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Tribune — Mercredi 27 mai 2009

Grenelle des ondes : Retour sur un claquement de porte

par Stéphen Kerckhove

Faisant suite à la condamnation des trois principaux opérateurs à démonter ou renoncer à l’installation de certaines de leurs antennes relais, le Gouvernement a décidé, voilà un mois, d’organiser un énième Grenelle, appelé pour l’occasion « des ondes ».


Stéphen Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’Environnement.

Bien que nous ayons déjà atteint les limites de l’exercice avec le Grenelle de l’environnement, les associations, conscients de leur responsabilité, ont accepté de porter haut et fort les revendications des riverains d’antennes relais, avec le secret espoir que nous pourrions faire valoir nos arguments et ainsi peser sur les décisions à venir.

Las… C’était sans compter sur les liens (parfois ténus) qui unissent opérateurs et certains décideurs politiques en poste. Le Grenelle s’est conclue comme il avait commencé… par des propos tonitruants et écrits gouvernementaux emplis de certitudes, faisant tout ou partie abstraction de la controverse scientifique.

La lettre de mission du Premier ministre ouvrait ainsi le débat en fermant la porte en considérant que l’expertise internationale ne justifiait aucunement l’adoption de mesures contraignantes à l’encontre des antennes relais… Un mois plus tard, ce fut au tour de la ministre de la Santé de refermer les travaux du Grenelle en indiquant… qu’au regard de l’expertise internationale, l’adoption de mesures contraignantes à l’encontre des antennes relais ne se justifiait pas… reprenant ainsi mot pour mot les écrits de François Fillion.

Le Grenelle des ondes : « un exercice de style… »

Faut-il en déduire qu’entre le début et la fin du Grenelle, rien n’ait été dit permettant d’infléchir la position du Gouvernement ? La précipitation avec laquelle a été organisée ce Grenelle n’a pas permis de consacrer du temps à additionner les experts proposés par les associations. Sous couvert d’urgence, le débat scientifique n’a donc pas pu avoir lieu… Moyen habile d’éviter un échange contradictoire qui aurait pu permettre de déstabiliser certaines certitudes officielles. Sans débat scientifique, l’échange entre acteurs aux intérêts profondément divergents est passé par perte et profit, laissant supposer que l’exercice « Grenelle » n’était qu’un exercice de style, permettant tout à la fois de contenter les opérateurs qui réclamaient un appui de l’État tout en tentant d’instrumentaliser la société civile !

Une fois encore, la société civile n’est vécue que comme un moyen de justifier des décisions prises avant et ailleurs. Une fois de trop, les ONG sont invités pour servir de faire-valoir bien docile, adoubant les gesticulations et péroraisons d’un Gouvernement dont l’attentisme en matière écologique ne dupe plus grand monde.

Si Agir Pour l’Environnement et Priartém ont décidé de claquer la porte de ce Grenelle des ondes, c’est que l’écriture diplomatique de la synthèse des travaux, en entretenant une ambiguïté préjudiciable, a permis au Gouvernement d’agir à sa guise. C’est ainsi qu’entre une première synthèse des travaux adoptée par les acteurs du Grenelle le 20 mai et les décisions du Gouvernement prises le 25 mai… un fossé sidérale s’est creusé, césure qui ne laisse pas d’étonner.

Dans cette première synthèse adoptée le 20 mai, l’incertitude scientifique était enfin reconnue, la téléphonie mobile considérée comme un « risque émergent ». Mieux il était proposé une interdiction de la commercialisation et la promotion des portables destinés aux enfants et adolescents de moins de 12 ans. Et le seuil d’exposition des riverains devait être revu à la baisse… sans qu’une valeur cible n’ait été fixée.

« la limitation du seuil d’exposition a tout bonnement été censurée… »

Un long pont de l’Ascension a eu raison de ces modestes avancées. De l’interdiction de vendre des portables à des ados de 12 ans, nous aboutissons à une simple interdiction de l’usage des portables dans les enceintes scolaires pour les enfants de moins… de 6 ans ; laissant supposer qu’un opérateur aurait légalement le droit de vendre un portable à un enfant mais que ce dernier n’aurait pas le droit de l’utiliser… Mesure qui doit terrifier le lobby de la téléphonie mobile ! Concernant les antennes, la limitation du seuil d’exposition a tout bonnement été censurée et n’est désormais plus à l’ordre du jour ; pour le plus grand bonheur des opérateurs qui n’ont pas démérité durant ce long week-end d’Assomption.

Notre amertume est à la hauteur de nos espoirs déçus. Le Grenelle des ondes est une occasion manquée qui ne manquera pas de renforcer la mobilisation citoyenne à l’encontre d’un développement anarchique des antennes relais. Les mots seuls ne règleront pas les maux dont souffrent les riverains d’antennes relais. Nous appelons donc les collectifs de riverains à amplifier la mobilisation afin d’obtenir de la part des parlementaires ce que le Gouvernement refuse de nous accorder.

À l’issue de ce Grenelle, une chose est donc certaine : Avant, pendant et après, nous devons être MOBILisEs.


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