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Cet article fait partie d'un dossier intitulé « Copenhague 2009 » (retrouvez le sommaire en bas de page).


Analyse Actu — Samedi 19 décembre 2009

Copenhague : un accord pour sauver la face, pas le climat.

par Pascal Canfin

Une volonté affichée de limiter le réchauffement à 2 degrés, mais aucune mesure pour y parvenir. Trouver un accord dans 6 mois, voire un an, pourrait s’avérer délicat, tant sur les objectifs à atteindre que sur la capacité des différentes parties à surmonter de nouvelles contraintes.


Copenhague est il un échec ?

Oui. La déclaration finale est plus un accord pour sauver la face qu’un accord pour sauver la planète. La volonté affichée est de limiter le réchauffement climatique à plus de 2 degrés, seuil considéré par la GIEC comme la limite à partir de laquelle le dérèglement climatique s’emballe et produira des effets catastrophiques. Mais aucune des mesures qui permettraient d’y parvenir n’a été prise : pas de contraintes, pas d’objectifs de réduction à la hauteur des préconisations du GIEC, pas de système de contrôle des engagements nationaux, etc. L’argent promis aux pays pauvres est une bonne nouvelle mais les sommets internationaux se sont trop souvent conclus par des promesses de dons qui ne se réalisent jamais qu’il est beaucoup trop tôt pour se réjouir. Par ailleurs, les engagements pris pour les trois prochaines années ne constituent pas forcément de l’argent frais mais provient d’argent recyclé déjà promis dans les budgets d’aide au développement.

L’Europe et Nicolas Sarkozy ont-ils fait tout ce qu’ils pouvaient ?

Non. L’Europe et la France n’avaient bien sûr pas toutes les cartes en main mais ils en avaient deux qu’ils n’ont jamais abattues pour faire bouger les choses : s’engager à réduire de 30 % les émissions de gaz à effet de serre au lieu de 20 % pour entrer dans la fourchette préconisée par le GIEC (de 25 à 40 %) de façon à donner des gages aux pays du Sud et pousser les États-Unis à agir. S’engager sur un chiffre de transferts aux pays du Sud pour les aider à s’adapter au dérèglement climatique dont ils sont les premières victimes sans en être du tout responsables. Or, ni l’Europe ni la France n’ont mis ces deux chiffres sur la table des négociations en disant qu’ils assumaient leur responsabilité et agissaient en conséquence.

Quels sont les conséquences de cet échec pour le climat ?

Selon le GIEC il nous restait en 2008 au maximum 10 ans pour inverser la courbe mondiale de nos émissions de CO2 si l’on veut limiter le réchauffement à 2 degrés. Perdre un an est donc un enjeu majeur car les efforts à réaliser devront être encore plus importants demain. Repousser les décisions qui n’ont pas été prises à Copenhague à l’été 2010 ou à la fin 2010 ne changera rien car il n’y a aucune raison d’aboutir plus dans 6 mois qu’aujourd’hui. Obama sera lié par la loi qui aura été passé au printemps au congres et comme les engagements US ne seront pas à la hauteur des préconisations du GIEC les chinois pourront toujours justifier de ne pas bouger plus qu’ils ne l’ont déjà fait en s’engageant à réduire leur intensité carbone par point de PIB de 45 %. Il faudra donc trouver d’autres moyens d’action que le traité multilatéral contraignant qui n’est pas sorti de Copenhague.

Et maintenant que faire en France et en Europe ?

Plus de la moitié des objectifs qui auraient pu (et dû) être fixés à Copenhague relèvent des compétences des collectivités territoriales. En matière d’urbanisme, de transports, d’aménagement du territoire, … les collectivités sont des acteurs clés. L’absence d’un accord mondial contraignant rend encore plus nécessaire des politiques locales ambitieuses. Sinon ce sera en quelque sorte la double peine pour le climat. De son côté l’Europe doit continuer à agir plus vite et plus fort même sans accord satisfaisant à Copenhague. Plus des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre européennes ne sont pas concernées par la mondialisation (transports routiers, chauffage, production d’électricité…). L’Europe peut donc agir sans craindre la « concurrence internationale » sur l’essentiel de ses émissions. Comme je l’ai montré dans un article récent publié dans Alternatives Économiques c’est l’intérêt de l’Europe d’agir même si les autres ne bougent pas.


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