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Cet article fait partie d'un dossier intitulé « Copenhague 2009 » (retrouvez le sommaire en bas de page).


Analyse — Samedi 5 décembre 2009

Rente carbone contre rente pétrole ?

par Christian de Perthuis

La préparation de « l’après pétrole » est un enjeu majeur de la négociation sur le climat. Elle ne peut pas se faire en l’absence des producteurs et exportateurs d’hydrocarbures. Encore moins contre eux. Il faut donc tenter de faire coopérer la rente pétrolière et la rente carbone.


Un système de type cap & trade qui plafonne les émissions de gaz à effet de serre puis autorise l’échange des permis crée ex nihilo une nouvelle rente de rareté : la rente carbone. Un couplage judicieux entre rente carbone et rente pétrolière pourrait rémunérer le maintien des stocks de carbone dans les gisements de pétrole et ainsi favoriser l’inclusion des pays exportateurs d’hydrocarbures dans les accords climatiques internationaux.

Par Christian de Perthuis professeur associé à l’université Paris-Dauphine. Article publié dans la revue Économies et Sociétés (série Économie de l’Énergie, no 11, octobre 2009).

L’objet de la conférence de Copenhague est de poser les bases de ce que pourrait être un accord climatique post-Kyoto entrant en vigueur à partir de janvier 2013. La grande faiblesse du protocole de Kyoto a été l’insuffisance des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En raison de l’absence de ratification de l’accord par les États-Unis et de la montée en régime des grands pays émergents non concernés par les engagements, moins du tiers des émissions mondiales est soumis à une limitation durant la période d’application du protocole (2008–2012).

L’enjeu principal de Copenhague est par conséquent de trouver les voies d’un élargissement des engagements pour intégrer rapidement les États-Unis, les grands pays émergents comme la Chine, l’Inde, et les pays forestiers tels le Brésil ou l’Indonésie. C’est sur eux que se focalise l’attention des commentateurs. Curieusement, la question de l’intégration des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures dans un accord climatique post-Kyoto ne retient guère l’attention. Le précédent de la Russie qui a profité d’un formidable effet d’aubaine en signant le protocole de Kyoto devrait pourtant inciter à la vigilance.

Cet article se penche sur les conditions d’insertion du groupe des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures dans un accord climatique international. Après avoir rappelé les effets indésirables de la hausse du prix du pétrole, il introduit le concept de « rente carbone » qui résulte de l’instauration d’un prix du carbone. Il examine ensuite les oppositions d’intérêt entre rente pétrolière et rente carbone et trace des pistes de recherche d’une logique plus collaborative.

Le renchérissement du pétrole repousse l’après pétrole

L’idée qu’un pétrole cher est de nature à faciliter le virage vers une économie non émettrice de carbone est solidement ancrée dans les esprits. Le renchérissement de « l’or noir » contraint en effet les consommateurs à des efforts d’économie ce qui limite les gaspillages et accroît l’efficacité de son utilisation. Il tend à se transmettre aux autres énergies ce qui permet d’élargir les gains d’efficacité énergétique, de loin le premier levier de réduction des émissions de gaz à effet de serre à court terme. Le renchérissement du pétrole incite au développement des énergies renouvelables qui deviennent plus rentables.

Pour autant, le renchérissement du pétrole n’a pas que des avantages pour le climat. Il a aussi des impacts potentiellement très dangereux à long terme si on compte uniquement sur lui pour réduire drastiquement les émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Son premier effet pervers est d’inciter à accroître l’usage du charbon moins cher, plus émetteur et très abondant : les réserves prouvées de charbon sont estimées à près de 200 années de consommation actuelle, soit cinq fois la durée de celles de pétrole. Le charbon est généralement très peu coûteux à produire, notamment dans les mines à ciel ouvert comme celles d’Australie ou du Wyoming où il suffit de gratter le sol pour l’extraire. Jusqu’à présent, le renchérissement du pétrole a surtout conduit à utiliser plus de charbon dans la production électrique et dans certaines industries de base, le plus souvent localisées en Asie. Mais une remontée durable du prix du pétrole rendrait rentable la liquéfaction du charbon pour la fabrication de carburants. De nombreux projets sont dans les cartons pour développer cette filière de « charbon liquide » avec des risques redoutables pour les émissions : un carburant dérivé du charbon émet nettement plus de gaz à effet de serre que le super ou le diesel conventionnels.

