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Cet article fait partie d'un dossier intitulé « Copenhague 2009 » (retrouvez le sommaire en bas de page).


Chronique — Jeudi 17 décembre 2009

Le syndrome du Titanic

par Denis Baupin

En direct de Copenhague. Au Bella Center bouclé par la Police — auquel les ONGs n’ont plus accès et où les journalistes sont surveillés — dans ce bunker donc, la perspective d’un accord satisfaisant s’éloigne à mesure qu’entrent en scène tous les égos des « global leaders » aux préoccupations bien éloignées de celles des peuples les plus durement touchés par le changement climatique.


Nicolas Hulot aura-t-il porté la poisse au Sommet de Copenhague ? Ou tout simplement anticipé de quelques mois l’incapacité des dirigeants du monde à se montrer à la hauteur de leurs responsabilités ? Toujours est-il que l’accumulation de nuages de plus en plus sombres sur l’issue du Sommet a conduit le chef de l’État de Tuvalu à user de la même image — celle du Titanic — lors de son intervention hier. Et force est de constater que pendant que le naufrage s’approche dangereusement, l’orchestre continue de jouer la mélodie monotone des déclarations historiques de chefs d’État confirmant l’importance de l’enjeu mais trop occupés par leur image nationale pour dépasser les égoïsmes traditionnels et se hisser au niveau suffisant pour mettre sur la table les propositions qui sortiraient de l’ornière.

Comme dans toute bonne partie de poker, chaque joueur tente sans doute de garder dans sa main quelques cartes jusqu’au dernier moment. Mais ce jeu stupide — sur le dos des peuples — ne peut que mal finir quand la négociation est si complexe et quand l’accord à construire ressemble bien plus à de la dentelle qu’à la stratégie de l’éléphant dans le magasin de porcelaine qu’affectent souvent de choisir ceux qui se considèrent comme les « global leaders ».

Symptôme aggravant du raidissement des négociations : la bunkerisation du Bella Center. Alors que la conférence se déroulait depuis quinze jours dans un cadre serein où cohabitaient ONG, médias, élus, négociateurs, etc. les Robocop ont progressivement investi la place depuis la grande manifestation de samedi. Jour après jour, le centre est devenu de plus en plus inaccessible à tout ceux qui n’étaient pas membres des délégations nationales. Un très mauvais signal contre lequel nous, élus Verts et Europe Ecologie encore présents, nous sommes élevés en vain hier.

Dans cette ambiance lourde et morose, j’ai choisi de rejoindre ce matin la visite en bateau organisée par la ville de Copenhague, à destination des élus locaux participant au Sommet des Maires, de la ferme d’éoliennes offshore située dans la baie de la ville. Un moment impressionnant, passionnant et réconfortant — malgré un froid tenace — qui permet de rappeler qu’heureusement pendant les palabres certains agissent, ouvrent la voie et montrent que des actes concrets sont déjà entrepris.

On ne le rappellera jamais assez : les solutions sont pour la plupart connues, elles sont à portée de main. Leur problème est de se heurter à des intérêts bien établis. C’est pour cette raison que ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui, c’est de volonté politique au service d’une vision.

Il reste encore quelques heures aux dirigeants du monde pour montrer s’ils en ont ou s’ils porteront la lourde responsabilité de l’échec.


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