
<li id="footnote_1_1450" class="footnote">Merci à Dorothée Benoît-Browaeys de l’Association Vivagora de m’avoir signalé ces travaux. La vigilance associative sur les sciences et ingénieries du vivant est centrale dans la situation actuelle.</li>
<li id="footnote_2_1450" class="footnote"><a href="http://conventions.coe.int/Treaty/fr/Treaties/Html/164.htm">Convention pour la protection des Droits de l’Homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine&#160;: Convention sur les Droits de l’Homme et la biomédecine Oviedo</a>, 4.IV.1997.</li>
<li id="footnote_3_1450" class="footnote"><em>A novel embryo identification system by direct tagging of mouse embryos using silicon-based barcodes</em> Sergi Novo, Leonardo Barrios, Josep Santaló, Rodrigo Gómez-Martínez, Marta Duch, Jaume Esteve, José Antonio Plaza, Carme Nogués and Elena Ibáñez, Human Reproduction, 2010, DOI: 10.1093/humrep/deq309 (<a href="http://humrep.oxfordjournals.org/content/early/2010/11/17/humrep.deq309.abstract">abstract</a>).</li>
<li id="footnote_4_1450" class="footnote"><a href="https://intranet.uab.es/servlet/Satellite/latest-news/news-detail/researchers-insert-identification-codes-into-mouse-embryos-1096476786473.html?noticiaid=1290152033479&#038;rendermode=1196076153482%3Fparam1%3D1195026073077%3Fparam1%3D1195026073077%3Fnoticiaid%3D1236324266320">Researchers insert identification codes into mouse embryos</a>.</li>
<li id="footnote_5_1450" class="footnote">Le terme «&#160;critique scientifique&#160;» proposé par Jean-Marc Levy-Leblond et <a href="http://jacques.testart.free.fr/">repris par Jacques Testart</a> me semble fort intéressant&#160;: <em>«&#160;comme le critique d’art ou le critique littéraire, le critique de science, qui n’est absolument pas un ennemi des sciences, s’autorise à porter des jugements plutôt qu’applaudir religieusement toutes les productions de laboratoire&#160;»</em>.</li>
<li id="footnote_6_1450" class="footnote"><a href="http://www.kurzweilai.net/scientists-attach-barcodes-to-mouse-embryos-human-ones-coming-soon">Scientists attach barcodes to mouse embryos — human ones coming soon</a>, November 26, 2010.</li>
<li id="footnote_7_1450" class="footnote"><a href="http://californiaivf.blogspot.com/">http://californiaivf.blogspot.com/</a></li>
<li id="footnote_8_1450" class="footnote"><em>Consumers’ Desire towards Current and Prospective Reproductive Genetic Testing</em>, Feighanne Hathaway, Esther Burns and Harry Ostrer, Journal of Genetic Counseling Volume 18, Number 2, 137-146, DOI: 10.1007/s10897-008-9199-3 (<a href="http://www.springerlink.com/content/k418v1755m21ktn7/?p=688a3e20e528445f9300f17b4e9187cb%CF%80=">abstract</a>).</li>
<li id="footnote_9_1450" class="footnote"><em>Genetic determinants of hair, eye and skin pigmentation in Europeans</em>, Nature Genetics 39, 1443 &#8211; 1452 (2007), doi:10.1038/ng.2007.13 (<a href="http://www.nature.com/ng/journal/v39/n12/abs/ng.2007.13.html">abstract</a>).</li>
<li id="footnote_10_1450" class="footnote">Remarque&#160;: le site ne permet plus d&#8217;atteindre le texte même de cette annonce… mais le moteur de recherche interne du site propose néanmoins cette réponse, dont il ne reste plus que le titre&#160;: <em>«&#160;COMING: SELECT EYE COLOR, HAIR COLOR AND MORE &#8211; What&#8217;s New At the Fertility Institutes, we pride ourselves on the practice or Reproductive Medicine based on a solid foundation of science. Our commitment to providing…&#160;»</em> (<a href="http://www.fertility-docs.com/news_events.phtml?ID=23">http://www.fertility-docs.com/news_events.phtml?ID=23</a>) </li>
<li id="footnote_11_1450" class="footnote">Citations reprises depuis un article qui m&#8217;a beaucoup inspiré&#160;: <a href="http://online.wsj.com/article/SB123439771603075099.html"><em>A Baby, Please. Blond, Freckles — Hold the Colic</em></a>, Gautam Naik, The Wall Street Journal, 12 février 2009.</li>
<li id="footnote_12_1450" class="footnote"><em>Social Values and Research in Human Embryology</em>, Robert G. Edwards &#038; David J. Sharpe, Nature 231, 87-91 (14 May 1971) | DOI:10.1038/231087a0 (<a href="http://www.nature.com/nature/journal/v231/n5298/abs/231087a0.html">abstract</a>).</li>
<li id="footnote_13_1450" class="footnote"><a href="http://www.nytimes.com/2010/10/05/health/research/05nobel.html"><em>Pioneer of in Vitro Fertilization Wins Nobel Prize</em></a>, Nicholas Wade, The New York Times, 4 ocotbre 2010</li>
<li id="footnote_14_1450" class="footnote">Une citation <a href="http://www.guardian.co.uk/society/1999/sep/22/guardiansocietysupplement2">reprise dans le Guardian du 22 septembre 1999</a>.</li>
<li id="footnote_15_1450" class="footnote"><a href="http://humrep.oxfordjournals.org/">http://humrep.oxfordjournals.org/</a> On trouvera des informations sur son facteur d&#8217;impact à <a href="http://www.oxfordjournals.org/our_journals/humrep/about.html">http://www.oxfordjournals.org/our_journals/humrep/about.html</a>.</li>
</ol>
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		<title>Ouverture de la conférence de Cancún</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1449-ouverture-de-la-conference-de-cancun/</link>
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		<pubDate>Tue, 30 Nov 2010 15:11:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ronan Dantec</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Discours]]></category>

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		<description><![CDATA[La conférence de Cancún sur le changement climatique a débuté ce lundi à Cancún au Mexique. La négociation s’annonce difficile tant les divergences qui se sont manifestées à Copenhague restent importantes.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">La conférence de Cancún sur le changement climatique a débuté ce lundi à Cancún au Mexique. La négociation s’annonce difficile tant les divergences qui se sont manifestées à Copenhague restent importantes.</div><p>Malgré tout, les délégués ont insisté lors de la séance d’ouverture sur la nécessité d’arriver à des résultats concrets, sur la déforestation, sur les mesures d’émission et sur la mise en place des fonds verts vers les pays en développement.</p>
<p>En introduction de ce sommet, on retiendra aujourd’hui l’intervention de la déléguée du Venezuela… une négociatrice connue pour son caractère bien trempé&#160;; <em>«&#160;Le Mexique a réussi ce miracle d’avoir reconstruit la confiance entre les parties après la nuit terrible de Copenhague&#160;»</em> Difficile de faire plus optimiste…</p>
<p>Au nom des réseaux mondiaux de collectivités locales, je suis intervenu dans la plénière d’ouverture du groupe de l’action à long terme, qui prépare le texte d’accord, pour rappeler l’importance de la reconnaissance des collectivités locales dans les négociations et exprimer l’engagement pris à Mexico par les villes lors du sommet mondial des maires contre le changement climatique.</p>
<div class="hr">
<hr /></div>
<p class="meta2"><em>[ndlr]</em> Ci-après l’intervention de Ronan Dantec (Vice-président de Nantes Métropole Porte-Parole climat du réseau mondial Cités et Gouvernements Locaux Unis) lors de la plénière d’ouverture du groupe de l’action à long terme.</p>
<p>Madame la Secrétaire Générale, Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les délégués</p>
<p>Depuis maintenant trois ans, les autorités locales sont régulièrement intervenues dans ces sessions d’ouvertures pour rappeler leur engagement dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et pour rappeler qu’aucun état ne pourra atteindre ses propres objectifs sans un travail étroit avec ses autorités locales. Depuis Poznan, nous avons eu de nombreuses occasions de rencontrer les délégations officielles des parties, et nous sommes reconnaissants du soutien qu’elles nous ont témoigné. Nous voudrions tout particulièrement remercier l’État mexicain qui a toujours défendu, avec l’ensemble du groupe de l’Intégrité environnementale, la reconnaissance formelle dans les textes décisionnels du rôle des autorités locales.</p>
<p>Les réseaux d’autorité locale, rassemblées par CGLU et ICLEI dans une action mondiale commune, ont lu avec attention les nouveaux documents préparatoires à une décision de la conférence des parties, sur lesquels va continuer d’échanger cette semaine le groupe de travail de la coopération à long terme. Nous allons vous proposer des amendements permettant de renforcer l’action et la mobilisation des autorités locales, et nous vous remercions par avance de leur prise en compte.</p>
<p>Il s’ouvre ici à Cancún une page importante, un an après le difficile sommet de Copenhague. Nous devons montrer la réalité des engagements pris et avancer très concrètement sur la définition précise des modalités de mise en œuvre. Nous le savons, Cancún ne peut être un sommet où se succèdent les discours. Il doit marquer une étape importante par l’efficience des mécanismes décidés. Nous pensons notamment que nous ne devons pas rater les opportunités permises par les mécanismes de financement des actions des pays du Sud, en en faisant des outils d’aide au développement durable des villes et communautés rurales de ces pays.</p>
<p>Capables par leurs décisions de changer la vie quotidienne des habitants de leur ville ou région, les autorités locales sont chaque jour dans l’action sur le changement climatique. Au-delà des déclarations de principe, au Nord comme au Sud, nous prenons aujourd’hui des engagements quantitatifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre de nos territoires à la hauteur des objectifs que nous fixent la communauté scientifique. Ainsi, au sommet des Maires contre le changement climatique à Mexico, le 21 novembre dernier, des villes du monde entier se sont engagées sur des objectifs que nous voulons rendre MRV, mesurables, reportables et vérifiables au sens de l’UNFCCC, ce qui facilitera demain notre intégration dans différents systèmes de comptabilité et de financement. Nous sommes porteurs de propositions ambitieuses et efficaces, nous vous demandons de les prendre en compte.</p>
<p>Nous avons deux semaines devant nous pour délivrer au monde un message crédible sur la volonté de la communauté internationale d’agir à la hauteur des enjeux du changement climatique. Villes et autorités subnationales du monde entier vous encouragent sincèrement dans cette recherche d’un accord ambitieux et opérationnel.</p>
<p><strong>Ronan Dantec</strong></p>
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		<title>L’angle mort des Objectifs du Millénaire pour le Développement</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1447-l-angle-mort-des-objectifs-du-millenaire-pour-le-developpement/</link>
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		<pubDate>Thu, 25 Nov 2010 15:59:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ben Cramer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Puisque les problèmes de pauvreté et d’exclusion qu’affrontent le monde ont peu de chances d’être réglés en fonction de l’argent qui est mis à la disposition des États les plus démunis, on est en droit de se demander si, dans le cadre des OMD, on n’est pas entrain de se planter…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Puisque les problèmes de pauvreté et d’exclusion qu’affrontent le monde ont peu de chances d’être réglés en fonction de l’argent qui est mis à la disposition des États les plus démunis, on est en droit de se demander si, dans le cadre des OMD, on n’est pas entrain de se planter…</div><div id="attachment_1448" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/11/miniature-omd.jpg" alt="L’angle mort des OMD" title="OMD" width="500" height="150" class="size-full wp-image-1448" /><div class="caption"><p class="legende">L’angle mort des OMD</p><div class="figure-description"><p>À gauche, 8 pictogrammes représentant les 8 objectifs du millénaire (<a href="http://diplomatie.belgium.be/fr/politique/themes_politiques/vers_une_societe_mondiale_et_solidaire/mdg/" rel="nofollow">source</a>). (1) Réduire l&#8217;extrême pauvreté et la faim ; (2) Assurer l&#8217;éducation primaire pour tous ; (3) Promouvoir l&#8217;égalité des sexes et l&#8217;autonomisation des femmes ; (4) Réduire la mortalité infantile ; (5) Améliorer la santé maternelle ; (6) Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d&#8217;autres maladies ; (7) Assurer un environnement durable ; (8) Mettre en place un partenariat mondial pour le développement.</p>
</div></div></div>
<p style="text-align:right; margin:30px 30px 30px 0;"><em>«&#160;Ce qui est spécifiquement humain,<br />ce n’est pas d’être gentil ou méchant, cruel ou compatissant,<br />c’est de se dire qu’on l’est pour quelque chose.&#160;»</em><br /><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Espèce_fabulatrice">Nancy Huston</a></p>
