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Édito du mardi — Mardi 6 juillet 2010

Le Ghana déjà zappé ?

par Ben Cramer

Le Ghana, tout le monde s’en fout. Ceux qui ont suivi le match ne savent pas situer ce pays sur une planisphère. Pourquoi cette indifférence à l’égard de ce pays ? Normal ! : il tente de s’en sortir tout simplement, sans bombarder personne, sans abriter des casques bleus. Il a la chance de ne pas subir de tsunami, ou autre cata naturelle. Qui plus est, d’un point de vue marketing, c’est dur de faire la « une » quand discrètement, on mise sur la longue marche de la démocratie.


Richard Serra, 1973.

Richard Serra, 1973.

Les Black Stars ont été éliminés de la 19e édition de la Coupe du monde de football. Dès lors, ce pays situé dans le golfe de Guinée va repasser aux abonnés absents de l’actu ; en dépit d’un reportage, un soir au JT, sur la façon dont les enfants récupèrent nos déchets électroniques. À l’exception d’une brève d’agence qui mentionnera le nombre de morts dans des mines illégales du deuxième exportateur d’or (après l’Afrique du Sud). À ceux qui croient aux « indices du développement humain » du PNUD, le Ghana, sachez-le, figure en 142ème position. Gràce à ses performances économiques, il serait l’un des principaux partenaires de la coopération allemande pour le développement.

L’UE en donneurs de leçons

Comme l’explique joliment la diplomatie de l’UE, au nom de la « bonne gouvernance » (sic), « le pays présente aujourd’hui de bonnes perspectives en matière de stabilité politique et de croissance économique. Le Ghana a accompli de grands progrès dans le domaine de la gouvernance et des droits de l’homme. Il a ainsi réaffirmé sa maturité politique et son engagement en faveur de la paix et de la démocratie ». Traduisons : les États membres de l’UE « s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires » (article 1-42-2 de la nouvelle Constitution) ; ils claquent par tête de pipe 600 dollars pour leurs capacités militaires ; ils consacrent au minimum 2 % du PIB aux crédits militaires (Otan oblige) sauf les Irlandais (neutres), les Autrichiens (neutres) et les Luxembourgeois qui limitent leurs ambitions à 1 % de leur PIB ; ces Européens délivrent un certificat de bonne conduite au Ghana. Un État qui dépense, lui, 0,7 % de son PIB pour ses dépenses militaires et consacre 2,8 % du PIB pour ses dépenses de santé.

Erreur d’arbitrage ?

Rares sont les pays qui peuvent afficher pareil palmarès. Parmi les pays du Sud, combien sont-ils à dépenser 4 fois plus pour soigner que pour s’armer ? Ce score vertueux explique-t-il à lui seul pourquoi le Ghana fait si rarement la « Une » ? Mais oui, c’est dur de se faire remarquer, de se faire apprécier en dehors du Mondial. Le Ghana n’arrive qu’à la 50e position du Global Peace Index (GPI)[1]. L’an dernier, il figurait à la 40e place, number one des États africains mais incapable de devancer les Européens, avec une France en 30e position. Les Ghanéens peuvent se consoler, il y a d’autres arbitrages pour d’autres classements qui étonnent : la Suisse ne figure qu’en 18e position dans le GPI. Alors même que ce pays envisage sérieusement de se priver d’équipements lourds et de réorienter son dispositif vers des missions de sécurité civile, au motif que la « guerre n’est plus la première priorité ».

Moralité de cette histoire ? Primo, Comme pour le foot, la concurrence[2] est rude ! Puis, si dans ton pays nul ne semble crier famine, si t’as pas un dictateur qui veut faire la pluie et le beau temps et menacer le voisin pour mater ses sujets, on risque de t’oublier sur la planisphère.

Notes

  1. GPI : premier classement au monde sur la paix. Il existe depuis 2007. Élaboré par l’Institute for Economics and Peace, il est basé sur 23 indicateurs qualitatifs et quantitatifs, qui combine des facteurs internes et externes. Sont recensés et mesurés à la fois les conflits en cours, les dépenses militaires, la participation aux forces de maintien de la paix de l’ONU, les relations avec les voisins, les niveaux de troubles sociaux, le pourcentage de populations incarcérées… [remonter]
  2. Le vrai sens du mot concurrence est étymologiquement le fait de « courir ensemble ». [remonter]

Discussion

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by William Hamon. William Hamon said: RT @ecolosphere: « Le Ghana déjà zappé ? » http://ecolosphere.net/1411 [...]

  2. Aminot dit :

    Merci Ben d’être pour nous tous-tes les progressistes à l’affût des bonnes données nécessaires au développement de la solidarité internationale… Tout le monde n’est pas branché « humanité »… Kénavo, Fraternité, Haut les coeurs ! Louis

  3. nadine viala dit :

    Il a raison Louis! Tout le monde n’est pas branché « humanité »! Je dirais même tout le monde n’est pas branché à l’humain en soi.A en avoir été déconnecté, détourné, pour suivre des modèles aberrants et des chefs incohérents… »des désirs qui nous affligent » chante Souchon dans « Foule sentimentale ».
    Donc, de ma part aussi, merci et Haut les coeurs!
    Et bon courage pour ne pas lacher prise dans ce combat à mener, de préférence sans armes! Nadine


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