Le second effet pervers du renchérissement du pétrole est d’allonger sa durée prévisible d’utilisation dans le monde. Les 40 années de réserves prouvées chiffrées par l’Agence Internationale de l’Énergie ne signifient nullement que dans 40 ans le pétrole aura disparu. Les progrès des techniques d’exploration feront découvrir de nouveaux gisements. Seule une petite partie du globe a fait l’objet d’une prospection systématique. Il est probable que de nouveaux gisements seront exploitables demain : tout dépendra du prix ! Le renchérissement du pétrole risque donc d’immobiliser des milliards pour vider le sous-sol de toutes sortes de pétroles aujourd’hui inconnus en retardant l’avènement de l’après pétrole.

Dernier inconvénient : une remontée durable du prix du pétrole accroît les ressources financières des acteurs qui sont économiquement et politiquement les plus intéressés à prolonger « l’aventure pétrolière ». La remontée du prix du pétrole accroît la rente pétrolière à l’origine de la richesse des grandes compagnies et des États producteurs. Elle augmente les moyens financiers pouvant être affectés aux investissements de recherche et d’exploration. Au plan géopolitique, elle renforce la posture des États pétroliers en rendant problématique leur adhésion aux objectifs de la diplomatie climatique internationale. Cette diplomatie s’efforce de mettre en place un système d’engagements qui fasse émerger au plan international un prix du carbone susceptible d’élargir une rente d’un nouveau type : la rente carbone.

L’apparition de la rente carbone

La rente s’associe à la rareté. C’est bien connu pour la rente pétrolière : le pétrole est une denrée non renouvelable, marquée par une rareté qui s’accroît à mesure que les gisements s’épuisent. Cette rareté s’exprime par une rente qui vient s’ajouter aux autres éléments du coût de production (y compris la rémunération du capital) lors de la formation du prix. La rente de rareté peut être accrue à court terme s’il y a une entente entre les principaux producteurs pour restreindre l’offre. À long terme, elle augmente au rythme de la raréfaction des réserves de pétrole dans le sous-sol[1].

Un système de type cap&trade qui plafonne les émissions de gaz à effet de serre puis autorise l’échange des permis crée ex nihilo une nouvelle rente de rareté : la rente carbone. Prenons l’exemple du système européen des quotas de CO2, le plus achevé en la matière. Deux milliards de tonnes de CO2 émis par les industriels ne valaient rien avant l’introduction du système. Depuis le lancement du marché du carbone, ils valent entre 20 à 50 milliards d’euros suivant les cours du carbone. Cette valeur économique nouvelle est une rente qui vient s’ajouter aux coûts de production des émetteurs de CO2. Le prix du CO2 est le prix de cette rente et dépend de la plus ou  moins grande rareté des quotas. Si l’Europe décide d’accroître ses engagements en resserrant la contrainte sur les industriels, la quantité de quotas diminue et le prix de la rente augmente. La valeur globale de la rente a tendance à s’élargir si l’impact du prix est plus marqué que celui des quantités, ce qui est généralement le cas du fait de la convexité de la courbe du coût marginal d’abattement.

Un deuxième mécanisme important de la rente se rattache à la différence dans les coûts de production. C’est la rente différentielle mise à jour par Ricardo à partir des différences de fertilité des terres. La rente différentielle permet de comprendre la distribution de la rente entre les différents producteurs. À la sortie du champ de Ghawar, le plus grand champ de pétrole du monde situé en Arabie Saoudite, le coût d’extraction d’un baril est de l’ordre de 2 dollars. Si le prix du pétrole se fixe à 100 dollars, la rente atteint 98 dollars par tonne extraite. En mer du Nord, ce coût avoisine 20 dollars. La rente revient à 80 dollars. Dans les forages en eau plus profonde ou pour extraire des pétroles non conventionnels, il faut dépenser nettement plus. La rente se rétracte puis disparaît dans les conditions d’extraction les moins favorables.