<p>Pour convaincre tout le monde du bien-fondé de ce programme à 8 Objectifs, édifié avant la crise, l’ONU n’a pas négligé l’<em>«&#160;environnement durable&#160;»</em><sup>[1]</sup> qui devrait permettre de réduire de moitié la population qui n’a pas accès <em>«&#160;de façon durable&#160;»</em> à un approvisionnement en eau potable. L’ONU a aussi rajouté un objectif (le 8<sup>e</sup>) intitulé <em>«&#160;pour un nouveau partenariat pour le développement&#160;»</em>.</p>
<p>Mais quelle que soit la qualité de ces <em>«&#160;nouveaux partenaires&#160;»</em>, nous avons surtout assisté ces temps-ci (septembre) à New York à des opérations de communication. En fonction des sommes qui sont mises en avant, les donateurs potentiels jouent des coudes pour se faire bien voir. Un peu à l’image des ados sur Facebook où l’importance se mesure au nombre d’amis. L’UE s’enorgueillit du fait que les pays européens représentent les 2/3 de l’Aide Publique au Développement (APD) dans le monde. La Chine s’est engagée à exempter de droit d’entrée (taxes douanières) un plus grand nombre de produits provenant des pays (au nombre de 49) les moins avancés (PMA). Ressortissant d’un pays qui réalisera probablement ses OMD <em>«&#160;à la date prévue&#160;»</em>, le Premier Ministre Wen Jiabao, a rappelé que la Chine a accordé 10 milliards de dollars de prêts préférentiels aux pays africains, 15 milliards de crédits aux membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est et 50 milliards à l’augmentation du capital du Fonds monétaire international (FMI). Eh oui, désormais, 10&#160;% de l’aide provient des pays émergents. Le Japon va consacrer 3,5 milliards de dollars sur cinq ans au secteur de l’éducation. Le Royaume-Uni va tripler son aide à la lutte contre le paludisme. Le président Sarkozy a annoncé à New York une augmentation de 20&#160;% de la contribution financière de la France au Fonds mondial de lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose au cours des trois prochaines années. Il y a donc une course de vitesse, dans la sollicitude. Ainsi, un fond d’un milliard d’euros a été créé par l’Union européenne (UE), destiné à aider les pays les plus pauvres à atteindre les OMD. C’est vague, mais çà fait son effet. Alors que l’UE va bientôt disparaître des radars internationaux<sup>[2]</sup>, elle peut se prévaloir d’être le premier donateur dans le monde. Qui dit mieux&#160;? Les ONG ont promis d’investir plus de 3,75 milliards d’euros, sur les 5 ans à venir, à en croire Ban Ki Moon.</p>
<p>Quoi qu’il en soit, l’APD — qui ne représente que le tiers des subventions agricoles — répond davantage à des objectifs stratégiques et géopolitiques qu’à des objectifs de lutte contre la pauvreté. Ainsi, la France met davantage l’accent sur la coopération <em>«&#160;avec les pays émergents […] en veillant au positionnement des intérêts économiques et stratégiques français&#160;»</em> et une part importante de l’APD française sert aussi des objectifs d’ordre militaire (comme en Afghanistan) et la politique sécuritaire contre l’immigration<sup>[3]</sup>. Que plus de la moitié des marchés attribués par l’AFD en 2008 soit attribuée à des entreprises françaises ou à leurs filiales n’est pas un scandale en soi&#160;: après tout, l’État n’est pas une association philanthropique.</p>
<p>Aussi, plutôt que d’étaler de bonnes intentions, peut-être faudrait-il arrêter de disserter de façon un peu rituelle d’ <em>«&#160;aide&#160;»</em> au Tiers monde. Ceci nous épargnerait quelques querelles de chiffres sur les pourcentages <a href="http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/eurostat/home/">du PNB ou du RNB</a>. Soyons plus <em>«&#160;fair&#160;»</em>, plus judicieux et affirmons humblement — 55 ans après la conférence de Bandoeng — qu’aucun pays dans le monde et surtout dans le Tiers monde ne s’en est jamais <em>«&#160;sorti&#160;»</em> grâce à l’aide, d’où qu’elle vienne&#160;; que ceux qui en doutent relisent les écrits de l’économiste zambienne Dambisa Moyo<sup>[4]</sup>.</p>
<p>Dans la mesure où <em>«&#160;la charité, c’est poser un pansement sur une plaie que l’on a soi-même ouverte&#160;»</em>, comme dirait Francisco van der Hoff, le fondateur du label de commerce équitable Max Havelaar, cette politique officiellement charitable a-t-elle un sens&#160;? On a l’impression que nos élites ont préféré ne pas faire le lien entre les drames dans le monde, la répartition du pouvoir, les capacités de nuisance qui sont loin d’être égalitaires. On s’est contenté d’un catalogue à la Prévert pour expliquer qu’il y avait des problèmes qui, telles des catastrophes naturelles, mériteraient quelque opérations de sauvetage. Même pas de Plan Marshall. Sauf que la pauvreté n’est pas un problème de pauvres mais de l’ensemble des sociétés…ici et là-bas. Le 17 octobre — journée mondiale de lutte contre la misère — aura-t-il favorisé quelque sursaut&#160;?</p>
<h3>S’il te plaît, dessine-moi un OMD…</h3>
<p>Dans cette bataille de chiffres, on a tout simplement zappé le pourquoi. On s’est fixé des seuils à atteindre, assez arbitraires, y compris la volonté de sortir de la misère 20&#160;% de la population mondiale, en l’espace de 15 ans (2000–2015) ou encore de <em>«&#160;réduire de moitié le taux de pauvreté extrême&#160;»</em>. On loue les financements innovants en misant sur des taxations qui se font attendre et aussi sur la capacité de mobiliser des mécènes et fonds privés. Puis, on oublie de dire pourquoi. Au-delà des Objectifs du Millénaire pour le Développement, quelle finalité&#160;? Si l’on prend l’objectif n<sup>o</sup> 3 relatif à la condition des femmes, on aurait pu souligner que tant que les femmes seront victimes de la pauvreté et de l’injustice, tant que les enfants n’auront pas les moyens d’aller à l’école, (objectif n<sup>o</sup>2), eh bien les objectifs de développement durable, de paix, de sécurité seront menacés. Mais les agences onusiennes ont exposé toutes les misères du monde bout-à-bout sans vraiment les relier. La Banque mondiale constate que les inégalités importantes freinent la croissance et empêchent que celle-ci bénéficie aux pauvres. Elle pourrait ajouter que les pays les plus inégalitaires sont aussi les pays qui connaissent le plus de violences (la violence armée, cela représente 2&#160;000 morts par jour).</p>
<p>Les experts de la FAO qui en connaissent un rayon sur la famine, les famines à répétition, admettent que les conflits armés sont la cause principale des crises alimentaires dans le monde. On aurait pu penser que les ONG françaises comme Action Mondiale contre la Pauvreté se mobilisent en insistant sur le décalage entre l’aide et les productions d’armements. Mais cette problématique a été soigneusement évacuée. Pourquoi&#160;? Nos excédents en matière d’exportation d’armes n’ont-ils pas la moindre incidence sur les théâtres de guerre sous d’autres latitudes&#160;?</p>
<p>Établir une interdépendance entre le désarmement, le développement et la sécurité n’est pas sorcier, et les statistiques existent pour capter l’interrelation entre surarmement et sous-développement. En 1987, une conférence de l’ONU, boycottée alors par les États-Unis, l’avait d’ailleurs soulignée. Mais comment en est-on arrivé en 2010 à faire l’impasse sur cette histoire&#160;?</p>
<p>René G. Préval, le président d’Haïti, a évoqué dans un récent discours <em>«&#160;ces milliers de milliards de dollars engloutis par des guerres depuis 10 ans</em>, en ajoutant&#160;: <em>Comme s’il n’y avait pas de lien entre pauvreté, précarité, et conflit et destruction&#160;!&#160;»</em> Attention&#160;: <em>«&#160;Un train peut en cacher un autre&#160;»</em>, rappelle la SNCF sur quelques passages à niveau, du moins à l’époque où c’était un service public (et où l’État se faisait un devoir de permettre aux citoyens de circuler partout à moindre frais). Quel est donc cet autre <em>«&#160;train&#160;»</em>&#160;? La guerre et ses retombées. La misère va de pair avec l’insécurité. Un tiers des pays <em>«&#160;à faible développement humain&#160;»</em> (c’est comme çà qu’on les qualifie) sont touchés par un conflit. 80&#160;% des PMA (Pays les Moins Avancés, <em>sic</em>) ont connu un épisode de conflit armé au cours des 15 dernières années. 80&#160;% des guerres civiles qui ont sévi dans le monde depuis 1960 ont touché les <a href="http://econ.worldbank.org/prr/CivilWarPRR/">20&#160;% les plus pauvres de la population mondiale</a>. Prenons le cas afghan&#160;: si l’on regarde le taux d’alphabétisation, le revenu par habitant, ou la mortalité infantile, le pays de Karzaï se situe parmi les pays les plus démunis. Certes, l’Occident a volé à son secours&#160;: le prix payé par les États-Unis pour instruire et former l’armée afghane se chiffre au bas mot à 26 milliards de dollars. Inutile&#160;? C’est pire&#160;: c’est l’équivalent du pactole (estimation) qu’il faudrait rassembler pour raccorder aux services énergétiques 2 milliards d’habitants privés d’électricité. Bref, les pays en proie à un conflit, abîmés par des conflits, sont aussi ceux qui peinent le plus à réaliser les OMD.</p>
<p>Si le lien entre développement et désarmement n’est plus à démontrer, c’est parce que suffisamment de gens se sont penchés sur le rapport nord-sud. Il y a près de 30 ans, la commission Brandt (du nom du chancelier Willy Brandt, prix Nobel de la Paix, 1971) concluait en 1983&#160;: <em>«&#160;Supporting equitable development is both morally preferable to and less expensive than the military and other measures its absence may make necessary&#160;»</em>. Et pourtant, aucun des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ne fait allusion aux gaspillages militaires, censés colmater les dégâts du mal-développement.</p>
<p>Aucun objectif parmi les 8 ne concerne la réduction des dépenses d’armement. Est-ce là le nœud du problème de l’approche onusienne&#160;? Si le combat pour sauver l’environnement a été considéré comme secondaire, çà s’explique&#160;: les aspects écologiques de la paix et de la sécurité ne figurent (même) pas dans la charte de l’ONU de 1945. Ils n’ont été reconnus qu’à partir de 2007 lorsque le Conseil de sécurité de l’ONU décida de consacrer une session à la question du climat, signe que ce phénomène environnemental commençait à être perçu comme un risque sécuritaire majeur, en dépit des protestations du représentant chinois. Depuis lors, dans le cadre des négociations sur le climat, certains États ont menacé, le plus sérieusement du monde, de faire fonctionner leurs tronçonneuses pour raser les forêts si la communauté internationale ne les indemnisait pas. Au nom de l’interdépendance et en raison de la non-prise en compte de leurs intérêts légitimes. S’il ne faut pas désespérer de Copenhague, disons que c’est un peu la réponse du berger à la bergère. Les Européens ne vont-ils pas sélectionner leurs candidats en fonction de leurs critères de <em>«&#160;bonne gouvernance&#160;»</em>&#160;? D’autres formules de compensation, de dédommagement sont à prévoir. Elles prendront la forme de chantages, comme certaines pratiques liées aux permis de polluer. Faisons un peu d’anticipation&#160;: d’ici 2042, certains acteurs se démèneront pour que l’Antarctique perde son statut de zone dénucléarisée, démilitarisée<sup>[5]</sup>.</p>
<p>Koffi Annan (prix Nobel de la paix 2001) qui est en quelque sorte le <em>«&#160;père fondateur&#160;»</em> des Objectifs du millénaire pour le développement, disait il y a quelques années&#160;: <em>«&#160;La communauté internationale a manqué à ses responsabilités en ne s’attaquant pas comme il convient à la cause des conflits&#160;; en ne faisant pas suffisamment pour garantir la paix&#160;; en se montrant impuissante à créer les conditions d’un développement durable&#160;»</em>. Cet examen de conscience fut osé. Risqué même&#160;: une partie des fonds pour le développement humain pourraient être détournés vers des dépenses de <em>«&#160;sécurité&#160;»</em>, au nom des bienfaits de la stabilité politique et pour la prévention des conflits.</p>
<p>À l’heure où la communauté internationale cherche des <em>«&#160;financements innovants&#160;»</em>, certaines innovations risquent de nous éloigner encore plus d’une diminution des inégalités. Les enjeux de guerres et de paix vont prendre d’autres tournures avec des sols africains, fertiles, qui ont été cédés à des entités étrangères. La prochaine conférence sur les Objectifs du Millénaire est prévue dans trois ans. D’autres questions seront posées d’ici là. Pourquoi le Costa Rica n’exigerait-il pas d’être dédommagé pour avoir renoncé dès 1948 à avoir des forces armées&#160;? À quand le rachat et la délocalisation du complexe nucléaire nord-coréen par une société nord-américaine&#160;?</p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1447" class="footnote">Sans que soit mentionnée ici ou là à New York la création d’une Organisation mondiale de l’environnement (OME), proposée par Jacques Chirac et reprise par Nicolas Sarkozy et Lula.</li>
<li id="footnote_1_1447" class="footnote">La part européenne dans le PIB mondial va passer de 30&#160;% en 2009 à 9&#160;% en 2025–2030</li>
