Samedi 23 mai 2009
Perdre le Nord
Quand arrête-t-on de se développer ? La réponse habituelle à cette question est : vous ne pouvez pas refuser aux pays du Sud d’échapper à la pauvreté et de rejoindre, tant bien que mal, le niveau de confort des pays du Nord. Certes. Que donc se développent les pays du Sud.
Mais quand les pays du Nord doivent-ils, eux, arrêter ? Cette question s’y pose très concrètement quand se présentent les projets d’autoroute, zone industrielle, grande surface, lotissement, parking, etc. La raison devrait, dans la quasi-totalité des cas, conduire à en refuser la réalisation. La logique des intérêts économiques, qui camoufle sous les promesses de création d’emplois l’appétit du lucre, impose le plus généralement la coulée du béton. Le résultat de cette logique est l’aggravation constante de la crise écologique dans laquelle nous sommes engagés.
Ce mouvement général est presque insensible du fait qu’il résulte d’une myriade de décisions locales. Le Québec pose aujourd’hui le dilemme de manière très visible. Son premier ministre, Jean Charest, représentant des milieux d’affaires, a annoncé le 10 mars dernier devant l’Assemblée nationale de la Belle Province un » plan Nord » destiné à exploiter la région du Québec située au nord du 49e parallèle – un territoire grand comme le double de la France.
Le plan consiste à créer des grands barrages hydroélectriques et de vastes exploitations minières. De nouvelles routes seraient ouvertes. On peut supposer que l’industrie forestière demanderait à participer à la fête. Le Québec augmenterait ainsi ses exportations vers les Etats-Unis. Il va sans dire, comme l’a souligné le premier ministre, que » c’est un projet dont nous ferons un exemple de développement durable « .
Il va en le disant que ce projet générera indubitablement une pluie de dollars, mais incontestablement un torrent d’émissions de gaz à effet de serre, des pollutions de lacs et autres forêts, un appauvrissement de la faune lié au désenclavement de ces zones jusqu’à présent oubliées des hommes. Un ou plusieurs parcs nationaux seront certainement installés pour faire accroire à des citoyens volontiers crédules qu’au fond, le développement du Nord est une mesure de protection de l’environnement.
Ramenons le problème à sa brutale simplicité : s’il est vrai que le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, la pollution chimique sont des problèmes majeurs, il ne faut pas développer le Nord. Le Québec en a-t-il besoin ? D’après l’Institut statistique de cette province, le revenu disponible personnel par habitant y est sensiblement égal à celui de la France ou du Japon. On peut considérer que, comme dans ces pays, cela est suffisant et qu’il n’y a pas nécessité d’enrichissement. A la société québécoise de décider si, en l’occupant, elle veut perdre le nord. Mais la situation suggère une évidence valable pour tous les pays riches : les pays développés n’ont plus besoin de se développer.



Effectivement,
Une nouvelle qui fait encore froid dans le dos.
Une de plus parmi tant d’autre. Destruction des forets (pour que Nous ayons de belles terrasses en Teck), Monocultures tueuses de biodiversité (pour que Nous roulions « bio »), Exploitation des matières premières (pour faire des routes ou des bouteilles plastiques « recyclables bien sur »).
Si les québécois décident de construire des barrages pour avoir de l’électricité « écologique » est-ce nous, Français, qui pouvons les critiquer alors que nous sommes le meilleur exemple en la matière (tout le potentiel hydro-électrique de la France est exploité). Nous qui saccageons nos DOM-TOM pour en retirer les richesses naturelles, loin de la vue de la Métropole, Nous qui fermons des lignes de chemin de fer pour développer de nouvelles autoroutes ou rocades, nous qui n’encourageons pas au recyclage pour augmenter l’incinération des déchets (source de revenu facile), nous qui tournons « à plein gaz » au nucléaire (fierté écologique de nos encharpés tricolores) pour sur-éclairer nos rues et autres aberrations…
Pouvons-nous nous croire gendarme écologiste du monde pour condamner chez les autres ce que nous faisons chez nous?
L’exemple que nos cousins québécois nous donnent ici est simplement notre reflet. Sommes nous même peut être jaloux de leur « chance » d’avoir du sable bitumineux dans leur nord alors que nous, nous n’avons que du charbon qui ne vaut plus rien dans le notre.
Si nous avons été l’exemple du monde pour l’amener dans la révolution industrielle, nous nous devons d’être à nouveau l’exemple du monde pour la prochaine révolution qui tarde à venir : la révolution écologique.