Chronique — Samedi 19 décembre 2009
L’échec des États-nations à Copenhague
Certes, tout ces derniers jours, voire même ces derniers mois, indiquait qu’on allait droit dans le mur. Mais, paradoxalement, l’absurdité du processus, le caractère irrationnel des postures prises, pouvaient laisser penser qu’il s’agissait d’une mise en scène, une dramatisation destinée à permettre à ces « grands leaders » de mettre sur la table une proposition nouvelle leur donnant l’image de sauveur du monde ! Il n’en était malheureusement rien. C’était bien de la pure irresponsabilité.

Action de Greenpeace au dîner des chefs d’État (17/12)
Ce qu’on a fait pour sauver la finance, on n’aura donc pas réussi à le faire pour sauver la planète !
Les pays riches pourront bien tenter de faire porter le chapeau aux pays en développement (voire aux plus riches d’entre eux, les pays émergents), rien ne pourra camoufler que c’est bien leur incapacité à assurer le leadership dont ils se prévalent qui a conduit à l’échec. Et ce d’autant plus que, finalement, ce sont souvent les leaders des pays pauvres et émergents (parfois même jusqu’au Brésil et à la Chine) qui ont un peu relevé le niveau par leurs engagements unilatéraux.
Les États-Unis portent une responsabilité majeure. Et le discours de Barack Obama fut une cruelle déception : il n’est bien « que » le représentant des intérêts des États-Unis, et encore d’une vision bien étroite de ses intérêts. Les données politiques internes du pays sont certes connues (le blocage du Sénat), mais il est des chefs d’État qui savent trouver les ressources pour infléchir le cours de l’Histoire. Ce n’était vraiment pas le cas d’Obama, en tous cas cette fois-ci.
L’Europe, elle aussi, est restée consternante. Tellement divisée — quoi qu’en dise la liturgie habituelle — qu’incapable de faire le moindre pas et passant son temps à parler entre elle. Sarkozy par ses gesticulations tous azimuts a certes cherché à apparaître comme le sauveur — et certaines initiatives n’étaient pas dénuées de sens — mais il est surtout apparu comme impuissant, incapable d’entraîner le reste des 27, et voulant systématiquement tirer la couverture à lui.
À l’arrivée, l’Europe se sera donc révélée incapable de s’emparer d’un leadership qui était à prendre. Il aurait suffit pour cela de monter son niveau d’ambition à une réduction de 30, voire 35, 40 % à l’horizon 2020, comme plusieurs pays membres y étaient prêts, et de mettre sur la table des moyens financiers certes significatifs — mais à la hauteur de ses moyens — pour l’adaptation du Sud de la planète. Elle s’en est révélée totalement incapable, montrant à quel point elle est congelée dans ses jeux de pouvoir entre États.
De ce point de vue, l’Europe est d’ailleurs une représentation à petite échelle de l’ensemble de la planète, d’une humanité incapable de surmonter sa balkanisation en 193 États souverains !
On peut bien, comme l’a fait Sarkozy hier, incriminer le système onusien (et il n’est certes pas exempt de défauts), mais il n’est que représentatif d’un monde où les égoïsme nationaux prévalent systématiquement sur les enjeux collectifs. Notre Zorro national, supposé sauver la planète, n’est-il d’ailleurs pas le même qui vient de lancer un grand débat sur l’identité nationale, indiquant par là-meme à quel point la tactique politicienne interne passe bien avant le destin du monde ?
Les péripéties des dernières heures de Copenhague n’y pourront désormais rien. Ce sommet restera un échec. Bien évidemment il va falloir trouver d’autres issues. Mais que de temps perdu ! Et si ce n’était que le temps ! Ce sont surtout des millions de tonnes de gaz à effet de serre supplémentaires relâchées dans l’atmosphère, qui pèseront sur le climat et seront causes de souffrances, de détresse et de misère pendant des générations. Décidément, dans son irresponsabilité et son égoïsme, l’espèce humaine est bien cruelle avec elle-même.