<li id="footnote_2_1447" class="footnote">Les pays qui concluent un accord de gestion concertée des flux migratoires bénéficient <em>«&#160;d’un traitement préférentiel en matière d’APD&#160;»</em>, <acronym title="Comité interministériel de la coopération internationale et du développement">CICID</acronym>, Principales conclusions du CICID du 5 juin 2009.</li>
<li id="footnote_3_1447" class="footnote">L’auteur de <em>Dead Aid&#160;: why aid is not working and how There is a Better Way for Africa</em>.</li>
<li id="footnote_4_1447" class="footnote">En 1991, le Protocole de Madrid réaffirme cette protection pour une période de 50 ans en s’engageant à assurer la protection globale de l’environnement en Antarctique et des écosystèmes dépendants et associés.</li>
</ol>
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		<title>Entretien avec Stéphen Kerckhove autour de son livre « Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec »</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1444-entretien-avec-stephen-kerckhove/</link>
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		<pubDate>Mon, 08 Nov 2010 16:06:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Stéphen Kerckhove revient sur son expérience du Grenelle de l’environnement en tant que délégué général d’Agir pour l’environnement. Pointant les manipulations du gouvernement en matière de communication et d’organisation du Grenelle ainsi que le rôle de <em>« démineur »</em> des parlementaires, il regrette que les associations n’aient pas su établir de ligne de négociation et se soient laissées entraîner dans un processus peu maîtrisable et trop morcelé au risque de dévoyer la parole publique. Entretien]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Stéphen Kerckhove revient sur son expérience du Grenelle de l’environnement en tant que délégué général d’Agir pour l’environnement. Pointant les manipulations du gouvernement en matière de communication et d’organisation du Grenelle ainsi que le rôle de <em>« démineur »</em> des parlementaires, il regrette que les associations n’aient pas su établir de ligne de négociation et se soient laissées entraîner dans un processus peu maîtrisable et trop morcelé au risque de dévoyer la parole publique. Entretien</div><div class="video">
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</div>
<p>Nous avons précédemment publié <a href="http://ecolosphere.net/archives/1439-stephen-kerckhove-grenelle-de-l-environnement-l-histoire-d-un-echec/">une note de lecture sur <em>Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec</em></a>.</p>
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		<title>Expulsions locatives : la politique par le vide</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1442-expulsions-locatives-la-politique-par-le-vide/</link>
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		<pubDate>Wed, 27 Oct 2010 15:23:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Emmanuelle Cosse</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Édito]]></category>

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		<description><![CDATA[L’État aura été visiblement bien prompt pour ordonner l’expulsion des jeunes précaires de <em>La Marquise</em>, qui occupaient cet hôtel particulier situé Place des Vosges à Paris depuis octobre 2009. Condamnés en appel vendredi 22 octobre, ils étaient mis dehors dès le lendemain matin.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">L’État aura été visiblement bien prompt pour ordonner l’expulsion des jeunes précaires de <em>La Marquise</em>, qui occupaient cet hôtel particulier situé Place des Vosges à Paris depuis octobre 2009. Condamnés en appel vendredi 22 octobre, ils étaient mis dehors dès le lendemain matin.</div><blockquote class="citation"><p><em>«&#160;d’ici à deux ans, plus personne ne sera obligé de dormir dehors et d’y mourir de froid.&#160;»</em> <span style="font-style:normal">Nicolas Sarkozy, candidat en campagne, <strong>18 décembre 2006</strong>.</span></p>
</blockquote>
<p>Même les forces de l’ordre semblaient surprises par la rapidité des opérations. Peut-être faut-il lire derrière cette précipitation, la gêne en plus haut lieu, d’un jugement qui, tout en condamnant lourdement les occupants, avait reconnu partiellement le scandale causé par cet immeuble vide depuis près de … 40 ans. En expulsant <em>La Marquise</em>, le message des autorités a été clair&#160;: être du côté des propriétaires quelle que soit leur logique, quel que soit le bénéfice qu’ils retirent de la spéculation&#160;; mais aussi supprimer un lieu de vie alternatif dans un des quartiers les plus chics et chers de Paris.</p>
<div id="attachment_1443" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/10/4669427580_e421901a31.jpg" alt="La Marquise, Paris, mai 2010." title="Festival intersquats" width="500" height="335" class="size-full wp-image-1443" /><div class="caption"><p class="legende">La Marquise, Paris, mai 2010.</p><div class="figure-description"><p><a href="http://www.flickr.com/photos/graveola/4669427580/">Show festival intersquats</a>, photo (cc) <a href="http://www.flickr.com/photos/graveola/">graveola</a>. </p>
</div></div></div>
<p>Surtout qu’aucune solution de relogement (d’urgence, puis pérenne) n’a été présentée ni par la préfecture, ni par la mairie du 4ème, laissant ces jeunes à la rue, comptant sur les seuls soutiens pour faire face à cette situation<sup>[1]</sup>.</p>
<p>La réussite du <a href="http://www.jeudi-noir.org">collectif de Jeudi noir</a> a été, encore une fois, comme il avait pu le faire pour d’autres occupations précédemment, de montrer en même temps la vacance d’immeubles entiers, la nécessaire application de la loi de réquisition et la situation impossible dans laquelle se retrouvent les jeunes aujourd’hui. Prix des loyers exorbitants, exigences toujours plus folles des propriétaires pour les cautions, pénurie extrême de logements pour les étudiants et les jeunes<sup>[2]</sup>&#160;: rien n’est fait pour que les précaires, celles et ceux aux temps partiels ou revenus intermittents arrivent à se loger dans des conditions décentes<sup>[3]</sup>. Pire, quand des solutions temporaires sont trouvées, comme l’occupation de <em>La Marquise</em>, qui a permis à ce lieu de retrouver une vie et d’être sauvegardé de dégradations, l’urgence est à mettre dehors ses occupants. </p>
<p>On estime qu’il manque a minima 900&#160;000 logements en France&#160;; 650&#160;000 ménages sont inscrits sur les listes HLM. Et 3 millions de personnes souffrent de mal-logement (insalubrité, suroccupation, <em>etc.</em>). Quand demain, aux jours les plus froids de l’hiver, les ministres défileront pour faire acte de charité, il faudra leur rappeler la réalité leur politique contre le mal-logement&#160;: expulsions, baisse des crédits, attaque contre le logement social, refus d’appliquer la loi de réquisition.</p>
<p>La crise du logement en Île-de-France, caractérisée par une pénurie de logements et des prix des loyers qui ont triplé en dix ans, est connue et bien cernée. Mais derrière les discours de façade dénonçant à tour de bras le <em>«&#160;désastre&#160;»</em>, le <em>«&#160;scandale&#160;»</em> du mal-logement, sa <em>«&#160;contre-productivité&#160;»</em>, <em>etc.</em>, les ministres du logement s’enchaînent et détricotent petit à petit ce qu’il restait d’une politique nationale du logement. Il est ainsi prévu dans la loi de Finances 2011 de financer entre autres les aides à la pierre … par une ponction de 340 millions auprès des organismes HLM. Soit 2&#160;% des loyers perçus par ses organismes&#160;: les locataires HLM financent de fait la future construction de logements sociaux à la place de l’État. À quoi il faut ajouter — un scandale en appelant toujours un autre — que le budget des aides à la pierre est en constante baisse, alors même que l’effort de construction n’est toujours pas à la hauteur de la pénurie à résorber&#160;: 785 millions d’euros en 2008, 630 millions en 2010, 500 millions en 2011, 450 en 2012 et 400 en 2013. Ne parlons même pas des communes qui sont toujours hors-la-loi en ne respectant pas la loi SRU, qui impose un rattrapage afin d’avoir un taux de logement social de 20&#160;%.</p>
<p>Comme trop souvent, l’expulsion de cet hôtel particulier n’aura eu que pour simple conséquence de mettre des jeunes dehors, les enfonçant encore plus dans la précarité vu le montant des amendes requis (on réclame près de 100&#160;000 euros aux 35 occupants). Hier, Jeudi noir occupait des locaux du Crous, un immeuble Rue de la Banque (avec le DAL notamment), un autre situé au 69 Rue de Sèvres (6<sup>e</sup>). Aujourd’hui, ces bâtiments sont au mieux en cours de réhabilitation, au pire vides… Mais pendant ce temps, les saisies sur les maigres salaires des occupants continuent d’indemniser les propriétaires, qui se privent pourtant depuis de nombreuses années de loyers.</p>
<p><strong><em>«&#160;Quel signal plus clair ce gouvernement peut-il envoyer à la jeunesse pour signifier le bizutage social que notre société lui réserve et impose&#160;?&#160;»</em>, s’interrogeait Julien Bayou de Jeudi-Noir.</strong></p>
<h3>Notes</h3>
<ol class="footnotes">
<li id="footnote_0_1442" class="footnote">Un appel à souscription pour payer les amendes est sur le site de jeudi noir&#160;: <a href="http://www.jeudi-noir.org">www.jeudi-noir.org</a>.</li>
<li id="footnote_1_1442" class="footnote">En Île-de-France, on estime qu’il y a 8 logements spécifiques pour 100 étudiants.</li>
<li id="footnote_2_1442" class="footnote">Lire du Collectif Jeudi Noir, <em>Le petit livre noir du logement</em>, Ed. La Découverte.</li>
</ol>
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		<title>Entretien avec Serge Guérin autour de son livre « De l’État providence à l’État accompagnant »</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Oct 2010 19:10:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
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		<description><![CDATA[Dans cet entretien Serge Guérin présente succinctement la thèse de son livre <em>«&#160;De l’État providence à l’État accompagnant&#160;»</em> paru chez Michalon. Pour lui, l’État providence est à bout de souffle et grève la capacité des citoyens à être <em>«&#160;auteurs de leurs vies&#160;»</em>. <em>«&#160;Nous vivons plus longtemps, nous vivons différemment, nos identités se complexifient&#160;»</em> constate-t-il, avant de plaider pour un État qui accompagne plutôt que d’assister. Ce faisant il emprunte les chemins du <em>care</em>, qu’il voit comme une boîte à outils conceptuelle dont nous aurions tort, selon lui, de nous priver. Certains n’auraient donc pas le monopole du <em>care</em>…]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Dans cet entretien Serge Guérin présente succinctement la thèse de son livre <em>«&#160;De l’État providence à l’État accompagnant&#160;»</em> paru chez Michalon. Pour lui, l’État providence est à bout de souffle et grève la capacité des citoyens à être <em>«&#160;auteurs de leurs vies&#160;»</em>. <em>«&#160;Nous vivons plus longtemps, nous vivons différemment, nos identités se complexifient&#160;»</em> constate-t-il, avant de plaider pour un État qui accompagne plutôt que d’assister. Ce faisant il emprunte les chemins du <em>care</em>, qu’il voit comme une boîte à outils conceptuelle dont nous aurions tort, selon lui, de nous priver. Certains n’auraient donc pas le monopole du <em>care</em>…</div><div class="video">
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		<title>Stéphen Kerckhove, Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Oct 2010 09:43:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Livres et Revues]]></category>

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		<description><![CDATA[Ce livre est un réquisitoire. Et un réquisitoire d’autant plus fort qu’il ne se contente pas d’effets de manches et de formules ciselées mais offre 123 pages précises d’éléments à charge. Démontant ainsi les logiques parfois retords du Grenelle de l’environnement, Stéphen Kerckhove établit un bilan circonstancié et pointe la responsabilité centrale de Nicolas Sarkozy dans cet échec majeur.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Ce livre est un réquisitoire. Et un réquisitoire d’autant plus fort qu’il ne se contente pas d’effets de manches et de formules ciselées mais offre 123 pages précises d’éléments à charge. Démontant ainsi les logiques parfois retords du Grenelle de l’environnement, Stéphen Kerckhove établit un bilan circonstancié et pointe la responsabilité centrale de Nicolas Sarkozy dans cet échec majeur.</div><div id="attachment_1440" class="figure alignleft" style="width: 200px"><a href="http://www.yvesmichel.org/webmaster/espace-ecologie/grenelle-de-lenvironnement"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/10/Stephen-Kerckhove-grenelle-de-l-environnement-l-histoire-d-un-echec.jpg" alt="Stephen Kerckhove" title="Stephen Kerckhove : Grenelle de l’environnement, l’histoire d’un échec" width="200" height="367" class="size-full wp-image-1440" /></a><div class="caption"><p class="legende">Stephen Kerckhove</p><div class="figure-description"><p><a href="http://www.yvesmichel.org/webmaster/espace-ecologie/grenelle-de-lenvironnement"><em>Grenelle de l’environnement : l’histoire d’un échec</em></a>, <a href="http://www.yvesmichel.org">Éditions Yves Michel</a>, 2010.</p>