On retrouve ce jeu de la rente différentielle dans le partage de la rente carbone entre les industriels en Europe. Pour produire 5 000 kWh de courant, la consommation moyenne d’un ménage européen, on émet 5 tonnes de CO2 avec une centrale à charbon, 2,5 tonnes avec une centrale à gaz ou zéro tonne depuis un barrage hydroélectrique ou une centrale nucléaire. Pour un prix du CO2 de 20 euros la tonne, un électricien qui passe d’une production au charbon à une production au gaz obtient une rente différentielle de 50 euros pour produire ces 5 000 kWh. S’il bascule vers une source non émettrice, la rente différentielle atteint 100 euros. La recherche de rentes différentielles est la motivation qui pousse les firmes à réduire les émissions une fois que le carbone a un prix. Elle est écologiquement vertueuse.

Le concept de rente carbone est utile pour la compréhension du fonctionnement du système européen des quotas, et en particulier les enjeux du passage aux enchères[2]. Son application au protocole de Kyoto révèle combien la règle de l’allocation gratuite des permis aux pays fondée sur leurs droits historiques rend problématique l’extension des engagements : elle alloue une part inconsidérée de la rente carbone aux vieux pays industrialisés[3]. Dans le cas des pays producteurs et exportateurs d’hydrocarbures, le problème est encore plus épineux car si la tarification des émissions de carbone se généralise à la suite d’un accord climatique ambitieux, la rente carbone va s’élargir en  grignotant graduellement la rente pétrolière.

Rente carbone contre rente pétrole

Sous l’angle de la demande, les perspectives de développement du pétrole sont très dépendantes de l’évolution du système de transport, de loin son principal débouché. Sous l’angle de l’offre, elles sont tributaires de contraintes physiques et de la mobilisation de la rente. Les réserves prouvées de pétrole sont estimées à environ 40 années d’extraction, au rythme actuel. Les trois quarts sont situées au Proche Orient. Depuis le début de l’aventure pétrolière, les hommes ont déjà extrait la moitié du pétrole gisant dans les puits connus. Cette situation correspond au fameux peak oil à partir duquel les rendements des puits commencent à décliner. Est-ce à dire que la planète va manquer de pétrole ? Probablement pas. Il existe des gisements de pétrole mal connus qui peuvent être découverts et exploités, même si leur accès est plus difficile et parfois dangereux pour l’environnement, comme en Amazonie ou en Arctique. Par ailleurs, de grande quantité de pétroles non conventionnels sont présents dans les sables ou roches bitumineux.

Ces nouveaux gisements sont plus coûteux à exploiter. Leur exploitation est par ailleurs nettement plus émettrice de gaz à effet de serre. Dans un monde sans contrainte carbone, la raréfaction du pétrole par tarissement progressif des gisements existants conduit à une hausse de la rente pétrolière. Cette rente s’incorpore au prix du baril qui s’élève et rentabilise la mise en exploitation de ressources non conventionnelles. Le processus se poursuit tant que le pétrole est plus rentable à utiliser que ses substituts. Il s’arrête sitôt qu’il devient plus rentable de faire tourner les voitures et autres moyens de transport à l’électricité, au biocarburant ou à l’hydrogène plutôt qu’avec du pétrole qu’on va récupérer sous la calotte glacière ou dans des sables canadiens ou vénézuéliens. Mais comme les alternatives sont limitées dans le secteur des transports, le prix du pétrole a de beaux jours devant lui en l’absence de contrainte carbone.

Le prix du carbone vient perturber la mécanique de la rente pétrolière. S’il se généralise à la suite d’un accord climatique mondial ambitieux, il conduit à un renchérissement des carburants utilisés pour le transport sans retour sur le prix versé au producteur : la rente créée par la politique climatique se partage entre les États consommateurs et les opérateurs sous quotas suivant le système d’allocation retenu. Le relèvement du prix du carbone finit par peser sur la demande de produits pétroliers. Cet affaiblissement de la demande finale se répercute sur le marché du pétrole brut où le prix baisse (sauf cartel du côté de l’offre). La baisse du pétrole réduit l’incitation à exploiter de nouveaux gisements. Au total, la hausse du prix du carbone fait baisser celui du pétrole brut. La rente carbone grignote progressivement la rente pétrolière en incitant les producteurs à ne pas mettre en exploitation les pétroles les plus chers qui sont aussi les plus sales. C’est écologiquement vertueux, mais frontalement opposé aux intérêts des producteurs.

