Tribune — Jeudi 24 février 2011
Libye : « La France a vendu des armes à un fou »
Les tentatives de réhabilitation de Kadhafi, illustrées par sa visite d’État en France en 2007, ont fait long feu. À l’époque, Nicolas Sarkozy n’hésitait pas à se réjouir des importants contrats signés avec la dictature libyenne. Le Président évoquait une dizaine de milliards d’euros de contrats.
Un accord nucléaire étudiant la possibilité d’installer un réacteur nucléaire en Libye pour fournir l’énergie à la désalinisation de l’eau de mer était alors sérieusement envisagé par la France. Comme à Osirak, la France était prête à nucléariser une dictature sanglante…
Dans le lot des contrats promis en décembre 2007, figuraient des contrats d’armements. La présidence évoquait une négociation exclusive concernant près de 4,5 milliards d’euros. À l’époque, Dassault espérait même vendre son invendable Rafale à la dictature libyenne, mais la Libye a préféré se tourner vers les Russes.
Cette coopération se traduisait également par une demande de l’Europe que la Libye empêche strictement le départ de migrants vers l’Europe.
Des exportations interrompues en urgence
Ce type d’accord a pu reprendre fin 2004 quand l’embargo de l’Union européenne sur les ventes d’armes a été levé et les relations entre la Libye, la France et la Grande-Bretagne normalisées.
Fin 2006, Michèle Alliot Marie avalise un contrat d’une centaine de millions d’euros pour la remise en vol de douze de ces quarante Mirage F1. Ce sont ces Mirage, achetés par la Libye dans les années 70, qui ont bombardé les manifestants cette semaine.
Mais, au final, les contrats promis se révéleront être des mirages, loin des 4,5 milliards évoqués. Parmi les contrats signés, des missiles antichars Milan et un réseau de communication sécurisé Tetra pour la police. 300 millions d’euros au total. La Commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre a autorisé pour 30,5 millions d’exportation en 2009[1].
Mais la France ne désespérait pas de vendre plus d’armes à la dictature libyenne. Selon le journaliste du Point Jean Guisnel, d’autres contrats pour plus de deux milliards d’euros, étaient en discussion : hélicoptères, radars, rénovation de vedettes, missile, chars… Les exportations ont finalement été interrompues dans l’urgence, il y a une semaine.
La France, complice des massacres en cours
Le gouvernement français doit s’expliquer sur ces ventes d’armes et ces négociations. Pourquoi s’est il précipité pour réhabiliter un dictateur sanguinaire, quitte à renforcer son pouvoir ? Comment a-t-on agréé toutes ces livraisons d’armes ? Quelle fut exactement la teneur des discussions avec la dictature libyenne ?
En vendant aveuglément des armes à un fou, la France s’est rendue complice des massacres en cours.
Le 13 novembre 2007, quelques jours avant de recevoir Kadhafi, Nicolas Sarkozy déclarait :
« Tous ceux qui ont fait l’expérience de renoncer à la défense des droits de l’homme au bénéfice de contrats, n’ont pas eu les contrats, et ont perdu sur le terrain des valeurs. »
On ne saurait mieux dire.



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