</div></div></div>
<p>En tant que délégué général d’<a href="http://www.agirpourlenvironnement.org/">Agir Pour l’Environnement</a>, l’auteur a suivi depuis les premières loges le processus qui commence le 18 mai 2007 avec l’annonce par Alain Juppé, alors ministre de l’environnement, de la tenue d’un «&#160;Grenelle de l’environnement&#160;» et s’achève symboliquement le 12 juillet 2010 avec l’adoption définitive par le Parlement de <a href="http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000022470434">la loi dite «&#160;Grenelle 2&#160;»</a>. Revenant méthodiquement sur la succession de petits renoncements qui a ponctué ce processus, Stéphen Kerckhove démonte les mécanismes qui ont peu à peu vidé de son sens le projet, transformant une occasion peut-être historique de mutation écologique de la société française en une vaste opération de <em>greenwashing</em> et de communication politique.</p>
<p>Méthodiquement, l’ouvrage revient sur la douzaine de grands dossiers qui auraient dû être au cœur du Grenelle&#160;: les énergies renouvelables, le nucléaire, la régulation de la publicité, le principe «&#160;bonus / malus&#160;», les pollutions liées à la voiture, les infrastructures de transports, le ferroutage, les trames vertes et bleues, l’usage des pesticides, les nanotechnologies, la téléphonie mobile et l’incinération des déchets. Avec beaucoup de pédagogie, Stéphen Kerckhove expose pour chacun de ces sujets les enjeux majeurs et la position faisant globalement consensus entre les organisations de défense de l’environnement. Rappelant ensuite les différents intérêts qui pourraient être desservis par une meilleure prise en compte de l’environnement dans la loi, les différents chapitres thématiques suivent avec précision la chronologie des glissements qui ont permis, par exemple, de passer de l’annonce de <em>«&#160;la fin de la construction des autoroutes en France&#160;»</em> à la mise en œuvre <a href="http://www.agirpourlenvironnement.org/pdf/Alerte%20n%B010%20-%204pages%20StopAutoroutes.pdf">d’une extension de 8&#160;% du réseau autoroutier français [pdf]</a>&#160;!</p>
<p>Si ce simple rappel des faits rend déjà ce petit livre extrêmement précieux et utile, il faut également souligner la finesse des analyses qu’il propose. Questionnant le conflit de légitimité entre les associations et les élu-e-s, analysant les conséquences de l’intégration du ministère de l’écologie à celui de l’équipement et de l’industrie ou revenant sur l’usage de l’expression <em>«&#160;Grenelle de…&#160;»</em> par le président qui veut en finir avec l’esprit de Mai 68, Stéphen Kerckhove nous offre ici des clefs de compréhension indispensables pour reconfigurer la stratégie des organisations militantes et lui redonner toute sa pertinence politique. Une lecture indispensable.</p>
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		<title>(G)rêve général(e) !</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Oct 2010 10:06:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Édito]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis quelques jours, tout ce que ce pays compte de dirigeant-e-s et d’éditorialistes se répand pour expliquer au bon peuple que non, vraiment, la grève générale et reconductible n’est pas une bonne solution et qu’il faut savoir être raisonnable et accepter l’inévitable réforme des retraites que <em>ceux et celles qui savent</em> ont, avec la générosité et le goût de la justice qu’on leur connaît, élaborée pour nous.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Depuis quelques jours, tout ce que ce pays compte de dirigeant-e-s et d’éditorialistes se répand pour expliquer au bon peuple que non, vraiment, la grève générale et reconductible n’est pas une bonne solution et qu’il faut savoir être raisonnable et accepter l’inévitable réforme des retraites que <em>ceux et celles qui savent</em> ont, avec la générosité et le goût de la justice qu’on leur connaît, élaborée pour nous.</div><div id="attachment_1434" class="figure alignleft" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/10/2052474612_78865bde87.jpg" alt="Paris, manifestation contre la réforme des retraites (entre autres), novembre 2007." title="La retraite on s’en fout on veut pas bosser du tout" width="500" height="335" class="size-full wp-image-1434" /><div class="caption"><p class="legende">Paris, manifestation contre la réforme des retraites (entre autres), novembre 2007.</p><div class="figure-description"><p><a href="http://www.flickr.com/photos/william-hamon/2052474612/">« La Retraite On S’En Fout, On Veut Pas Bosser Du Tout (+1) »</a>, photo (cc) <a href="http://www.flickr.com/photos/william-hamon/">William Hamon</a>.</p>
</div></div></div>
<p>C’est, encore une fois, le retour de l’injonction à rester dans le strict cadre de la raison économique, ce cadre qui a par le passé transformé l’utopie de l’émancipation par la réduction du temps de travail en mesure purement technique de lutte contre le chômage, ce cadre qui a réduit à néant toutes les maigres promesses du Grenelle de l’environnement (comme le démontre brillamment Stephen Kerckhove dans un ouvrage paru cette semaine et sur lequel nous reviendrons prochainement), et ce cadre, enfin, qui perpétue la croyance selon laquelle le bien-être collectif ne peut venir que de la croissance, qu’elle soit verte ou pas.</p>
<p>On peut cependant se demander aujourd’hui si, au-delà de l’injustice de la réforme des retraites proposée par le gouvernement actuel, ce n’est pas ce cadre de la raison économique qui est contesté par des milliers de manifestants et de manifestantes. Car si, à cadre constant, la réforme des retraites (et les nouvelles injustices sociales qu’elle génère) est «&#160;inévitable&#160;», ne faut-il pas changer le cadre&#160;? Ne faut-il pas enfin faire le pas de côté, faire la pause qui nous fera lever le nez du guidon et enfin voir le mur vers lequel nous roulons&#160;?</p>
<p>On ne parle pas ici nécessairement d’une grève générale et prolongée mais, pour reprendre <a href="http://www.nepasplier.fr/">le beau jeu de mot d’un autocollant</a> dont le succès sur les manifestations ne se dément pas, d’un(e) (g)rêve général(e).</p>
<p>Comme dans <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/L'An_01"><em>l’An 01</em></a>, l’incroyable film collectif utopiste du début des années 70, peut-être en sommes-nous arrivés au point où il faut tout arrêter et prendre le temps de réfléchir et de discuter. Bien sûr, notre cynisme contemporain nous interdit de nous illusionner outre-mesure sur les potentialités d’une telle parenthèse. Mais il n’empêche que nous atteignons sans doute aujourd’hui l’un de ces moments rares où une parole «&#160;hors cadre&#160;» devient audible. Et dans le contexte actuel d’épuisement de tous les schémas productivistes, c’est bien la parole de l’écologie politique qui est la seule à encore pouvoir faire événement et redessiner des horizons désirables. À nous, collectivement, de nous donner le temps et les moyens de la faire émerger et d’enfin nous remettre à (g)rêver ensemble&#160;!</p>
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		<title>Otages du Niger : le vrai prix de l’électricité nucléaire</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1432-otages-du-niger-le-vrai-prix-de-l-electricite-nucleaire/</link>
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		<pubDate>Fri, 01 Oct 2010 12:52:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Réseau “Sortir du nucléaire”</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Communiqué]]></category>

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		<description><![CDATA[Depuis le 16 septembre, aucune nouvelle des salariés enlevés au Niger. On parle d'AQMI, d'Al Quaïda, mais pas un mot sur les revendications des habitants du désert. Jamais n’est évoqué le contexte géographique, économique et humain d’une région qui produit l’uranium utilisé dans le tiers des centrales nucléaires françaises.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Depuis le 16 septembre, aucune nouvelle des salariés enlevés au Niger. On parle d'AQMI, d'Al Quaïda, mais pas un mot sur les revendications des habitants du désert. Jamais n’est évoqué le contexte géographique, économique et humain d’une région qui produit l’uranium utilisé dans le tiers des centrales nucléaires françaises.</div><p class="meta2""><a href="http://www.sortirdunucleaire.org/index.php?menu=actualites&#038;sousmenu=dossiers&#038;soussousmenu=uranium&#038;page=index">Communiqué</a> du Réseau “Sortir du nucléaire”.</p>
<p>Les ressources mondiales en uranium sont limitées, réparties entre une dizaine de pays, dont le Niger, l’un des pays les plus pauvres du monde. Selon l’ONU et la FAO, 47&#160;% des Nigériens sont en situation d’insécurité alimentaire (dont 86&#160;% des agriculteurs).</p>
<p>Cet uranium profite à AREVA, mais il nuit aux Nigériens&#160;: en quelques années, deux mines d’uranium et 130 permis de recherche minière ont spolié les habitants et les terres agro-pastorales voisines. À cause de l’extraction de l’uranium, on assiste à une destruction de la flore et la faune, à une contamination de l’air par les poussières et les gaz radioactifs, et à une très importante contamination de l’eau, accompagnée de l’épuisement de deux grandes nappes fossiles, à hauteur de 70&#160;% de leurs réserves. Les mineurs nigériens travaillent dans des conditions épouvantables pour leur santé. La population locale est malade de la radioactivité. Voilà le vrai prix de l’électricité nucléaire, payé ici par les seuls Nigériens.</p>
<p>La facilité avec laquelle s’est opéré l’enlèvement des salariés d’AREVA et de Vinci pose de nombreuses questions… La France envoie sur place une importante assistance militaire, alors que d’autres enlèvements dans la région, sans liens avec AREVA, avaient laissé le gouvernement français quasiment indifférent.</p>
<p>Cet événement dramatique, qui plonge des familles dans l’angoisse, doit aussi nous rappeler la dépendance énergétique de la France. La production d’EDF SA nécessite de l’uranium en provenance de pays instables et dangereux comme le Niger. Cet épisode met en lumière le néocolonialisme français, cette &laquo;&nbsp;Françafrique&nbsp;&raquo; qui génère de nouveaux conflits, pille les ressources naturelles, détruit l’environnement, met en péril les populations autochtones, mais aussi les employés d’entreprises comme AREVA ou Vinci.</p>
<p>Le Réseau “Sortir du nucléaire” demande à la France de prendre en compte la crise humanitaire et écologique liée aux mines d’uranium, au Niger et ailleurs.</p>
<p>S’il fallait répercuter le coût de cette crise sur le prix du Kilowattheure, ce serait la fin du mythe de l’électricité nucléaire «&#160;bon marché&#160;». L’avenir n’est pas au nucléaire, mais aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables.</p>
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		<title>Voiture électrique : gare à la panne sèche…</title>
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		<pubDate>Wed, 29 Sep 2010 15:15:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Agir Pour l’Environnement</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Rapport]]></category>
		<category><![CDATA[Voiture électrique : gare à la panne sèche…]]></category>

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		<description><![CDATA[La voiture électrique fait l’objet de toutes les attentions mais soulève également un grand nombre de questions. Questions auxquelles il est indispensable d’apporter des réponses argumentées et objectives afin que cette option de mobilité ne soit pas une énième fausse-bonne solution qui ne ferait qu’entretenir l’illusion d’une mobilité durable, sans y parvenir réellement.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">La voiture électrique fait l’objet de toutes les attentions mais soulève également un grand nombre de questions. Questions auxquelles il est indispensable d’apporter des réponses argumentées et objectives afin que cette option de mobilité ne soit pas une énième fausse-bonne solution qui ne ferait qu’entretenir l’illusion d’une mobilité durable, sans y parvenir réellement.</div><p>Parée de toutes les vertus pour certains, objet de toutes les critiques pour d&#8217;autres, l&#8217;option défendue par l&#8217;État français et les grands groupes (au premier rang desquels Renault et Peugeot-Citroën) d&#8217;une automobile «&#160;100&#160;% électrique&#160;» est loin d&#8217;être partagée unilatéralement par le monde de l&#8217;automobile. À écouter les constructeurs hexagonaux, le véhicule électrique pourrait représenter 10&#160;% du parc automobile français d&#8217;ici à 2020. Pourtant, <strong>dans sa communication datée du 27 avril 2010, la Commission européenne table, de façon nettement moins optimiste, sur 1 à 2&#160;% des ventes de véhicules neufs en 2020…</strong></p>