L’intérêt des producteurs et exportateurs d’hydrocarbures n’est pas seulement de s’opposer à un accord climatique international susceptible de faire émerger un prix du carbone. Il est aussi de s’allier avec les grands pays émergents pour maintenir le monde dualiste hérité du protocole de Kyoto. Au plan environnemental, une telle coalition laisse le champ à une énorme fuite de carbone : les flottes de transport des pays émergents s’accroissent très rapidement et sont très loin des seuils de saturation. Au plan économique, le bénéfice est partagé entre les deux parties : les pays émergents profitent d’un prix du pétrole plus faible grâce à la contrainte carbone pesant sur les pays riches qui freine la demande ; les exportateurs d’hydrocarbures évitent une baisse plus forte du prix du pétrole qui résulterait de l’extension de la contrainte carbone à la partie de l’économie mondiale où la demande de carburants est la plus vigoureuse.

Face à cette situation complexe, les négociateurs du climat ont jusqu’à présent joué à l’autruche. Les concessions faites à la Russie, deuxième exportateur mondial d’hydrocarbures, ont permis de faire entrer en vigueur un protocole de Kyoto vidé de sa substance. La Russie est-elle pour autant devenue motrice dans l’action face au changement climatique ? Si on veut construire un accord climatique post-2012 ambitieux, il est temps de sortir la tête du sable. La préparation de « l’après pétrole » est un enjeu majeur de la négociation sur le climat. Elle ne peut pas se faire en l’absence des producteurs et exportateurs d’hydrocarbure. Encore moins contre eux. Il faut donc tenter de faire coopérer la rente pétrolière et la rente carbone.

La recherche de voies coopératives

Une condition préalable pour construire une approche coopérative est de reconnaître les oppositions d’intérêts économiques de moyen terme. Une approche coopérative ne peut en effet se construire que sur la base d’une appréhension non tronquée de la réalité. Deuxième préalable : Il est indispensable que les pays rentiers prennent pleine conscience de leur propre intérêt à sortir à long terme de la « malédiction des matières premières » en hâtant la reconversion de leurs structures économiques[4]. On peut ensuite mettre plusieurs types d’ingrédients dans la corbeille de négociation pour avancer vers des compromis sur un partage non conflictuel entre rente pétrole et rente carbone dans lequel les pays exportateurs d’hydrocarbures rejoignent un accord limitant les droits à émettre en échange du captage d’une partie de la rente carbone. L’une de pistes les plus prometteuses en la matière serait d’utiliser une partie de la rente carbone pour protéger les puits de carbone pétroliers qu’on souhaite préserver.

Généralement, une rente est attachée à un actif qu’elle rémunère. La rente foncière rémunère par exemple les propriétaires terriens et leur permet d’entretenir leurs fonds. La rente carbone a jusqu’à présent été partagée entre les émetteurs de gaz à effet de serre. Sa distribution ne rémunère pas les détenteurs des stocks de carbone qui restent en terre ou dans la biosphère plutôt que de partir dans l’atmosphère.

Le stock de carbone présent dans les gisements de pétrole aurait une valeur considérable si on le valorisait par exemple au prix du CO2 affiché sur le marché européen. Dans les mécanismes actuels, conserver ce capital en terre ne rapporte rien. Une bonne incitation serait de rémunérer ce capital en terre par le versement d’un taux d’intérêt. Appliqué à l’ensemble des gisements, un tel mécanisme n’aurait pas beaucoup de sens : il ne serait économiquement pas efficace pour les gisements à faible coût d’extraction. Il serait coûteux et politiquement non accepté par les opinions publiques occidentales. En revanche, un tel mécanisme pourrait être expérimenté sur les nouveaux gisements dont on veut éviter la mise en exploitation pour des raisons climatiques.

Payer les détenteurs de gisement d’hydrocarbures pour ne pas les mettre en exploitation : une utopie ? C’est pourtant ce qui pourrait se passer en Équateur où le gouvernement a décidé de ne pas exploiter trois champs pétroliers situés dans le parc de Yasuni situé sur l’une des zones les plus riches en biodiversité du massif amazonien. Il escompte en échange recevoir une rémunération sous forme de crédits carbone pour rémunérer la conservation de quelques 410 millions de tonnes de CO2 (l’équivalent des émissions de la France) dans le sous-sol.

