Qui sommes-nous ?

Ecolosphere.net est un lieu d’information, d’analyse et de débats, où sont abordées toutes les thématiques de l’actualité au sens large, mais analysées selon les critères de l’écologie politique, avec une visée prospective.

Édito du mardi — Mardi 29 juin 2010

La fin de l’illusion compassionnelle

par Philippe Colomb

Plus d’un million de personnes ont participé ces dernières semaines, dans toute la France, aux marches des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans. Plus de deux millions de personnes ont manifesté le 24 juin dernier, dans toute la France, leur opposition à la réforme des retraites. L’État, méprisant, reste silencieux.


Comme les années précédentes, la Marche des fiertés lesbiennes, gaies, bi et trans (LGBT) de Paris a réuni samedi dernier plus d’un demi-million de personnes. En ajoutant les défilés dans les autres villes de France, on arrive largement au dessus du seuil symbolique du million de participants et de participantes pour ces manifestations festives et revendicatives. Et face à cette mobilisation qui ne faiblit pas d’année en année, martelant les mêmes revendications, quelle est la réponse du gouvernement ? Le silence. Pas une annonce, pas un engagement, à peine un rendez-vous convenu et sans contenu à l’Élysée.

Quelques jours avant cette Marche en faveur de l’égalité des droits entre les homos et les hétérosexuel-le-s, des dizaines de manifestations avaient marqué l’opposition des salarié-e-s à la réforme du régime des retraites portée par le gouvernement. Les syndicats ont parlé de près de deux millions de manifestant-e-s. Et face à cette mobilisation qui s’amplifie, quelle a été la réponse du gouvernement ? Le silence. Pas une évolution, pas une amélioration de la réforme, à peine une promesse de continuer la discussion.

Marches des Fiertés / Manifestation contre la réforme des retraites, Paris, juin 2010.

Marches des Fiertés / Manifestation contre la réforme des retraites, Paris, juin 2010.

À gauche : Act Up-Paris à la marche des fiertés de Paris le 26 juin 2010. Photo (cc) William Hamon. À droite : Sud à la manifestation contre la réforme des retraites, à Paris le 24 juin 2010. Photo (cc) marsupilami92.

D’une certaine façon, ces deux événements s’éclairent l’un l’autre et leur conjonction souligne que l’attitude de mépris du mouvement social n’est pas conjoncturelle mais bien principielle. Car si pour la réforme des retraites le gouvernement peut s’abriter derrière une bataille de chiffres, de projections économiques et de questions techniques plus ou moins accessibles au plus grand nombre, les revendications des organisations LGBT sont beaucoup plus simples.

Ouverture du mariage pour tous les couples, possibilité pour les couples de même sexe d’adopter des enfants, simplification des procédures de changement d’état civil pour les personnes trans, protection des personnes LGBT persécutées dans leur pays d’origine : ces revendications d’égalité et de respect ne demandent pas la réunion de comité d’expert et des projections de scénarios jusqu’à 2050 pour faire pleinement sens. Les Pays-Bas (2000), la Belgique (2003), l’Espagne (2005), la Norvège (2008), la Suède (2009) et le Portugal (2010) mais aussi le Canada (2005) et l’Afrique du Sud (2006) ont mis en œuvre de telles mesures, sans subir, du moins en apparence, les foudres des marchés ou des agences de notation. Sans que l’ordre symbolique en soit ébranlé au point de générer des hordes d’enfants sauvages ou l’implosion de l’ordre social tout entier…

En la matière, la stratégie compassionnelle développée depuis l’élection de Nicolas Sarkozy trouve aujourd’hui ses limites. Demander la dépénalisation de l’homosexualité et de la trans-identité dans le monde et lutter par voie d’affichage contre l’homophobie et la lesbophobie dans les universités sont certes des actions intéressantes et importantes. Mais elles ne sauraient se substituer à une réelle égalité en droit ni à une véritable défense des droits humains. On ne peut pas très longtemps dénoncer d’un côté les persécutions d’État des minorités et de l’autre durcir encore les conditions d’accès à l’asile en France. On ne peut pas très longtemps prôner d’un côté l’égalité des amours et d’un autre refuser l’égalité des couples. On ne peut pas très longtemps prétendre dépsychatriser les trans-identités et d’un autre protéger le pouvoir des « experts médicaux » sur les vies des personnes trans.

La seule tentative d’amélioration réelle de la situation légale des parents sociaux, portée pragmatiquement par la secrétaire d’État en charge de la Famille, s’est heurtée au conservatisme du parti majoritaire. Cette absence de progrès en matière de droits des personnes LGBT, malgré la pression de la plus grande manifestation annuelle de France et alors que les sondages indiquent maintenant une majorité d’opinion favorable, montre le mépris sans borne dans lequel le gouvernement actuel tient l’ensemble des mobilisations sociales. Si, même sur des revendications aussi évidentes et simples, le gouvernement ne cède rien, c’est bien qu’il a décidé de s’enfermer dans un agenda idéologique et qu’il a renoncé à gouverner et à accompagner le mouvement de la société. Ce renoncement à mettre en oeuvre les maigres promesses du candidat Sarkozy est le signe de l’absence de toute ambition progressiste du gouvernement actuel et son incapacité à dépasser ses réflexes traditionalistes.

Du pseudo-modernisme sarkoziste, déjà, par maint endroit, le front de la réaction brise le masque étroit.


Discussion

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Philippe Colomb and William Hamon, ecolosphere.net. ecolosphere.net said: « La fin de l’illusion compassionnelle » par @PhColomb http://ecolosphere.net/1409 [...]


Laisser un message


Thématiques


Partenariats


Liens

Partenaires

Sites*

* Sélection aléatoire parmi nos liens.