<p>Même les évaluations les plus optimistes recourant tout à la fois aux voitures électriques et hybrides n&#8217;atteignent que 15&#160;% du parc automobile. <em>«&#160;C&#8217;est un grand maximum&#160;»</em>, indique Jean-Luc Gérard, président de la branche voitures particulières de la Chambre syndicale internationale de l&#8217;automobile et du motocycle. Nous voyons donc ici les limites de cette voiture «&#160;décarbonnée&#160;», rejetant moins de 60&#160;g de CO<sub>2</sub> par km. Même dans un environnement fiscal très incitatif, abstraction faite des limites techniques inhérentes à certains options, la «&#160;voiture propre&#160;» ne règlerait théoriquement qu&#8217;un dixième du problème. Parallèlement, le parc automobile est appelé, selon certains études internationales, à doubler…</p>
<p>Ce véhicule dit «&#160;zéro émission&#160;» est-il l&#8217;avenir de l&#8217;automobile ou représente-t-elle une option parmi tant d&#8217;autres&#160;? Autrement dit, l&#8217;État français ne fait-il pas fausse route en soutenant une solution technique qui est à l&#8217;automobile ce que le minitel était à l&#8217;internet&#160;?</p>
<p>Face aux contraintes climatiques et énergétiques, le monde de l&#8217;automobile se cherche. De cette quête dépend son avenir. Après les crises systémiques ayant frappé violemment l&#8217;industrie de l&#8217;automobile à l&#8217;automne 2008, l&#8217;État français a décidé de soutenir financièrement ce secteur au travers de plan de relance sectoriel. Ce soutien massif est-il dicté par des impératifs écologiques ou procède-t-il d&#8217;un effet d&#8217;aubaine visant à financer et proroger la survivance d&#8217;un modèle économique et industriel irrémédiablement dépassé&#160;?</p>
<p>Depuis de nombreux mois, l&#8217;association Agir pour l&#8217;Environnement s&#8217;interroge sur le bien-fondé de l&#8217;argumentation développée par l&#8217;industrie de l&#8217;automobile vis-à-vis de la voiture électrique dite abusivement «&#160;Zéro émission&#160;». L&#8217;excès n&#8217;étant jamais bon conseiller, l&#8217;association s&#8217;est mise en quête d&#8217;informations afin de vérifier le bien-fondé d&#8217;assertions tonitruantes quant aux bilans carbones supposés des véhicules électriques, de leur autonomie, leur consommation énergétique, leur coût réel ainsi que leur usage effectif.</p>
<p>De ces interrogations légitimes est née une position claire, construite et argumentée de l&#8217;association vis-à-vis de cette voiture électrique. Même si en matière de prospectives, il est nécessaire de demeurer modeste en privilégiant le doute aux certitudes éculées, <strong>l&#8217;association estime que l&#8217;avenir du monde automobile ne passera pas majoritairement par la voiture électrique.</strong> De même, elle considère que les faiblesses inhérentes à l&#8217;option technologique choisie par les constructeurs hexagonaux sont peu ou prou rédhibitoires.</p>
<p>En optant pour un choix de motorisation unilatéral sans explorer sérieusement d&#8217;autres options, la France prend le risque, une fois encore, de développer une filière industrielle inapte à répondre aux demandes des consommateurs et aux contraintes écologiques tout en s&#8217;isolant sur la scène internationale.</p>
<p>Loin des mythes et publicités faussement écologiques vantant les mérites de la «&#160;ZE&#160;», il y a lieu de s&#8217;interroger sur les sommes sidérales dont bénéficie une industrie automobile prête à tout pour sauver ce qui peut encore l&#8217;être.</p>
<h3>La voiture électrique, «&#160;zéro émission&#160;»&#160;?</h3>
<p>En optant pour le slogan «&#160;Zéro Emission&#160;» comme support de communication de la voiture électrique, Renault s&#8217;est attiré les foudres des écologistes et de certaines associations de consommateurs britanniques. À tel point que l&#8217;autorité de régulation de la publicité anglaise a interdit au constructeur hexagonal d&#8217;utiliser une notion jugée abusive.</p>
<p>La voiture électrique est-elle sans émission de gaz à effet de serre&#160;? Si la réponse était positive, la motorisation électrique acquerrait un avantage écologique certain. Mais à y regarder de plus prêt, il existe un certain nombre de données qui mettent à bas une communication induisant manifestement le consommateur en erreur. Volontairement&#160;? Telle pourrait être la question car la faiblesse des données dont nous disposons pour évaluer le véritable bilan carbone de la voiture électrique devrait nous inciter à la modestie, de part et d&#8217;autre.</p>
<p>Néanmoins, dans une note de juillet 2009, l&#8217;Agence de l&#8217;Environnement la Maîtrise de l&#8217;Énergie a considéré qu&#8217;en calculant et comparant les émissions globales des véhicules thermiques et électriques, du «&#160;puits à la roue&#160;», fabrication et fonctionnement, la différence n&#8217;était pas significative. Alors que le bilan carbone d&#8217;un véhicule thermique s&#8217;établissait à 161 grammes de CO<sub>2</sub> par kilomètre parcouru en 2008, le véhicule électrique rejetait 126&#160;g de CO<sub>2</sub> par km. Stupeur pour un modèle qui présuppose que le bilan carbone d&#8217;un véhicule «&#160;Zéro émission&#160;» soit… de 0 gramme de CO<sub>2</sub>. Or, entre la communication bien huilée des constructeurs et la réalité, il y a l&#8217;objectivité des bilans carbone qui méritent que nous nous y arrêtions.</p>
<p>Pour légitimer un slogan mensonger, Renault et les autres constructeurs automobiles n&#8217;hésitent pas à cacher sous le macadam les émissions de CO<sub>2</sub> induites par la fabrication de l&#8217;automobile et celles liées à la production du kWh nécessaire à cette mobilité dite «&#160;Zéro émission&#160;».</p>
<p>Or, selon Jean-Jacques Cornaert, auteur d&#8217;un ouvrage sur l&#8217;Avenir de l&#8217;automobile, la fabrication d&#8217;une automobile représente environ 14&#160;% des émissions globales du véhicule. Si le véhicule électrique, du fait de sa faible autonomie (voir infra) est une seconde voiture à usage exclusivement urbain, ces 14&#160;% d&#8217;émission de CO<sub>2</sub> sont à ajouter aux émissions liées à la fabrication de la première voiture. En matière de véhicule électrique, nous n&#8217;assistons pas à une substitution mais une addition d&#8217;émissions de gaz à effet de serre.</p>
<p>Mais le calcul des émissions ne s&#8217;arrête pas là. En fonction de l&#8217;heure à laquelle le conducteur rechargera son véhicule électrique, le mix énergétique permettant de produire un kWh électrique sera plus ou moins carboné. Or, toujours selon l&#8217;Ademe, <em>«&#160;dès lors que la recharge des véhicules est réalisée à partir d&#8217;un mix électrique moyennement émetteur de CO<sub>2</sub>, le bilan carbone du kWh s&#8217;établit à environ 400&#160;g/kWh&#160;»</em>, ce qui fait écrire à l&#8217;Ademe que <em>«&#160;le bilan du véhicule électrique en émissions de CO<sub>2</sub> /km est proche des voitures de classe B actuellement (126&#160;g de CO<sub>2</sub> par km du &laquo;&nbsp;puits à la roue&nbsp;&raquo;, contre 161&#160;g/km pour la moyenne des ventes en 2008)&#160;»</em>. Selon le ministère de l&#8217;Écologie, le parc automobile hexagonal serait passé, en moins de deux ans de 149&#160;g de CO<sub>2</sub> par km à 130&#160;g de CO<sub>2</sub> par km&#160;! L&#8217;avantage climatique de la voiture électrique peut dès lors être légitimement questionné.</p>
<p>Alors que l&#8217;Union européenne a adopté au deuxième semestre 2008 un règlement imposant aux constructeurs européens une baisse moyenne des émissions de C02 s&#8217;établissant à 130&#160;g de CO<sub>2</sub> par km en 2015, il est à noter que l&#8217;avantage écologique prêté à la voiture électrique est largement surfait et ne peut décemment justifier une notion telle que «&#160;Zéro émission&#160;».</p>
<h3>La voiture électrique à la pointe&#160;?</h3>
<p>Mais il y a pire&#160;! Le bilan carbone de la voiture électrique repose sur un mix énergétique moyen, postulant de fait que la recharge des véhicules électriques aurait lieu de façon uniforme tout au long du jour et de la nuit. Or, à l&#8217;instar du chauffage électrique, le véhicule électrique risque d&#8217;être chargé aux heures où nous assistons aux pointes de consommation électrique particulièrement carbonées. Ces pics de consommation sont très émetteurs de CO<sub>2</sub> car le nucléaire, technologie à risque est également très peu flexible. Le nucléaire assure une production électrique de base là où la demande pour recharger l&#8217;automobile électrique risque d&#8217;être spécifiquement une demande de pointe.</p>
<p>Dans le cadre du groupe de travail sur la pointe électrique, ERDF, filiale d&#8217;EDF, a ainsi produit une note datée du 23 novembre 2009 dans laquelle est explicitement écrit que <em>«&#160;pour 2 millions de véhicules, l&#8217;appel de puissance peut dépasser 10&#160;% de la puissance de pointe nationale, tandis que la consommation d&#8217;électricité sera de l&#8217;ordre de 1&#160;% du total.&#160;»</em>.</p>
<p>Le véhicule électrique risque d&#8217;entraîner un accroissement de la pointe électrique. Selon une note interne d&#8217;RTE et de l&#8217;Ademe, le bilan carbone en période de pointe du kWh supplémentaire consommé peut atteindre 600 à 900 grammes de CO<sub>2</sub>&#160;!</p>
<p>Il est donc à craindre que le bilan carbone de la voiture électrique soit relativement voisin de celui d&#8217;une voiture thermique, d&#8217;autant qu&#8217;à la suite de la crise de 2008, les constructeurs automobiles ont fortement baissé les émissions de C02 de véhicules commercialisés.</p>
<p>Sans évoquer le coût induit par cet accroissement significatif de la pointe électrique, il est à noter que le Réseau de Transport de l&#8217;Electricité sera sans doute, dans les années à venir, confronté à une saturation du réseau électrique. La voiture électrique engendre collatéralement une externalité négative dans le sens où la collectivité nationale sera appelée à financer les infrastructures de transport de l&#8217;électricité nécessaire aux fonctionnements et à la recharge de milliers d&#8217;automobiles électriques.</p>
<h3>La voiture électrique, une nouvel <em>atomobile</em>&#160;?</h3>
<p>À l&#8217;instar du chauffage électrique, la voiture électrique a vocation à justifier un programme électronucléaire surdimensionné depuis de nombreuses années et ainsi écouler la surproduction chronique d&#8217;électricité. Paradoxalement, en optant pour un véhicule écoulant une partie du surplus d&#8217;électricité radioactive, la voiture électrique se transforme en moyen de transport générant tout à la fois des émissions de CO<sub>2</sub> (dues aux recharges de la batterie en période de pointe) et des déchets radioactifs (dues aux recharges de la batterie avec l&#8217;électricité produite en base).</p>
<p>Le véhicule électrique a été présenté comme un véhicule propre. Il est à la fois <em>climaticide</em> et radioactive&#160;!</p>
<h3>La voiture électrique en panne sèche&#160;?</h3>
<p>Selon Alain Prost (interview Métro, le 19 février 2010), <em>«&#160;il faudra accepter une limite de 200&#160;km d&#8217;autonomie pour les voitures électriques et développer des moyens d&#8217;alimentation. Il faut être honnête&#160;: la voiture électrique est adaptée à la ville. Et pour longtemps.&#160;»</em> Selon Renault, l&#8217;autonomie des véhicules électriques peinerait à dépasser les 150&#160;km… Selon Jean-Jacques Cornaert, <em>«&#160;150&#160;km, c&#8217;est aujourd&#8217;hui à peu près la distance qu&#8217;il nous reste à parcourir lorsque s&#8217;allume le voyant de réserve de notre brave berline. […] Bonjour l&#8217;angoisse de la panne&#160;»</em>.</p>
<p>Dans leur rapport «&#160;Véhicule 2030&#160;» pour le Centre d&#8217;Analyse Economique, Jean Syrota et Philippe Hirtzman, constatent que <em>«&#160;les tests normalisés ne prennent pas en compte la consommation des accessoires (phare, essuie-glaces, dégivrage arrière) et surtout le chauffage ou le refroidissement de l&#8217;habitacle. […] On peut donc conclure qu&#8217;en usage réel urbain, l&#8217;autonomie d&#8217;un véhicule électrique pourrait être réduite de moitié&#160;»</em>. Ceci signifiant qu&#8217;à ce jour, Renault tablerait pour une autonomie réelle de ses véhicules électriques d&#8217;à peine 75&#160;km… Le temps de recharge étant d&#8217;environ 6 à 8 heures, le trajet domicile-travail d&#8217;une voiture électrique ne devrait ainsi pas excéder les 30 à 40&#160;km… et ce afin de pouvoir revenir sereinement à son port d&#8217;attache. Selon une étude réalisée aux États-Unis et au Royaume-Uni par le cabinet Strategy Analytics, le véhicule électrique ne séduirait que 22&#160;% des Anglais interrogés et 26&#160;% des Américains. L&#8217;hybride fait mieux, avec respectivement 32&#160;% des suffrages au Royaume-Uni et 38&#160;% aux États-Unis. Le prix d&#8217;achat élevé et l&#8217;autonomie limitée sont les deux principaux freins aux intentions d&#8217;achat de véhicules hybrides, et plus encore électriques.</p>
