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Édito du mardi — Mardi 8 juin 2010

Un Vert au second tour !

par Sergio Coronado

Avec 21,5 % des voix, le candidat des Verts Antanas Mockus sera présent au second tour des élections présidentielles en Colombie face au candidat de la majorité présidentielle Juan Manuel Santos (46,5 %). Dans un climat violent et politiquement très clivé, ce succès encourageant du jeune parti écologiste ouvre de nouvelles perspectives à la Colombie. Décryptage.


Par Sergio Coronado, responsable des Verts français, doctorant à l’Université Externado de Bogota.

Le premier tour des élections présidentielles colombiennes a eu lieu le 30 mai 2010. Les résultats ont confirmé l’ancrage politique et électoral de la politique de « sécurité démocratique » de l’actuel président Alvaro Uribe, fondée sur la guerre sans fin contre les guérillas, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) principalement, mais ils ont aussi mis en évidence une autre réalité. Celle d’une crise profonde des partis. Le Parti libéral et le Parti conservateur, qui avaient depuis le XIXe siècle structuré la vie publique nationale, semblent désormais faire de la figuration. C’est un candidat présenté par le jeune parti Vert que les Colombiens ont choisi pour affronter au second, le 20 juin prochain, Juan Manuel Santos, ancien ministre de la défense et candidat de la majorité gouvernementale.

Bogotá, 2010.

Bogotá, 2010.

Antanas Mockus fut maire de Bogota à deux reprises, après avoir été recteur de l’Université nationale. Ce philosophe et mathématicien francophone, d’origine lituanienne, s’est imposé face à deux autres anciens maires de la capitale, Enrique Peñalosa et Lucho Garzon, lors de primaires, qui ont attiré presque deux millions d’électeurs.

Ces trois anciens maires de Bogota ont, en début d’année, décidé de s’unir au jeune parti écologiste, créant une dynamique sans précédent dans l’opinion. Dix ans après Ingrid Betancourt, cette organisation a choisi le Vert et l’écologie pour marquer son refus du système politique traditionnel, sa volonté de s’affranchir des clivages établis, et parfois artificiels, et s’extraire d’un débat politique polarisé à l’extrême. Au regard de l’orthodoxie environnementale, la parenté avec l’écologie paraît lointaine. Pas d’avantage en fait que dans le cas de l’ancienne otage franco-colombienne. Une filiation fragile mais qui a du sens dans un pays en conflit.

Sortir de la guerre est ici un préalable pour mettre en place des politiques publiques. Le territoire demeure rongé par la violence, les outils administratifs corrompus, et la drogue et le paramilitarisme ont élargi leur influence au cœur même de l’État.

Des résultats électoraux encourageants !

Le 14 mars dernier, les Verts colombiens ont réussi à décrocher lors des élections législatives neuf parlementaires. Avant le premier tour de l’élection présidentielle, les sondages donnaient Antanas Mockus au coude-à-coude avec le favori Juan-Manuel Santos. Si le résultat ne correspond pas aux sondages, il n’en reste pas moins un succès. En deux mois, les Verts sont devenus la deuxième force du pays, et bénéficient d’une côte de popularité impressionnante dans la jeunesse, étudiante notamment, et d’un fort taux d’adhésion.

C’est aussi la première fois qu’un candidat écologiste se retrouve au second tour d’une élection présidentielle.

Son attachement à l’éthique, son légalisme dogmatique, sa probité ont été les principaux thèmes de sa campagne. Son alliance avec les anciens maires de Bogota et aujourd’hui avec l’ancien maire de Medellin, Sergio Fajardo, son vice-président, a incarné son respect du pluralisme politique et une capacité gestionnaire incontestable. Ces caractéristiques pourraient paraître insuffisantes dans un autre contexte. En Colombie, elles redéfinissent un projet démocratique, basé sur un État impartial, le respect des lois et du pluralisme politique, alors même que la guerre a colonisé la politique. Il est certes peu probable que le candidat des Verts triomphe au soir du second tour, mais apparaître comme l’alternative la plus sérieuse à une politique qui n’a comme perspective que la fureur des armes est déjà un succès.

Des grands défis à relever

L’ingénierie politique montée à la hâte, qui a fait de Mockus la vedette de la campagne et permis que les Colombiens renouent avec l’espoir de transformer un jour leur pays en véritable démocratie, doit désormais faire ses preuves dans la durée. Être capable de rassembler les acteurs, politiques et sociaux, est une nécessité car l’opinion ne permet pas à elle seule d’ancrer un électorat et de construire durablement une alternative. Tisser des alliances politiques et programmatiques à vocation majoritaire est un défi lorsque l’on doit son succès au rejet des partis politiques. Il faut en effet que le parti Vert se définisse mieux, et dise avec qui et comment il souhaite construire un projet majoritaire.

L’absence d’accord avec la gauche est de ce point de vue une difficulté avant le second tour. Il faut se sentir fort et clair sur ses positions pour être capable de s’unir. Le temps presse.

Définir un projet écologiste de transformation est un défi, ici et là-bas. En Colombie plus qu’ailleurs, c’est écologie ou barbarie !


Discussion

  1. [...] This post was mentioned on Twitter by Arnaud Ginions, Arnaud Ginions, Olympe du Lez, William Hamon, ecolosphere.net and others. ecolosphere.net said: Colombie : « Un Vert au second tour ! » par Sergio Coronado http://ecolosphere.net/1398 [...]


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