Utiliser la rente carbone pour protéger les puits de carbone forestier est déjà abondamment discuté à la table des négociations climatiques. Il faudra aussi à l’avenir imaginer comment cette rente pourra demain protéger les puis de carbone pétrolier que la collectivité souhaitera protéger. La rente carbone pourrait alors hâter l’avènement de « l’après pétrole ».

Bibliographie

  1. Aldy J. & Stavins R. et alii, [2007] Architectures for Agreements: Addressing Global Change in the Post-Kyoto World, Cambridge University Press,.
  2. BANQUE MONDIALE [2009], State and Trends of the Carbon Market, World Bank.
  3. CHEVALIER JM. et alii, [2009] Les nouveaux défis de l’énergie, Climat-Économie-Géopolitique, Economica.
  4. DELBOSC A., DE PERTHUIS C., LEGUET B., La place des instruments économiques dans les accords climatiques, Complément publié dans TIROLE J. [2009] Politique Climatique Nouvelle Architecture climatique, Rapport du CAE.
  5. DE PERTHUIS C. [2009] Et pour quelques degrés de plus,… Nos choix économiques face au risque climatique, Pearson.
  6. ELLERMAN D., CONVERY F., DE PERTHUIS C., et alii, [2009] Pricing Carbon, Lessons from the European Trading Scheme, Cambridge University Press.
  7. TROTTIGNON R. [2009] Comprendre le réchauffement climatique, Pearson.

Notes

  1. L’économiste Hotelling a montré que pour être optimal, le taux de croissance du prix de la rente doit converger vers le taux d’intérêt de long terme de l’économie. [remonter]
  2. Voir dans ce numéro la contribution de Michel Cruciani et Jan Keppler. [remonter]
  3. Voir de Perthuis (2009), chapitre V. [remonter]
  4. Voir sur ce point la contribution de Marie-Claire Aoun, Les ressources pétrolières et gazières du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord : Bénédiction ou malédiction ?, dans Chevalier, (2009), chapitre V. [remonter]

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Discussion

  1. Gilles Couture dit :

    Le texte en plus d’être intéressant est pertinent. L’énergie et les marchés sont au cœur des négociations de la Conférence de Copenhague sur l’après Kyoto. Au Canada, la tarification du carbone soulève des questions sur les coûts comparé aux bénéfices et sur la rente carbone vis-à-vis de la rente pétrolière. Personnellement, je crois que comme pays producteur et exportateur de pétrole, le Canada n’a pas tort d’être contre la rente carbone qui résulte de l’instauration d’un prix du carbone car elle pourrait avoir un effet négatif sur la demande de produits pétroliers. Mieux encore, si l’on met en rapport le poids de la garantie américaine sur la sécurité des approvisionnements énergétiques et la fiscalité sur les produits pétroliers avec la part prépondérante des pays dans le partage de la rente à la production, on peut conclure que le revenu pétrolier est plus que jamais contrôlé par les États. La crise financière de l’automne 2008 apparaît comme la fin de la domination du capitalisme occidental et comme l’entrée dans un capitalisme post-occidental. Les deux paramètres à l’origine du capitalisme post-occidental sont les liens commerciaux et financiers entre les États-Unis et la Chine et les nouvelles relations de la Russie avec des États musulmans comme la Turquie, l’Égypte et l’Arabie saoudite des alliés traditionnels des États-Unis concernant la sécurité des approvisionnements énergétiques. Les pays pauvres et émergents, principalement la Chine, sont les grands gagnants au détriment des pays européens et du Canada. La crise financière de l’automne 2008 dépasse la question des prêts hypothécaires américains pour être le résultat des déséquilibres globaux qui avaient jusqu’à la crise financière la forme du déficit extérieur des États-Unis et des excédents extérieurs de la Chine, du Japon, du reste de l’Asie, des exportateurs de pétrole. Un nouveau type de déséquilibres globaux est apparu avec les plans de relance et l’ancrage entre le $US et le yuan chinois mis en place en juin 2008 qui n’opposerait pas les États-Unis au reste du monde mais la Chine et les États-Unis au reste du monde.


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