<p>De plus, alors que nombre d&#8217;automobilistes ont pris la mauvaise habitude de sur-dimensionner leur automobile afin que cette dernière puisse être utilisée tout à la fois en ville, à la campagne et comme mode de déplacement à l&#8217;occasion des vacances selon la formule «&#160;qui peut le plus peut le moins&#160;», la voiture électrique est un pari osé sur l&#8217;avenir&#160;; pari qui présuppose que l&#8217;automobiliste soit prêt à acquérir des voitures à usage unique, l&#8217;une pour la ville, l&#8217;autre pour les voyages…</p>
<p>La faible autonomie pose le problème de l&#8217;usage que permet cette automobile&#160;; usage qui se réduit à un déplacement sur de courtes distances en zone urbaine. En Île-de-France, un quart des déplacements font moins d&#8217;un kilomètre. La voiture électrique entre frontalement en concurrence, non pas avec le véhicule thermique classique mais avec les modes de déplacement doux comme le vélo, la marche à pied ou les transports en commun. En investissant massivement dans la voiture électrique, l&#8217;État français comme les industriels font le pari que la voiture est et restera l&#8217;outil le plus adapté aux déplacements intra-urbains. Une fois encore, ceci est un pari plus que risqué.</p>
<p>Ce manque d&#8217;autonomie pose également la question des rechargements longs et fréquents. L&#8217;objectif de certains constructeurs en matière de part de marché, pour théorique qu&#8217;il soit, mérite qu&#8217;on s&#8217;y arrête quelques instants. Entre 1 à 3&#160;% du marché pour les uns, 10&#160;% à échéance 2020 pour les perspectives arrêtées par Renault… ceci signifie quelques 3 millions de véhicules à recharger tous les jours. Or, pour mener à bien cette recharge, il faudra compter sur des lieux de recharge compatibles et normalisés… ce qui n&#8217;est pas encore le cas à ce jour.</p>
<p>Le développement d&#8217;une infrastructure décentralisée de prises permettant le rechargement de 3 millions de véhicules nécessiterait un engagement de l&#8217;État, des collectivités, gestionnaires de places de parking, des propriétaires, bailleurs, locataires… que personne ne voit poindre. Tout juste commence-t-on à percevoir une volonté européenne de procéder à une démarche de normalisation qui pourrait prendre plusieurs mois ou années avant d&#8217;aboutir à un consensus européen. En France, la loi Grenelle2, en son article 19bis, fait une large place à la question du rechargement… obligeant toute personne physique ou morale à procéder à l&#8217;installation de gaines techniques, câblages et dispositifs de sécurité nécessaires à l&#8217;alimentation d&#8217;une prise de recharge pour véhicule électrique ou hybride rechargeable. Tout ceci à la charge desdites personnes physiques ou morales.</p>
<p>De façon tout aussi discrète, le Gouvernement français a imposé, le 1er octobre 2009, que la prise dédiée au rechargement des batteries soit une prise «&#160;spécifique&#160;», bien que sensiblement de même type qu&#8217;une prise classique. Sans penser à mal, il semble que cette mesure «&#160;technique&#160;» soit avant tout un moyen de différencier le kWh classique du kWh automobile… et ainsi éventuellement compenser le manque à gagner lié à la non-taxation du kWh par rapport au litre d&#8217;essence ou de diésel.</p>
<p>Étonnement, la prise de risque liée au développement d&#8217;une option technologie sujette à caution est mutualisée et imposée aux particuliers qui auront désormais l&#8217;obligation de développement une infrastructure de rechargement des batteries… même si le véhicule électrique n&#8217;est pas, à l&#8217;avenir, couronné de succès&#160;!</p>
<h3>La voiture électrique, le juste prix ou le sale coup&#160;?</h3>
<p>En additionnant les multiples aides directes et indirectes dont bénéfice l&#8217;industrie automobile pour développer une version «&#160;béta&#160;» de la voiture de demain, il y a lieu de s&#8217;interroger sur l&#8217;ampleur réelle de la dette publique française. La dépense publique est-elle si peu contrainte qu&#8217;elle permette d&#8217;investir des sommes sidérales et ce en période dite de vaches maigres&#160;? En dehors de l&#8217;aide de 5000 euros versés à tout acheteur potentiel d&#8217;un véhicule électrique, le coût induit par la création gigantesque d&#8217;infrastructures de rechargement, l&#8217;exemption possible de TIPP dont bénéficierait l&#8217;utilisateur de cette voiture électrique mais que compensera indirectement le contribuable, le développement de nouvelles lignes THT pour acheminer l&#8217;électricité en période de pointe de consommation, les aides directes qui s&#8217;élèvent déjà à plusieurs centaines de millions d&#8217;euros… la facture risque d&#8217;être pour le moins lourde à supporter.</p>
<p>Sans évoquer le véritable coût du véhicule électrique et de ses batteries, que le constructeur automobile souhaite mettre en location afin de maintenir un lien de dépendance. Bien qu&#8217;il soit extrêmement malaisé de définir un prix au kilomètre, puisqu&#8217;EDF aspire à augmenter ses tarifs de 24&#160;% à moyenne échéance, il y a lieu de penser que le bénéfice escompté par le client captif (du fait de la batterie en location) sera moins important que prévu.</p>
<p>Un kWh d&#8217;énergie permet de faire rouler le véhicule électrique sur environ 6,5&#160;km (en cycle normalisé, soit moitié moins dans la réalité), soit une consommation réelle dépassant les 30&#160;kWh pour 100&#160;km. Abstraction faite de l&#8217;aide octroyée à l&#8217;achat de véhicules électriques, du coût de location mensuelle des batteries et de la modulation du prix du kWh électrique en période de pics de consommation qui adviendra tôt ou tard, le prix pour 100&#160;km reviendrait à environ deux euros, soit moitié moins que les véhicules les plus sobres en consommation. La viabilité économique du véhicule électrique est donc acquise grâce à l&#8217;externalisation d&#8217;un certain nombre de coût induits ou différés. À ce jour, la mise à prix d&#8217;un véhicule électrique avoisine les 35000 euros. De quoi refroidir les ardeurs des plus fervents soutiens de la voiture électrique.</p>
<h3>Quel avenir pour le véhicule électrique&#160;?</h3>
<p>Faible autonomie obligeant l&#8217;automobiliste à multiplier le nombre de voitures en fonction de l&#8217;usage choisi, rejets de CO<sub>2</sub> avoisinant (voir dépassant) ceux des motorisations thermiques, coûts directes et indirects peu ou prou intéressant pour l&#8217;automobiliste (et encore moins pour le contribuable), la voiture électrique accumule les handicaps qui en font une voiture qui risque de ne pas rencontrer son public.</p>
<p>La crise que traverse l&#8217;industrie automobile est profonde et réclame des mesures systémiques. En répondant «&#160;moteur&#160;», lorsque la contrainte climatique réclame de notre part une «&#160;autre mobilité&#160;», il existe un risque non négligeable que le secteur automobile se fourvoie en répondant à une question que personne ne lui pose. Pire, l&#8217;industrie semble tenter d&#8217;imposer une réponse à l&#8217;aide d&#8217;assertions largement erronées.</p>
<p>Selon nous, la voiture électrique aura à l&#8217;avenir une place. Une place marginale mais une place tout de même. Pour des déplacements courts effectués dans un cadre professionnel et ce en zone urbaine. Le secteur automobile risque d&#8217;aller au devant de grandes désillusions en croyant de façon déraisonnable que la voiture électrique sera l&#8217;alternative aux véhicules thermiques.</p>
<p>Face aux crises climatiques, énergétiques et écologiques, face à l&#8217;urgence de la situation, notre responsabilité est de ne pas se fourvoyer ou se complaire dans la défense de fausse-bonne solution qui, même si elle rencontrait un succès inespéré, ne règlerait en rien le double problème climato-énergétique.</p>
<p>En effet, la question climatique est d&#8217;ordre politique et non purement technique. Une voiture pour être moins polluante doit diviser par 4 son empreinte climatique. Mais il faut aussi tenir compte du nombre de voitures en circulation. À ce jour, il y a 700 millions de véhicules en circulation, certains prévisionnistes en espèrent 1,2 milliard en 2020, soit un quasi doublement. Si nous donnions un peu de crédit à ces prévisions… il ne faudrait pas réduire par 4 les émissions unitaires des véhicules mais par 8, soit 16&#160;g de CO<sub>2</sub> par km pour pouvoir prétendre sérieusement avoir affaire à une voiture dite «&#160;propre&#160;»&#160;!</p>
<p>À la lecture de ces chiffres, la voiture électrique et autres voitures dites propres relève plus d&#8217;une opération de blanchiment écologique et procède une fois encore d&#8217;une stratégie marketing à mille lieues des véritables enjeux qui passent par une autre mobilité, un urbanisme et un système de transport repensé en profondeur.</p>
<p>«&#160;Moins loin, moins vite, moins souvent&#160;», tel devrait être la logique prévalant à l&#8217;avenir en matière de mobilité. Le ministre de l&#8217;Écologie affirmait doctement durant le Grenelle de l&#8217;environnement que nous étions à la veille d&#8217;un «&#160;changement de paradigme&#160;» en matière de transport. L&#8217;association Agir pour l&#8217;Environnement constate que ce changement de paradigme reste pour le moins à mettre en œuvre.</p>
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		<title>Les trois freins au développement de la voiture électrique</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Sep 2010 13:23:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphen Kerckhove</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Dossiers]]></category>
		<category><![CDATA[Voiture électrique : gare à la panne sèche…]]></category>
		<category><![CDATA[Édito Dossier]]></category>

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		<description><![CDATA[À quelques jours de l’ouverture du Mondial de l’automobile, l’association Agir pour l’Environnement diffuse un rapport sur les freins au développement de la voiture électrique.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">À quelques jours de l’ouverture du Mondial de l’automobile, l’association Agir pour l’Environnement diffuse un rapport sur les freins au développement de la voiture électrique.</div><p class="meta2">Par Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement.</p>
<p>Le démarrage poussif de la voiture électrique s’explique pour une large part à cause de trois freins que l’association juge quasi rédhibitoires. Le choix fait par certains constructeurs d’une voiture 100&#160;% électrique accroît de fait le risque d’un échec rapide et immédiat.</p>
<div id="attachment_1429" class="figure alignleft" style="width: 180px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/09/Stephen-mics-180x240.jpg" alt="Stéphen Kerckhove :" title="Stéphen Kerckhove" width="180" height="240" class="size-medium wp-image-1429" /><div class="caption"><p class="legende">Stéphen Kerckhove :</p><div class="figure-description"><p><em>« L&#8217;État français fait fausse route en soutenant une solution technique qui est à l’automobile ce que le minitel était à l’internet »</em></p>
</div></div></div>
<h3>LE PREMIER FREIN&#160;: LE PRIX</h3>
<p>Le prix de vente ou de location longue durée établi par les constructeurs automobiles est excessif et dissuasif. Malgré une aide substantielle de l’État fixée à 5&#160;000 euros, l’achat d’une voiture électrique devrait néanmoins s’établir à environ 35&#160;000 euros. Ce prix hors de portée du plus grand nombre amène certains constructeurs à revoir en urgence à la baisse le nombre de voitures électriques vendues d’ici à 2015, signe avant coureur d’un échec annoncé. Peugeot espère vendre à peine 50&#160;000 exemplaires de la Ion d’ici 2015, soit 0,4&#160;% des voitures vendues chaque année en France. Dans le meilleur des cas, la Commission européenne estime à 2&#160;% la part de marché de la voiture électrique.</p>
<h3>LE SECOND FREIN&#160;: L’AUTONOMIE</h3>
<p>La faible autonomie dudit véhicule électrique en fait une seconde voiture à usage urbain et périurbain. Les constructeurs automobiles annoncent une autonomie d’à peine 150&#160;km. Or, selon un rapport du Conseil d’analyse économique dit <em>«&#160;Véhicule 2030&#160;»</em>, cette autonomie théorique ne prend pas en considération certaines options vitales comme les phares, les essuie-glaces, le dégivrages des pare-brises ou le chauffage de l’habitacle. Aux dires des auteurs du rapport <em>«&#160;Véhicule 2030&#160;»</em>, l’autonomie réelle de la voiture électrique pourrait être divisée par deux, soit un rayon d’action d’à peine une trentaine de kilomètres&#160;!</p>
