Édito Dossier — Lundi 25 mai 2009
Crise: lectures et remèdes écologistes
La faillite des systèmes financiers et bancaires, la crise de subprimes, la faiblesse des revenus du travail face à ceux du capital, etc., ont montré la faiblesse des protections sociales offertes par les États ainsi que l’absence de pouvoir démocratique dans le marché. Alors que pendant longtemps, tous ceux qui proposaient des hypothèses différentes étaient taxés d’utopistes –pour le mieux rêveurs, pour le pire fous–, plus personne aujourd’hui n’est prêt à défendre les vertus du marché.

Manifestation contre la réforme des retraites, Paris, novembre 2007.
Jeunes syndicalistes – Feux de Bengale. Photo (CC-by-nc-nd) William Hamon.
Mais si cette crise est d’une telle ampleur, c’est parce qu’elle s’accompagne d’une crise environnementale dont enfin on accepte la réalité. Comme le rappelle le GIEC, jamais l’emprunte écologique de la planète n’a été aussi forte, encouragée par un système capitaliste peu enclin à s’appesantir sur ces considérations.
La crise dure et ne semble pas infléchir durablement les politiques menées dans les pays du Nord. Des propositions alternatives, respectueuses des réalités écologistes, porteuses de d’égalité, de droits et de partage, existent pourtant. C’est ce que nous avons voulu vous présenter dans ce dossier qui rassemble des articles, tribunes et analyses sur la crise actuelle et ses possibles remèdes.
Sortir de cette crise ne se fera pas sans une remise en cause durable de nos systèmes de développement et de production, encore toujours tournés vers le productivisme et le « toujours plus ». C’est ce que rappelle Hervé Kempf dans ses percutantes tribunes (Perdre le Nord, Le passé ne reviendra pas). Car il nous faut prendre conscience que la crise économique et financière actuelle n’est pas séparable des crises sociale et écologique, écrit Benjamin Dessus (Climat : nous ne pouvons plus nous payer de mots).
Et ce n’est pas avec des plans de relance d’une activité productiviste dépassée (Denis Baupin, Crise: traiter la maladie, pas seulement les symptômes) ni en habillant le capitalisme de valeurs « vertes » (entretien entre Hervé Kempf et Pascal Canfin: « Le capitalisme vert, ça n’existe pas ! ») qu’on modifiera durablement la situation dans laquelle nous sommes. Pour les économistes Jérôme Gleizes et Yann-Moulier Boutang, il s’agit de la première crise socio-écologique du capitalisme, ce qui impose d’en faire une lecture écologiste.
Et c’est pour cette raison que les mobilisations étatiques pour les systèmes financiers devraient plutôt servir à sauver la planète (Denis Baupin, Ce qu’on a fait pour sauver la finance, faisons-le pour sauver la planète). Mais où trouver les solutions ? Dans l’écologie politique répondent Pascal Canfin, Daniel Cohn-Bendit et Philippe Lamberts (Le souhaitable est possible : les quatre pistes de l’écologie politique), seule capable d’offrir une prise en compte globale de tous les aspects de ces crises.
Et cela d’autant plus que dans des situations pareilles, les Etats ont toujours tendance à répondre à ces moments de déstabilisation par une engrenage toujours plus sécuritaire (Ben Kramer, Pour une autre grille de lecture. La crise, les crises entre guerres et paix). Mais alors, quel système économique viable faut-il défendre ? John Gowdy et Jon D. Erickson croient à une économie écologique dont ils décrivaient dès 2004 les grands principes dans leur article fondamental sur La démarche de l’économie écologique. De son côté Alain Caillé et la revue du Mauss soutenaient en 2008 un quasi-manifeste pour une économie politique institutionnaliste.
En pleine campagne électorale pour les européennes, il paraît aussi important de voir ce que la gauche propose pour répondre à la crise et relancer l’économie (Emmanuelle Cosse, La crise, la gauche et l’écologie, réponses à géométrie variable).