<h3>LE TROISIÈME FREIN&#160;: LE BILAN CARBONE</h3>
<p>Enfin, le bilan écologique et climatique semble moins favorable que prévu. En effet, l’usage exclusivement urbain ou périurbain de la voiture électrique nécessite une seconde voiture et ne remplacera donc pas la première voiture <em>«&#160;thermique&#160;»</em>. La voiture électrique ne viendra donc pas en substitution au véhicule thermique mais en ajout. Or, la fabrication d’une automobile est responsable de 14&#160;% à 20&#160;% des émissions globales d’un véhicule. De plus, le mix énergétique nécessaire à la production de l’électricité de la voiture électrique induit un bilan carbone loin d’être neutre, notamment durant les périodes de pic de consommation, appelées à augmenter de 10&#160;% selon RTE. Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, <em>«&#160;du puits à la roue&#160;»</em> (prenant ainsi en compte les émissions de gaz à effet de serre liées à la fabrication et au fonctionnement), le bilan carbone serait de 126&#160;g de CO<sub>2</sub> par km pour le véhicule électrique contre 161&#160;g de CO<sub>2</sub> par km pour le véhicule thermique. Depuis la date de cette note de l’Ademe (2008), les émissions de CO<sub>2</sub> du véhicule thermique ont chuté de 10 à 15&#160;g de CO<sub>2</sub> par km… Ce bilan carbone remet en cause le slogan publicitaire mensonger de Renault selon lequel la voiture électrique serait <em>«&#160;zéro émission&#160;»</em> de CO<sub>2</sub>.</p>
<h3>En conclusion de ce rapport</h3>
<p>L’association Agir pour l’Environnement estime que <em>«&#160;la voiture électrique est avant tout un outil de communication permettant de verdir, à bon compte, l’image de constructeurs automobiles qui n’ont, en rien, pris en compte les contraintes énergétiques et climatiques dans leur stratégie industrielle.&#160;»</em></p>
<p>À l’issu de ce rapport démontrant les freins au développement de la voiture électrique, l’association estime, qu’à l’instar du gouvernement britannique, le gouvernement français doit cesser de subventionner le développement d’une option technologique sans issu.</p>
<p>L’État doit enfin avoir le courage de penser la mobilité autrement qu’au travers d’options techniciennes sans issue. En zone urbaine, seuls le développement des transports en commun ainsi que la promotion des modes de déplacement doux est à même de répondre efficacement et durablement aux contraintes écologiques.</p>
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		<title>Entretien avec Philippe Meirieu et Patrick Viveret</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Sep 2010 12:47:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand deux grands intellectuels comme Philippe Meirieu et Patrick Viveret échangent dans un dialogue impromptu devant la caméra d’<a href="http://ecolosphere.net">ecolosphere.net</a> cela donne un pur moment d’intelligence et de bonheur… Où l’on parle des crises, des médias, du pouvoir (et de sa quête pathologique), d’émancipation, de droit des femmes, d’éducation et de désir d’apprendre, de sport, de sexualité et surtout de bonheur.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Quand deux grands intellectuels comme Philippe Meirieu et Patrick Viveret échangent dans un dialogue impromptu devant la caméra d’<a href="http://ecolosphere.net">ecolosphere.net</a> cela donne un pur moment d’intelligence et de bonheur… Où l’on parle des crises, des médias, du pouvoir (et de sa quête pathologique), d’émancipation, de droit des femmes, d’éducation et de désir d’apprendre, de sport, de sexualité et surtout de bonheur.</div><p>Pour ce faire ils invoquent des concepts mettant en lien sociétés traditionnelles et modernité occidentale ou encore le couple excitation/dépression et le couple intensité/sérénité mais aussi le concept de capitalisme pulsionnel. Et tout cela dans une grande clarté d’expression, sans jargon. Bref, on sort de ce quart d&#8217;heure lumineux avec l’impression d’être plus intelligent et d’avoir mieux compris comment l’écologie politique — à laquelle nos deux penseurs se réfèrent — peut être la clé de compréhension et d’amélioration du monde dans lequel nous vivons.</p>
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		<title>Roms : « un marqueur de la démocratie »</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Sep 2010 12:45:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Philippe Colomb</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Entretien]]></category>
		<category><![CDATA[Vidéo]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien avec Stella Méritxell Pradier, membre de Romeurope, réalisé aux journées d’été du rassemblement des écologistes en août 2010. Après une présentation du travail de Romeurope et une utile clarification sur la situation des roms en France, Stella Méritxell Pradier explore les marges de manœuvre politiques et associatives permettant de soutenir ces populations fragilisées. Dénonçant la politique violente exercée à leur encontre par le gouvernement français, elle déplore que l’Europe n’ait pas encore su jouer à plein son rôle de protection.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Entretien avec Stella Méritxell Pradier, membre de Romeurope, réalisé aux journées d’été du rassemblement des écologistes en août 2010. Après une présentation du travail de Romeurope et une utile clarification sur la situation des roms en France, Stella Méritxell Pradier explore les marges de manœuvre politiques et associatives permettant de soutenir ces populations fragilisées. Dénonçant la politique violente exercée à leur encontre par le gouvernement français, elle déplore que l’Europe n’ait pas encore su jouer à plein son rôle de protection.</div><div class="video">
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		<title>Attention aux contretemps</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Sep 2010 14:57:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Ben Cramer</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Édito du mardi]]></category>

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		<description><![CDATA[<em>«&#160;Y a un temps pour tout&#160;»</em> disait ma grand-mère. En tout cas, s’il y a un mois de l’année durant lequel il serait opportun de ne pas trop traîner sur les plages, c’est bien le mois d’août.  S’il y a un moment durant lequel il serait avisé de se mettre en état d’éveil et non de veille, de laisser tomber le refrain un peu débile <em>«&#160;Y-a-pas-d’soucis&#160;»</em>, la version française du <em>«&#160;No problem, man&#160;!&#160;»</em>, la version civile du <em>«&#160;circulez, y a rien à voir&#160;»</em>… c’est bien le mois qui vient de s’achever.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;"><em>«&#160;Y a un temps pour tout&#160;»</em> disait ma grand-mère. En tout cas, s’il y a un mois de l’année durant lequel il serait opportun de ne pas trop traîner sur les plages, c’est bien le mois d’août.  S’il y a un moment durant lequel il serait avisé de se mettre en état d’éveil et non de veille, de laisser tomber le refrain un peu débile <em>«&#160;Y-a-pas-d’soucis&#160;»</em>, la version française du <em>«&#160;No problem, man&#160;!&#160;»</em>, la version civile du <em>«&#160;circulez, y a rien à voir&#160;»</em>… c’est bien le mois qui vient de s’achever.</div><p>Loin de moi la moindre volonté de stigmatiser les Aoûtiens. De porter atteinte aux acquis sociaux dont les vacances. D’imposer le travail d’août comme d’autres veulent imposer celui du dimanche. Loin de moi toute attaque en règle à l’encontre des heures dites <em>«&#160;creuses&#160;»</em>, des heures <em>«&#160;perdues&#160;»</em> (<em>sic</em>), du droit à la paresse qui hélas n’a pas tellement de partisans. Loin de moi l’idée de prôner la conduite de la fourmi plutôt que celle de la cigale. Mais franchement, il s’en passe des choses de par le monde au mois d’août&#160;! Je me demande s’il convient aux vacanciers.</p>
<p>Convenons-en&#160;: le mois qui vient de s’écouler a été <em>«&#160;riche&#160;»</em>, comme on dit, en événements. Ce n’est pas seulement la saison des cyclones. Les Russes ont connu leurs incendies&#160;; ceci nous a rappelé la canicule que les médecins avaient zappée. Sans lister les catastrophes humaines, août n’a pas été de tout repos pour tous ceux et toutes celles qu’on a expulsé-e-s.</p>
<p>Bien sûr il ne faudrait pas exagérer. Août n’a pas le monopole du désastre. Tchernobyl c’était au mois d’avril, la pire des marées noires s’est produite pendant la première guerre du Golfe en janvier. Tous les sous-marins nucléaires ne s’abîment pas en août (Le Koursk le 12 août 2000, le SNA Le Rubis le 17 août 1993). Les coups d’État ne sont pas tous programmés en août même si celui qui a failli faire valser Gorbatchev en août 1991 m’avait secoué. Même si la normalisation à Prague en 68, après le printemps eut lieu un 21… août.</p>
<div id="attachment_1422" class="figure alignnone" style="width: 500px"><img src="http://ecolosphere.net/wp-content/uploads/2010/09/4891110919_b097cf4b6c.jpg" alt="Moscou, août 2010." title="Disappearing into the smoke" width="500" height="500" class="size-full wp-image-1422" /><div class="caption"><p class="legende">Moscou, août 2010.</p><div class="figure-description"><p><a href="http://www.flickr.com/photos/seriykotik/4891110919/"><em>Disappearing into the smoke</em></a>, photo (cc) <a href="http://www.flickr.com/photos/seriykotik/">seriykotik1970</a>.</p>
</div></div></div>
<p>De toute façon, on me rétorquera que les <em>«&#160;puissants&#160;»</em> ont justement prévu de s’activer quand les <em>«&#160;petits&#160;»</em> vont voir ailleurs. On raille le maire de Moscou qui est en vacances au moment où la capitale russe est asphyxiée par les fumées des flammes, mais ne nous moquons pas trop vite&#160;: ici, nombre de défenseurs des droits de l’homme sont aux abonnés absents, à l’instar des médecins qui s’étaient délocalisés durant la canicule. C’est dur d’organiser une manif à Paris entre République et Bastille en plein mois d’août, quand les fronts sont désertés.</p>
<p>La morale de cette histoire&#160;? On baigne trop souvent dans des contretemps insensés.</p>
<p>Prenons la politique extérieure avec le rapprochement France-OTAN. Nos dirigeants ont tenu à revenir au bercail atlantique. Le retour au commandement militaire intégré, très exactement. Quand&#160;? Au moment où l’OTAN qui a perdu sa raison d’être, va au devant d’une défaite politico-militaire en Afghanistan. C’est un peu comme si l’Albanie voulait rejoindre la Yougoslavie après le conflit au Kosovo.</p>
<p>Prenons la marine. L’ensemble de la composante des sous-marins nucléaires français a disposé de la capacité de <em>«&#160;frapper&#160;»</em> Moscou en février 1993 soit 3 ans après l’effondrement du Mur de Berlin.</p>
<p>Prenons un autre exemple de mauvais timing&#160;: le service militaire. Il n’existe plus. Même si cela coûtait moins cher au contribuable, il a été remplacé par une armée de métier, des professionnels super-entraînés. Bravo&#160;: c’est le type d’armée dont la France aurait eu besoin du temps de la guerre froide pour faire face à 54&#160;000 chars d’assaut (même des T-54 un peu rustiques), là aussi, quel timing&#160;! </p>
<p>Quand il y a crise alimentaire en Afrique, on s’aperçoit que les politiques d’aide au développement ont négligé l’aide à l’agriculture.</p>
<p>Pour la politique d’immigration, on est dans le même type de décalages absurdes. Les contretemps produisent en fin de compte du n’importe-quoi. Voici peut-être pourquoi en France en 2010, s’il n’y a pas de ministère des situations d’urgence comme en Russie, c’est parce qu’il été absorbé (en août&#160;?) par le Ministère de l’Intérieur.</p>
<p>Il y a fort à parier que les casques verts, dont on parle depuis 1991, seront mis en place quand les catastrophes ne seront plus naturelles du tout. Ou bien quand le vert ne sera plus associé à l’écologie — par exemple.</p>
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		<title>Chômage : où est l’accalmie ?</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1420-chomage-ou-est-l-accalmie/</link>
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		<pubDate>Tue, 31 Aug 2010 12:23:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Pierre Larrouturou</dc:creator>
				<category><![CDATA[Analyse Actu]]></category>
		<category><![CDATA[Articles]]></category>

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		<description><![CDATA[Christine Lagarde et Laurent Wauquiez sont depuis le 26 août dernier dans tous les médias pour <em>«&#160;se féliciter&#160;»</em> des bons chiffres du chômage&#160;: <em>«&#160;Le recul du chômage est le fruit de notre politique de l’emploi&#160;»</em>, disent-ils.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Christine Lagarde et Laurent Wauquiez sont depuis le 26 août dernier dans tous les médias pour <em>«&#160;se féliciter&#160;»</em> des bons chiffres du chômage&#160;: <em>«&#160;Le recul du chômage est le fruit de notre politique de l’emploi&#160;»</em>, disent-ils.</div><p>Hélas, si l’on s’intéresse vraiment à la vie des salarié-e-s (actifs ou au chômage) et si l’on regarde de près les chiffres du Ministère du Travail, on constate qu’il n’y a aucune raison de se féliciter des évolutions en cours&#160;:</p>
<ul>
<li>le nombre total des inscrit-e-s à Pôle Emploi n’a jamais été aussi élevé&#160;: 4&#160;574&#160;000 inscrit-e-s, sans compter 300&#160;000 chômeurs de plus de 58 ans Dispensés de recherche d’emploi et 217&#160;000 chômeurs dans les Départements d’Outre Mer&#160;;</li>
<li>le «&#160;flux&#160;» des nouveaux arrivants à Pôle emploi est toujours aussi impressionnant&#160;: 505&#160;000 hommes et femmes se sont inscrits au chômage en juillet. 505&#160;000 en un mois. C’est absolument catastrophique&#160;!</li>
</ul>
<p>Si la courbe qui récapitule le «&#160;stock&#160;» de chômeurs ne monte pas de façon verticale, c’est que 495&#160;000 personnes ont quitté Pôle Emploi. Mais sur ces 495&#160;000 sorties, il n’y en a que 104&#160;000 qui déclarent avoir retrouvé un emploi. Il y a un flou pour 100&#160;000 mais le Ministère lui-même admet que <em>«&#160;moins de 40&#160;% de ceux qui quittent Pôle Emploi retrouvent un emploi&#160;»</em>.</p>
<p>La majorité de ceux qui quittent Pôle Emploi sont en fin de droit. Ils sont dans la précarité la plus totale&#160;: ils vont survivre (sousvivre) avec le RMI-RSA ou n’auront droit à aucune allocation si leur conjoint a un revenu correct&#160;: en dix-huit mois ou deux ans, le revenu du couple a été divisé par 2 mais leur problème n’apparaît dans aucune statistique.</p>
<p>Quant à celles et ceux qui retrouvent un emploi (il y en a quand même, heureusement), ils doivent de plus en plus se contenter d’emplois très précaires&#160;: l’Acoss, qui reçoit toutes les déclarations d’embauche, a publié en juillet une étude sur les embauches au 2ème trimestre.</p>
<p>Les CDD de moins d’1 mois représentent plus de 60&#160;% des embauches. Les CDI (à temps plein ou à temps partiel) ne représentent que 16&#160;% des embauches…</p>
<p>N’en déplaise à Christine Lagarde, il n’y a donc aucune raison de se féliciter de quoi que ce soit&#160;!</p>
<p>Il est urgent au contraire de mesurer la gravité de la crise et de se mettre au travail pour inventer une nouvelle politique de l’emploi. Tel est l’objectif des <a href="http://www.facebook.com/pages/Etats-Generaux-de-lEmploi-et-de-lEcologie/105969952769972">États Généraux de l’Emploi et de l’Écologie</a> qu’<em>Europe Écologie – Les Verts</em> viennent de lancer à Nantes.</p>
<p class="meta2">Article <a href="http://www.novo-ideo.org/Chomage-ou-est-l-accalmie">publié dans <em>Novo Ideo</em> le 27 août.</p>
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		<title>L’été de toutes les abjections</title>
		<link>http://ecolosphere.net/archives/1419-l-ete-de-toutes-les-abjections/</link>
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		<pubDate>Mon, 02 Aug 2010 15:17:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Hervé Le Crosnier</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articles]]></category>
		<category><![CDATA[Tribune]]></category>

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		<description><![CDATA[Les déclarations de Nicolas Sarkozy à Grenoble, renforcées par celles de Brice Hortefeux sur la gestion <em>«&#160;sécuritaire&#160;»</em> de la nationalité posent d’évidents problèmes de constitutionnalité. Mais elles nous imposent de réfléchir vite. Sur au moins deux points&#160;: d’abord reprendre le fil historique qui fait que la situation actuelle pue les années trente finissantes, juste avant l’abjection totale&#160;; puis comprendre ce qui rend possible cette dérive, et notamment chercher dans les pratiques des oppositions les attitudes qui laissent ouvertes les portes d’une telle situation.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="font-weight:bold; margin-bottom:1em;">Les déclarations de Nicolas Sarkozy à Grenoble, renforcées par celles de Brice Hortefeux sur la gestion <em>«&#160;sécuritaire&#160;»</em> de la nationalité posent d’évidents problèmes de constitutionnalité. Mais elles nous imposent de réfléchir vite. Sur au moins deux points&#160;: d’abord reprendre le fil historique qui fait que la situation actuelle pue les années trente finissantes, juste avant l’abjection totale&#160;; puis comprendre ce qui rend possible cette dérive, et notamment chercher dans les pratiques des oppositions les attitudes qui laissent ouvertes les portes d’une telle situation.</div><p>La <em>« nationalité »</em> est un accord conventionnel. Elle n’existe pas <em>« naturellement »</em>. Un état colonisateur comme la France le sait bien, qui a découpé le monde par des frontières <em>« nationales »</em> en dehors de toute histoire commune ou de projet collectif. La France est un État lui-même construit par la mise sous tutelle des peuples de l’intérieur de ses frontières (bretons, basques, corses, occitans, <em>etc.</em>) au nom d’un projet <em>« national »</em> et <em>« républicain »</em>. Être français est une convention qui a changé dans le temps, et qui changera encore (nous nous dirons peut-être européens dans un siècle ?). Cette convention assujettit les individus à la nation dont ils sont membres. Longtemps, la conscription militaire en a été le symbole. Une fois accordée, par la naissance (droit du sol), par la filiation (droit du sang) ou par la naturalisation, les droits et les devoirs sont les mêmes pour tou(te)s. Admettre la <em>« double peine »</em>, d’une condamnation pénale suivie d’une déchéance de nationalité revient à dénigrer le fonctionnement global de la justice : les peines prononcées ne suffiraient-elles pas, ne seraient-elles pas <em>« justes et équilibrées »</em>, que l’autorité administrative puisse ajouter une forme d’arbitraire ?</p>
<p>Mais pire encore, il y aurait donc une antériorité à la situation conventionnelle de la nationalité ! Combien de temps, de génération sera-t-on considéré comme susceptible de se voir retirer la nationalité et placé en camp <em>« de transit »</em> ?  Ceux qui n’entendent pas les horreurs des années trente ont les oreilles bien bouchées : l’expression <em>« quart de juif »</em> ne leur dit donc rien ?</p>
<p>Les effets des discours de la clique au pouvoir ne peuvent se juger dans le court terme. Quand Marine Le Pen exprime sa satisfaction et y voit confirmation de ses thèses, il faut entendre le glissement collectif qui s’opère. Les racistes du pouvoir, même après condamnation judiciaire comme pour Brice Hortefeux, préparent un avenir qui n’a rien de républicain, mais tout de l’organisation clanique du monde. Le soupçon va s’installer, et au lieu de penser la nation comme un projet collectif, on va la définir comme une zone protégée, à l’image de ces condominiums pour riches hérissés de barbelés et protégés par des gardes armés qui créent des taches de léopard sur toute la planète.</p>
<p>Bien évidemment, la démarche n’est pas spécifique à la France, malheureusement. De nombreux pays veulent décider arbitrairement de la nationalité. C’est <em>« l’ivoirité »</em> dans la Côte d’Ivoire, c’est le statut différent des juifs et des <em>« arabes israéliens »</em>, c’est le débat sur les chicanos aux États-Unis, c’est la question lombarde en Italie, <em>etc.</em> Le monde globalisé va remplacer les affrontements géopolitiques par des formes <em>« internalisées »</em> d’ethnicisation et de hiérarchisation. On aurait pu croire cette logique abandonnée depuis le Siècle des Lumières. L’exemple de l’Allemagne des années trente, pourtant un des pays les plus riches en philosophes, poètes, musiciens, penseurs, <em>etc.</em> aurait pu nous éclairer sur le danger permanent de voir revenir la barbarie.</p>
<p>Mais je n’arrive pas à me résoudre à voir la France <em>« des Droits de l’Homme »</em>, celle qui fait figure à la fois de paradis (notamment grâce à sa protection sociale) et de référence dans les capacités de révolte et de refus de l’arbitraire (la prise de la Bastille), sombrer à son tour dans la folie raciste. Avec toutes les conséquences sur la fin de <em>« l’état de droit »</em>, annonçant la montée des nouvelles guerres <em>« asymétriques »</em> contre les population les plus démunies. Les signes sont pourtant clairs, depuis l’adoption de <em>« l’État d’urgence »</em> en novembre 2005, les rafles des gamins de sans-papiers à la sortie des écoles, l’affaire de la <em>« jungle »</em> de Calais, et les rodomontades des ministres sur l’équipe de foot…</p>
<p>Qu’est-ce qui rend une telle abjection possible, alors que nous savons pertinemment que chaque petite phrase ne fait que préparer la suivante, dans une spirale régressive sans fin ? Voici la seconde question, plus importante encore pour l’avenir. Et surtout, voici la question qui se pose à toute personne éprise de justice, d’égalité et de fraternité. Qu’avons-nous laissé faire ? Que laissons-nous faire encore ?</p>
<p>Les discours du pouvoir nous montrent nos faiblesses. En visant <em>« Mai 68 »</em> comme source de la délinquance, des problèmes de l’école, de la relation entre parents et enfants, en accusant les citoyens épris de liberté, de débat démocratique, de générosité, ils nous disent en creux que nous avons laissé dilapider le potentiel libertaire issu de la dernière grande révolte française. En se situant sur cette crête idéologique et culturelle, ces discours évitent de poser la question des rapports de force proprement économiques qui conduisent plus de 10 % de la population au chômage, qui réduisent les prestations sociales et de santé, qui marginalisent les quartiers pauvres par manque de budget de reconstruction et d’aménagement, par manque de personnes pour assurer le <em>« service au public »</em>… Car notre focalisation sur les changements <em>« moraux »</em>, sur les questions <em>« sociétales »</em> a permis que s’installe un modèle économique de domination qui nous conduit à la situation actuelle. Délinquance, insécurité d’une part, autoritarisme et racisme de l’autre sont les deux mamelles de la société néolibérale. L’acceptation par le PS de la globalisation néolibérale, jusqu’à voir deux de ses éminents dirigeants placés à la tête l’un du FMI et l’autre de l’OMC, les deux organismes les plus significatifs du nouvel ordre économique mondial, est certainement un virage fondamental dans cette courte trajectoire historique. Mais notre abandon de la construction d’une véritable force sociale, culturelle et politique au nom du <em>« c’est toujours mieux que rien »</em> est tout autant coupable.</p>
<p>Quand nous sommes conscients de l’évolution terrible du monde, et que nous voyons notre propre univers politique écartelé, incapable de se réunir sur les fondamentaux ; quand nous voyons les dirigeants des particules dont le seul espoir bureaucratique est de franchir la barre des 5 % parader accrochés à leurs <em>« vérités »</em> comme des berniques sur leur rocher pour résister à la marée ; quand nous assistons à la débandade des organisations du mouvement social incapables de comprendre l’enjeu de la lutte contre le chômage, l’organisation des quartiers, la révolte des jeunes sans espoir, <em>etc.</em> ; ne sommes nous pas nous-mêmes complices <em>« par abstention »</em> de la dérive en cours ?</p>
<p>Il n’est jamais trop tard. Mais il vaudrait mieux que nous décidions le plus tôt possible de revenir sur la scène politique, à partir des expériences des mouvements sociaux, à partir des réflexions polyphoniques des divers courants de la gauche critique et des associations sociales. Laisser encore à d’autres qui ont déjà montré l’étendue de leur incapacité à former un front suffisamment fort contre la domination autoritaire qui accompagne le néolibéralisme serait à nouveau plier devant le bulldozer raciste. La conception d’une société de loups en guerre permanente tous contre tous est le modèle majoritaire, autant des films hollywoodiens que des dirigeants de notre droite revancharde et animée par la haine. Ne la laissons pas s’installer. Reprenons la bataille culturelle et idéologique par le versant politique.</p>
<p>Au fond, l’avenir appartient aux tenants de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, mais il vaudrait mieux que cela ne vienne pas après une crise humaine et morale majeure. Redresser la barre se construit dès aujourd’hui. Par vous qui avez eu le courage de lire jusqu’ici. Que chacun(e) trouve son chemin, mais surtout revienne à la discussion, à l’échange, à l’investissement sur la scène publique. Trouvons de nouvelles formes d’organisation en réseau, de consensus et de coordination, mais surtout ne restons pas tétanisés par l’arrogance des gouvernants.</p>
<p class="meta2">Texte diffusé sous licence Creative Commons (paternité–non-commercial).</p>
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